L'opposition
entre dans le nouveau gouvernement
tchadien
23/04/2008-AFP-
L'opposition
tchadienne a fait mercredi son entrée
dans le gouvernement du nouveau
Premier ministre Youssouf Saleh
Abbas avec quatre ministères dont
la Défense et la Justice, a annoncé
la radio nationale citant un décret
du président Idriss Deby Itno.
Wadal
Abdelkader Kamougué, un opposant
connu, a obtenu le portefeuille de
la Défense. Jean Alingué, autre
membre de la Coordination des partis
politiques pour la défense de la
Constitution (CPDC), principale
coalition de l'opposition, est le
nouveau garde des Sceaux, alors que
le porte-parole adjoint de la CPDC
Hamit Mahamat Dahalob hérite, lui,
du ministère de l'Aménagement du
territoire, de l'urbanisme et de
l'habitat.
Un
quatrième membre de la CPDC
Naimbaye Nossunian obtient le
maroquin de l'Agriculture.
Nommé
le 16 avril, le nouveau Premier
ministre tchadien Youssouf Saleh
Abbas, ancien conseiller
diplomatique du président Deby,
avait offert vendredi à
l'opposition "d'entrer dans son
gouvernement" pour travailler
à "la restauration de la
paix".
L'opposition bientôt
au gouvernement ?
Article
publié le 22/04/2008 sur le site de
RFI
Au
Tchad, l'annonce de la composition
du gouvernement de large ouverture
est imminente. La principale
coalition d'opposition, la CPDC
(Coalition des Partis pour la Défense
de la Constitution) répond
favorablement à la proposition du
nouveau Premier ministre d'entrer
dans ce gouvernement... Elle l'a
annoncé par la voix de son
porte-parole adjoint, Hamit Mahamat
Dahalob, qui dit avoir lui même été
approché pour faire partie de la
nouvelle équipe. La CPDC accepte la
main tendue, mais certains de ses
membres (comme le parti de
l'opposant disparu Ibni Oumar
Mahamat Saleh) ont décidé de décliner
l'offre. Et les tractations qui ont
eu lieu en coulisse provoquent un
certain mécontentement au sein de
l'opposition.
Vendredi,
quand il a reçu collectivement les
chefs de la CPDC, le nouveau premier
ministre Youssouf Saleh Abbas a
annoncé qu'il prendrait certains
d'entre eux dans son gouvernement
pour pouvoir « tirer le
pays vers le haut », mais
que tout le monde ne pourrait pas être
associé. Il a indiqué qu'il
recevrait certains leaders
individuellement pour envisager leur
participation dans son équipe.
Si
la CPDC, collectivement répond
favorablement à cette offre,
certains de ses cadres, pris
individuellement, ne cachent pas
leur mécontentement. Plusieurs s'étonnent
de ce recours à des tractations séparées,
qui contournent les structures de la
coalition.
« Les
discussions manquent de transparence »
regrette un dirigeant. « Nous
ne savons pas exactement combien de
portefeuilles sont concernés, la
qualité des différents ministères
concernés » se plaint un
autre. Un troisième ajoute : « On
voulait débattre sur la structure
du gouvernement, sur les différents
postes attribués à la CPDC, mais
ils ont préféré en coopter
quelques uns ».
La
CPDC est-elle pour autant menacée
d'éclatement ? « J'espère
tout de même que nous pouvons
surmonter un épisode de ce genre »
confie un responsable. « S'ils
n'en prennent que trois ou quatre
-analyse un autre- un courant
majoritaire va certainement rejeter
la proposition ».
De
son côté le PLD, le parti de
l''opposant disparu Ibni Oumar
Mahamat Saleh, affirme qu'il
« réserve sa participation
dans tout gouvernement tant que son
secrétaire général n'est pas libéré
». Le PLD est un parti membre
de la CPDC.
Échec
des négociations à Tripoli entre le
RFC et le gouvernement tchadien
22/04/2008-
On
croyait que les émissaires du
gouvernement tchadien MM. Dokormi
et Adoum Togoye allait convaincre
le Rassemblement des Forces de
Changement (RFC) de Timan Erdimi
hier matin, et préconiser leur
entrée dans le futur gouvernement
de Youssouf Saleh Abbas. Mais c’était
sans compter avec
l’intransigeance du RFC. MM.
Adoum Togoye et Okormi n’ont pas
réussi à ramener le RFC à la
raison. En plaçant très haut la
barre de leurs exigences en réclamant
le poste de Premier ministre, 10
Ministères et le dédommagement
de tous leurs combattants et leurs
Martyrs, les frères Erdimi ont
voulu signifier au pouvoir qu’il
faut compter avec eux.
Selon nos sources, le RFC à deux
choix : regagner l’Alliance
Nationale (AN) ou faire cavalier
seul en espérant toujours sur les
ralliements et la complicité
Zagkhwa autour du président Deby
Itno. Déjà, le Soudan recommence
à leur faire les yeux doux en vue
de préparer une grande offensive
dans les jours avenirs. Une première
crise en perspective pour Youssouf
Saleh Abbass.
L’intransigeance du RFC
s’explique, dit-on, par les
promesses du président tchadien
au plus fort des combats dans la
capitale, N’djamena, en février
dernier. Selon des militaires de
la présidence, Deby Itno avait
mandaté un groupe des sages
Zaghawa afin qu’ils fassent tout
pour faire rentrer le RFC dans
la légalité. Et pour cela, il était
prêt à leur céder même la
Primature, s’il le faut.
Par
ailleurs, sur le front est, selon
plusieurs sources rebelles, les
différentes factions de l’AN se
sont renforcées après la défaite de Addé,
il y a quelques semaines. Même la
nomination d’un nouveau PM ne
semble pas freiner les ardeurs
belliqueuses de la rébellion.
« La guerre n’est pas
finie. Nous préparons un baptême
de feu redoutable au nouveau
gouvernement », a lancé un
rebelle.
Tractations
pour la mise en place du gouvernement
au Tchad
19/04/2008-
Quarante
huit heures après la nomination
du nouveau Premier Ministre (PM)
Youssouf Saleh Abbas, les
tractations vont bon train et les
surenchères se font de mieux en
mieux. Le premier ministre qui
devait prendre service ce vendredi
matin ne
l’a pas fait. Le niveau de négociation
avec les uns et les autres risque
de retarder la mise en place du
nouveau gouvernement si le
président Deby Itno ne fait pas
un forcing d’ici la.
Selon des sources proches de la présidence,
la Coordination des partis
politiques pour la Défense de la
Constitution (CPDC) s’est réuni
et a demandé 6 postes ministériels
dont un Ministère d’Etat. La
présidence n’a pas encore répondu
à leur demande. Ils ont exigé,
hier, par écrit un rapport sur la
disparition d’Ibn Oumar comme préalable
à leurs nominations dans le
gouvernement. Selon les mêmes
sources, ils craignent, qu’une
fois le gouvernement formé, de se
voir lier par la solidarité
gouvernementale.
Si dans les 24/48h une solution
n’est pas trouvée avec la CPDC,
Idriss Deby risque de reconduire
presque tous les membres sortant
du gouvernement Kassiré pour un
certain temps en attendant une
solution sur les exigences de la
CPDC.
L’hypothèse
qui circule en ce moment, ce que
le président, fin manœuvrier,
arrivera à travers des propositions faites aux uns et aux
autres en aparté à désolidariser
la CPDC et à constituer le
nouveau gouvernement.
Aussi, les groupes des ralliés de
Cotonou (Bénin) et de Libreville
(Gabon) auraient demandé 3 postes
dont un ministère d’Etat. Là
également, pas
encore de réponse du palais rose.
Du coté de Tripoli (Libye), selon
des membres de la délégation
gouvernementale, le Rassemblement
des Forces de Changement (RFC) de
Timane Erdimi aurait mis la barre
très haute. Il aurait demandé le
poste de PM et 10 ministères. Cela,
semble t-il, a coupé court aux affirmations de
Adoum Younousmi, ministre d’État
aux infrastructures, qui a soutenu récemment
que le RFC est Fini. Bref, si les
uns et les autres restent sur
leurs positions, les négociations
risquent de capoter.
Tchad:
le président Deby nomme un proche
conseiller comme Premier ministre
16/04/2008-AFP-
Le
président tchadien Idriss Deby
Itno a limogé mercredi son
Premier ministre Delwa Kassiré
Coumakoye et l'a remplacé par son
conseiller diplomatique Youssouf
Saleh Abbas, a rapporté la radio
publique à N'Djamena.
Youssouf
Saleh Abbas, un ancien chef
rebelle et ex-opposant en exil qui
a rallié le pouvoir actuel en
2006, est chargé de former un
nouveau gouvernement.
Le
nouveau Premier ministre,
originaire de la région du Ouaddaï,
dans l'est du Tchad où sont
actifs plusieurs mouvements
rebelles hostiles au président
Deby, est un diplomate de
formation.
Il
était jusqu'ici le conseiller du
président tchadien pour les
relations internationales et son
représentant spécial auprès de
la force européenne (Eufor), en
cours de déploiement dans l'est
du Tchad et le nord-est de la
Centrafrique pour protéger
notamment les réfugiés soudanais
du Darfour voisin.
Cet
homme de confiance du chef de l'Etat
a été en 1981 et 1982 le
directeur de cabinet de l'ancien
président Goukouni Weddeye. Il a
également été le vice-président
de la "Conférence
nationale souveraine"
organisée en 1993, trois ans après
l'arrivée au pouvoir par les
armes d'Idriss Deby, qui a renversé
Hissène Habré.
M.
Kassiré, originaire du sud du
Tchad à majorité chrétienne,
avait été nommé Premier
ministre le 26 février 2007 après
le décès de son prédécesseur
Pascal Yoadimnadji, un autre
sudiste. Le Premier ministre limogé,
président du Rassemblement
national pour la démocratie et le
progrès (RNDP), un petit parti de
la majorité, s'est distingué par
ses déclarations à l'emporte-pièce,
souvent contradictoires avec
celles du chef de l'Etat.
"Kassiré
a été relevé de ses fonctions
parce qu'il s'oppose à la mise en
oeuvre de l'accord du 13 août
2007 entre la majorité présidentielle
et l'opposition", a
expliqué à l'AFP un responsable
tchadien qui a requis l'anonymat.
Cet
accord prévoit le "renforcement
du processus démocratique au
Tchad", ainsi que des élections
libres et transparentes en 2009.
Mais
la Coordination des partis
politiques pour la défense de la
Constitution (CPDC), principale
coalition de l'opposition, boude
son comité de suivi depuis
l'attaque rebelle ratée des 2 et
3 février à N'Djamena, au cours
de laquelle un front de groupes
armés a failli renverser le président
Deby.
Dans
le sillage du retrait des rebelles
de la capitale, trois dirigeants
de l'opposition ont été arrêtés
par les services de sécurité
tchadiens, selon des témoignages
concordants. Deux d'entre eux ont
depuis retrouvé la liberté, mais
le troisième, le porte-parole de
la CPDC Ibni Oumar Mahamat Saleh,
est toujours porté "disparu".
La
CPDC réclame sa "libération
immédiate et conditionnelle",
ainsi que la mise en place d'une
commission d'enquête "réellement
indépendante et réellement
internationale" sur les
arrestations d'opposants en lieu
et place de l'instance créée par
le président Deby
Arche de Zoé:
Entrevue d'Émilie Lelouch
«
Si c’était à refaire, je le
referais »
Article
publié le 11/04/2008 sur le site de
RFI
Pour la première fois depuis sa sortie de
prison le 31 mars 2008, Emilie
Lelouch s’explique. Au micro de
RFI, la compagne d’Eric Breteau,
le président de l'ONG L’Arche de
Zoé, livre sa version de
l’affaire. Les six Français de
l’association, graciés fin mars
par le président tchadien Idriss Déby
Itno, avaient tenté d'exfiltrer 103
enfants vers la France. Condamnés
le 26 décembre 2007 par la Cour
criminelle de N'djamena à huit ans
de travaux forcés pour « tentative
d'enlèvement d'enfants », ils
avaient été incarcérés en France
où ils avaient été transférés
deux jours après leur jugement et où
leur peine a été adaptée en huit
ans de prison.
RFI :
Vous ne vous êtes pas encore exprimée
depuis votre sortie de prison le 31
mars. Vous étiez, dans cette expédition
de l’Arche de Zoé au Tchad, à la
fois la compagne et l’assistante,
l’adjointe d’Eric Breteau. Eric
Breteau s’est montré extrêmement
offensif la semaine dernière dans
ses premières déclarations. Il a
expliqué qu’il ne regrettait pas,
et que si c’était à refaire, il
le referait. Est-ce que vous êtes
dans le même état d’esprit ?
Emilie Lelouch : Complètement, si c’était à refaire, je le referais. Mais
je pense que je changerais un peu
les choses sur la fin... Je ne
regrette pas, je regrette juste que
ça ait raté. Je regrette qu’on
ait donné beaucoup d’espoir à
des gens et qu’on n’ait pas réussi
à le tenir. Je regrette toute
l’inquiétude qu’on a depuis six
mois maintenant pour ces enfants
parce que, aujourd’hui, on reste
persuadés que ce sont des orphelins
du Darfour. Et aujourd’hui, il
n’y a aucune preuve qu'il
s'agirait d'enfants tchadiens et on
bloque absolument là-dessus.
RFI : Malgré l’identification qui a pris des semaines
par l’Unicef, par le CICR, le HCR ?
Emilie Lelouch : Mais c’est faux ! Il n’y a pas eu d’identification
pendant des semaines. Dans
n’importe quelle autre situation,
l’Unicef dit justement qu’il
faut des mois et des mois, quand il
y a une famille éparpillée. Et là,
en vingt-quatre heures, par magie,
il y en a 103 qui sont identifiés.
Magnifique ! Ils sont très, très
forts, l’Unicef. Très, très
forts.
RFI : On voit tout de même dans le documentaire qui a été
tourné par la journaliste Marie-Agnès
Peleran, qui était là à la fois
comme journaliste et comme famille
d’accueil potentielle, que les
intermédiaires vous donnent parfois
des informations qui sont erronées
sur la situation des enfants
qu’ils vous amènent. Et, on voit
bien, à un certain moment, que vous
vous en rendez compte.
Emilie
Lelouch :
On voit surtout un très, très bon
montage, là aussi. Franchement,
chapeau ! C’est très
professionnel. On voit quelques
images et quelques voix off qui sont
à la suite d’autres images et
d’autres commentaires. Tout ça
est bien coupé au bon moment.
C’est très dommage et on est
d’autant plus déçus que les
journalistes qui ont été avec nous
ont vraiment vécu ce qui s’est
passé. Ils savaient la rigueur de
nos enquêtes, ils savaient aussi la
difficulté que ça prenait. Et
Djamous ![un des enfants du
reportage NDLR] ce petit dont on
voit soi-disant la mère, alors
qu'au jour d’aujourd’hui on n'en
a toujours aucune preuve. Et ce qui
est dommage, c’est que cette
journaliste savait parfaitement que
pour cet enfant, ça avait pris des
semaines pour savoir d’où il
venait et qui il était. Et
qu’aujourd’hui, entre
guillemets, elle a fait de moi en
deux minutes, une voleuse
d’enfants et surtout, elle n’a
pas rendu hommage à cet enfant.
Elle savait surtout que c’était
très compliqué. Donc,
aujourd’hui, moi je me regarde
dans la glace, pas elle.
RFI : Ca veut dire que Marie-Agnès Peleran a fait un
documentaire à charge ?
Emilie Lelouch : Oui, et je pense qu’elle a eu des pressions. Et je pense
que tout le monde a fait des choses
à charge parce qu’on bloque sur
l'idée que ces enfants sont
des Tchadiens et « oh !, les gros méchants blancs» sont arrivés.
Et c’est très, très dommage. Ce
n’est pas du tout ce qui s’est
passé. Et en plus de ça, encore
une fois, on ne parle pas du
Darfour, on ne parle pas de la
responsabilité de la France dans le
drame du Darfour. Ne serait-ce
que poser la question :
pourquoi est-ce que les cinq membres
permanents du Conseil de sécurité
de l’ONU sont les plus grands
marchands d’armes de la planète ?
Mais à part ça, l’ONU a toujours
autant de légitimité. Et nous, à
côté de ça, on s’appuie sur des
lois internationales aussi
importantes que la Charte des droits
de l’enfant, la Déclaration
universelle des droits de l’homme.
Ce n’est quand même pas rien. Ce
sont des lois internationales. La
communauté internationale les respecte seulement
quand elle a le temps, et nous on
nous traite de criminels, on nous
dit que c’est illégal. Ce n’est
pas normal.
RFI : Sans être «des gros méchants blancs»
Emilie Lelouch, est-ce que vous n’êtes
pas tout de même arrivés là-bas
avec des gros sabots ?
Emilie Lelouch : Je pense qu’on arrive là-bas avec de gros sabots quand, en
face de nous, on a un cynisme énorme
de la communauté internationale qui
vend autant d’armes, qui n’a
aucun scrupule. Il faut vraiment
arriver avec des gros sabots. Il
faut arriver avec des grosses
motivations, avec un gros caractère,
comme on m’a dit en prison.
C’est un truc qu’on dit en
prison, «il faut avoir un gros
caractère pour tenir». Bien sûr
qu’on arrive avec des gros sabots,
mais malheureusement, quand on
arrive avec de petits sabots,
qu’on fait des petites réunions,
eh bien voilà, le conflit dure
depuis cinq ans.
RFI : On s’aperçoit toujours sur la foi de ce
reportage qu’il est difficile,
voire par moment quasi impossible,
de savoir si les enfants qu’ils
vous ont amenés ont une famille.
Parce que cette notion d’orphelin,
on le dit beaucoup, est différente
en Afrique de ce qu’elle est ici,
par exemple, en France. Et
lorsqu’on a une grand-mère, une
tante, un oncle, une grande sœur,
un grand frère, on n’est pas un
orphelin au sens où l’on entend
ici. Vous vous rendez compte que
c’est extrêmement difficile.
Est-ce que, à un moment, la sagesse
n’aurait pas voulu que l'on dise :
«soit on reprend tout à zéro,
soit on arrête parce qu’on n’y
arrive pas».
Emilie Lelouch : Mais, même ça, ça n’a pas été dit. Justement, cette
notion d’orphelin, dans les première
semaines quand on a travaillé avec
des Tchadiens et avec des Soudanais,
nous avons posé cette question
en effet : «pour vous, ça
veut dire quoi un orphelin ?».
Et on a eu comme réponse : «c’est
quand on n’a pas de papa et pas de
maman». Je pense déjà, dès
le début, que c’est faux de dire
que pour eux, ce n’est pas la même
chose. La notion d’orphelin, ils
savent parfaitement ce que c’est.
C’est juste qu’il y a une
solidarité d’une famille
africaine qui est plus large que
chez nous et qui est plus présente.
Maintenant, je pense qu’au nom de
cette soi-disant solidarité
africaine, nous dans les pays
occidentaux, on se cache derrière
ça, et on les laisse mourir tout
simplement. Donc, on leur pille
toutes leurs richesses. Après on
leur dit : «restez chez
vous et ne vous inquiétez pas, de
toute manière, il y a une grand-mère
au bout du chemin». Arrêtez,
quoi !
RFI : Il y a quand même une chose dont on n’a pas parlé
pour l’instant, c’est qu’il y
a un mensonge au moins par omission
en permanence, c’est que vous ne
dites jamais, ni aux familles, ni
aux traducteurs, ni aux chefs de
village, ni aux autorités
tchadiennes, que votre projet,
c’est de ramener ces enfants en
France.
Emilie Lelouch : J’ai toujours dit aux chefs de village que ces enfants, on
les accueillait définitivement, et
que dans la notion de définitif, il
y avait un départ sûr à Ndjamena,
puis sur l’étranger pour
justement avoir une vie meilleure.
En effet, on n’a jamais dit que
c’était dans les semaines qui
allaient venir.
RFI : Pourquoi, vous ne l’avez pas dit ?
Emilie Lelouch : Une des nombreuses choses que les journalistes n’ont jamais
dit, parce qu’ils n’ont jamais
cherché apparemment, c’est juste
qu’il y a un contexte d’insécurité,
c’est une zone de guerre. Et dans
cette zone de guerre, on prend forcément
des précautions qui ne sont forcément
pas les mêmes que dans d’autres
domaines. Et ayant communiqué sur
le fait qu’on allait évacuer
des enfants vers la France, je pense
qu’il y avait un réel danger pour
notre personnel et tchadien et
soudanais, et même pour les
enfants. Tout ça, on ne l’a
jamais dit mais on ne peut pas être
à la frontière d’un pays qui est
en train de massacrer une population
en affichant sur tous les toits
qu’on va justement enlever ces
enfants de cette zone de guerre. On
les prend justement pour les protéger.
Ca fait des témoins. On les emmène
ailleurs et ça fait des témoins de
ce qui s’est passé. Mais forcément,
même les gens là-bas, les
Tchadiens avec qui j’étais là-bas
et qui ont été extrêmement
courageux de passer la frontière,
ils avaient peur tous les jours,
mais tous les jours ! Ils me
disaient qu’il fallait ne pas le
dire, « parce qu’on va se
prendre une balle dans la tête».
C’est vraiment ce qu’ils me
disaient.
RFI : Eric Breteau disait la semaine dernière que
Bernard Kouchner était parfaitement
au courant de l’opération,
qu’il avait rencontré un
assistant direct de Catherine Pégard,
proche conseillère de Nicolas
Sarkozy, et qu’il était même prévu
que Cécilia Sarkozy et Rachida Dati
soient là pour accueillir les
enfants s’ils étaient revenus en
France. Est-ce que vous avez les mêmes
informations ?
Emilie Lelouche : J’ai surtout l’information qu’on a voulu poser un
Boeing 757 en plein jour à
cinquante mètres de l’armée française,
et à part ça, c’est clandestin,
personne ne le savait. Je vous
laisse en tirer vos conclusions.
RFI : Mais sur les noms qu’il cite, vous vous n’êtes
pas aussi explicite ?
Emilie Lelouch : Je n’ai pas besoin d’être explicite, les faits le sont.
Il faut juste chercher un peu, et
faites votre travail.
RFI : Gilbert Collard, qui est votre avocat, affirme que
les six, dont vous, allez devoir
payer les six millions trois cent
mille euros dus au Tchad au terme de
l’indemnisation.
Emilie Lelouch : Ca, c’est ce qu’affirme Maitre Gilbert Collard, donc moi,
je vais parler pour moi.
RFI : C’est votre avocat...
Emilie Lelouch : Oui, je lui ai interdit de communiquer avec pas mal de gens
donc, je vais reprendre les rênes. Arrêtons
là d’être hypocrites. Si à
votre avis, il n’y avait pas eu
une solution, vous croyez que je
serais là en train de vous parler ?
La solution, elle est trouvée
depuis longtemps. Le Canard
Enchainé a sorti le 5 mars, si
mes souvenirs sont bons, qu’il y a
eu… je crois que le titre c’est
«des blindés gratos». Il y
a eu tranquillement une livraison
d’armes de je ne sais combien de
blindés et autres jolis joujoux de
mort qui sont arrivés le 16 février
au Tchad gratuitement. Donc arrêtez
d’être hypocrites. Arrêtez, on
sait très bien que cette histoire,
c’est juste une grosse histoire de
sous, une grosse histoire
d’armements et que nous, on a été
au milieu et on nous a accusés de
tous les maux, mais c’est juste un
gros souci de business.
RFI : Donc, vous n’êtes pas inquiète. Vous n’avez
pas l’impression que les huissiers
vont venir chez vous prendre ce que
vous avez.
Emilie Lelouch : Arrêtez de faire peur aux Français avec «on va vous
prendre vos impôts». Arrêtez,
c’est déjà fait. Ils se sont
bien servis de nous, ils continuent
à faire peur aux Fançais : «on
va piocher dans votre porte-monnaie,
surtout attention c’est des gros méchants».
Arrêtez! Je pense qu’Idriss Déby,
il a un joli missile dans son
jardin, et ça va être magnifique
de le faire briller tous les
jours. C’est ça le problème.
Propos recueillis par Frédéric Rivière
L'opposant
Ibni toujours disparu, la commission
d'enquête remaniée
3/04/2008-AFP-
Deux
mois après avoir été arrêté à
la fin d'un raid rebelle à
N'Djamena, l'opposant tchadien Ibni
Oumar Mahamat Saleh est toujours
porté disparu, et la commission
d'enquête "obtenue" par
le président français Nicolas
Sarkozy, contestée de partout, a dû
être modifiée mercredi.
"Deux mois sans aucune
nouvelle, ça nous préoccupe
beaucoup", dit à l'AFP Moussa
Mahamat Saleh, un cousin du
porte-parole de la principale
coalition de l'opposition, la
Coordination des partis politiques
pour la défense de la Constitution
(CPDC).
Selon des témoignages concordants,
Ibni Oumar Mahamat Saleh a été arrêté
le 3 février par la garde présidentielle
du chef de l'Etat Idriss Deby Itno,
ce que les autorités nient. Deux
autres opposants interpellés dans
les mêmes conditions, l'ex-président
Lol Mahamat Choua et le député
Ngarlejy Yorongar, ont depuis
retrouvé la liberté.
Sous couvert de l'anonymat,
plusieurs membres de l'opposition
disent craindre que leur
porte-parole soit mort. Ngarlejy
Yorongar, qui affirme avoir été détenu
en sa présence, en est même
presque certain.
"Nous ne croyons pas qu'il soit
mort", proteste Moussa Mahamat
Saleh, tout en avouant n'avoir
aucune information à ce sujet.
"Nous lançons un SOS à la
communauté internationale pour
qu'elle fasse pression sur
Deby".
Jusqu'ici, la communauté
internationale a essentiellement
obtenu une "commission d'enquête"...
qui ne s'est jamais réunie.
Très critiqué pour sa visite à
N'Djamena le 27 février, après
avoir aidé Idriss Deby à repousser
les rebelles et alors que des
opposants manquaient à l'appel, le
président français Nicolas Sarkozy
a tenté de tourner la situation à
son avantage en annonçant que son
homologue tchadien avait
"accepté" de créer une
commission d'enquête
"internationale".
Or, opposants, proches d'Ibni Oumar,
défenseurs des droits de l'Homme et
même, en coulisses, diplomates
européens ont tous contesté une
commission presque intégralement
nommée par Idriss Deby et que
dirigeait un de ses alliés, le président
de l'Assemblée nationale Nassour
Ouaïdou.
La France, l'Union européenne (UE)
et la Francophonie, membres de cette
instance controversée, ont participé
à des réunions pour la
"remanier" afin de la
rendre "plus crédible",
selon un diplomate.
Résultat, les Européens, dont la
France, et la Francophonie
deviennent observateurs et non plus
membres, au sein d'une commission
qui n'est plus
"internationale", selon un
décret présidentiel publié
mercredi soir.
Très légèrement remaniée, la
commission obtient un nouveau président,
le bâtonnier de l'Ordre des avocats
Allaisem Djaïbé, et doit faire la
lumière "sur les personnes
portées disparues" et les
"violations des droits de
l'Homme".
Deux représentants de la société
civile et deux membres des
"partis politiques"
doivent y figurer, mais sa vice-président
Hélène Lambatim a reconnu des
"difficultés" pour les
convaincre, liées à "un problème
de crédibilité" de
l'instance.
"Elle n'est pas du tout indépendante",
tranche le président de la Ligue
tchadienne des droits de l'Homme
(LTDH) Massalbaye Tenebaye, qui a
refusé d'y siéger. "Il faut
une personnalité étrangère,
africaine de préférence, pour la
diriger".
Même son de cloche à la CPDC, qui
réclame, outre "la libération
immédiate et inconditionnelle"
d'Ibni Oumar, une commission "réellement
internationale et réellement indépendante".
"La France, qui a aidé
militairement Deby à chasser les
rebelles, a les moyens de faire
pression sur lui", note
l'ancien chef de l'Etat Lol Mahamat
Choua. "Mais jusqu'ici, la
visite de Sarkozy n'a pas eu
beaucoup de résultats".
L'organisation internationale Human
Rights Watch (HRW) résume à sa
manière: "Le président Deby a
mystifié le président
Sarkozy".
Arche
de Zoé: les six Français et un
Tchadien graciés par le président
Deby
31/03/2008-AFP-Les
six Français de L'Arche de Zoé
condamnés en décembre au Tchad
pour avoir tenté d'exfiltrer 103
enfants vers la France, ainsi qu'un
intermédiaire tchadien, ont été
graciés lundi par le président
tchadien Idriss Deby Itno, selon
deux décrets publiés à N'Djamena.