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  Chronique 

Chronique: « TCHAD: La rechute pernicieuse
vers la période antédiluvienne
».  

Par Mohamed KEBIR 
Article paru le 14 juin 2005 - Ialtchad Presse


« TCHAD: La rechute pernicieuse vers la période antédiluvienne ».  

La date du 6 juin 2005 doit à plus d’un titre rappeler les Tchadiens celle d’un 7 juin 1982. Sauf que la quasi similitude des deux dates recèle une différenciation évidente dans les diverses et non moins divergentes péripéties politiques du Tchad. A partir de juin 1982, le pays a été gouverné par un régime qui trouvait sa légitimité sous le paravent du monopartisme qui était un système légal de gouvernance en Afrique francophone jusqu’en 1990. Néanmoins, en juin 2005, c’est le multipartisme - vieux d’un peu plus de deux septennats déjà - qui est la seule issue par laquelle un Etat accède au club des nations civilisées. Deux dates qui se ressemblent presque trait pour trait (à la différence d’un jour près en dépit du nombre d’années qui les sépare), mais des dates qui marquent deux contextes historiques bien distincts dans la vie tumultueuse du peuple tchadien.

Au cours de la période qui précède les années quatre vingt dix, c’est par les armes que le pouvoir se conquiert un peu partout dans les ex-colonies françaises, voire anglaises ou autres. Ceux qui y accèdent se repaissent du sadisme de s’y accrocher à vie. Les dictateurs mettent en place un outil de terreur et de répression afin de dissuader les populations et les éventuels prétendants au pouvoir. C’est par le même procédé que les Forces Armées du Nord (FAN) de Hissein Habré prennent le pouvoir en 1982 et installent la fameuse Direction de la Documentation et de la Sécurité (DDS) pour le besoin de la cause. Durant cette période, pour mener une vie tranquille, la règle était claire : « Ne rien voir ; Ne rien entendre ; Ne rien dire ». Ceux qui enfreignent cette règle doivent élire leur dernier domicile sous…une piscine. Nous sommes en pleine période de dictature et de parti unique. Cela se comprend bien. Sous la contrainte de la peur, des familles envoient leurs enfants chanter et danser dans des groupes d’ « animation politique » ou accomplir un devoir civique au sein de la milice du Parti pour éviter la foudre.

Le XVIème sommet de la Françafrique du 21 juin 1990 à la Baule sonne le glas du monopartisme en Afrique. En effet, à la condition mitterrandienne de démocratiser leurs institutions avant de prétendre bénéficier du soutien financier de la métropole, seuls les dictateurs les plus rusés ont compris le sens du message et se sont pliés. Ceux qui ont émit des réserves l’ont payé cher. Parmi ceux-ci figure un certain Hissein Habré. Il a fallu tout de suite au Président Mitterrand de dresser contre lui son ancien aide de camp et avec l’appui de l’« Opération Epervier » (nom des forces françaises en mission au Tchad) pour l’éjecter à quelques milliers de kilomètres de N’djamena.
La Démocratie amène le Mouvement Patriotique du Salut (MPS) au pouvoir au Tchad. Martyrisés par tant d’années d’oppression sous le fardeau de l’UNIR (l’ex parti unique), les Tchadiens se voient enfin libres de leurs mouvements avec ledit Mouvement. Quelques discours erronés (mais réconfortants !) tentent désespérément de les rassurer, même si les plus sceptiques et le plus prudents savent parfaitement qu’il n’y a aucune différence entre les composantes du régime déchu et celles du nouveau venu.

Très vite les espoirs vont être déçus. A peine un mois après s’être investit sur les lieux, le MPS dévoile son vrai visage. Un organe similaire à la DDS est tout de suite mis sur pied : le Centre de Recherche et de Coordination des Renseignements (CRCR). Tout commence par des assassinats. Bisso Mamadou, un opposant, serait traqué puis assassiné dans sa chambre d’hôtel à Maroua. A N’djamena, pour une simple motocyclette, des brigands emmitouflés dans des accoutrements précambriens étiquetés du logo « mps » tirent à bout portant sur les citadins. Pendant de longs mois les n’djamenois vont être assiégés chez eux à la tombée de la nuit. Joseph Behidi, avocat de son état et vice-président de la Ligue Tchadienne des Droits de l’Homme (LTDH), a été abattu comme un chien non loin de chez lui. Nous sommes, dit-on, en pleine euphorie de la jouissance de « Liberté » et de « Démocratie ». Cet épisode n’est que le commencement d’une succession d’événements malheureux qui vont émailler pendant de longues années la vie des Tchadiens.

La conception d’un faciès de Charte nationale, suivie un peu plus tard de l’organisation d’une Conférence nationale vont déboucher en 1996 sur une Constitution qui aurait été adoptée par les Tchadiens. A l’issue de son congrès tenu en novembre 2003, le MPS insinue l’idée d’une modification de la Constitution tchadienne sous les injonctions de son chef Idriss Déby. En mai 2004, les députés du régime adoptent sans aucune autre forme de procès le texte qui, une année plus tard, sera proposé à une consultation populaire. Le 6 juin 2005, les partisans du MPS et ceux de quelques partis ralliés retrouvent sans engouement le chemin des urnes. Cette mobilisation consiste à sacrifier la Constitution tchadienne sur l’autel de l’éphémère pérennité à la magistrature suprême d’un individu. Cela se passe avec la complicité téméraire d’autres tchadiens.

Il n’en demeure pas moins que ce régime a pratiqué la politique de la terre brûlée contre toutes les autres couches sociales. Terroriser les populations civiles, procéder à des arrestations massives bref, semer partout la peur et la zizanie afin de prétendre rester ad vitam æternam au pouvoir, telle est sa politique aux approches des échéances de grande envergure. Cette attitude machiavélique se traduit ces derniers temps par :
- Des arrestations massives des membres de la communauté Kreda au seul motif qu’ils rentrent d’un long séjour à l’Etranger ;
- L’assassinat de plusieurs dizaines de ressortissants du Ouaddaï géographique, qui sont accusés de partager un lien sociologique avec la rébellion de l’est ;
- L’intimidation perpétrée contre le directeur de publication de l’hebdomadaire le Temps parce qu’un envoyé de son journal a fait simplement son travail, celui de s’être rendu dans l’est du Tchad pour réaliser une interview avec un opposant militaire ;
- La séquestration pendant des jours avant d’être relaxé de Samory Ngaradoumbé, rédacteur en chef de l’hebdomadaire privé L’Observateur qui s’est vu inculper par la police politique du régime d’avoir publié une lettre ouverte au chef de l’Etat ;
- La tentative d’assassinat contre le capitaine Mahamat-Nour Abdelkérim, chef des rebelles (qui luttent contre l’instauration d’un régime dynastique au Tchad) au Soudan ;
- La tentative flagrante de rapatriement au Tchad pour séquestration de Makaïla Nguelba, étudiant en Tunisie, pour avoir participé au forum de discussion sur des sujets qui touchent la situation politique actuelle au Tchad. Il est malgré tout contraint de trouver refuge en Afrique de l’Ouest.

Des pratiques dignes d’une époque de la diète noire. Les Tchadiens sont en train de (re)vivre une époque révolue dans le présent. De ce que fut l’UNIR au temps de la dictature, ils ont aujourd’hui, en démocratie, le MPS qui en est la parfaite copie conforme. La même DDS s’est muée d’abord en CRCR puis en ANS. Les dénominations ont changé certes, mais les pratiques restent les mêmes sinon pires aujourd’hui. Il ne reste plus qu’à réhabiliter la BSIR (Brigade Spéciale d’Intervention Rapide) pour appréhender et liquider à tout bout de champ tout suspect. Cela pourrait être chose faite après la confirmation de la « victoire du oui » le 21 juin. Pourquoi les résultats seront-ils proclamés à cette date ? La date du 21 juin doit rappeler les Tchadiens celle d’un 22 juin (1983). C’est une date anniversaire de l’un des fameux organes affiliés à l’UNIR. Ce qui veut dire simplement que le choix des dates n’est pas fait au hasard.
En somme, le 7 juin avait été une date mémorable pour l’UNIR. Tandis que le 6 juin l’est pour le MPS. La date du 22 juin avait une dimension historique pour le régime UNIR et celle du 21 juin va bientôt l’avoir pour le régime MPS. C’est une réplique du parti unique d’alors qui refait dangereusement surface, à la différence seulement qu’avec l’UNIR, les Tchadiens avaient « un guide éclairé » paraît-il.

Les Tchadiens vont rester pendant longtemps à faire les spectateurs chez eux tant qu’ils ne se désolidariseront pas de leur passivité morbide. Ils doivent comprendre aussi qu’en continuant d’écouter les arguments de ceux qui les incitent à rester chez pour « observer des jours de deuil », ils continueront à se faire marcher aux pieds pour toujours. Il leur incombe d’examiner leur conscience et sortir de leur torpeur pour affronter le taureau par les cornes. Partout chez les nations civilisées, l’Histoire a enseigné que pour se débarrasser d’une tyrannie, les peuples ont investi plutôt les rues. Rester chez soi est synonyme d’abdication. C’est une attitude, au contraire, favorable à l’obstination de transformer la République en royauté. Ce qui constitue un sacrilège blasphématoire.
En définitive, il est certain que ceux qui s’agitent en ce moment à vouloir devenir Président de la République au Tchad ne sont pas ceux qui seront à même de faire mieux. Celui qui sauvera le Tchad doit venir de très loin !


Mohamed KEBIR,
Correspondant permanent de
Radio DJA FM et de Ialtchad Presse à Paris 

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