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  Chronique 

Chronique :
 « Les illusions presque perdues d’Idriss Déby »
Par Lyadish Ahmed

 
Article paru le 22 décembre 2007 - Ialtchad Presse

 « Les illusions presque perdues d’Idriss Déby »
Par Lyadish Ahmed

Lors de ses voeux aux membres du Conseil supérieur islamique à l’occasion de l’Aïd al-adha al moubarak, le Président Idriss Déby a déclaré qu’en général, lorsque des conspirations contre un quelconque pays « se produisent, tout le peuple se soulève et fait bloc derrière son gouvernement et refuser catégoriquement de voir le pays sombrer dans la guerre ». Or, face aux attaques des rebelles de l’Est contre son régime, le chef de l’Etat affirme avoir fait l’amer constat que non seulement les Tchadiens ne lui ont pas apporté leur soutien, mais que pire, il a même « vu des gens qui soutiennent le pays qui nous agresse ». En somme, une double amertume qui lui a fait certainement perdre les illusions d’une passion populaire pour ses actes dont il était le seul à s’être bercé depuis toujours.

Il serait bien évidemment curieux que dans une vraie démocratie, un chef d’Etat élu n’eût plus, peu après, le moindre soutien de ses électeurs dans la mise en œuvre de sa politique quelle qu’elle soit. Mais cela n’est possible que dans une vraie démocratie. Or, Idriss Déby semble être le seul Tchadien à croire encore que le Tchad est une vraie démocratie.  Rien de plus normal puisque ses collaborateurs les plus pervertis lui ont toujours fait croire que même si les résultats des différentes présidentielles sont manipulés, c’est tout juste pour lui éviter de se présenter à un second tour de scrutin qu’il aurait en toute hypothèse gagnée. La démocratie serait sauve, au point de paraître aujourd’hui trop étouffante pour le chef de l’Etat. Les contestations ? Désobligeantes et malvenues !

Ces mensonges ont fini par convaincre le Président que finalement, malgré ses insuffisances manifestes et les multiples appels à la raison lancés notamment par le très respectable Ibni Oumar Mahamat Saleh, il était aimé par son peuple. Alors, pourquoi ce peuple aimant refuse-t-il subitement de faire « bloc derrière son président » afin de bouter hors du Tchad, « les mercenaires à la solde du Soudan » ?

Les Tchadiens sont dociles peut-être, tolérants certainement, enclins au pardon sans doute. Ces qualités ne font, néanmoins, pas d’eux un peuple soumis que quiconque peut tromper et manipuler à souhait. L’indifférence populaire actuelle, face aux conflits entre le régime de N’Djamena et les ex-collaborateurs du régime de N’Djamena, a une explication des plus banales. Voici quatre exemples de situations qui ont achevé de décrédibiliser Idriss Déby aux yeux de son peuple qui refuse de le soutenir.

1. – Idriss Déby dépense tout l’argent du pays dans l’achat d’armes pour lutter contre un groupe de personnes venues jusqu’à N’Djamena pour y livrer une guerre contre « les institutions républicaines », en ayant au préalable tué beaucoup trop de Tchadiens. Quelques mois plus tard, ces mêmes personnes sont reçues avec tous les honneurs au palais présidentiel, y ressortent les besaces remplies de pétrodollars, puis sont nommés ministres au gouvernement qu’ils ont cherché à renverser. Le chef de l’Etat n’a pas pensé aux familles endeuillées.

2. – Idriss Déby lance un mandat d’arrêt international contre des personnes nommément citées pour avoir porté atteinte l’intégrité de notre pays. Peu après, il signe des accords politiques avec ces mêmes personnes, leur distribue l’argent du pays, leur promet des postes de responsabilité. Le président de la République n’a pas pensé aux familles endeuillées par les actes criminels de ces personnes. Leur place est en principe en prison et non dans les bureaux climatisés des ministères et autres établissements publics. S’il avait eu le courage de traduire ces personnes en Justice, Déby aurait eu le soutien populaire qu’il espérait.

3. – Idriss Déby crie à qui voudrait le croire que parmi ses collaborateurs, certains ont détourné les deniers publics. Il les chasse de leurs postes de responsabilité, confie l’affaire à la Justice, puis, avant que celle-ci se prononce, il prend un décret pour nommer ces mêmes collaborateurs à des postes ministériels. Le chef de l’Etat oublie que lorsqu’il a décidé de révoquer certaines personnes qu’il accuse d’avoir détourné l’argent du peuple, il a posé un acte positif soutenu par tous. Les contre-décisions sonnent toujours comme un manque de courage politique et comme une insulte à la confiance des citoyens.

4. – Idriss Déby accuse le Soudan de mener des activités subversives contre notre pays. Peu de temps après, on le voit à Khartoum, à Tripoli ou à Lisbonne en compagnie du Président soudanais.

Si une dose de souplesse est incontestablement nécessaire à un bon fonctionnement de la vie politique, l’incohérence absolue entre les discours tenus et le comportement constaté ne peut être tolérée indéfiniment. Il est temps que « les choses reviennent maintenant à la normale », Monsieur le Président. Trop d’illusions étranglent la raison.

Lyadish Ahmed

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