Lors de ses voeux aux
membres du Conseil supérieur islamique à l’occasion de l’Aïd al-adha al
moubarak, le Président Idriss Déby a déclaré qu’en général, lorsque des
conspirations contre un quelconque pays « se
produisent, tout le peuple se soulève et fait bloc derrière son
gouvernement et refuser catégoriquement de voir le pays sombrer dans la
guerre ». Or, face aux attaques des rebelles de l’Est contre son régime,
le chef de l’Etat affirme avoir fait l’amer constat que non seulement
les Tchadiens ne lui ont pas apporté leur soutien, mais que pire, il a
même « vu des gens qui soutiennent le pays qui nous agresse ». En somme,
une double amertume qui lui a fait certainement perdre les illusions
d’une passion populaire pour ses actes dont il était le seul à s’être
bercé depuis toujours.
Il serait bien
évidemment curieux que dans une vraie démocratie, un chef d’Etat élu
n’eût plus, peu après, le moindre soutien de ses électeurs dans la mise
en œuvre de sa politique quelle qu’elle soit. Mais cela n’est possible
que dans une vraie démocratie. Or, Idriss Déby semble être le seul
Tchadien à croire encore que le Tchad est une vraie démocratie. Rien de
plus normal puisque ses collaborateurs les plus pervertis lui ont
toujours fait croire que même si les résultats des différentes
présidentielles sont manipulés, c’est tout juste pour lui éviter de se
présenter à un second tour de scrutin qu’il aurait en toute hypothèse
gagnée. La démocratie serait sauve, au point de paraître aujourd’hui
trop étouffante pour le chef de l’Etat. Les contestations ?
Désobligeantes et malvenues !
Ces mensonges
ont fini par convaincre le Président que finalement, malgré ses
insuffisances manifestes et les multiples appels à la raison lancés
notamment par le très respectable Ibni Oumar Mahamat Saleh, il était
aimé par son peuple. Alors, pourquoi ce peuple aimant refuse-t-il
subitement de faire « bloc derrière son président » afin de bouter hors
du Tchad, « les mercenaires à la solde du Soudan » ?
Les Tchadiens
sont dociles peut-être, tolérants certainement, enclins au pardon sans
doute. Ces qualités ne font, néanmoins, pas d’eux un peuple soumis que
quiconque peut tromper et manipuler à souhait. L’indifférence populaire
actuelle, face aux conflits entre le régime de N’Djamena et les
ex-collaborateurs du régime de N’Djamena, a une explication des plus
banales. Voici quatre exemples de situations qui ont achevé de
décrédibiliser Idriss Déby aux yeux de son peuple qui refuse de le
soutenir.
1. – Idriss
Déby dépense tout l’argent du pays dans l’achat d’armes pour lutter
contre un groupe de personnes venues jusqu’à N’Djamena pour y livrer une
guerre contre « les institutions républicaines », en ayant au préalable
tué beaucoup trop de Tchadiens. Quelques mois plus tard, ces mêmes
personnes sont reçues avec tous les honneurs au palais présidentiel, y
ressortent les besaces remplies de pétrodollars, puis sont nommés
ministres au gouvernement qu’ils ont cherché à renverser. Le chef de
l’Etat n’a pas pensé aux familles endeuillées.
2. – Idriss
Déby lance un mandat d’arrêt international contre des personnes
nommément citées pour avoir porté atteinte l’intégrité de notre pays.
Peu après, il signe des accords politiques avec ces mêmes personnes,
leur distribue l’argent du pays, leur promet des postes de
responsabilité. Le président de la République n’a pas pensé aux familles
endeuillées par les actes criminels de ces personnes. Leur place est en
principe en prison et non dans les bureaux climatisés des ministères et
autres établissements publics. S’il avait eu le courage de traduire ces
personnes en Justice, Déby aurait eu le soutien populaire qu’il
espérait.
3. – Idriss
Déby crie à qui voudrait le croire que parmi ses collaborateurs,
certains ont détourné les deniers publics. Il les chasse de leurs postes
de responsabilité, confie l’affaire à la Justice, puis, avant que
celle-ci se prononce, il prend un décret pour nommer ces mêmes
collaborateurs à des postes ministériels. Le chef de l’Etat oublie que
lorsqu’il a décidé de révoquer certaines personnes qu’il accuse d’avoir
détourné l’argent du peuple, il a posé un acte positif soutenu par tous.
Les contre-décisions sonnent toujours comme un manque de courage
politique et comme une insulte à la confiance des citoyens.
4. – Idriss
Déby accuse le Soudan de mener des activités subversives contre notre
pays. Peu de temps après, on le voit à Khartoum, à Tripoli ou à Lisbonne
en compagnie du Président soudanais.
Si une dose de
souplesse est incontestablement nécessaire à un bon fonctionnement de la
vie politique, l’incohérence absolue entre les discours tenus et le
comportement constaté ne peut être tolérée indéfiniment. Il est temps
que « les choses reviennent maintenant à la normale », Monsieur le
Président. Trop d’illusions étranglent la raison.
Lyadish
Ahmed
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