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Rien
ne va plus pour Idriss DEBY. Si ni les menaces de l’hydre
rebelle MDJT ni la maladie, moins encore ses intimes ennemis
n’ont eu raison de lui, le despote semble quand même être en
mauvaise posture ces derniers temps. Il a certes réussi à
imposer la modification de la Constitution pour se présenter
une troisième fois à l’élection présidentielle.
Sportivement, on se dit qu’il aimerait battre le record de longévité
au sommet de l’Etat dans notre pays sachant que parmi les six
Chefs d’Etat qui s’y sont succédé, seul TOMBALBAYE aura eu
la chance (pris le risque diront certains) de passer quinze années
au pouvoir. Stratégiquement pourtant les raisons de DEBY sont
assurément ailleurs. Le président de la République souhaite
s’éterniser au pouvoir et ériger une monarchie dynastique en
lieu et place de la République du Tchad. Mais le personnage est
malade. Il serait même gravement malade aux dires de certains qui
estiment, tels des mécréants, que « ses jours sont désormais
comptés ».
Sa
dernière trouvaille serait donc de faire en sorte qu’après
s’être écarté du pouvoir son fils lui succède. Le souhait
n’est pas immoral en soi. Citoyen comme tout autre Tchadien, le
fils de DEBY est présumé éligible à la magistrature suprême.
Il lui suffira d’en remplir les conditions. Ce ne sera pourtant
pas facile et DEBY le sait bien quoique se faire succéder par son
fils c’est une sûreté, au sens juridique du terme : ne
pas s’inquiéter quant au sort qui sera réservé aux biens
illicitement acquis durant les quinze années de pouvoir. Se faire
succéder par son fils, c’est aussi se ménager une immunité au
sens juridique du terme : ne pas se soucier quant au sort qui
sera réservé à ceux qui auront commis des crimes durant toutes
ces années de pouvoir. Se faire succéder par son fils, c’est
également assurer la continuité au sens « politicien »
du terme : continuer à s’appuyer sur tous ceux qui ont
participé à la construction de l’Empire. La succession ne
profitera donc pas seulement à un groupe restreint. Elle
profitera bien entendu à un nombre important de personnes parmi
lesquelles les dirigeants d’un groupuscule dénommé SCUD. On
sait en effet que les quinze années de pouvoir ont profité en général,
à de degrés différents, à tous les parvenus qui gravitent
aujourd’hui autour du chef de l’État.
Aux
resquilleurs d’abord, politicards s’entend, conseillers
lugubres manifestement incompétents mais disposant d’un banal
moyen que Deby a fini par ériger en arme de dissuasion massive:
se servir de quelques pauvres paysans présumés appartenir au
Canton dont ils sont issus. Ces politicards sont connus et ne se
cachent pas. Ils ont créé des partis politiques dont ils sont
les seuls membres et se sont présentés pour la plupart au moins
une fois aux échéances électorales même sans être
personnellement candidats. Leurs programmes politiques
incontestablement ambitieux n’ont servi en réalité qu’à les
porter jusqu’à la Présidence de la République, lieu convoité
par excellence, mais où ils se retrouvent non pour occuper la
chaise présidentielle, mais pour servir celui dont justement ils
prétendent vouloir contester la légitimité.
Aux
Vassaux ensuite, dignes serviteurs de DEBY, artisans incontestés
de la déchéance de l’État, partouzards invétérés.
Ministres, Députés, Directeurs généraux, Membres du MPS…,
ils sont légion. Leur mission n’est pas de tout repos :
soutenir inconditionnellement le chef de l’État dans sa détermination
manifeste d’entraver toute velléité d’actions révolutionnaires.
En retour, ils pillent et mettent à sac les caisses de l’Etat
sans s’inquiéter. Ils ont fini par installer une véritable
« Nomenklatura » à l’intérieur d’un Etat qui se
prétend démocratique et soucieux du bien être de la population.
Au
clan enfin, Zaghawa proches de DEBY qui avant décembre 1990 n’étaient
pas mieux lotis que l’ensemble des Tchadiens. Aujourd’hui, grâce
à DEBY, être du clan c’est vivre riche au milieu de braves
gens qui passent des nuits blanches à ses demander de quoi sera
fait demain ; être du clan, c’est être affranchi des lois
de la République sur la gestion des biens de l’Etat, dispensé
d’examens d’entrée dans les écoles qui forment aux emplois
de service public, exempté des conditions d’accès à la
Fonction publique, non astreint aux règles régissant l’accès
à la propriété, autorisé à commettre des crimes et jouir
d’une immunité juridictionnelle de fait, autrement dit, être
intouchable à tous les niveaux de nos juridictions où le commun
de Tchadiens doit répondre de ses actes répréhensibles quels
qu’ils soient ; être du clan, c’est bénéficier d’une
autorisation présidentielle de s’enrichir illicitement en
abusant des deniers publics et mener une vie de pacha et de
princes arabes sous les regards envieux et réprobateurs de la
populace ; c’est aussi être arrogant, feindre d’ignorer
que les ressources de l’État ne se confondent pas avec le
patrimoine de DEBY lequel, il faut le rappeler, n’en dispose
aucun licitement parlant. Ce constat est réel. Même la Banque
mondiale qui a apporté sa caution à l’exploitation du pétrole
indexe directement les proches de DEBY dans son récent rapport
sur la gestion des revenus pétroliers au Tchad. C’est
d’ailleurs pour cette raison qu’elle hésite à accepter la
modification de la loi sur la répartition et la gestion des
recettes pétrolières activement sollicitée par DEBY, Vassaux et
Compagnie.
Si
elles sont été fastes pour quelques privilégiés, les quinze
années de pouvoir DEBY n’ont pas eu les mêmes effets pour la
grande majorité des Tchadiens. Aujourd’hui, seuls ceux qui
profitent du système se bercent d’illusions et continuent par
clamer que le Tchad s’enrichit malgré le constat que notre pays
recule d’année en année dans les différents classements par
pays opérés au niveau mondial. De même, au-delà des
statistiques sur l’accroissement du nombre de la population, les
Tchadiens meurent deux à trois fois plus qu’il y a vingt ans
faute de pouvoir vivre décemment et dans la dignité. Ils sont
beaucoup plus exposés aux maladies mais ont de moins en moins la
possibilité d’accéder aux soins faute de moyens financiers.
Les établissements médicaux de l’Etat, secteur prioritaire des
financements, restent paradoxalement réservés à ceux qui ont
les moyens de payer les soins. L’Éducation nationale, deuxième
secteur prioritaire de financements, ne forme plus qu’au rabais ;
là aussi parce que les moyens matériels et financiers systématiquement
détournés « manquent » cruellement pour former des
formateurs. Les resquilleurs, les vassaux et le clan de DEBY, eux,
envoient leurs enfants à l’étranger pour y étudier. S’ils
en ont les moyens, la grande majorité de la population en a moins
ou n’en a tout simplement pas.
Tout
ceci fait qu’Idriss DEBY est conscient aujourd’hui que les
Tchadiens ne l’aiment pas. Il n’est pas un bon chef. Sous ses
faux airs de grand homme d’État, se cache en réalité une âme
de despote, mégalomane assoiffé de pouvoir mais incapable d’en
assumer les obligations. Un illustre homme d’État, aurait dit
que « l’ambition dont on n’a pas la compétence est un
crime ». L’ambition, DEBY n’en a pas. Raisonnement
circulaire : on se demande bien à quoi les compétences lui
auraient-elles servi ? D’ailleurs aucune compétence il
n’en a. C’est pourquoi, il a toujours échoué à faire
l’unanimité autour de sa funeste politique. Si quelques
parvenus ne peuvent faire autrement que de s’avilir en se
prosternant devant lui, d’autres Tchadiens, dignes et honnêtes
refusent toujours au prix de toutes les privations de le soutenir.
Parmi eux des hommes politiques qui ont contesté sa légitimité
dès son arrivée au pouvoir, à l’exemple de YORONGAR NGarléji
et ALINGUE Bawoyeu.
D’autres ont été abusés avant de se rendre à l’évidence
que le despote n’est pas homme de vertu et que s’allier à lui
c’est se lier au Diable. C’est le cas de Ibni OUMAR Mahamat
Saleh. Ces hommes politiques forment ce qu’il est convenu
d’appeler l’opposition traditionnelle radicale et cohérente.
Mais
Aujourd’hui, on assiste à une contestation inédite. Elle
trouve sa source au sein même du clan Zaghawa. La contestation
aurait été formalisée une première fois déjà par une
tentative de coup d’État en 2004. L’histoire se répète
semble-t-il. Le clan réclame ouvertement cette fois-ci le départ
de celui qui, paradoxalement, a permis à ses membres de profiter
durant près de quinze années de tous les privilèges. Si cette
sortie inhabituelle laisse pantois l’opposition la plus incohérente
et la plus immature dite « politico-militaire » qui
cherche déjà à attirer les regards du SCUD (la voix de la
contestation inter-zaghawa) par des déclarations d’une insipide
banalité, la majorité des Tchadiens ne se laisse pas abuser.
En
effet, si ceux qui portent les réclamations et les revendications
du SCUD exigent le départ sans conditions de DEBY qu’ils jugent
responsable de tous les malheurs du peuple Tchadien, il apparaît
qu’en même temps, selon SCUD, DEBY pourra être sûr qu’il ne
sera pas poursuivi pour les crimes commis durant ses années au
pouvoir. C’est donc une dictature qui remplace une autre, rien
de plus ! Car on ne voit pas en quoi, sauf à prendre DEBY
pour un débile et le peuple pour des minus, le SCUD qui se veut démocratique
et libéral se pose d’ores et déjà en dispensateur de grâces ?
Les déclarations irrationnelles du SCUD nous invite à nous poser
cette question : de quelle façon pourra-t-on s’opposer à
ce que DEBY soit jugé après sa défection et la restauration de
l’autorité républicaine ? Un tel pacte aura été signé
en son temps entre HABRE et DEBY? Le refus du chef de l’Etat
de demander officiellement l’extradition de l’ancien tyran
n’est peut être pas innocent. Sous toutes réserves !
La
démocratie c’est, il faut le rappeler à ceux qui semblent
l’ignorer, le pouvoir du peuple [pour et] par le peuple. C’est
donc le peuple qui décide, soit directement, soit par l’intermédiaire
de ses représentants démocratiquement élus. En respectant ce
schéma classique aussi simple et clair, le SCUD, mouvement aux
ambitions « démocratiques » ne pourra que laisser au
peuple le soin de décider du sort à réserver à ceux qui lui
auront causé des souffrances. Pour reprendre l’expression du
porte-parole du CDDC, le SCUD ne « peut être juge et partie ».
Sauf à vouloir préserver les acquisitions illicites de DEBY
ainsi que celle des membres de sa tribu. Sauf aussi à vouloir
soustraire les criminels notoirement connus des mains de la
justice. Sauf enfin à vouloir assurer la continuité en protégeant
ceux qui auront participé à la construction de l’Empire.
Autrement, il ne sert à rien de se fendre d’une rébellion. Les
échéances électorales de 2006 seront démocratiquement fatales
pour le pouvoir en place. Le référendum nous en a donné un
avant-goût. Bientôt sera la dernière fête !
Lyadish AHMED
Pour aller plus loin :
lyadishahmed@yahoo.fr
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