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   Chronique

Chronique: « Sans se fendre d’une rébellion »
Par Lyadish AHMED - Ialtchad Presse

Article paru 04 novembre 2005


« Sans se fendre d’une rébellion »

Rien ne va plus pour Idriss DEBY. Si ni les menaces de l’hydre rebelle MDJT ni la maladie, moins encore ses intimes ennemis n’ont eu raison de lui, le despote semble quand même être en mauvaise posture ces derniers temps. Il a certes réussi à imposer la modification de la Constitution pour se présenter  une troisième fois à l’élection présidentielle. Sportivement, on se dit qu’il aimerait battre le record de longévité au sommet de l’Etat dans notre pays sachant que parmi les six Chefs d’Etat qui s’y sont succédé, seul TOMBALBAYE aura eu la chance (pris le risque diront certains) de passer quinze années au pouvoir. Stratégiquement pourtant les raisons de DEBY sont assurément ailleurs. Le président de la République souhaite s’éterniser au pouvoir et ériger une monarchie dynastique en lieu et place de la République du Tchad. Mais le personnage est malade. Il serait même gravement malade aux dires de certains qui estiment, tels des mécréants, que « ses jours sont désormais comptés ».

Sa dernière trouvaille serait donc de faire en sorte qu’après s’être écarté du pouvoir son fils lui succède. Le souhait n’est pas immoral en soi. Citoyen comme tout autre Tchadien, le fils de DEBY est présumé éligible à la magistrature suprême. Il lui suffira d’en remplir les conditions. Ce ne sera pourtant pas facile et DEBY le sait bien quoique se faire succéder par son fils c’est une sûreté, au sens juridique du terme : ne pas s’inquiéter quant au sort qui sera réservé aux biens illicitement acquis durant les quinze années de pouvoir. Se faire succéder par son fils, c’est aussi se ménager une immunité au sens juridique du terme : ne pas se soucier quant au sort qui sera réservé à ceux qui auront commis des crimes durant toutes ces années de pouvoir. Se faire succéder par son fils, c’est également assurer la continuité au sens « politicien » du terme : continuer à s’appuyer sur tous ceux qui ont participé à la construction de l’Empire. La succession ne profitera donc pas seulement à un groupe restreint. Elle profitera bien entendu à un nombre important de personnes parmi lesquelles les dirigeants d’un groupuscule dénommé SCUD. On sait en effet que les quinze années de pouvoir ont profité en général, à de degrés différents, à tous les parvenus qui gravitent aujourd’hui autour du chef de l’État.

Aux resquilleurs d’abord, politicards s’entend, conseillers lugubres manifestement incompétents mais disposant d’un banal moyen que Deby a fini par ériger en arme de dissuasion massive: se servir de quelques pauvres paysans présumés appartenir au Canton dont ils sont issus. Ces politicards sont connus et ne se cachent pas. Ils ont créé des partis politiques dont ils sont les seuls membres et se sont présentés pour la plupart au moins une fois aux échéances électorales même sans être personnellement candidats. Leurs programmes politiques incontestablement ambitieux n’ont servi en réalité qu’à les porter jusqu’à la Présidence de la République, lieu convoité par excellence, mais où ils se retrouvent non pour occuper la chaise présidentielle, mais pour servir celui dont justement ils prétendent vouloir contester la légitimité.

Aux Vassaux ensuite, dignes serviteurs de DEBY, artisans incontestés de la déchéance de l’État, partouzards invétérés.  Ministres, Députés, Directeurs généraux, Membres du MPS…, ils sont légion. Leur mission n’est pas de tout repos : soutenir inconditionnellement le chef de l’État dans sa détermination manifeste d’entraver toute velléité d’actions révolutionnaires. En retour, ils pillent et mettent à sac les caisses de l’Etat sans s’inquiéter. Ils ont fini par installer une véritable « Nomenklatura » à l’intérieur d’un Etat qui se prétend démocratique et soucieux du bien être de la population.

Au clan enfin, Zaghawa proches de DEBY qui avant décembre 1990 n’étaient pas mieux lotis que l’ensemble des Tchadiens. Aujourd’hui, grâce à DEBY, être du clan c’est vivre riche au milieu de braves gens qui passent des nuits blanches à ses demander de quoi sera fait demain ; être du clan, c’est être affranchi des lois de la République sur la gestion des biens de l’Etat, dispensé d’examens d’entrée dans les écoles qui forment aux emplois de service public, exempté des conditions d’accès à la Fonction publique, non astreint aux règles régissant l’accès à la propriété, autorisé à commettre des crimes et jouir d’une immunité juridictionnelle de fait, autrement dit, être intouchable à tous les niveaux de nos juridictions où le commun de Tchadiens doit répondre de ses actes répréhensibles quels qu’ils soient ; être du clan, c’est bénéficier d’une autorisation présidentielle de s’enrichir illicitement en abusant des deniers publics et mener une vie de pacha et de princes arabes sous les regards envieux et réprobateurs de la populace ; c’est aussi être arrogant, feindre d’ignorer que les ressources de l’État ne se confondent pas avec le patrimoine de DEBY lequel, il faut le rappeler, n’en dispose aucun licitement parlant. Ce constat est réel. Même la Banque mondiale qui a apporté sa caution à l’exploitation du pétrole indexe directement les proches de DEBY dans son récent rapport sur la gestion des revenus pétroliers au Tchad. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’elle hésite à accepter la modification de la loi sur la répartition et la gestion des recettes pétrolières activement sollicitée par DEBY, Vassaux et Compagnie.

Si elles sont été fastes pour quelques privilégiés, les quinze années de pouvoir DEBY n’ont pas eu les mêmes effets pour la grande majorité des Tchadiens. Aujourd’hui, seuls ceux qui profitent du système se bercent d’illusions et continuent par clamer que le Tchad s’enrichit malgré le constat que notre pays recule d’année en année dans les différents classements par pays opérés au niveau mondial. De même, au-delà des statistiques sur l’accroissement du nombre de la population, les Tchadiens meurent deux à trois fois plus qu’il y a vingt ans faute de pouvoir vivre décemment et dans la dignité. Ils sont beaucoup plus exposés aux maladies mais ont de moins en moins la possibilité d’accéder aux soins faute de moyens financiers. Les établissements médicaux de l’Etat, secteur prioritaire des financements, restent paradoxalement réservés à ceux qui ont les moyens de payer les soins. L’Éducation nationale, deuxième secteur prioritaire de financements, ne forme plus qu’au rabais ; là aussi parce que les moyens matériels et financiers systématiquement détournés « manquent » cruellement pour former des formateurs. Les resquilleurs, les vassaux et le clan de DEBY, eux, envoient leurs enfants à l’étranger pour y étudier. S’ils en ont les moyens, la grande majorité de la population en a moins ou n’en a tout simplement pas.

Tout ceci fait qu’Idriss DEBY est conscient aujourd’hui que les Tchadiens ne l’aiment pas. Il n’est pas un bon chef. Sous ses faux airs de grand homme d’État, se cache en réalité une âme de despote, mégalomane assoiffé de pouvoir mais incapable d’en assumer les obligations. Un illustre homme d’État, aurait dit que « l’ambition dont on n’a pas la compétence est un crime ». L’ambition, DEBY n’en a pas. Raisonnement circulaire : on se demande bien à quoi les compétences lui auraient-elles servi ? D’ailleurs aucune compétence il n’en a. C’est pourquoi, il a toujours échoué à faire l’unanimité autour de sa funeste politique. Si quelques parvenus ne peuvent faire autrement que de s’avilir en se prosternant devant lui, d’autres Tchadiens, dignes et honnêtes refusent toujours au prix de toutes les privations de le soutenir. Parmi eux des hommes politiques qui ont contesté sa légitimité dès son arrivée au pouvoir, à l’exemple de YORONGAR NGarléji et ALINGUE Bawoyeu.  D’autres ont été abusés avant de se rendre à l’évidence que le despote n’est pas homme de vertu et que s’allier à lui c’est se lier au Diable. C’est le cas de Ibni OUMAR Mahamat Saleh. Ces hommes politiques forment ce qu’il est convenu d’appeler l’opposition traditionnelle radicale et cohérente.

Mais Aujourd’hui, on assiste à une contestation inédite. Elle trouve sa source au sein même du clan Zaghawa. La contestation aurait été formalisée une première fois déjà par une tentative de coup d’État en 2004. L’histoire se répète semble-t-il. Le clan réclame ouvertement cette fois-ci le départ de celui qui, paradoxalement, a permis à ses membres de profiter durant près de quinze années de tous les privilèges. Si cette sortie inhabituelle laisse pantois l’opposition la plus incohérente et la plus immature dite « politico-militaire » qui cherche déjà à attirer les regards du SCUD (la voix de la contestation inter-zaghawa) par des déclarations d’une insipide banalité, la majorité des Tchadiens ne se laisse pas abuser.

En effet, si ceux qui portent les réclamations et les revendications du SCUD exigent le départ sans conditions de DEBY qu’ils jugent responsable de tous les malheurs du peuple Tchadien, il apparaît qu’en même temps, selon SCUD, DEBY pourra être sûr qu’il ne sera pas poursuivi pour les crimes commis durant ses années au pouvoir. C’est donc une dictature qui remplace une autre, rien de plus ! Car on ne voit pas en quoi, sauf à prendre DEBY pour un débile et le peuple pour des minus, le SCUD qui se veut démocratique et libéral se pose d’ores et déjà en dispensateur de grâces ? Les déclarations irrationnelles du SCUD nous invite à nous poser cette question : de quelle façon pourra-t-on s’opposer à ce que DEBY soit jugé après sa défection et la restauration de l’autorité républicaine ? Un tel pacte aura été signé en son temps  entre HABRE et DEBY? Le refus du chef de l’Etat de demander officiellement l’extradition de l’ancien tyran n’est peut être pas innocent. Sous toutes réserves !

La démocratie c’est, il faut le rappeler à ceux qui semblent l’ignorer, le pouvoir du peuple [pour et] par le peuple. C’est donc le peuple qui décide, soit directement, soit par l’intermédiaire de ses représentants démocratiquement élus. En respectant ce schéma classique aussi simple et clair, le SCUD, mouvement aux ambitions « démocratiques » ne pourra que laisser au peuple le soin de décider du sort à réserver à ceux qui lui auront causé des souffrances. Pour reprendre l’expression du porte-parole du CDDC, le SCUD ne « peut être juge et partie ». Sauf à vouloir préserver les acquisitions illicites de DEBY ainsi que celle des membres de sa tribu. Sauf aussi à vouloir soustraire les criminels notoirement connus des mains de la justice. Sauf enfin à vouloir assurer la continuité en protégeant ceux qui auront participé à la construction de l’Empire. Autrement, il ne sert à rien de se fendre d’une rébellion. Les échéances électorales de 2006 seront démocratiquement fatales pour le pouvoir en place. Le référendum nous en a donné un avant-goût. Bientôt sera la dernière fête !

Lyadish AHMED
Pour aller plus loin : lyadishahmed@yahoo.fr


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