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  Chronique 

Chronique: « Quand s’ouvre la saison des choix,
la CPDC ne convainc pas !
 »
Par Lyadish AHMED 

Article paru le 02 mai 2006 - Ialtchad Presse

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« Quand s’ouvre la saison des choix, la CPDC ne convainc pas !  »
Par Lyadish AHMED

Rarement question politique au Tchad a obligé les citoyens autant à réfléchir, que la présidentielle du 3 mai prochain. L’opportunité de la tenue de cette élection a fait tellement couler d’encre qu’il apparaît superflu d’en rajouter une ligne. On retiendra simplement que celle-là, une partie de l’opposition démocratique l’a boudée, que Deby reste hermétiquement fermé à tout report d’échéance électorale et que les politico-militaires ont promis la perturber. Pourtant, on aura aimé que ces acteurs politiques nous expliquent clairement les raisons qui sous-tendent leur attitude ; peut-être aurions-nous été sensibles à des arguments de bon sens et, ainsi, pris faits et cause pour le parti le plus convaincant. Hélas, comme chacun a pu le constater, ni l’opposition démocratique, ni les politico-militaires moins encore Deby n’ont été capables, durant toute la période électorale, de nous convaincre et de l’effectivité et de l’inopportunité de l’élection présidentielle.


Habitués des valses-hésitations et des contradictions défendues au gré de leurs intérêts du moment, pouvoir et opposition se sont, une fois de plus, illustrés par des attitudes dignes d’hommes politiques d’une « républiquette »  aux antipodes des principes démocratiques basiques. Pour être indulgent, je concède quelques petites vérités. Une élection crédible et sereine ne peut être organisée dans une période de psychose de guerre civile. Devant la gravité des contestations et la menace armée, la présidentielle aurait pu être reportée, sauf à vouloir délibérément entretenir la psychose pour mobiliser les électeurs. Ceux-là ne sortiront assurément pas nombreux le 3 mai, mais ceux qui se seront déplacés voteront immanquablement pour Deby. Au regard des moyens matériels et financiers que le Président-candidat a déployés pour sa campagne, il faut être bouché à l’émeri pour soutenir le contraire. On se demande d’ailleurs pourquoi a-t-il, face à des adversaires qui ne récolteront que leur propre voix – et dans une certaine mesure seulement des voix des cercles restreints de leur famille – vidé les caisses de l’État comme si cette élection l’opposait à un candidat crédible, charismatique et populaire ?

On l’aura compris, un tel opposant n’existe pas encore au Tchad et qu’ainsi, même face à des adversaires supposés « poids lourds » de la politique, en temps de paix, Deby n’aurait pas eu besoin de mettre à sac le trésor public pour faire campagne. Souvenez-vous, sous la signature d’une mission européenne qui a séjourné récemment au Tchad, vous avez pu lire ceci : « Morcelée en près de 70 partis, elle [opposition] est d’aussi piètre qualité que la majorité présidentielle. Les ténors, pour la plupart sudistes, ne représentent souvent qu’eux mêmes ou tout au plus, dans le meilleur des cas, une région ou une ethnieparmi eux figurent : MR. Ngarlejy YORONGAR, Saleh KEBZABO, Ibni Oumar MAHAMAT SALEH, Salibou GARBA, Jean Bawoyeu ALINGUE et le Général Wadal Abdelkader KAMOUGUE –. » On n’a pas entendu les politiques s’expliquer sur ce rapport accablant publié par le journal le Temps. On ne s’étonnera donc pas que du fait de son extrême objectivité, le rapport de la mission susmentionnée, ait pu dissuader le premier des prétentieux qui aurait osé y apporter quelque faux démenti. Force est de s’y résigner au risque de paraître encore plus ridicule aux yeux, non pas des observateurs étrangers, mais simplement du commun des Tchadiens qui sait pertinemment que chaque chef de parti politique ne représente que son ethnie ou sa région. On prétend que Deby exerce un pouvoir clanique. Soit ! Mais n’oublions pas que cette remarque vaut aussi pour tous ses opposants. Rien, dans l’attitude des opposants, ne détermine à penser qu’une fois l’un d’eux arrivé au pouvoir, il ne l’exercerait pas en s’appuyant principalement sur son ethnie.

Aussi, quand s’ouvre la saison des choix, faut-il encore savoir à qui accorder sa confiance. Moralement parlant, on ne doit pas voter pour Deby parce que durant ses 15 années au pouvoir, il a favorisé les membres de son clan au détriment des populations plus nombreuses. Mais ne nous méprenons pas non plus sur la structure faussement nationale de la fameuse CPDC qui nous appelle à ne pas voter. Elle n’est que la pâle copie du MPS qui regroupe l’ensemble des couches ethniques du pays. Rien ne prouve en effet que le MPS est un parti national. La preuve, Deby n’a-t-il pas envoyé Pascal Yoadimnadji non pas à Faya ou à Abéché battre campagne, mais au Sud parce qu’il est originaire de cette région ? Ceux qui sont partis au Nord ne sont pas Sudistes à ce que je sache. Et si l’on pénètre dans les catégories Nord/Sud, on s’apercevra que dans chacune de ces régions, le MPS a envoyé ses lieutenants issus de sous-régions pour y battre campagne. Quel gâchis ! Pour parler d’un parti national, j’aurais aimé voir Moussa Kadam haranguer la foule à Moundou ou à Moissala dans les langues locales et Pascal Yoadimnadji soutenir Deby en langue gorane dans l’extrême Nord. Hélas, en 48 ans, la République du Tchad reste tristement une pseudo République, conséquence des calculs bassement et égoïstement politiques. La CPDC n’aura pas fait autrement si elle est au pouvoir. D’ailleurs, je crois qu’il est temps que cette coalition change d’appellation, car on ne sait pas pourquoi ce regroupement de partis politiques continue par prétendre défendre la Constitution. Deux raisons au moins commandent l’abandon du prétexte de la défense de la Loi suprême.

Tout le monde sait en effet que la CPDC a été créée pour s’opposer à la modification de la Constitution portant suppression de la limitation du mandat présidentiel. Pour cette coalition, Deby ayant effectué 2 mandats, il est constitutionnellement inéligible pour un 3e. Par conséquent, toute modification de la constitution dans le sens de lui permettre de renouveler son mandat est frauduleuse. L’argument a été suivi et l’appel à ne pas voter pour le référendum a été respecté par la majorité des électeurs. Curieusement, après modification du mandat pourtant contestée, la CPDC reconsidère sa position et propose de présenter un candidat face à Deby si des conditions relatives à la transparence sont réunies par la CENI. J’avoue que je suis resté médusé face à cette attitude. Heureusement que Deby n’a pas accepté de se plier aux jérémiades de ce groupuscule qui du coup n’a pas présenté un candidat, sinon j’aurais porté plainte pour abus de confiance. Comment comprendre en effet qu’on nous demande de nous abstenir de voter pour le référendum parce qu’elle rendrait légale une candidature somme toute illégale et - au mépris de l’électeur ayant suivi l’appel au boycott –, accepter quand même cette candidature à la présidentielle si quelques conditions sont réunies. C’est dire que finalement Deby n’est pas pour le moins infréquentable comme personnage et qu’on peut frauduleusement s’arranger avec sa candidature, illégitime soit-elle,  en dépit des engagements pris envers les électeurs. Quel culot !         

L’autre raison, et non des moindres, c’est la complaisance suspecte de la CPDC envers le régime. On ne peut pas se prétendre Coordination des partis politiques pour la défense de la Constitution et rester passif face à sa violation manifeste par le pouvoir. Si l’on considère que notre Loi suprême nous autorise à nous opposer totalement « à tout régime dont la politique se fonderait sur l’arbitraire, la dictature, l’injustice, la corruption, la concussion, le népotisme, le clanisme, le tribalisme, le confessionnalisme et la confiscation du pouvoir », la CPDC qui s’est engagée solennellement dans cette voie, doit user de tous les moyens juridiques pour mobiliser efficacement les citoyens contre les pratiques tyranniques de Deby consistant entre autres à utiliser l’argent du pétrole à des fins guerrières et ignore paradoxalement le droit à un dédommagement minimal de plusieurs familles victimes de la décente des rebelles dans les différentes villes du pays. Mieux, occupés à réfléchir sur leurs propres intérêts, on n’a pas entendu les leaders de la CDPC contester outre mesure l’utilisation abusive par Idriss Deby des finances et biens matériels de l’État pour sa campagne électorale. On s’interroge vraiment sur ce silence suspect qui se traduit par la crainte de dénoncer vigoureusement le détournement des deniers publics par le chef de l’État. Au-delà de Deby qui est pour l’instant couvert par une immunité présidentielle, c’est une requête en bonne et due forme que la CPDC se devait d’initier et déposer devant les juridictions compétentes pour voir ouvrir des informations judiciaires contre les personnes connues et impliquées dans le détournement de l’argent du pétrole. Il n’est pas besoin de mener une enquête propre en ce sens ; le CCRSP a déjà fait un travail minimum mais suffisant pour traîner devant les tribunaux quelques indélicats qui bénéficient assurément d’un protection des hautes sphères de l’État en violation fragrante de notre Constitution. Lorsqu’une coalition se charge de défendre la Constitution –rôle pourtant dévolu constitutionnellement au chef de l’État –, c’est toute la loi constitutionnelle qu’elle doit chercher à préserver et non pas seulement les dispositions qui l’arrangent. La Constitution ne se limite pas aux articles relatifs à l’élection présidentielle.

Si donc l’objet de la CPDC est limité à la présidentielle, elle ferait bien d’abandonner l’ambition de la défense de la Constitution dont elle se targue et s’atteler plus modestement à des objectifs dont elle en a les moyens. À défaut, elle endossera la responsabilité de la violation de la loi pour avoir complaisamment laissé faire. Défendre la Constitution, c’est déjà répliquer par un simple droit de réponse au magazine Jeune Afrique qui reproduit des propos attribués au Président français selon qui, « le Tchad n’est pas un État, mais un territoire délimité par les frontières de ses voisins… ». J’ai attendu en vain de lire un communiqué de la CPDC sur cette humiliante déclaration qui ne saurait, à mon avis, être excusée par le prétexte de la réalité. Quelque soient l’ignorance et la violence de ses fils, le Tchad reste un État où la France dispose d’une représentation diplomatique et où, sauf à démontrer le contraire, aucun autre État n’exerce sa souveraineté. Un simple communiqué en ce sens, nous aurait déterminé à accorder un minimum de confiance à la CPDC.

Surtout, vous avez certainement lu ce bref de Jeune Afrique qui nous dévoile que « Dans une lettre confidentielle adressée le 19 avril à la présidence gabonaise, l’opposition civile tchadienne demande à Omar Bongo Ondimba d’intervenir auprès de son ami Idriss Déby Itno pour amener ce dernier à un peu de souplesse…Toutes les figures de l’opposition tchadienne y sont associées : Ngarledji Yorongar, Wadal Abdelkader Kamougué, Saleh Kebzabo, Jean Bawoyeu Alingué, Lol Mahamat Choua et Ibni Oumar Mahamat Saleh ». Voilà qui est bien étrange de la part de la CPDC qui, si l’on veut bien me concéder le droit de rappeler le but principal, s’oppose à un 3e mandat présidentiel que Deby s’apprête à briguer. Nulle part à ma connaissance, on n’a déployé autant d’incohérence et d’inconsistance. De stratégies médiocrement montées en calcul bassement politique, on abouti immanquablement à la trahison. Comment est-il possible que ceux qui prétendent instaurer la démocratie au Tchad puissent même imaginer faire recours à un tyran comme Bongo pour intercéder en leur faveur auprès de Deby ? Cela fait bientôt 38 ans que le président gabonais est au pouvoir et ne semble pas du tout prêt à quitter son fauteuil par voie démocratique. On ne peut penser raisonnablement qu’un tel dictateur se rangera derrière des hommes politiques dont le but est le même que celui de ses propres opposants, à savoir contraindre à l’abandon du pouvoir par la voie des urnes !

Finalement, quelle efficacité, quelle cohérence espérer d’une opposition animée par des considérations inavouées ? Quel souffle attendre d’un régime politique constamment porté au détournement des biens publics, au népotisme, au clientélisme, à la violation de la Constitution ? Quand il faut opérer des choix, on peut ne pas choisir de voter, mais on ne peut pas nous imposer le choix de ne pas voter. Il nous appartient de nous déterminer nous-mêmes, les acteurs politiques n’étant pas ou peu crédibles. Aussi, l’appel de la CPDC de ne pas aller voter le 3 mai ne doit-il pas être suivi simplement parce que cette coalition l’a lancé. Dans le même sens, ceux qui iront voter doivent le faire pour des raisons personnelles et non pas simplement dans le but de faire plaisir à quiconque. Ne pas voter est un droit et non un devoir. Voter aussi !

Lyadish Ahmed
Ialtchad Presse

Pour vos observations :
lyadishahmed@yahoo.fr

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