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Habitués des valses-hésitations et des contradictions défendues au
gré de leurs intérêts du moment, pouvoir et opposition se sont, une
fois de plus, illustrés par des attitudes dignes d’hommes politiques
d’une « républiquette » aux antipodes des principes démocratiques
basiques. Pour être indulgent, je concède quelques petites vérités.
Une élection crédible et sereine ne peut être organisée dans une
période de psychose de guerre civile. Devant la gravité des
contestations et la menace armée, la présidentielle aurait pu être
reportée, sauf à vouloir délibérément entretenir la psychose pour
mobiliser les électeurs. Ceux-là ne sortiront assurément pas
nombreux le 3 mai, mais ceux qui se seront déplacés voteront
immanquablement pour Deby. Au regard des moyens matériels et
financiers que le Président-candidat a déployés pour sa campagne, il
faut être bouché à l’émeri pour soutenir le contraire. On se demande
d’ailleurs pourquoi a-t-il, face à des adversaires qui ne
récolteront que leur propre voix – et dans une certaine mesure
seulement des voix des cercles restreints de leur famille – vidé
les caisses de l’État comme si cette élection l’opposait à un
candidat crédible, charismatique et populaire ?
On l’aura compris, un tel opposant n’existe pas
encore au Tchad et qu’ainsi, même face à des adversaires supposés
« poids lourds » de la politique, en temps de paix, Deby n’aurait
pas eu besoin de mettre à sac le trésor public pour faire campagne.
Souvenez-vous, sous la signature d’une mission européenne qui a
séjourné récemment au Tchad, vous avez pu lire ceci : « Morcelée
en près de 70 partis, elle [opposition] est d’aussi piètre qualité
que la majorité présidentielle. Les ténors, pour la plupart
sudistes, ne représentent souvent qu’eux mêmes ou tout au plus, dans
le meilleur des cas, une région ou une ethnie – parmi eux
figurent : MR. Ngarlejy YORONGAR, Saleh KEBZABO, Ibni Oumar MAHAMAT
SALEH, Salibou GARBA, Jean Bawoyeu ALINGUE et le Général Wadal
Abdelkader KAMOUGUE –. » On n’a pas entendu les politiques
s’expliquer sur ce rapport accablant publié par le journal le Temps.
On ne s’étonnera donc pas que du fait de son extrême objectivité, le
rapport de la mission susmentionnée, ait pu dissuader le premier des
prétentieux qui aurait osé y apporter quelque faux démenti. Force
est de s’y résigner au risque de paraître encore plus ridicule aux
yeux, non pas des observateurs étrangers, mais simplement du commun
des Tchadiens qui sait pertinemment que chaque chef de parti
politique ne représente que son ethnie ou sa région. On prétend que
Deby exerce un pouvoir clanique. Soit ! Mais n’oublions pas que
cette remarque vaut aussi pour tous ses opposants. Rien, dans
l’attitude des opposants, ne détermine à penser qu’une fois l’un
d’eux arrivé au pouvoir, il ne l’exercerait pas en s’appuyant
principalement sur son ethnie.
Aussi, quand s’ouvre la saison des choix, faut-il
encore savoir à qui accorder sa confiance. Moralement parlant, on ne
doit pas voter pour Deby parce que durant ses 15 années au pouvoir,
il a favorisé les membres de son clan au détriment des populations
plus nombreuses. Mais ne nous méprenons pas non plus sur la
structure faussement nationale de la fameuse CPDC qui nous appelle à
ne pas voter. Elle n’est que la pâle copie du MPS qui regroupe
l’ensemble des couches ethniques du pays. Rien ne prouve en effet
que le MPS est un parti national. La preuve, Deby n’a-t-il pas
envoyé Pascal Yoadimnadji non pas à Faya ou à Abéché battre
campagne, mais au Sud parce qu’il est originaire de cette région ?
Ceux qui sont partis au Nord ne sont pas Sudistes à ce que je sache.
Et si l’on pénètre dans les catégories Nord/Sud, on s’apercevra que
dans chacune de ces régions, le MPS a envoyé ses lieutenants issus
de sous-régions pour y battre campagne. Quel gâchis ! Pour parler
d’un parti national, j’aurais aimé voir Moussa Kadam haranguer la
foule à Moundou ou à Moissala dans les langues locales et Pascal
Yoadimnadji soutenir Deby en langue gorane dans l’extrême Nord.
Hélas, en 48 ans, la République du Tchad reste tristement une pseudo
République, conséquence des calculs bassement et égoïstement
politiques. La CPDC n’aura pas fait autrement si elle est au
pouvoir. D’ailleurs, je crois qu’il est temps que cette coalition
change d’appellation, car on ne sait pas pourquoi ce regroupement de
partis politiques continue par prétendre défendre la Constitution.
Deux raisons au moins commandent l’abandon du prétexte de la
défense de la Loi suprême.
Tout le monde sait en effet que la CPDC a été
créée pour s’opposer à la modification de la Constitution portant
suppression de la limitation du mandat présidentiel. Pour cette
coalition, Deby ayant effectué 2 mandats, il est
constitutionnellement inéligible pour un 3e. Par
conséquent, toute modification de la constitution dans le sens de
lui permettre de renouveler son mandat est frauduleuse. L’argument a
été suivi et l’appel à ne pas voter pour le référendum a été
respecté par la majorité des électeurs. Curieusement, après
modification du mandat pourtant contestée, la CPDC reconsidère sa
position et propose de présenter un candidat face à Deby si des
conditions relatives à la transparence sont réunies par la CENI.
J’avoue que je suis resté médusé face à cette attitude. Heureusement
que Deby n’a pas accepté de se plier aux jérémiades de ce
groupuscule qui du coup n’a pas présenté un candidat, sinon j’aurais
porté plainte pour abus de confiance. Comment comprendre en effet
qu’on nous demande de nous abstenir de voter pour le référendum
parce qu’elle rendrait légale une candidature somme toute illégale
et - au mépris de l’électeur ayant suivi l’appel au boycott
–, accepter quand même cette candidature à la présidentielle si
quelques conditions sont réunies. C’est dire que finalement Deby
n’est pas pour le moins infréquentable comme personnage et qu’on
peut frauduleusement s’arranger avec sa candidature, illégitime
soit-elle, en dépit des engagements pris envers les électeurs. Quel
culot !
L’autre raison, et non des moindres, c’est la
complaisance suspecte de la CPDC envers le régime. On ne peut
pas se prétendre Coordination des partis politiques pour la défense
de la Constitution et rester passif face à sa violation manifeste
par le pouvoir. Si l’on considère que notre Loi suprême nous
autorise à nous opposer totalement « à tout régime dont la
politique se fonderait sur l’arbitraire, la dictature, l’injustice,
la corruption, la concussion, le népotisme, le clanisme, le
tribalisme, le confessionnalisme et la confiscation du pouvoir »,
la CPDC qui s’est engagée solennellement dans cette voie, doit user
de tous les moyens juridiques pour mobiliser efficacement les
citoyens contre les pratiques tyranniques de Deby consistant entre
autres à utiliser l’argent du pétrole à des fins guerrières et
ignore paradoxalement le droit à un dédommagement minimal de
plusieurs familles victimes de la décente des rebelles dans les
différentes villes du pays. Mieux, occupés à réfléchir sur leurs
propres intérêts, on n’a pas entendu les leaders de la CDPC
contester outre mesure l’utilisation abusive par Idriss Deby des
finances et biens matériels de l’État pour sa campagne électorale.
On s’interroge vraiment sur ce silence suspect qui se traduit par la
crainte de dénoncer vigoureusement le détournement des deniers
publics par le chef de l’État. Au-delà de Deby qui est pour
l’instant couvert par une immunité présidentielle, c’est une requête
en bonne et due forme que la CPDC se devait d’initier et déposer
devant les juridictions compétentes pour voir ouvrir des
informations judiciaires contre les personnes connues et impliquées
dans le détournement de l’argent du pétrole. Il n’est pas besoin de
mener une enquête propre en ce sens ; le CCRSP a déjà fait un
travail minimum mais suffisant pour traîner devant les tribunaux
quelques indélicats qui bénéficient assurément d’un protection des
hautes sphères de l’État en violation fragrante de notre
Constitution. Lorsqu’une coalition se charge de défendre la
Constitution –rôle pourtant dévolu constitutionnellement au chef
de l’État –, c’est toute la loi constitutionnelle qu’elle doit
chercher à préserver et non pas seulement les dispositions qui
l’arrangent. La Constitution ne se limite pas aux articles relatifs
à l’élection présidentielle.
Si donc l’objet de la CPDC est limité à la
présidentielle, elle ferait bien d’abandonner l’ambition de la
défense de la Constitution dont elle se targue et s’atteler plus
modestement à des objectifs dont elle en a les moyens. À défaut,
elle endossera la responsabilité de la violation de la loi pour
avoir complaisamment laissé faire. Défendre la Constitution, c’est
déjà répliquer par un simple droit de réponse au magazine Jeune
Afrique qui reproduit des propos attribués au Président français
selon qui, « le Tchad n’est pas un État, mais un territoire
délimité par les frontières de ses voisins… ». J’ai attendu en
vain de lire un communiqué de la CPDC sur cette humiliante
déclaration qui ne saurait, à mon avis, être excusée par le prétexte
de la réalité. Quelque soient l’ignorance et la violence de ses
fils, le Tchad reste un État où la France dispose d’une
représentation diplomatique et où, sauf à démontrer le contraire,
aucun autre État n’exerce sa souveraineté. Un simple communiqué en
ce sens, nous aurait déterminé à accorder un minimum de confiance à
la CPDC.
Surtout, vous avez certainement lu ce bref de
Jeune Afrique qui nous dévoile que « Dans une lettre
confidentielle adressée le 19 avril à la présidence gabonaise,
l’opposition civile tchadienne demande à Omar Bongo Ondimba
d’intervenir auprès de son ami Idriss Déby Itno pour
amener ce dernier à un peu de souplesse…Toutes les figures de
l’opposition tchadienne y sont associées : Ngarledji Yorongar, Wadal
Abdelkader Kamougué, Saleh Kebzabo, Jean Bawoyeu Alingué, Lol
Mahamat Choua et Ibni Oumar Mahamat Saleh ». Voilà qui est bien
étrange de la part de la CPDC qui, si l’on veut bien me concéder le
droit de rappeler le but principal, s’oppose à un 3e
mandat présidentiel que Deby s’apprête à briguer. Nulle part à ma
connaissance, on n’a déployé autant d’incohérence et
d’inconsistance. De stratégies médiocrement montées en calcul
bassement politique, on abouti immanquablement à la trahison.
Comment est-il possible que ceux qui prétendent instaurer la
démocratie au Tchad puissent même imaginer faire recours à un tyran
comme Bongo pour intercéder en leur faveur auprès de Deby ? Cela
fait bientôt 38 ans que le président gabonais est au pouvoir et ne
semble pas du tout prêt à quitter son fauteuil par voie
démocratique. On ne peut penser raisonnablement qu’un tel dictateur
se rangera derrière des hommes politiques dont le but est le même
que celui de ses propres opposants, à savoir contraindre à l’abandon
du pouvoir par la voie des urnes !
Finalement, quelle efficacité, quelle cohérence
espérer d’une opposition animée par des considérations inavouées ?
Quel souffle attendre d’un régime politique constamment porté au
détournement des biens publics, au népotisme, au clientélisme, à la
violation de la Constitution ? Quand il faut opérer des choix, on
peut ne pas choisir de voter, mais on ne peut pas nous
imposer le choix de ne pas voter. Il nous appartient de nous
déterminer nous-mêmes, les acteurs politiques n’étant pas ou peu
crédibles. Aussi, l’appel de la CPDC de ne pas aller voter le 3 mai
ne doit-il pas être suivi simplement parce que cette coalition l’a
lancé. Dans le même sens, ceux qui iront voter doivent le faire pour
des raisons personnelles et non pas simplement dans le but de faire
plaisir à quiconque. Ne pas voter est un droit et non un devoir.
Voter aussi ! |