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  Actualité

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L'opposition entre dans le nouveau gouvernement tchadien

23/04/2008-AFP- L'opposition tchadienne a fait mercredi son entrée dans le gouvernement du nouveau Premier ministre Youssouf Saleh Abbas avec quatre ministères dont la Défense et la Justice, a annoncé la radio nationale citant un décret du président Idriss Deby Itno.

Wadal Abdelkader Kamougué, un opposant connu, a obtenu le portefeuille de la Défense. Jean Alingué, autre membre de la Coordination des partis politiques pour la défense de la Constitution (CPDC), principale coalition de l'opposition, est le nouveau garde des Sceaux, alors que le porte-parole adjoint de la CPDC Hamit Mahamat Dahalob hérite, lui, du ministère de l'Aménagement du territoire, de l'urbanisme et de l'habitat.

Un quatrième membre de la CPDC Naimbaye Nossunian obtient le maroquin de l'Agriculture.

Nommé le 16 avril, le nouveau Premier ministre tchadien Youssouf Saleh Abbas, ancien conseiller diplomatique du président Deby, avait offert vendredi à l'opposition "d'entrer dans son gouvernement" pour travailler à "la restauration de la paix".


L'opposition bientôt au gouvernement ?
Article publié le 22/04/2008 sur le site de RFI

Au Tchad, l'annonce de la composition du gouvernement de large ouverture est imminente. La principale coalition d'opposition, la CPDC (Coalition des Partis pour la Défense de la Constitution) répond favorablement à la proposition du nouveau Premier ministre d'entrer dans ce gouvernement... Elle l'a annoncé par la voix de son porte-parole adjoint, Hamit Mahamat Dahalob, qui dit avoir lui même été approché pour faire partie de la nouvelle équipe. La CPDC accepte la main tendue, mais certains de ses membres (comme le parti de l'opposant disparu Ibni Oumar Mahamat Saleh) ont décidé de décliner l'offre. Et les tractations qui ont eu lieu en coulisse provoquent un certain mécontentement au sein de l'opposition.

 Vendredi, quand il a reçu collectivement les chefs de la CPDC, le nouveau premier ministre Youssouf Saleh Abbas a annoncé qu'il prendrait certains d'entre eux dans son gouvernement pour pouvoir « tirer le pays vers le haut », mais que tout le monde ne pourrait pas être associé. Il a indiqué qu'il recevrait certains leaders individuellement pour envisager leur participation dans son équipe.

Si la CPDC, collectivement répond favorablement à cette offre, certains de ses cadres, pris individuellement, ne cachent pas leur mécontentement. Plusieurs s'étonnent de ce recours à des tractations séparées, qui contournent les structures de la coalition.

« Les discussions manquent de transparence » regrette un dirigeant. « Nous ne savons pas exactement combien de portefeuilles sont concernés, la qualité des différents ministères concernés » se plaint un autre. Un troisième ajoute : « On voulait débattre sur la structure du gouvernement, sur les différents postes attribués à la CPDC, mais ils ont préféré en coopter quelques uns ».

La CPDC est-elle pour autant menacée d'éclatement ? « J'espère tout de même que nous pouvons surmonter un épisode de ce genre » confie un responsable. « S'ils n'en prennent que trois ou quatre -analyse un autre- un courant majoritaire va certainement rejeter la proposition ». 

De son côté le PLD, le parti de l''opposant disparu Ibni Oumar Mahamat Saleh, affirme qu'il « réserve sa participation dans tout gouvernement tant que son secrétaire général n'est pas libéré ». Le PLD est un parti membre de la CPDC.


Échec des négociations à Tripoli entre le RFC et le gouvernement tchadien

22/04/2008- On croyait que les émissaires du gouvernement tchadien MM. Dokormi et Adoum Togoye allait convaincre le Rassemblement des Forces de Changement (RFC) de Timan Erdimi hier matin, et préconiser leur entrée dans le futur gouvernement de Youssouf Saleh Abbas. Mais c’était sans compter avec l’intransigeance du RFC. MM. Adoum Togoye et Okormi n’ont pas réussi à ramener le RFC à la raison. En plaçant très haut la barre de leurs exigences en réclamant le poste de Premier ministre, 10 Ministères et le dédommagement de tous leurs combattants et leurs Martyrs, les frères Erdimi ont voulu signifier au pouvoir qu’il faut compter avec eux.

Selon nos sources, le RFC à deux choix : regagner l’Alliance Nationale (AN) ou faire cavalier seul en espérant toujours sur les ralliements et la complicité Zagkhwa autour du président Deby Itno. Déjà, le Soudan recommence à leur faire les yeux doux en vue de préparer une grande offensive dans les jours avenirs. Une première crise en perspective pour Youssouf Saleh Abbass.

L’intransigeance du RFC s’explique, dit-on, par les promesses du président tchadien au plus fort des combats dans la capitale, N’djamena, en février dernier. Selon des militaires de la présidence, Deby Itno avait mandaté un groupe des sages Zaghawa afin qu’ils fassent tout pour faire rentrer le RFC dans la légalité. Et pour cela, il était prêt à leur céder même la Primature, s’il le faut.  

Par ailleurs, sur le front est, selon plusieurs sources rebelles, les différentes factions de l’AN se sont renforcées après la défaite de Addé, il y a quelques semaines. Même la nomination d’un nouveau PM ne semble pas freiner les ardeurs belliqueuses de la rébellion. « La guerre n’est pas finie. Nous préparons un baptême de feu redoutable au nouveau gouvernement », a lancé un rebelle.


Tractations pour la mise en place du gouvernement au Tchad

19/04/2008- Quarante huit heures après la nomination du nouveau Premier Ministre (PM) Youssouf Saleh Abbas, les tractations vont bon train et les surenchères se font de mieux en mieux. Le premier ministre qui devait prendre service ce vendredi matin ne l’a pas fait. Le niveau de négociation avec les uns et les autres risque de retarder la mise en place du nouveau gouvernement si le président Deby Itno ne fait pas un forcing d’ici la.

Selon des sources proches de la présidence, la Coordination des partis politiques pour la Défense de la Constitution (CPDC) s’est réuni et a demandé 6 postes ministériels dont un Ministère d’Etat. La  présidence n’a pas encore répondu à leur demande. Ils ont exigé, hier, par écrit un rapport sur la disparition d’Ibn Oumar comme préalable à leurs nominations dans le gouvernement. Selon les mêmes sources, ils craignent, qu’une fois le gouvernement formé, de se voir lier par la solidarité gouvernementale.

Si dans les 24/48h une solution n’est pas trouvée avec la CPDC, Idriss Deby risque de reconduire presque tous les membres sortant du gouvernement Kassiré pour un certain temps en attendant une solution sur les exigences de la CPDC.

L’hypothèse qui circule en ce moment, ce que le président, fin manœuvrier, arrivera à travers des propositions faites aux uns et aux autres en aparté à désolidariser la CPDC et à constituer le nouveau gouvernement.

Aussi, les groupes des ralliés de Cotonou (Bénin) et de Libreville (Gabon) auraient demandé 3 postes dont un ministère d’Etat. Là également, pas encore de réponse du palais rose.

Du coté de Tripoli (Libye), selon des membres de la délégation gouvernementale, le Rassemblement des Forces de Changement (RFC) de Timane Erdimi aurait mis la barre très haute. Il aurait demandé le poste de PM et 10 ministères. Cela, semble t-il, a coupé court aux affirmations de Adoum Younousmi, ministre d’État aux infrastructures, qui a soutenu récemment que le RFC est Fini. Bref, si les uns et les autres restent sur leurs positions, les négociations risquent de capoter.


Tchad: le président Deby nomme un proche conseiller comme Premier ministre

16/04/2008-AFP- Le président tchadien Idriss Deby Itno a limogé mercredi son Premier ministre Delwa Kassiré Coumakoye et l'a remplacé par son conseiller diplomatique Youssouf Saleh Abbas, a rapporté la radio publique à N'Djamena.

Youssouf Saleh Abbas, un ancien chef rebelle et ex-opposant en exil qui a rallié le pouvoir actuel en 2006, est chargé de former un nouveau gouvernement.

Le nouveau Premier ministre, originaire de la région du Ouaddaï, dans l'est du Tchad où sont actifs plusieurs mouvements rebelles hostiles au président Deby, est un diplomate de formation.

Il était jusqu'ici le conseiller du président tchadien pour les relations internationales et son représentant spécial auprès de la force européenne (Eufor), en cours de déploiement dans l'est du Tchad et le nord-est de la Centrafrique pour protéger notamment les réfugiés soudanais du Darfour voisin.

Cet homme de confiance du chef de l'Etat a été en 1981 et 1982 le directeur de cabinet de l'ancien président Goukouni Weddeye. Il a également été le vice-président de la "Conférence nationale souveraine" organisée en 1993, trois ans après l'arrivée au pouvoir par les armes d'Idriss Deby, qui a renversé Hissène Habré.

M. Kassiré, originaire du sud du Tchad à majorité chrétienne, avait été nommé Premier ministre le 26 février 2007 après le décès de son prédécesseur Pascal Yoadimnadji, un autre sudiste. Le Premier ministre limogé, président du Rassemblement national pour la démocratie et le progrès (RNDP), un petit parti de la majorité, s'est distingué par ses déclarations à l'emporte-pièce, souvent contradictoires avec celles du chef de l'Etat.

"Kassiré a été relevé de ses fonctions parce qu'il s'oppose à la mise en oeuvre de l'accord du 13 août 2007 entre la majorité présidentielle et l'opposition", a expliqué à l'AFP un responsable tchadien qui a requis l'anonymat.

Cet accord prévoit le "renforcement du processus démocratique au Tchad", ainsi que des élections libres et transparentes en 2009.

Mais la Coordination des partis politiques pour la défense de la Constitution (CPDC), principale coalition de l'opposition, boude son comité de suivi depuis l'attaque rebelle ratée des 2 et 3 février à N'Djamena, au cours de laquelle un front de groupes armés a failli renverser le président Deby.

Dans le sillage du retrait des rebelles de la capitale, trois dirigeants de l'opposition ont été arrêtés par les services de sécurité tchadiens, selon des témoignages concordants. Deux d'entre eux ont depuis retrouvé la liberté, mais le troisième, le porte-parole de la CPDC Ibni Oumar Mahamat Saleh, est toujours porté "disparu".

La CPDC réclame sa "libération immédiate et conditionnelle", ainsi que la mise en place d'une commission d'enquête "réellement indépendante et réellement internationale" sur les arrestations d'opposants en lieu et place de l'instance créée par le président Deby



Arche de Zoé: Entrevue d'Émilie Lelouch
 
« Si c’était à refaire, je le referais »

Article publié le 11/04/2008 sur le site de RFI

Pour la première fois depuis sa sortie de prison le 31 mars 2008, Emilie Lelouch s’explique. Au micro de RFI, la compagne d’Eric Breteau, le président de l'ONG L’Arche de Zoé, livre sa version de l’affaire. Les six Français de l’association, graciés fin mars par le président tchadien Idriss Déby Itno, avaient tenté d'exfiltrer 103 enfants vers la France. Condamnés le 26 décembre 2007 par la Cour criminelle de N'djamena à huit ans de travaux forcés pour « tentative d'enlèvement d'enfants », ils avaient été incarcérés en France où ils avaient été transférés deux jours après leur jugement et où leur peine a été adaptée en huit ans de prison.

RFI : Vous ne vous êtes pas encore exprimée depuis votre sortie de prison le 31 mars. Vous étiez, dans cette expédition de l’Arche de Zoé au Tchad, à la fois la compagne et l’assistante, l’adjointe d’Eric Breteau. Eric Breteau s’est montré extrêmement offensif la semaine dernière dans ses premières déclarations. Il a expliqué qu’il ne regrettait pas, et que si c’était à refaire, il le referait. Est-ce que vous êtes dans le même état d’esprit ?

Emilie Lelouch : Complètement, si c’était à refaire, je le referais. Mais je pense que je changerais un peu les choses sur la fin... Je ne regrette pas, je regrette juste que ça ait raté. Je regrette qu’on ait donné beaucoup d’espoir à des gens et qu’on n’ait pas réussi à le tenir. Je regrette toute l’inquiétude qu’on a depuis six mois maintenant pour ces enfants parce que, aujourd’hui, on reste persuadés que ce sont des orphelins du Darfour. Et aujourd’hui, il n’y a aucune preuve qu'il s'agirait d'enfants tchadiens et on bloque absolument là-dessus.

RFI : Malgré l’identification qui a pris des semaines par l’Unicef, par le CICR, le HCR ?

Emilie Lelouch : Mais c’est faux ! Il n’y a pas eu d’identification pendant des semaines. Dans n’importe quelle autre situation, l’Unicef dit justement qu’il faut des mois et des mois, quand il y a une famille éparpillée. Et là, en vingt-quatre heures, par magie, il y en a 103 qui sont identifiés. Magnifique ! Ils sont très, très forts, l’Unicef. Très, très forts.

RFI : On voit tout de même dans le documentaire qui a été tourné par la journaliste Marie-Agnès Peleran, qui était là à la fois comme journaliste et comme famille d’accueil potentielle, que les intermédiaires vous donnent parfois des informations qui sont erronées sur la situation des enfants qu’ils vous amènent. Et, on voit bien, à un certain moment, que vous vous en rendez compte.

Emilie Lelouch : On voit surtout un très, très bon montage, là aussi. Franchement, chapeau ! C’est très professionnel. On voit quelques images et quelques voix off qui sont à la suite d’autres images et d’autres commentaires. Tout ça est bien coupé au bon moment. C’est très dommage et on est d’autant plus déçus que les journalistes qui ont été avec nous ont vraiment vécu ce qui s’est passé. Ils savaient la rigueur de nos enquêtes, ils savaient aussi la difficulté que ça prenait. Et Djamous ![un des enfants du reportage NDLR] ce petit dont on voit soi-disant la mère, alors qu'au jour d’aujourd’hui on n'en a toujours aucune preuve. Et ce qui est dommage, c’est que cette journaliste savait parfaitement que pour cet enfant, ça avait pris des semaines pour savoir d’où il venait et qui il était. Et qu’aujourd’hui, entre guillemets, elle a fait de moi en deux minutes, une voleuse d’enfants et surtout, elle n’a pas rendu hommage à cet enfant. Elle savait surtout que c’était très compliqué. Donc, aujourd’hui, moi je me regarde dans la glace, pas elle.

RFI : Ca veut dire que Marie-Agnès Peleran a fait un documentaire à charge ?

Emilie Lelouch : Oui, et je pense qu’elle a eu des pressions. Et je pense que tout le monde a fait des choses à charge parce qu’on bloque sur l'idée que ces enfants sont des Tchadiens et « oh !, les gros méchants blancs» sont arrivés. Et c’est très, très dommage. Ce n’est pas du tout ce qui s’est passé. Et en plus de ça, encore une fois, on ne parle pas du Darfour, on ne parle pas de la responsabilité de la France dans le drame du Darfour. Ne serait-ce que poser la question : pourquoi est-ce que les cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU sont les plus grands marchands d’armes de la planète ? Mais à part ça, l’ONU a toujours autant de légitimité. Et nous, à côté de ça, on s’appuie sur des lois internationales aussi importantes que la Charte des droits de l’enfant, la Déclaration universelle des droits de l’homme. Ce n’est quand même pas rien. Ce sont des lois internationales. La communauté internationale les respecte seulement quand elle a le temps, et nous on nous traite de criminels, on nous dit que c’est illégal. Ce n’est pas normal.

RFI : Sans être «des gros méchants blancs» Emilie Lelouch, est-ce que vous n’êtes pas tout de même arrivés là-bas avec des gros sabots ?

Emilie Lelouch : Je pense qu’on arrive là-bas avec de gros sabots quand, en face de nous, on a un cynisme énorme de la communauté internationale qui vend autant d’armes, qui n’a aucun scrupule. Il faut vraiment arriver avec des gros sabots. Il faut arriver avec des grosses motivations, avec un gros caractère, comme on m’a dit en prison. C’est un truc qu’on dit en prison, «il faut avoir un gros caractère pour tenir». Bien sûr qu’on arrive avec des gros sabots, mais malheureusement, quand on arrive avec de petits sabots, qu’on fait des petites réunions, eh bien voilà, le conflit dure depuis cinq ans.

RFI : On s’aperçoit toujours sur la foi de ce reportage qu’il est difficile, voire par moment quasi impossible, de savoir si les enfants qu’ils vous ont amenés ont une famille. Parce que cette notion d’orphelin, on le dit beaucoup, est différente en Afrique de ce qu’elle est ici, par exemple, en France. Et lorsqu’on a une grand-mère, une tante, un oncle, une grande sœur, un grand frère, on n’est pas un orphelin au sens où l’on entend ici. Vous vous rendez compte que c’est extrêmement difficile. Est-ce que, à un moment, la sagesse n’aurait pas voulu que l'on dise : «soit on reprend tout à zéro, soit on arrête parce qu’on n’y arrive pas».

Emilie Lelouch : Mais, même ça, ça n’a pas été dit. Justement, cette notion d’orphelin, dans les première semaines quand on a travaillé avec des Tchadiens et avec des Soudanais, nous avons posé cette question en effet : «pour vous, ça veut dire quoi un orphelin ?». Et on a eu comme réponse : «c’est quand on n’a pas de papa et pas de maman». Je pense déjà, dès le début, que c’est faux de dire que pour eux, ce n’est pas la même chose. La notion d’orphelin, ils savent parfaitement ce que c’est. C’est juste qu’il y a une solidarité d’une famille africaine qui est plus large que chez nous et qui est plus présente. Maintenant, je pense qu’au nom de cette soi-disant solidarité africaine, nous dans les pays occidentaux, on se cache derrière ça, et on les laisse mourir tout simplement. Donc, on leur pille toutes leurs richesses. Après on leur dit : «restez chez vous et ne vous inquiétez pas, de toute manière, il y a une grand-mère au bout du chemin». Arrêtez, quoi !

RFI : Il y a quand même une chose dont on n’a pas parlé pour l’instant, c’est qu’il y a un mensonge au moins par omission en permanence, c’est que vous ne dites jamais, ni aux familles, ni aux traducteurs, ni aux chefs de village, ni aux autorités tchadiennes, que votre projet, c’est de ramener ces enfants en France.

Emilie Lelouch : J’ai toujours dit aux chefs de village que ces enfants, on les accueillait définitivement, et que dans la notion de définitif, il y avait un départ sûr à Ndjamena, puis sur l’étranger pour justement avoir une vie meilleure. En effet, on n’a jamais dit que c’était dans les semaines qui allaient venir.

RFI : Pourquoi, vous ne l’avez pas dit ?

Emilie Lelouch : Une des nombreuses choses que les journalistes n’ont jamais dit, parce qu’ils n’ont jamais cherché apparemment, c’est juste qu’il y a un contexte d’insécurité, c’est une zone de guerre. Et dans cette zone de guerre, on prend forcément des précautions qui ne sont forcément pas les mêmes que dans d’autres domaines. Et ayant communiqué sur le fait qu’on allait évacuer des enfants vers la France, je pense qu’il y avait un réel danger pour notre personnel et tchadien et soudanais, et même pour les enfants. Tout ça, on ne l’a jamais dit mais on ne peut pas être à la frontière d’un pays qui est en train de massacrer une population en affichant sur tous les toits qu’on va justement enlever ces enfants de cette zone de guerre. On les prend justement pour les protéger. Ca fait des témoins. On les emmène ailleurs et ça fait des témoins de ce qui s’est passé. Mais forcément, même les gens là-bas, les Tchadiens avec qui j’étais là-bas et qui ont été extrêmement courageux de passer la frontière, ils avaient peur tous les jours, mais tous les jours ! Ils me disaient qu’il fallait ne pas le dire, « parce qu’on va se prendre une balle dans la tête». C’est vraiment ce qu’ils me disaient.

RFI : Eric Breteau disait la semaine dernière que Bernard Kouchner était parfaitement au courant de l’opération, qu’il avait rencontré un assistant direct de Catherine Pégard, proche conseillère de Nicolas Sarkozy, et qu’il était même prévu que Cécilia Sarkozy et Rachida Dati soient là pour accueillir les enfants s’ils étaient revenus en France. Est-ce que vous avez les mêmes informations ?

Emilie Lelouche : J’ai surtout l’information qu’on a voulu poser un Boeing 757 en plein jour à cinquante mètres de l’armée française, et à part ça, c’est clandestin, personne ne le savait. Je vous laisse en tirer vos conclusions.

RFI : Mais sur les noms qu’il cite, vous vous n’êtes pas aussi explicite ?

Emilie Lelouch : Je n’ai pas besoin d’être explicite, les faits le sont. Il faut juste chercher un peu, et faites votre travail.

RFI : Gilbert Collard, qui est votre avocat, affirme que les six, dont vous, allez devoir payer les six millions trois cent mille euros dus au Tchad au terme de l’indemnisation.

Emilie Lelouch : Ca, c’est ce qu’affirme Maitre Gilbert Collard, donc moi, je vais parler pour moi.

RFI : C’est votre avocat...

Emilie Lelouch : Oui, je lui ai interdit de communiquer avec pas mal de gens donc, je vais reprendre les rênes. Arrêtons là d’être hypocrites. Si à votre avis, il n’y avait pas eu une solution, vous croyez que je serais là en train de vous parler ? La solution, elle est trouvée depuis longtemps. Le Canard Enchainé a sorti le 5 mars, si mes souvenirs sont bons, qu’il y a eu… je crois que le titre c’est «des blindés gratos». Il y a eu tranquillement une livraison d’armes de je ne sais combien de blindés et autres jolis joujoux de mort qui sont arrivés le 16 février au Tchad gratuitement. Donc arrêtez d’être hypocrites. Arrêtez, on sait très bien que cette histoire, c’est juste une grosse histoire de sous, une grosse histoire d’armements et que nous, on a été au milieu et on nous a accusés de tous les maux, mais c’est juste un gros souci de business.

RFI : Donc, vous n’êtes pas inquiète. Vous n’avez pas l’impression que les huissiers vont venir chez vous prendre ce que vous avez.

Emilie Lelouch : Arrêtez de faire peur aux Français avec «on va vous prendre vos impôts». Arrêtez, c’est déjà fait. Ils se sont bien servis de nous, ils continuent à faire peur aux Fançais : «on va piocher dans votre porte-monnaie, surtout attention c’est des gros méchants». Arrêtez! Je pense qu’Idriss Déby, il a un joli missile dans son jardin, et ça va être magnifique de le faire briller tous les jours. C’est ça le problème.

Propos recueillis par Frédéric Rivière


L'opposant Ibni toujours disparu, la commission d'enquête remaniée

3/04/2008-AFP- Deux mois après avoir été arrêté à la fin d'un raid rebelle à N'Djamena, l'opposant tchadien Ibni Oumar Mahamat Saleh est toujours porté disparu, et la commission d'enquête "obtenue" par le président français Nicolas Sarkozy, contestée de partout, a dû être modifiée mercredi.

"Deux mois sans aucune nouvelle, ça nous préoccupe beaucoup", dit à l'AFP Moussa Mahamat Saleh, un cousin du porte-parole de la principale coalition de l'opposition, la Coordination des partis politiques pour la défense de la Constitution (CPDC).

Selon des témoignages concordants, Ibni Oumar Mahamat Saleh a été arrêté le 3 février par la garde présidentielle du chef de l'Etat Idriss Deby Itno, ce que les autorités nient. Deux autres opposants interpellés dans les mêmes conditions, l'ex-président Lol Mahamat Choua et le député Ngarlejy Yorongar, ont depuis retrouvé la liberté.

Sous couvert de l'anonymat, plusieurs membres de l'opposition disent craindre que leur porte-parole soit mort. Ngarlejy Yorongar, qui affirme avoir été détenu en sa présence, en est même presque certain.

"Nous ne croyons pas qu'il soit mort", proteste Moussa Mahamat Saleh, tout en avouant n'avoir aucune information à ce sujet. "Nous lançons un SOS à la communauté internationale pour qu'elle fasse pression sur Deby".

Jusqu'ici, la communauté internationale a essentiellement obtenu une "commission d'enquête"... qui ne s'est jamais réunie.

Très critiqué pour sa visite à N'Djamena le 27 février, après avoir aidé Idriss Deby à repousser les rebelles et alors que des opposants manquaient à l'appel, le président français Nicolas Sarkozy a tenté de tourner la situation à son avantage en annonçant que son homologue tchadien avait "accepté" de créer une commission d'enquête "internationale".

Or, opposants, proches d'Ibni Oumar, défenseurs des droits de l'Homme et même, en coulisses, diplomates européens ont tous contesté une commission presque intégralement nommée par Idriss Deby et que dirigeait un de ses alliés, le président de l'Assemblée nationale Nassour Ouaïdou.

La France, l'Union européenne (UE) et la Francophonie, membres de cette instance controversée, ont participé à des réunions pour la "remanier" afin de la rendre "plus crédible", selon un diplomate.

Résultat, les Européens, dont la France, et la Francophonie deviennent observateurs et non plus membres, au sein d'une commission qui n'est plus "internationale", selon un décret présidentiel publié mercredi soir.

Très légèrement remaniée, la commission obtient un nouveau président, le bâtonnier de l'Ordre des avocats Allaisem Djaïbé, et doit faire la lumière "sur les personnes portées disparues" et les "violations des droits de l'Homme".

Deux représentants de la société civile et deux membres des "partis politiques" doivent y figurer, mais sa vice-président Hélène Lambatim a reconnu des "difficultés" pour les convaincre, liées à "un problème de crédibilité" de l'instance.

"Elle n'est pas du tout indépendante", tranche le président de la Ligue tchadienne des droits de l'Homme (LTDH) Massalbaye Tenebaye, qui a refusé d'y siéger. "Il faut une personnalité étrangère, africaine de préférence, pour la diriger".

Même son de cloche à la CPDC, qui réclame, outre "la libération immédiate et inconditionnelle" d'Ibni Oumar, une commission "réellement internationale et réellement indépendante".

"La France, qui a aidé militairement Deby à chasser les rebelles, a les moyens de faire pression sur lui", note l'ancien chef de l'Etat Lol Mahamat Choua. "Mais jusqu'ici, la visite de Sarkozy n'a pas eu beaucoup de résultats".

L'organisation internationale Human Rights Watch (HRW) résume à sa manière: "Le président Deby a mystifié le président Sarkozy".


Arche de Zoé: les six Français et un Tchadien graciés par le président Deby

31/03/2008-AFP-Les six Français de L'Arche de Zoé condamnés en décembre au Tchad pour avoir tenté d'exfiltrer 103 enfants vers la France, ainsi qu'un intermédiaire tchadien, ont été graciés lundi par le président tchadien Idriss Deby Itno, selon deux décrets publiés à N'Djamena.

"Il est accordé une grâce présidentielle au six Français membres de L'Arche de Zoé", selon un premier décret signé par le chef de l'Etat.

Les six Français purgent en France, où ils ont été transférés après leur jugement, une peine de huit ans de prison.

Le second décret concerne le Tchadien Mahamat Dagot, un chef de quartier de Tiné, ville frontalière du Soudan, condamné à quatre ans de prison pour "complicité de tentative d'enlèvement d'enfants".

La dernière personne condamnée dans cette affaire, Souleïmane Ibrahim Adam, un Soudanais qui a servi d'intermédiaire dans la région tchadienne d'Adré, n'a pas été gracié "car il n'en a pas fait la demande", a déclaré à l'AFP le ministre tchadien de la Justice Albert Pahimi Padacké


Création d’une Commission Indépendante pour le Dialogue Inclusif (C.I.D.I)

(31/03/08/Paris/IP) Le colloque sur le thème du « dialogue inclusif » exigé par les acteurs de la crise politique tchadienne (opposition démocratique, opposition armée, société civile, personnalités indépendantes, etc.) s’est tenu les samedi 29 et le dimanche 30 mars à Paris sous la présidence du Dr Djimet Adoum et en présence de plusieurs personnalités politiques, notamment l’ex-député tchadienne et chef d’un parti politique, Madame Bourkou Louise. Parmi les invités, étaient aussi présents de nombreux Tchadiens vivant en France ainsi que des amis français et africains venus soutenir activement les participants.

En introduisant la rencontre après présentation des invités, le Président de séance, le Dr Djimé Adoum, avait tenu à écarter toute ambiguïté quant à l’initiative et aux objectifs du colloque.

Rappelant ce qu’il avait déjà écrit sur Internet pour dire aux Tchadiens qui sont les organisateurs et quels sont les objectifs de ce colloque, le Dr Djimet Adoum avait tenu à préciser à l’assemblée venue nombreuse, que la rencontre de Paris est le résultat d’une initiative prise par un groupe de Tchadiens vivant aux Etats-Unis, en Afrique et en Europe. Cette rencontre a pu être organisée grâce à l’inestimable appui logistique et technique de l’ONG CFK Kaela, mais cette ONG n’en était ni l’initiatrice ni l’organisatrice.

S’agissant des objectifs de ce colloque sur lesquels ont planché les invités tout au long des deux journées, le Dr Djimet Adoum en avait dessiné le schéma avant tout débat au fond. Les acteurs de la crise tchadienne exigent depuis quelques années déjà, un « dialogue inclusif ». Cependant, aucune des potentielles parties prenantes à ce « dialogue inclusif » n’a jamais expliqué clairement ses attentes hormis les classiques appels à un dialogue réunissant tous les acteurs de la crise. Ne fallait-il donc pas se réunir et, ensemble, identifier les attentes pour mieux les exprimer afin qu’elles soient entendues et comprises par tous ?

Rassurés par ces propos, les invités avaient aussitôt manifesté un intérêt particulier à ce colloque au cours duquel leur participation intellectuelle avait été déterminante. Tous les aspects connus et moins connus de la vie politique tchadienne ont été abordés sans tabou. De la question de la détention de l’opposant Ibni Oumar Mahamat Saleh (qui avait soulevé un débat passionné le dimanche) en passant par celle des accords morcelés  signés par Déby  aux questions relatives aux motivations réelles des opposants armés ainsi que leur disponibilité à un dialogue inclusif, toutes les questions les plus épineuses ont été abordées dans une ambiance franchement concitoyenne et fraternelle. Des moments passionnés ont été aussi constatés sans que la passion ne l’emporte sur l’objectif de la rencontre.   Chacun, suivant son opinion et ses connaissances de la vie politique tchadienne, avait participé à la réussite (une véritable réussite faut-il le reconnaître) de ce colloque. Plusieurs recommandations ont été faites à l’issue des discussions et seront proposées incessamment aux groupes (polico-armés de l’Alliance Natioanle, CPDC, majorité présidentielle, Idriss Déby) identifiés comme étant les principaux acteurs de la crise tchadienne.

La fin des travaux a vu la constitution d’une Commission Indépendante pour le Dialogue Inclusif (CIDI) avec à sa tête le Dr Djimet Adoum et ayant pour porte-parole Madame Bourkou Louise. 4 conseillers ont été désignés à la tête de 2 départements (Tchad et Extérieur). Parmi ces 4 conseillers, deux  ont été chargés des missions auprès des politico-armés et de l’opposition démocratique (département Tchad) et deux devaient s’occuper des Organisations internationales, pays amis et autres partenaires du Tchad (département Extérieur).

Les résultats des travaux seront transmis dans tout les prochains jours aux principaux acteurs de la crise tchadienne et publiés sur tous les sites Internet. La Commission s’est mise immédiatement au travail.

Lyadish Ahmed


Deby touché par la grâce

29/03/2008-Afrique Centrale Info- Le président tchadien Idriss Deby Itno va accorder "incessamment" la grâce aux six Français de L'Arche de Zoé condamnés au Tchad pour avoir tenté d'exfiltrer 103 enfants vers la France, après le feu vert donné vendredi par la magistrature tchadienne. Dans un communiqué laconique, le Conseil supérieur de la magistrature (CSM) a annoncé avoir "donné un avis favorable" à "la demande de grâce des membres de L'Arche de Zoé (...) après un débat franc et riche".

Cet avis devait être transmis au chef de l'Etat, auquel revient la décision finale. Mais d'ores et déjà, la présidence a fait savoir que les choses pourraient aller très vite.

"Ce n'est plus qu'une formalité, le président va signer l'acte pour la grâce incessamment, peut-être ce week-end ou lundi", a affirmé un proche conseiller d'Idriss Deby, joint depuis Libreville.

Les six Français, menés par Eric Breteau, avaient été arrêtés le 25 octobre à Abéché, principale ville de l'est du Tchad, alors qu'ils s'apprêtaient à faire embarquer à bord d'un Boeing-757 les 103 enfants, présentés à tort comme des orphelins de la région soudanaise voisine du Darfour en guerre civile.

Après une instruction et un procès menés tambour battant, ce qui avait provoqué la grogne des magistrats tchadiens et de la défense qui