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Chronique |
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Chronique
Lyadish
«
Quand Deby
déclasse la Constitution et crée 3 nouvelles
lois fondamentales »
Par
Lyadish Ahmed
Article
paru le 15 août 2007 -
Ialtchad
Presse
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«Quand
Deby
déclasse la Constitution et crée 3 nouvelles lois fondamentales» |
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Après la signature de l’accord conclu entre les
partis de l’opposition radicale et les partis soutiens du régime, le
très sérieux site Internet de
la Présidence
s’est senti obligé de rendre compte, avec une fanatique admiration,
une formule aussi creuse qu’insensée exprimée à cette occasion par
le chef de l’État. Ce dernier, visiblement saisi d’un accès
d’euphorie pour avoir réussi
à légitimer in fine son 3e mandat par le ralliement des radicaux de
l’opposition démocratique, s’est laissé aller à sa légendaire
excentricité et déclare avec une rare assurance que : «
Après
la Bible
, le Coran et
la Constitution
, cet accord politique est la quatrième loi fondamentale du pays
».
Voilà un étrange « bloc de
légalité » dont l’existence semble restée cachée aux
citoyens. L’on suppose, sans risque de se tromper, que même les
conseillers juridiques d’Idriss Déby découvrent en même temps que
nous, aussi bien l’existence que la hiérarchie des ces « lois
fondamentales » telles qu’elles sont présentées par le
chef de l’État. Sans vouloir entrer dans un débat juridique qui
n'intéressera guère nos lecteurs, je me dois de faire deux
remarques d'importance relativement à la place que Déby a accordée
aux religions parmi les sources de légalité et à la valeur juridique
manifes- tement surestimée de l'accord du 13 août 2007.
Il faut, en effet, assurément être ignorant du droit pour oser
affirmer que
la Bible
et le Coran sont sources de droit dans notre pays. Toutefois, si
l’ignorance du juridique peut être une excuse pour le simple citoyen,
elle doit être absolument considérée comme une faute lorsqu’elle
est avancée par celui qui a accepté d’être le garant de
la Constitution. Idriss
Déby ne peut ignorer qu’en se donnant une Constitution, le peuple a décidé
que celle-ci est l’unique loi suprême de l’État. Cette aspiration
populaire est transcrite dans le Préambule de
la Constitution
qui en fait partie intégrante, et reprise en son article 1er
qui énonce que « Le Tchad
est une République… laïque… fondée
sur les principes de la démocratie, la règle de la loi et de la
justice ». Aussi,
contrairement au galimatias de Déby, ni
la Bible
ni le Coran ne peuvent-ils être considérés comme des sources de légalité
dans notre pays. Si
la Constitution
affirme « notre volonté de vivre ensemble dans le respect des diversités
ethniques, religieuses…», elle n’entend point faire des valeurs
religieuses, une source de droit objectif. Elle affirme, bien au
contraire, « la séparation
des religions et de l’État », avec cette limpide précision
que seule
la Constitution
est la loi suprême du pays.
Dans le même ordre d’idée, il est fallacieux de
prétendre conférer valeur de loi fondamentale à un accord signé
entre partis politiques. La loi fondamentale, dans le sens où notre
système juridique le laisse supposer, ne peut être que
la Constitution. En
dessous de celle-ci et conformément aux principes qu’elle édicte, la
loi est votée par l’Assemblée
nationale. Viennent ensuite les règlements,
décrets et autres actes administratifs. Il n’est point besoin de
disserter sur le bloc de constitutionalité (Constitution,
Charte des Nations Unies de 1945,
la Déclaration Universelle
des Droits de l'Homme de 1948 et
la Charte Africaine
des Droits de l'Homme et des Peuples de 1981) ni d’ailleurs sur le
bloc de conventionalité (Traités
et conventions internationales) pour réfuter la prétention de
l’accord du 13 août au statut de loi fondamentale de
la République. Cet
accord est un simple contrat
entre
la CPDC
et les partis politiques soutiens du régime. La circonstance qu’il
ait été établi avec l’aide de l’Union européenne et entériné
par le Chef de l’Etat ne suffit pas à en faire une loi fondamentale.
Le lecteur aura sans doute compris que
la Constitution
est l’unique loi suprême de notre pays. Elle lui imprime son caractère
laïc et contribue ainsi à faire de nous des citoyens. Les religions ne
sont pas des sources de droit, même si les règles qu’elles édictent
régissent nos comportements en société. D’ailleurs, ces règles ne
sont que supplétives et non pas constitutives comme semble vouloir
l’affirmer le chef de l’État. Elles ne fondent d’office aucune décision
judiciaire au Tchad. Si elles avaient valeur de loi fondamentale, Idriss
Déby lui-même aurait sans doute fait l’objet d’une fatwa
depuis bien longtemps. Il ne se soumet visiblement à aucun précepte de
la religion musulmane, à commencer par
le respect de la parole donnée. N’a-t-il pas déjà pris
l’engagement solennel de ne pas se présenter à sa propre succession
au terme de son deuxième mandat ? Je m’abstiens de m’engager
dans des considérations de vie privée où assurément il y aura
beaucoup à dire sur la violation des règles édictées par le Coran.
Quant à l’accord du 13 août
2007, s’il importe de ne pas en nier l’importance dans le
renforcement du processus démocratique,
il reste que c’est un simple contrat qui n’engage que les partis
politiques qui l’ont conclu. Il ne peut être considéré comme étant
l’émanation directe ou indirecte de la volonté populaire. Sa
violation sera exclusivement justiciable devant les juridictions
civiles. Ni le Conseil constitutionnel ni
la Haute Cour
de Justice ne peuvent être saisis des contentieux nés de sa mise en œuvre.
Finalement, sauf à arguer de l’omniscience du personnage, les
conseillers juridiques du Président de
la République
ne se devaient-ils pas de lui prodiguer ces enseignements juridiques élémentaires ?
La réponse à cette question ne figure pas dans
la Constitution. Il
n’est peut-être pas possible de conseiller un chef d’État qui
passe pour être le démiurge de notre pays. Mais celle-là est une
réponse plutôt métaphysique. La hiérarchie entre la question et la réponse
reste donc à trouver.
Lyadish Ahmed,
Ialtchad Presse
Commentaires
et observations :
lyadishahmed@yahoo.fr
Poursuivre le débat sur
http://lyadish.over-blog.com/
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