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  Chronique 

Chronique :
 « Un nouveau gouvernement,
c’est pour quand ?
»
Par Lyadish Ahmed
 
Article paru le 12 novembre 2007 - Ialtchad Presse

Un nouveau gouvernement, c’est pour quand ?
Par Lyadish Ahmed

       Aujourd’hui nous sommes le 12 novembre 2007. Trois mois se sont donc écoulés depuis la signature de l’important accord du 13 août 2007 censé assurer la stabilisation et le renforcement du processus démocratique au Tchad. L’on se souvient que cet accord prévoit la participation notamment des membres de la CPDC au gouvernement, en sus des dispositions relatives à la délimitation des entités administratives, à la mise en place de la CENI et de ses démembrements, au recensement électoral, etc. Plus précisément, l’accord énonce en son article 4-4 in fine que « Pour la bonne exécution du présent Accord, les partis politiques signataires (…) s'engagent-ils, (…) à participer sous la responsabilité du Président de la République, à la gestion des affaires publiques, y compris dans le cadre du Gouvernement ». Une grande partie des observateurs de la vie politique tchadienne estime d’ailleurs que la participation des membres de la CPDC au gouvernement devrait, entre autres conséquences, mettre à l’épreuve les chefs des partis politiques ayant pris l’habitude, depuis quelque temps, à critiquer les actions de leurs ex-partenaires plutôt qu’à proposer des solutions concrètes aux dérives qu’ils stigmatisent.

Souhaitée donc, mais surtout expressément prévue par l’accord du 13 août, la participation des membres de la CPDC au gouvernement ne semble pourtant toujours pas à l’ordre du jour. Ni les chefs des partis politiques concernés ni le chef de l’Etat Idriss Déby qui a placé cet accord au noble rang de « loi fondamentale » ne semblent vouloir s’employer à mettre en œuvre les engagements pris. Cette inaction est sans doute inattendue, tant l’annonce de la participation au gouvernement des radicaux de l’opposition avait suscité  des espérances parmi les rares militants opposants restés fidèles et les populations frustrées devant l’enrichissement illicite et indécent des responsables politiques au pouvoir et leurs proches. Mais le constat est là ! Trois mois plus tard, aucun opposant « radical assoupli » n’est appelé au gouvernement de Kassiré pour remplacer un quelconque ministre, même le moins influent qui soit.

Pourquoi un tel retard à l’ouverture politique ? Peut-être que les responsables de l’opposition radicale ne se sont pas accordé sur les noms des personnes qui devraient entrer au gouvernement de Kassiré. C’est une hypothèse à ne pas écarter, car ces opposants ont déjà démontré leur incapacité à s’entendre et notamment sur la candidature unique à présenter à la Présidentielle de 2006. Ou bien peut-être exigeraient-ils le départ du Premier Ministre en exercice et son remplacement par un membre de la CPDC ? Cette hypothèse est en revanche improbable puisque l’un des 5 leaders de la CPDC a catégoriquement exclu sa participation au gouvernement en tant que Premier Ministre. D’ailleurs la nomination à la primature ne semble pas être une condition de la présence des opposants au gouvernement tel qu’il est prévu par l’accord du 13 août.

Mais ce retard peut également s’expliquer par l’impossibilité pure et simple de faire entrer au gouvernement de nouvelles personnes sans en exclure proportionnellement d’autres. Or, cette dernière hypothèse comporte des risques importants pour Idriss Déby qui se voit désormais pris à son propre piège consistant à monnayer la paix au Palais rose par des postes ministériels offerts à tous ceux qui menacent d’aller dans les grottes. Les Tchadiens ont désormais compris que seules les armes permettent d’avoir une vie sociale rêvée dans un pays où les valeurs morales ont déserté l’espace public depuis des lustres et où ceux qui dénoncent la corruption et les détournements des deniers publics sont ostracisés et considérés comme des extraterrestres. Dans ces conditions, il est bien clair qu’aucun ministre en exercice n’accepterait de céder son siège à un autre sans qu’il ne soit considéré comme représentant une menace sérieuse pour le siège suprême. Gageons que ce retard n’est pas le fait de certains politiques qui se croiraient indispensables et irremplaçables à jamais. Si tel est le cas, alors les portes du gouvernement resteront hermétiquement fermées aux assouplis de l’opposition radicale.

Enfin, il reste que le chef de l’Etat lui-même peut vouloir s’adonner à sa légendaire mauvaise volonté dans la gestion des crises politiques. En effet, puisque désormais puissamment armé et officiellement soutenu par les Etats dits « puissances économiques et militaires », Idriss Déby est en position d’imposer sa volonté à quiconque parmi ses adversaires politiques. Il peut de ce fait s’autoriser le privilège de retarder, voire de geler la mise en œuvre d’un accord fut-il signé sous le haut patronage de son ami Libyen ou avec l’aide inestimable de ses partenaires de l’Union européenne. Mais espérons que le retard constaté de l’entrée au gouvernement des membres de la CPDC est dû seulement à une stratégie politique positive du chef de l’Etat. Celui-ci peut, en effet, avoir la volonté d’opérer une jonction des différents accords signés avec les différents opposants démocratiques (accord du 13 août) et militaires (accord du 25 octobre) afin de mettre en place un véritable gouvernement d’union nationale au service du pays. L’affaire de l’Arche de Zoé a démontré que les Tchadiens sont disposés à soutenir unanimement leurs dirigeants politiques lorsque sont en jeu des questions d’intérêt national. La paix dans notre pays est plus qu’une question d’intérêt national. La traditionnelle fête du MPS du 1er décembre devrait, à mon avis, être placée cette année sous le signe de la paix. Un nouveau gouvernement nommé le 1er décembre 2007 sera honoré de travailler pour la paix dans notre pays. La paix seulement !

Lyadish Ahmed

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