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  Chronique 

Chronique: « Ne plus se laisser piéger ! »
Par Lyadish AHMED 

Article paru le 11 juin 2006 - Ialtchad Presse

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« Ne plus se laisser piéger ! »
Par Lyadish AHMED

La stratégie de Deby est désormais bien connue : face aux légitimes revendications, faire encore et toujours des propositions indécentes avec la certitude que celles-ci seront rejetées en bloc. Par suite, sous prétexte de refus par l’opposition de la main tendue, toutes les portes resteront grandes ouvertes à tous les abus.

 Ce n’est pas par hasard si hier c’était le refus de l’opposition de participer à l’élection présidentielle suite aux révisions fantaisistes des listes électorales qui lui a permis de se présenter en toute sérénité à sa propre succession face à des adversaires sans réel poids politique. En maintenant une liste

électorale qui faisait de notre pays le seul pays africain dont la population en âge de voter avoisine les 70% de la population totale, Idriss Deby savait pertinemment que les figures de l’opposition ne cautionneront pas cette manœuvre grotesque et il n’aura alors que l’embarras de choisir, parmi ses écuyers, qui l’accompagnera à une élection gagnée d’avance. La stratégie était manifestement de ne pas prendre trop de risque face à un candidat de la CDPC dans un contexte national hostile à un troisième mandat accordé à un homme qui reste incapable, 16 ans durant, d’assumer les responsabilités d’un chef d’État. Sans doute le personnage savait qu’un Président de la république occupé à détourner les deniers publics et autoriser ses parents, amis et courtisans à faire pareil en toute impunité ne saurait guère espérer le moindre succès auprès des populations. A-t-on  besoin de souligner que Deby n’aurait jamais récolté les résultats que nous savons s’il n’avait eu l’idée d’opérer stratégiquement la sélection de ses adversaires avant l’élection présidentielle ?

Aujourd’hui, face à un appel incessant au dialogue lancé aussi bien par les Tchadiens que par les partenaires économiques et politiques de notre pays, Deby cherche à user de sa stratégie désormais éprouvée. Cette fois, le chef de l’État nouvellement « réélu » propose « la reprise du dialogue pour ramener un climat politique sain et serein ». On veut bien croire que les raisons de cet appel à la reprise du dialogue sont évidentes. Cerné de toutes parts, et par les politico-militaires, et par l’opposition démocratique, sans oublier les tentatives de conciliation déployées par les Américains, Deby n’aurait a priori que le choix que de se plier. Il n’est pas interdit de rêver. Cependant, soulignons tout de suite que selon le chef de l’État « ce dialogue traitera de toutes les questions politiques préoccupantes dans le cadre des institutions de la République, sans remise en cause des acquis démocratiques ». Autrement dit, nettoyer tous les meubles institutionnels sans toucher au fauteuil présidentiel. Voilà une proposition bien indécente qui n’a curieusement pas attiré l’attention de la presse tchadienne ni d’ailleurs celle des dirigeants de l’opposition. Sans doute, la volonté du chef de l’État de frapper d’ostracisme les politico-militaires est une provocation de nature à envenimer le climat politique et a donc suscité les plus vives réactions. Mais à supposer que prochainement les rebelles soient associés au dialogue, les « acquis démocratiques » doivent-ils pour autant ne pas faire l’objet de débat ?

Je crains que le refus de la CDPC de participer au dialogue sans les politico-militaires ne soit une nouvelle fois le résultat plus ou moins attendu d’une stratégie débyenne malveillante savamment pensée. L’opposition veut-elle assainir la vie politique, contribuer à limiter l’impunité, les détournements des biens publics, bref, tous les abus créés et entretenus par Deby, son clan, ses amis et courtisans ? Elle se doit, sans humilier en cela ses convictions, de participer au dialogue proposé et le cas échéant faire partie d’un gouvernement d’union nationale.  Participer à un tel gouvernement n’est plus seulement un droit mais un devoir pour l’opposition politique. Celle-ci doit convaincre désormais de sa capacité à poser des actes et non plus simplement à donner dans le Phébus comme elle a l’habitude de le faire. La stratégie du « Non merci ! » employée par l’opposition depuis quelque temps doit être abandonnée au nom de l’intérêt général. Il faut réaffirmer ici énergiquement et inlassablement que le peuple tchadien attend de recouvrer sa dignité pour ne plus se voir taxer d’incompétent et de plus corrompu au monde. L’opposition doit s’y atteler même avec le peu de pouvoir dont elle disposera, car il ne faut pas se faire trop d’illusions, le pouvoir prédateur d’Idriss Deby se raffermit davantage. Avec un peu de lucidité, on s’apercevra que le dictateur en poste à N’Djamena n’est nullement inquiété quant à sa capacité à perdurer au pouvoir. Ni la France ni les Etats-Unis ne se substituerons jamais aux tchadiens pour instaurer la démocratie dans notre pays. Le soutien à peine voilé de ces puissances n’est-il d’ailleurs pas pour quelque chose dans cette insolente assurance du chef de l’Etat?

Arrêtons là ! Qu’importe la non participation des politico-militaires, qui ne semblent en réalité pas prêts à un dialogue pacifique. L’opposition démocratique doit prendre la mesure de cette évidence et décider enfin à inquiéter sérieusement Idriss Deby. Et lorsque ainsi elle aura créé les conditions d’une vie politique acceptable, rien ne s’opposera à ce qu’elle convie les politico-militaires à participer à la restauration de l’autorité de l’État. Qu’on soit persuadé, en tout cas, que si cette façon de procéder n’est pas immédiatement compréhensible, elle sera incontestablement salutaire à long terme. La DCP était une plate-forme pour partager le gâteau après les différentes coalitions formées lors de la présidentielle de 1996. Le prochain gouvernement d’union nationale doit dépasser ces considérations humiliantes. À condition, bien entendu, que les opposants soient capables de se surpasser. Résolument se surpasser !

Lyadish Ahmed
Ialtchad Presse

Pour vos observations :
lyadishahmed@yahoo.fr

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