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  Chronique 

Chronique: Vœux du Président Deby pour 2005 :
« Y a pas d' cadeau pour l'opposition Tchadienne ».


Par Mohamed KEBIR 
Article paru le 31 janvier 2005 - Ialtchad Presse

Vœux du Président Deby pour 2005 : « Y a pas d' cadeau
 pour l'opposition Tchadienne
».

Le 4 décembre 1990, lors de son tout premier message à la Nation, Idriss DEBY s’adressait aux Tchadien(ne)s en ces termes : « Le cadeau que je vous apporte n’est ni or ni argent, c’est la liberté ». Depuis lors, beaucoup sont ceux-là qui ont commencé par chuchoter un peu plus fort ce dont ils avaient l’habitude de murmurer dans leur cœur. La presse indépendante, les Partis politiques, les Associations de la société civile et des Droits de l’Homme essaiment partout à travers le pays. Les Tchadien(ne)s commençaient à se demander s’ils ne se réveillaient pas d’un long traumatisme cauchemardesque qui a failli leur perdre à jamais l’usage de la langue. L’usage excessif de la liberté va engendrer une lassitude qui va très vite envenimer la situation et va créer de vives tentions entre le nouveau régime (le Mouvement Patriotique du Salut) et l’opposition (composée des Partis politiques y compris la presse indépendante et les Associations).

Le régime MPS, à son arrivée au pouvoir, comme tout nouveau régime, s’est plu à séduire les populations tchadiennes en prônant la « liberté » comme une nécessité qui désormais doit être indissociable du mode de vie quotidien de tout tchadien(ne). Monsieur Idriss DEBY, dans son discours, promettait la liberté de la presse ; la liberté syndicale ; la liberté confessionnelle ; la liberté de fonder son Parti politique à qui le souhaiterait. Il a également rassuré les Tchadien(ne)s qu’il n’y aurait pas de règlements  de compte. Ainsi donc dans la foulée, presque d’un seul coup, l’on assiste à l’émergence massive de regroupements claniques ou ethniques qui se font attribuer l’appellation de Partis politiques ou Associations. La démocratie made in Tchad va prendre naissance. « Chaque fibre communautaire » se doit de fonder soit une sensibilité politique soit créer une Association. Pour avoir une place il faudrait démontrer qu’on a derrière soi des hommes. Cette politique à but mercantile va profiter pour bon nombre de tchadien(ne)s qui réussiront à villégiaturer pendant quelques temps dans différents ministères et autres cabinets des sept gouvernements successifs que ce régime a connus depuis son arrivée au pouvoir. La majeure partie d’entre eux nourrissent aujourd’hui une nostalgie ou gardent un mauvais souvenir pour leurs brefs séjours dorés. En déduction, la contrepartie des marchandages consiste à faire perdurer le pouvoir qui réussit toujours à trouver des excuses.

De mille neuf cent quatre-vingt-dix (1990) à deux mille cinq (2005), le nombre de nos compatriotes qui ont brigué une fonction au sein d’un gouvernement excède de loin l’effectif de la population d’une ville comme Ounianga-Kébir. Par conséquent, ils ont l’amère expérience de se souvenir que la promesse du 4 décembre 1990 n’était en vérité que l’arbre qui cachait la forêt. A partir de ce moment, ils n’hésitent pas un seul instant à montrer leur mécontentement voire afficher leur hostilité vis à vis du pouvoir. Au fil du temps, les Tchadien(ne)s dans leur ensemble ont fini par comprendre qu’ils ont été trop crédules pour avoir eu à prêter une oreille attentive à un discours aussi flatteur que ce qui leur a promis monts et merveilles à la fin du deuxième millénaire (en 1990). Les plus déçus sont les chefs de Partis politiques qui ont beau croire que leurs entreprises allaient leur rapporter gros et sempiternellement. « Erreur », se rendent-ils compte. Beaucoup s’aventurent alors dans une guéguerre  contre le pouvoir en guise de vengeance ou de dissuasion ; très peu réussissent à se faire repêcher pour de circonstances bien spécifiques.

Les interventions des plus radicaux à l’Assemblée nationale ; les dénonciations calomnieuses des uns à travers la presse et les attaques abracadabrantes des autres sur la place du marché contre la volonté imparfaite du pouvoir à vouloir mutiler la Constitution tchadienne pour de fins égoïstes provoquent la colère de ce dernier. A juste titre, lors de son interview réalisée sur les antennes de Radio France Internationale ( RFI ) le 18 décembre 2005 avec Christophe Boisbouvier, le Président DEBY affiche formellement son intention de ne procéder à la moindre concession avec l’opposition tchadienne par rapport à la question de sa « gouvernance à vie » au Tchad. « Pourquoi voulez-vous qu’on s’entende sur tous les points » ? a-t-il répondu à la question de savoir « Est ce qu’on peut envisager un accord  MPS /opposition pour une réforme de la  CENI » ? « Il faut laisser l’opposition jouer son rôle de l’opposition, pourquoi vous voulez mettre tout le monde dans une seule moule ? C’est le sens de la démocratie » !  a-t-il ajouté.

« S’agissant de la réforme du code électoral, c’est une question purement et simplement législative. Au niveau de l’Assemblée nationale, il y a des députés membres de l’opposition. Ils n’ont pas besoin de crier sur la place du marché ! C’est des députés responsables, qu’ils introduisent à l’Assemblée nationale dont ils sont membres les réformes qu’ils jugent nécessaires », a-t-il pourvuivi.
Christophe Boisbouvier : - Et le Parti majoritaire MPS dira-t-il « oui » ?
Idriss DEBY : - La règle de la démocratie va jouer pleinement, y’a pas d’ cadeau là. C’est la règle de la démocratie qui va jouer. Mais je ne donne rien, cadeau à qui que ça soit !
C B : - Mais l’opposition est minoritaire à l’Assemblée, Monsieur le Président !
I D : - Mais c’est la règle de démocratie ! Qu’est ce que vous voulez que je fasse, moi ?…

Après un règne de quinze années au Tchad, après que ce fameux « cadeau » ( la liberté ) ait été employé avec - peut-être - exagération ou extravagance contre lui ( Idriss DEBY ), contre son régime ( le MPS ) et contre son système de gouvernance ( la Démocratie Consensuelle et Participative) – « qui n’en est d’ailleurs absolument pas une » disent ceux qui en ont déjà été victimes -, le ton et le comportement du chef de l’Etat ont nettement changé aujourd’hui. Désormais, il n’y aura plus de « cadeau », c’est-à-dire qu’il n’y aura plus de « liberté » d’expression d’opinion contradictoire à sa façon de voir les choses, ni à l’Assemblée nationale ou ailleurs et encore moins sur la place du marché. C’est le retour à la case de départ. En mille neuf cent quatre-vingt-neuf ( 1989 ), l’ancien dictateur avait  organisé un référendum constitutionnel dont l’adoption par le peuple tchadien avait emporté son élection à la présidence ( à vie !) de la République. Le même scénario est sur le point de récidiver en deux mille cinq ( 2005 ), au nom de la démocratie cette fois-ci.

Le recensement électoral actuellement encours est le troisième du genre auquel les Tchadien(ne)s sont conviés en moins de quinze ans. Il est le prélude au référendum constitutionnel de mars prochain. Les Tchadien(ne)s vont-ils suivre leur passion ou leur raison ? L’Histoire tumultueuse du Tchad nous le dira très prochainement.
« La générosité incite à la jalousie. Plus les cadeaux sont acceptés avec plaisir, plus on regrette de les avoir faits. Ils vous éclipsent », a dit savamment Henri FAUCONNIER.


Mohamed KEBIR,
Correspondant permanent de
Radio DJA FM et de Ialtchad Presse à Paris

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