Vous n’avez pas un mouvement politico-armé marqué
« ethnie » ? Vous n’êtes pas dirigeant d’un parti
politique ? Vous n’êtes pas responsable d’une association de défense
des droits de l’Homme ? Vous n’êtes pas militant influent du régime
de N’Djamena ? Alors, « taisez-vous ! Vous
n’avez aucune légitimité à initier et proposer des solutions à la
crise politique nationale ». Le propos paraît excessif. La réalité
est pourtant beaucoup plus catégorique. Illustration.
L’initiative prise par le Dr Djimet Adoum et ses amis des Etats-Unis
d’organiser deux journées de « réflexion » entre
Tchadiens à Paris les 29 et 30 mars prochains sur le thème du « dialogue
inclusif » a suscité des vives réactions de la part de certains
compatriotes. Sur Internet, on crie à une escroquerie montée avec
finesse par un groupuscule qui voudrait profiter de l’actualité
politique pour s’approprier « le combat du peuple tchadien ».
Ailleurs, on dénonce la magouille, la manipulation et même des
« ambitions cachées ». Naturellement, certains représentants
des mouvements rebelles et des partis politiques en France disent en
« off » avoir décliné l’invitation à ces journées dont
ils ignorent « la finalité ». D’autres voudraient s’y
opposer parce que Djimet Adoum et ses amis Tchadiens et Américains
n’auraient aucune légitimité à organiser ‘‘le dialogue
inclusif’’ qui devrait « en principe réunir ‘‘exclusivement’’ politico-armés,
partis politiques, société civile et majorité présidentielle ».
L’ « inclusif »
serait donc « exclusivement »
réservé à certaines personnes ou groupes de personnes seuls capables
de proposer des solutions à la crise tchadienne. En d’autres termes,
tout dialogue « inclusif » devrait être réservé à une
sorte des « Ulémas en
politique tchadienne » oserais-je dire. Ce qui est, dans une
certaine mesure, tout à fait normal. Il ne serait en effet pas sérieux
de prétendre associer « individuellement » tous les
Tchadiens à une rencontre aussi largement « inclusive »
soit-elle. D’abord, tous les Tchadiens ne sont pas intéressés par la
politique et organisent au mieux leur vie sans elle, même si la
politique a indiscutablement une emprise sur leur vie. Ensuite et
surtout, une rencontre nationale sérieuse sur la crise actuelle suppose
des personnes expérimentées en politique et/ou des personnes capables
de proposer des solutions réalistes et dépassionnées.
Ce qui est moins normal en revanche, c’est de prétendre que ceux qui
n’appartiennent ni à un mouvement armé ni à un parti politique
moins encore à la société civile n’auraient vocation à initier et
proposer des solutions susceptibles de contribuer à apaiser la crise
dans notre pays. D’aucuns prétendent même que le défaut de
rattachement à un de ces groupes cités équivaut à une absence de légitimité
à parler au nom des Tchadiens. Ils dénoncent alors une manière détournée
d’approcher le régime de N’Djamena pour y trouver un poste de
responsabilité. Paradoxalement, ceux qui tiennent de tels propos sont
ceux-là mêmes qui crient à l’asphyxie de la démocratie dans notre
pays mais qui sont encore prêts à échanger leur fameuse « opposition »
contre des postes ministériels et autres hautes fonctions de l’État.
Mais de qui tiennent-ils leur fameuse « légitimité » à
parler et négocier au nom du peuple tchadien et pourquoi
refusent-ils le choix des autres à ne pas s’associer à leurs
combines ?
Que Djimet Adoum et ses amis souhaitent se positionner sur la scène
politique par des moyens autres que la rébellion, les partis politiques
ou encore les associations de défenses de droits de l’Homme, c’est
un choix personnel qu’il importe de respecter au risque de reproduire
exactement ce qui est reproché au régime actuel : le
totalitarisme. Aucun Tchadien ou groupe de Tchadiens n’a le
monopole d’exercer la politique et de négocier au nom du peuple. Si
des personnes refusent de participer aux journées de réflexion sur le
thème proposé par l’association Kaela parce qu’elles n’ont pour
moyen de pression et de négociation que la voie des armes, c’est
aussi leur choix. Mais elles ne peuvent pas dénier au autres une prétendue
« légitimité » à proposer des solutions politiques dont
elles seraient elles-mêmes incapables d’en faire la preuve. Les
Tchadiens ne se sont pas encore, à ma connaissance, réunis en assemblée
plénière pour désigner qui des mouvements rebelles, des partis
politiques, des associations ou des personnes indépendantes, pourraient
exclusivement réfléchir sur la crise tchadienne. Le choix de la rébellion
armée reste un choix personnel
respectable. La liberté d’expression est, quant à elle, un droit
constitutionnel inaliénable !
Lyadish Ahmed
IaltchadPresse
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