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Chronique |
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Chronique
:
« La trahison »
Par
Lyadish Ahmed
Article
paru le 1 janvier 2008 -
Ialtchad
Presse
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« La trahison »
Par
Lyadish Ahmed |
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Le transfèrement des membres
de l’Arche de Zoé, reconnus coupables et condamnés en conséquence à 8
ans de travaux forcés, est vécu comme une véritable trahison par les
populations tchadiennes. Il faut toutefois préciser que ce n’est pas la
procédure de transfèrement en soi qui est négativement appréciée, mais
plutôt les conditions dans lesquelles cette procédure a été mise en
œuvre.
L’opinion publique
tchadienne avait découvert, à l’occasion du procès, l’existence d’une
convention judiciaire signée entre la France et le Tchad en 1976 qui
autorisait en quelque sorte une « organisation partagée » des procès de
nature pénale. Cependant, après les déclarations irréfléchies du
Président Français, qui disait être prêt à aller chercher les prévenus,
« quoi qu’ils aient fait », il était impératif de faire en sorte qu’une
éventuelle demande de transfèrement en application de cette convention
ne soit considérée comme attitude néocolonialiste de la France envers
son ancienne colonie. Les médias ainsi que les avocats de la défense ont
réussi à apaiser les manifestations de colère anti-françaises en faisant
le travail de sensibilisation nécessaire sur l’applicabilité de la
convention de 1976. La cause a été entendue. L’issue du procès telle que
nous la connaissons aujourd’hui avait, quant à elle, surpris plus d’un.
S’il est vrai que les
Tchadiens étaient convaincus, dès le début de cette affaire, que la
France n’accepterait pas que ses ressortissants soient emprisonnés au
Tchad après leur condamnation, ils espéraient néanmoins qu’un procès en
bonne et due allait être organisé. Or, on avait assisté de bout en bout
à un simulacre de procès destiné, non pas à aider à comprendre pourquoi
et comment des Français étaient venus enlever des enfants tchadiens,
mais simplement à permettre à Idriss Déby de négocier davantage de
faveurs de la France. Tout le monde sait que le Président tchadien doit
à la France la survie de son régime. Nicolas Sarkozy avait lui-même
reconnu, lors du sommet de Lisbonne, que l’armée française présente au
Tchad apporte son aide au maintien au pouvoir d’Idriss Déby. Le procès
de l’Arche de Zoé était donc, faut-il le dire, une occasion de
marchandage inespérée pour le Président tchadien qui faisait face aux
attaques répétées des cadres de son régime partis en rébellion. Un site
internet, tenu par des ex-proches de Déby, avait d’ailleurs très tôt
révélé que l’issue du procès de l’Arche de Zoé et les modalités de
transfèrement des condamnés avaient été négociés entre Déby et Sarkozy.
Eric Breteau avait confirmé ces révélations par la suite.
Aujourd’hui, les condamnés
sont en France pour y purger la peine uniforme, de 8 ans de travaux
forcés, qui leur avait été infligée. On aurait aimé les voir effectuer
au moins une fraction de cette peine au Tchad. Idriss Déby et Nicolas
Sarkozy en ont décidé autrement. Moins de 48 heures après leur
condamnation, les membres de l’Arche de Zoé ont été transférés en France
au grand dam des Tchadiens. Néanmoins, jusque-là, même si la peine
infligée leur paraît extraordinaire au regard de leur propre
législation, on constate heureusement que les Français continuent par se
désolidariser des faits commis par les membres de l’Arche de Zoé. Aucune
autorité politique française n’a, à ma connaissance, demandé la mise en
liberté immédiate des condamnés. On a l’étrange sentiment que les
Français ont plus foi en l’autorité de la chose jugée que ne l’ont les
Tchadiens eux-mêmes envers la décision de leur propre juge. Les
Tchadiens ont l’impression d’avoir été trahis par Idriss Déby et par les
juges tchadiens. Déjà, d’ordinaire ils n’avaient pas assez confiance à
l’indépendance du juge et à son impartialité. Désormais, il est à parier
qu’ils n’auront même plus aucune considération pour ses décisions. À
moins, bien entendu, que la peine infligée au Tchad aux membres de
l’Arche de Zoé soit au moins partiellement exécutée de façon effective
en France en application de bonne foi de la convention de 1976.
Lyadish Ahmed
IaltchadPresse
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