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Chronique |
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Chronique
Lyadish
«
Pour
que le débat remplace les combats »
Par
Lyadish Ahmed
Article
paru le 01 août 2007 -
Ialtchad
Presse
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« Pour
que le débat remplace les combats
» |
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Le
lundi 30 juillet, l’heureuse initiative prise par l’ancien chef de
l’État Goukouni Weddeye de faire rencontrer Idriss
Deby et ceux des « opposants
ouverts au dialogue sans mauvaise foi », a eu un début d’exécution.
Dja FM avait donné prématurément cette information mais le
porte-parole du Gouvernement s’était précipité à la démentir. Il
semble que ce démenti est une de ces pitreries dont seul le Ministre de
l’Information en a le secret. La rencontre a finalement bel et bien eu
lieu le lundi 30 juillet à N’Djamena où une délégation
d’opposants politiques notoires, accompagnée du vice-président
gabonais, a été reçue par Idriss Deby. L’ancien
Premier Ministre Abdelkerim
Fidel Moungar, le « Prisonnier de Tombalbaye » Antoine
Bangui, le Conseiller ès oppositions
politiques Ahmat Yacoub ainsi
que d’illustres inconnus faisaient partie de la délégation.
Il s’agit indéniablement d’une démarche plusieurs fois expérimentée,
mais qui a toujours fait long feu. De Kano I à Kano II en passant par
Lagos, Khartoum, Tripoli, Cotonou et
Libreville, les rencontres civilisées entre gens de pouvoir et
gens d’opposition n’ont jamais abouti à rien dans notre pays. À
peine signés et déjà remis en cause ! Tel a toujours été le
sort réservé aux différents accords obtenus à grands renforts de
moyens humains et financiers mis à contribution par les pays
organisateurs. Aucun accord signé n’a jamais été
réellement respecté par aucun des protagonistes.
Leurs différents échecs expliquent sans doute le peu de crédit
que leur accorde aujourd’hui l’opinion nationale. Les Tchadiens sont
« définitivement désabusés »
me disait un compatriote qui voit dans
la démarche de Monsieur Goukouni Weddeye, ni plus ni moins qu’« un
moyen assez habile de rentrer par la petite porte sans se ridiculiser
aux yeux de tous ces Toubous qui voient encore en lui une alternative au
pouvoir diabolique des Zaghawa ». Certains n’attendent rien
de cette rencontre entre « un
tyran requinqué par le récent soutien affirmé de Sarkozy »
et des « opposants pas ou peu influents sur la scène politique nationale ».
Enfin, l’initiative de paix serait une simple « randonnée de Libreville » présage l’éditorialiste d’Alwihda
Mohamed Ahmed Kebir.
Dans ce pays où un homme politique n’a de considération que s’il
est suffisamment armé, les Tchadiens ont tendance à penser que
« seul un
accord à armes de guerre égales peut dissuader Deby ». On
connaît cet exemple saisissant de Laoukein Mbardé qui a tenu Deby en
respect après l’accord signé en 1997 et celui plus spectaculaire de
Mahamat Nour Abdelkérim qui, dans un
accord signé à Tripoli en
2006, a
quasiment imposé à Deby une armée parallèle dans un État qui se
veut une République et dont le Président se prétend sans honte
« garant de la Constitution ».
Inversement, on voit le peu de considération accordée par Deby à
l’opposition démocratique qui peine depuis plus de 5 ans à lui
arracher l’acceptation d’une simple révision des listes électorales.
Cette double attitude est telle que les Tchadiens sont aujourd’hui
intimement convaincus que face à un homme qui cherche à « émasculer ses adversaires » il ne sert à rien de s’engager
dans des « stériles débats
politiques ». La considération
s’arrache par la force armée
et non par négociation intellectuelle, exercice qui sied aux
faibles.
Il est vrai que la succession à la tête de l’État depuis l’Indépendance
en est un excellent témoin. Aucun des chefs d’État qui se sont
succédé
n’a été élu pour remplacer son prédécesseur. Tombalbaye a été
le premier politique à dissoudre tous les partis d’opposition le 19
janvier 1962 et à réussir à se faire élire à
la Présidence
de
la République
en tant que candidat unique le 22 avril de la même année. Pour le
remplacer, il a fallu l’assassiner après 15 années passées au
pouvoir. Tous ses successeurs ont dû fuir pour échapper au même sort
après avoir adopté la même politique d’ostracisme et de
totalitarisme. Les différentes « élections » auxquelles
Idriss Deby a été
candidat après sa prise du pouvoir par les
armes n’ont été que des simulacres d’élections. Cet homme
n’a jamais connu la paix
depuis son arrivée à la tête de l’État. Conséquemment, le Tchad
n’a jamais connu une seule année de paix. Les Tchadiens n’ont rien
connu d’autre que la guerre.
Pourtant, malgré la mauvaise foi politique avérée de Deby et sa
volonté incontestée de vouloir passer au pouvoir autant de temps que
Bongo sinon plus, c’est-à-dire toute sa vie, j’ai toujours tendance
à penser que l’usage des armes pour régler les différends
politiques n’a jamais servi les intérêts des Tchadiens. En réalité,
ce n’est pas tant le refus de dialoguer que la mauvaise foi dans le
dialogue qui est à l’origine de tous les échecs des accords
civils passés entre les protagonistes. On ne peut pas réclamer
incessamment un dialogue et poser des conditions qui empêchent tout
dialogue. C’est pourtant l’attitude observée par exemple chez les
responsables de la Coalition des Partis politiques pour la Défense de
la Constitution (CPDC) qui exigent une rencontre « inclusive »
à défaut de laquelle ils refusent tout dialogue avec le Gouvernement.
Or, une telle rencontre n’est possible que si tous les protagonistes
s’accordent sur tous les
points litigieux. Nous savons que les politico-militaires n’ont pas
les mêmes attentes que l’opposition démocratique. Les premiers
n’ont aucune considération pour la Constitution puisqu’ils
cherchent à la violer en renversant le
Chef de l’État par les armes. La seconde n’a de considération
que pour la Constitution puisqu’elle s’oppose tout à la fois à la
prise du pouvoir par les armes et sa conservation par les armes ainsi
que le précise la loi suprême. Dans ces conditions, exiger une
rencontre « inclusive » équivaut à une incapacité
intellectuelle de dialoguer qui frise la mauvaise foi.
Je suis satisfait de constater que la CPDC ait désormais corrigé son
ridicule comportement. Elle a sans doute compris que jamais elle ne réussira
à vouloir à la fois une
chose et son contraire. Aujourd’hui, semble-t-il, les négociations
avec le Gouvernement sur la révision
des listes électorales sont en bonne voie. Cette petite victoire
n’aura jamais été remportée
si l’attitude belliqueuse avait été entretenue. C’est la même
vision que devront adopter tous ceux de nos compatriotes qui se soucient
de la paix dans notre pays.
Une attitude sincère et positive dans les négociations a plus de
chances de faire plier l’adversaire qu’un comportement puéril qui
finit par ôter toute crédibilité aux personnalités politiques. La
guerre sert seulement celui qui en a les moyens. L’argent du pétrole
sert aujourd’hui à l’achat des armes pour la protection de Deby et
de son régime gangrené par le vol et la corruption. Cet argent pourra
servir à limiter les mortalités infantiles, à lutter contre la prolifération
du VIH, à construire des écoles et une Université digne
d’un pays producteur de pétrole. Mais pour cela, il va falloir
multiplier des initiatives comme celles de Goukouni Weddeye et sa délégation.
Nous devrions tous nous y atteler pour que l’énergie belliqueuse qui
anime nos compatriotes prêts à en découdre au moindre malentendu soit
utilisée à bon escient. N’est-ce pas assez pour rattraper 50 ans de
retard sur nos voisins immédiats ? L’heure est venue de
montrer que nous sommes capables d’intégrer les bases de la démocratie.
L’heure est vraiment venue !
Lyadish Ahmed,
Ialtchad Presse
Commentaires
et observations :
lyadishahmed@yahoo.fr
Pour continuer le
débat, rejoignez Lyadish à son blog, le Lyadishtan, en faisant
http://www.lyadish.over-blog.com/
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