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  Chronique 

Chronique Lyadish
«
Les hommes politiques sont-ils tous des malhonnête en puissance? »
Par Lyadish Ahmed
 
Article paru le 23 août 2007 - Ialtchad Presse

 
            «
Les hommes politiques sont-ils tous des malhonnête en puissance?»

Idriss Deby a tellement perverti la politique et dépravé les hommes qui la font qu’il est aujourd’hui impossible pour les Tchadiens de voir dans chaque acte de leurs responsables politiques une autre motivation que le vil désir de détourner, à leur propre profit et à celui de leur famille, l’argent de l’État. Tous les hommes politiques sans exception, responsables ou simples militants, pour peu qu’ils participent au Gouvernement ou à la gestion d’un simple projet de curage de caniveaux, deviennent les cibles principales de tous les regards réprobateurs des populations démunies et largement désabusées. Cette suspicion n’épargne pas ceux qui ont choisi la rébellion armée pour exprimer leur opposition aux « méthodes du régime de N’Djamena » qu’ils nient pourtant avoir contribué à instaurer et affermir. Même les anciens chefs d’État comme Goukouny Weddeï et le Général Malloum n’échappent pas à cette suspicion du désir de se dévoyer. Le premier nourrirait le rêve de décrocher un poste digne de sa stature d’ancien président de la République et donc les avantages matériels licites ou illicites qui vont avec. Quant au second, il serait rentré de son exil nigérian dès qu’il avait appris qu’une opportune loi instituait désormais un statut d’anciens chefs d’État avec les garanties d’une rémunération mensuelle nette de 3 millions de francs Cfa.

Les postes de responsabilité et l’opportunité de détournement de deniers publics qu’ils offrent seraient donc la principale motivation des dirigeants politiques dans tous les actes prétendument posés dans l’intérêt des populations. Il n’est ainsi pas étonnant que le récent accord signé entre les partis politiques soutiens du régime et ceux de la CPDC soit soupçonné, par le principal opposant au régime en l’occurrence Ngarlejy Yorangar, d’avoir « essentiellement pour but le retour des ex-alliés du MPS aux râteliers ». Le soupçon du partage des reliquats des revenus pétroliers que Deby et ses courtisans acceptent d’opérer au profit des responsables de la CPDC n’est pas propre au Président de la FAR. L’ensemble des réactions lues dans la presse sur Internet converge et ne laisse planer aucun doute quant à la défiance populaire à l’égard de ceux que l’on appelle déjà les « ex-opposants ».

C’est en particulier le Dr Djimet Adoum qui semble le mieux exprimer l’état d’esprit des observateurs face à l’accord du 13 août 2007. Dans un article publié sur différents sites Internet, notre compatriote constate qu’ « à la lecture de l’accord signé entre le Gouvernement et la CPDC, le mandat des députés est prorogé jusqu’ à 2009. Il sera bien sûr question de former un gouvernement provisoire en attendant que les autres efforts aboutissent à un règlement général de la crise ». Ce constat est assorti d’un de ces tristes présages que seules les victimes d’un abus peuvent déceler dans les actes de leurs bourreaux. En effet, pour Monsieur Djimet Adoum, dans la perspective des législatives dont la période a été fixée par accord et après l’arrivée au Gouvernement des membres de la CPDC, « les coffres seront mis à sec puisque ceux qui seront attachés brouteront juste autour de là où ils seront attachés. Et comme le temps du pâturage risque d’être court, il ne faut donc pas s’attendre à ce que le sort du peuple soit la préoccupation majeure des chèvres qui se mettront au pâturage ». L'ex-secrétaire d'état aux finances, Monsieur Djondang Enoch ne pense pas autre chose et précise qu'avant d' " arriver aux échéances de 2009" les acteurs politiques "se seront renfloués avec les revenus pétroliers". Plus grave, certains compatriotes pensent même que Monsieur Ibni Oumar Mahamat Saleh, porte-parole de la CPDC témoigne d’une certaine « vénalité » après avoir accepté de négocier un accord avec « le pouvoir corrompu d’Idriss Deby ».

Les responsables politiques tchadiens seraient-ils devenus vils à ce point ? Il ne serait pas juste et honnête de traiter tout le monde de corrompu bien que notre pays détienne encore  le triste record mondial en termes d’institutions, de fonctionnaires et d’hommes politiques les plus corrompus. Il ne faut pas non plus se voiler la face : beaucoup trop d’hommes politiques se sont illicitement enrichis dans notre pays depuis l’arrivée au pouvoir d’Idriss Deby. Il serait aujourd’hui quasiment impossible de soutenir qu’un ministre, un ex-ministre, un DG d’une société d’État…, n’ait pas soustrait à son propre profit, des fonds mis à la disposition de son ministère ou de sa société, quelques dizaines de millions de francs Cfa. Le détournement des deniers publics au Tchad se fait au grand jour avec la bénédiction du premier magistrat du pays, Idriss Deby lui-même.

L’on se souvient qu’après la défection des jumeaux Erdimi, le Ministre Hourmadji Moussa Doumgar avait tenu une conférence de presse pour expliquer que les insurgés auraient pris la poudre d’escampette pour éviter d’être écroués pour détournement de 6 milliards de francs Cfa. Quand et comment ces deux proches de Deby avaient pu détourner d’aussi énormes sommes d’argent ? Vers la fin des années 1990, c’était Ali Abderaman Haggar qui avait été accusé et écroué pendant quelque temps pour avoir été présumé d’abus de biens sociaux de la Sonasut. Dans la même période, le DG de la STEE avait été écroué pour les mêmes motifs. Ces exemples ne sont pas isolés puisque vers le milieu des années 1990, ce fut Mahamat Saleh Adoum, actuel Conseiller du Président Deby, qui avait été arrêté et écroué pour détournement de quelques 90 millions de francs Cfa. Plus récemment, Mahamat Ali Abdallah avait été accusé par Idriss Ahmed Idriss, alors ministre des finances, d’avoir détourné quelques 40 millions de francs Cfa. D’autres ministres actuellement en exercice ont fait également l’objet de présomption de détournements de deniers publics. Cependant, il convient de souligner qu’aucune de ces affaires n’a fait l’objet d’une procédure judiciaire ayant abouti à des sanctions financières. Les hommes politiques ne s’inquiètent pas au Tchad puisque les juges eux-mêmes seraient corrompus. L’un d’entre eux n’avait-il pas été révoqué par décret présidentiel pour avoir, moyennant quelques centaines de milliers de francs Cfa, laissé s’échapper le criminel qui a assassiné un Yéménite à Sarh ? Du reste, lors de leurs états généraux, les magistrats de la Cour d’Appel de N’Djamena avaient révélé avoir été corrompus par Idriss Deby en 1996 pour valider les fraudes électorales lors de la présidentielle.

Ces tristes exemples doivent-ils pour autant nous conduire à voir en chaque homme politique un mafioso en puissance ? L’activité politique s’est toujours accommodée de quelques malversations. Des exemples de détournement à grande échelle ne manquent pas dans les plus grandes démocraties au monde. Seulement, nos « républiquettes » africaines sous perfusion, aussi « vénales et clochardes » soient-elles, ne peuvent s’autoriser des détournements qui auraient pour conséquence de vider les caisses de l’État qui, comme au Tchad, n’ont désormais quasiment qu’une seule source d’approvisionnement : les revenus du pétrole. Certains responsables politiques tchadiens voudraient vivre comme les Émiratis sans en avoir les moyens. Ils se sentent obliger de voler l’argent du pays pour assouvir leur envie irrépressible de snobisme. Mais tous les responsables politiques ne sont pas vils à ce point. Sur cette question, j’aurais peut-être l’air d’un gros naïf comme me l’a fait savoir encore récemment mon ami Ahmat Yacoub d’Alwihda, mais je reste convaincu que parmi la génération des politiques qui auraient échoué dans la recherche du bien-être des Tchadiens selon Djondang Enoch, subsistent encore quelques hommes et femmes qui souhaiteraient laisser à leur descendance plus que de simples patrimoines illicitement acquis. Il existe de personnes respectables au Tchad. Toutes ne sont pas qu’incompétence, détournement, concussion et prévarication. Certains politiques seront assurément une référence pour les générations futures. Une référence vertueuse j’allais dire. Le reste, on s’en souviendra en passant devant leurs villas construites avec l’argent volé du peuple tchadien. L’argent volé, c’est cela !

Lyadish Ahmed, Ialtchad Presse
Commentaires et observations :
lyadishahmed@yahoo.fr

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