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  Chronique 

Chronique :
«
Le dernier accord ? »
Par Lyadish Ahmed
 
Article paru le 29 octobre 2007 - Ialtchad Presse

            « Le dernier accord ? »

A l’issue de la signature de l’accord de Tripoli, le Président Idriss Deby a déclaré à la presse que cet accord est « le dernier que le gouvernement signe avec des rebelles ». Cette déclaration, qu’en réalité aucun Tchadien ne prend au sérieux, porte en elle deux exclusions et une interrogation.

D’abord, elle exclut de fait, toute future négociation de « paix » avec les groupes rebelles qui ont refusé de signer l’accord de Tripoli, notamment la formation dirigée par Ahmat Hassaballah Soubiane, celle du Dr Albissaty Saleh Allazam, mais aussi TELSSI Renaissance, le MDJT, le MDD, etc. Tous ces groupes n’ont donc plus d’autre choix que de regagner la « légalité » sans condition ou de rester rebelles à jamais. La traversée du désert pourra être longue. Il faudra commencer par réfléchir à une nouvelle stratégie de lutte ou s’attacher les amitiés des puissances économiques et militaires, seules encore capables d’infléchir la ferme détermination exprimée par Deby.

Ensuite, la déclaration du chef de l’Etat signifie aussi qu’il n’est plus possible pour les rebelles ayant signé l’accord de Tripoli, de prétendre repartir en rébellion afin de renégocier des conditions de retour plus avantageuses ou simplement de protester contre le non-respect des termes de l’accord signé. Cette dernière éventualité pourrait paraître grotesque pour certains, mais en principe dans toute négociation, il doit être laissé la possibilité aux parties de dénoncer un accord si les attentes exprimées ne sont pas satisfaites. Or, s’agissant de l’accord de Tripoli, Idriss Deby a décidé que le texte recèle en soi les vertus pacifiantes « à prendre ou à laisser ». Les UFDD (F), le RFC et la CNT l’ont prématurément déclaré « caduc » (dixit Timan Erdimi), mais l’ont quand même signé avant de se dire « étonnés » de l’avoir signé. Le ridicule ne tue pas. Et l’accord du 25 octobre 2007 est désormais « parfait » entre les parties. Mais l’impossibilité de repartir en rébellion, seule arme de négociation efficace en cas de non-respect des termes conclus, n’est pas de nature à favoriser l’instauration d’une confiance mutuelle dans l’exécution de l’accord. L’avenir nous dira si Idriss Deby a changé. En d’autres termes, s’il est devenu un personnage crédible.

L’avenir ! C’est l’objet de l’interrogation que suscite immanquablement la déclaration de Deby qui voudrait que l’accord de Tripoli soit « le dernier que le gouvernement signe avec des rebelles ». Hormis les questions déjà soulevées, à savoir un éventuel soutien militaire extérieur aux groupes rebelles n’ayant pas signé l’accord et l’éventualité d’un retour en rébellion des groupes ayant signé l’accord, qui auraient pour conséquence de démentir les propos du chef de l’Etat, il est sain de s’interroger sur une éventuelle alternance politique au Tchad. Idriss Deby dit avoir signé le « dernier accord ». Cela signifie-t-il que le personnage est désormais prêt à quitter le pouvoir et que si « accord » politique il devrait prochainement y avoir, ce serait sous une autre Présidence ? Il faut être vraiment imbu d’un optimisme béat pour imaginer un tel scénario que le contenu même de l’accord de Tripoli écarte expressément. En effet, cet accord réaffirme, sans détour, en son article 1er « le respect total de la Constitution de la République ». Autrement dit, Idriss Deby pourra se représenter indéfiniment à sa propre succession à la tête de l’Etat. Or, c’est cette possibilité qui, si ma mémoire est encore bonne, lui était déniée par tous ceux qui avaient choisi de s’opposer à lui en refusant de se présenter aux élections (CPDC) ou en le combattant par les armes (UFDD, RFC, CNT). Sachant que les accords des 13 août et 25 octobre 2007 « légitiment » finalement le déverrouillage de la limitation des mandats, l’on peut écarter avec raison la volonté de Deby de quitter le pouvoir lorsqu’il affirme avoir signé « le dernier accord ».

A mon sens, le personnage est désormais plus que sûr de lui et de sa force de nuisance. Toutes les puissances économiques et militaires (France, Etats-Unis, Chine, Libye, UE, UA) partenaires du Tchad lui apportent un soutien affirmé. Il dispose de la totalité des recettes pétrolières de notre pays. La quasi-totalité des intellectuels tchadiens en poste préfère verser impunément dans les détournements des deniers publics plutôt que de réfléchir sur l’état de droit et la situation sociale du pays. Les mouvements rebelles sont incontestablement motivés d’abord par l’argent facile. Tout concourt finalement à faire de Deby un « puissant homme ». 

Aussi, lorsqu’il affirme que l’accord du 25 octobre 2007 est « le dernier accord », peut-être qu’il ne plaisante pas. Si d’aventure il décide de « négocier », ce serait simplement par mansuétude ou par « humanité », qualité qu’il vient de se découvrir dans l’affaire des enfants de l’Arche de Zoé. Personne ne pourra lui imposer quoi que ce soit. En tout cas, personne parmi tous ses adversaires politiques et militaires. La prochaine fois, on s’interrogera sur sa succession. Les termes de l’accord du 25 octobre autorisent une telle interrogation. Pour l’instant, soyons fatalistes : personne ne semble pouvoir inquiéter le Puissant Deby, et il l’a incontestablement prouvé. N’a-t-il pas dit que « ce n’est pas parce que Deby a marché sur N’Djamena depuis l’Est que n’importe quel aventurier croit qu’il est capable de le faire » ? Le FUC s’est cassé la figure aux portes de la capitale. Ses ex-partenaires rentrent au bercail sur la pointe des pieds. Pitoyable !

Milan (Italie)
Le 29 octobre 2007

Lyadish Ahmed

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