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électorale qui faisait de notre pays le seul pays africain dont la
population en âge de voter avoisine les 70% de la population
totale, Idriss Deby savait pertinemment que les figures de
l’opposition ne cautionneront pas cette manœuvre grotesque et il
n’aura alors que l’embarras de choisir, parmi ses écuyers, qui
l’accompagnera à une élection gagnée d’avance. La stratégie était
manifestement de ne pas prendre trop de risque face à un candidat de
la CDPC dans un contexte national hostile à un troisième mandat
accordé à un homme qui reste incapable, 16 ans durant, d’assumer les
responsabilités d’un chef d’État. Sans doute le personnage savait
qu’un Président de la république occupé à détourner les deniers
publics et autoriser ses parents, amis et courtisans à faire pareil
en toute impunité ne saurait guère espérer le moindre succès auprès
des populations. A-t-on besoin de souligner que Deby n’aurait
jamais récolté les résultats que nous savons s’il n’avait eu l’idée
d’opérer stratégiquement la sélection de ses adversaires avant
l’élection présidentielle ?
Aujourd’hui, face à un appel incessant au dialogue
lancé aussi bien par les Tchadiens que par les partenaires
économiques et politiques de notre pays, Deby cherche à user de sa
stratégie désormais éprouvée. Cette fois, le chef de l’État
nouvellement « réélu » propose « la reprise du dialogue pour
ramener un climat politique sain et serein ». On veut
bien croire que les raisons de cet appel à la reprise du dialogue
sont évidentes. Cerné de toutes parts, et par les
politico-militaires, et par l’opposition démocratique, sans oublier
les tentatives de conciliation déployées par les Américains, Deby
n’aurait a priori que le choix que de se plier. Il n’est pas
interdit de rêver. Cependant, soulignons tout de suite que selon le
chef de l’État « ce dialogue traitera de toutes les questions
politiques préoccupantes dans le cadre des institutions de la
République, sans remise en cause des acquis démocratiques ».
Autrement dit, nettoyer tous les meubles institutionnels sans
toucher au fauteuil présidentiel. Voilà une proposition bien
indécente qui n’a curieusement pas attiré l’attention de la presse
tchadienne ni d’ailleurs celle des dirigeants de l’opposition. Sans
doute, la volonté du chef de l’État de frapper d’ostracisme les
politico-militaires est une provocation de nature à envenimer le
climat politique et a donc suscité les plus vives réactions. Mais à
supposer que prochainement les rebelles soient associés au dialogue,
les « acquis démocratiques » doivent-ils pour autant ne pas faire
l’objet de débat ?
Je crains que le refus de la CDPC de participer au
dialogue sans les politico-militaires ne soit une nouvelle fois le
résultat plus ou moins attendu d’une stratégie débyenne malveillante
savamment pensée. L’opposition veut-elle assainir la vie politique,
contribuer à limiter l’impunité, les détournements des biens
publics, bref, tous les abus créés et entretenus par Deby, son clan,
ses amis et courtisans ? Elle se doit, sans humilier en cela ses
convictions, de participer au dialogue proposé et le cas échéant
faire partie d’un gouvernement d’union nationale. Participer à un
tel gouvernement n’est plus seulement un droit mais un devoir pour
l’opposition politique. Celle-ci doit convaincre désormais de sa
capacité à poser des actes et non plus simplement à donner dans le
Phébus comme elle a l’habitude de le faire. La stratégie du « Non
merci ! » employée par l’opposition depuis quelque temps doit être
abandonnée au nom de l’intérêt général. Il faut réaffirmer ici
énergiquement et inlassablement que le peuple tchadien attend de
recouvrer sa dignité pour ne plus se voir taxer d’incompétent et de
plus corrompu au monde. L’opposition doit s’y atteler même avec le
peu de pouvoir dont elle disposera, car il ne faut pas se faire trop
d’illusions, le pouvoir prédateur d’Idriss Deby se raffermit
davantage. Avec un peu de lucidité, on s’apercevra que le dictateur
en poste à N’Djamena n’est nullement inquiété quant à sa capacité à
perdurer au pouvoir. Ni la France ni les Etats-Unis ne se
substituerons jamais aux tchadiens pour instaurer la démocratie dans
notre pays. Le soutien à peine voilé de ces puissances n’est-il
d’ailleurs pas pour quelque chose dans cette insolente assurance du
chef de l’Etat?
Arrêtons là ! Qu’importe la non participation des
politico-militaires, qui ne semblent en réalité pas prêts à un
dialogue pacifique. L’opposition démocratique doit prendre la mesure
de cette évidence et décider enfin à inquiéter sérieusement Idriss
Deby. Et lorsque ainsi elle aura créé les conditions d’une vie
politique acceptable, rien ne s’opposera à ce qu’elle convie les
politico-militaires à participer à la restauration de l’autorité de
l’État. Qu’on soit persuadé, en tout cas, que si cette façon de
procéder n’est pas immédiatement compréhensible, elle sera
incontestablement salutaire à long terme. La DCP était une
plate-forme pour partager le gâteau après les différentes coalitions
formées lors de la présidentielle de 1996. Le prochain gouvernement
d’union nationale doit dépasser ces considérations humiliantes. À
condition, bien entendu, que les opposants soient capables de se
surpasser. Résolument se surpasser ! |