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  Chronique 

Chronique: « Nordiste et démocrate : la logique sans peine d’Ibn Oumar Mahamat Saleh »
Par Lyadish AHMED 

Article paru le 11 mai 2006 - Ialtchad Presse

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« Nordiste et démocrate : la logique sans peine d’Ibn Oumar
 Mahamat Saleh
».   Par Lyadish AHMED

Etre Nordiste au Tchad est une épreuve. Il en découle plusieurs conséquences, dont la moindre n’est pas celle-ci : à la perpétuelle accusation non sans raison de partager « quelque chose d’important outre la religion, la culture et le pouvoir politique, […] les convoitises et les caprices de prendre tout au Sudiste pour être content » comme l’a réaffirmé récemment encore notre compatriote Félix Ngoussou, s’ajoute l’obligation de faire la politique dans le strict respect des canons fixés par les « libérateurs » du Frolinat. Les canons du Frolinat, au sens où je prends le mot, est cette tradition tchadienne de la prise du pouvoir par des voies non démocratiques. Fixée et transmise par les pères de

la machine à broyer du Sudiste, la tradition de la prise de pouvoir par les armes, relie et inspire encore, plus ou moins les Nordistes tentés par la magistrature suprême. Comment pourrait-il en être autrement aujourd’hui dans la mesure où jamais le pouvoir n’a été ni pris ni transmis démocratiquement dans notre pays ? À la différence des coups d’État  militaires, l’alternance démocratique n’est pas une tradition au Tchad. Il faut reconnaître qu’on n’invente pas à chaque instant, des conduites nouvelles, ce serait épuisant. Et puisque la recette traditionnelle est beaucoup plus dissuasive et moins éprouvante que des combats d’idées et d’idéologies où on y laissera sans nul doute des plumes face à un adversaire plus inspiré, on la préfère naturellement.

Ce qui apparaît de plus en plus certain, à mesure qu’on reste dans le constat du respect de la prise du pouvoir par les armes, c’est que l’homme politique Nordiste semble n’avoir jamais acquis le réflexe démocratique malgré les 26 années de gestion du pays. Au moindre malentendu, même d’ordre personnel, on se replie dans les grottes pour y entretenir une guérilla contre le pouvoir qu’on a pourtant soutenu tels des stakhanovistes politiques. Accordons que pour ceux-là, l’option des armes a peut-être été imposée par les circonstances. Telle est en tout cas l’humeur qui aurait motivé notamment, Togoïmi, les frères Erdimi, le Capitaine Mahamat Nour et Mahamat Nouri. N’est-ce pas après 15 années de soutien inconditionnel et assumé que les célèbres jumeaux et la dernière recrue des rebelles ont choisi finalement de se séparer de leur parrain? Mais on ne sait vraiment pas comment expliquer la contestation armée de ceux qui n’ont jamais participé de quelque façon que ce soit à la gestion du pays. On se rappelle en effet que certains dirigeants rebelles ont toujours et de tout temps été au maquis sans avoir jamais rien proposé comme politique alternative aux dérives dictatoriales d’Idriss Deby. Pour justifier leur acte, certains n’hésitent pas à répéter complaisamment que ceux-ci ont compris avant tout le monde que le pouvoir MPS est un pouvoir clanique, c’est pourquoi ils n’ont jamais souhaité se compromettre avec un « criminel » notoire.  En vérité, dès lors qu’on pose le problème en termes de culture démocratique, la réponse ne fait point de doute. Dans le comportement des premiers tout comme dans celui des seconds, il se manifeste une incapacité presque naturelle à concevoir la politique et tout ce qui s’y rapporte autrement que par la force des armes.

Sans doute, toutefois, le respect de la tradition imposée par le Frolinat doit-il être nuancé dans sa pratique par tous les Nordistes. Même pour ceux qui ont préféré le maquis à la démocratie, semble-t-il, l’usage des armes ne sera que le dernier recours ; le départ volontaire de Deby étant la condition. Les mentalités ont-elles alors évolué depuis peu ? Si on ne peut répondre véritablement à une telle interrogation, il est en revanche incontestable de soutenir qu’une illustre personnalité politique nordiste semble avoir définitivement banni de son  combat les armes à feu : Ibn Oumar Mahamat Saleh. On peut discuter ce choix ; dire qu’il est limité par l’impossibilité d’avoir des volontaires pour combattre ; de la difficulté pour le personnage de disposer du soutien d’une puissance étrangère, etc. Cela arrangerait bien certains. Mais dans l’euphorie satisfaite et intéressée suscitée par l’offensive armée qui menace le pouvoir de Deby, on a vite oublié que notre Constitution interdit à la fois la prise du pouvoir par les armes et sa conservation par ces mêmes instruments. Qui oserait affirmer sérieusement que  ceux qui prendront demain le pouvoir en usant des moyens réprouvés auront agi dans la légalité ? Voilà la tragique interrogation suscitée par le président du PLD lorsqu’il a répondu sur RFI sans hésiter qu’il condamne la prise du pouvoir par les armes et qu’il condamne par la même force sa confiscation par les armes. On ne saurait rien demander de plus net : toute prétention à la plus haute fonction de l’État doit s’inscrire dans le cadre de la Constitution.

On doit reconnaître que le président du PLD exprime par son acte les aspirations inconditionnelles d’une génération désabusée par les épreuves révolutionnaires infécondes. Durant un quart de siècle – même bien plus – on a vu se succéder des régimes militaires nordistes qui n’ont rien changé dans le quotidien des tchadiens si ce n’est d’avoir aggravé leur situation déjà précaire. On a assisté, par la grâce de ces régimes militaires, à l’abaissement d’honnêtes gens, à la cupidité qui se rue où ces régimes ont frappé, au règne de l’incompétence qui fait dire de notre pays  que « La où la Banque mondiale invoque pudiquement « la faible capacité institutionnelle » du Tchad, le rapport sur la compétitivité en Afrique, publié en juin 2003 par le forum économique mondiale réuni à Durban en Afrique du Sud, relègue le pays au dernier rang de son classement en fonction de trois critères : le degré de corruption, la fiabilité des institutions publiques et le crédit au système légal… », Stephen Smith, Négrologie, éd. Hachette, p.57. Expression des motivations égoïstes, les régimes militaires ont autorisé et légitimé l’injustice, la corruption, le meurtre et toutes les cruautés. Je relisais encore récemment Péplum, mais chaque fois que j’arrive sur de cette réplique, je ne parviens pas à retenir mes émotions. L’auteur écrit en effet, pour dénoncer la bêtise humaine, que « Montesquieu et ses nombreux émules ont charmé l’Occident ; mais il n’y aura jamais d’équivalent des Lettres persanes pour le Sud, il n’y aura jamais de Lettres tchadiennes ou de Lettres rwandaises, parce que ce seraient des livres terrifiants.» Amélie Nothomb, Péplum, éd. Livre de Poche, p.95.

On conçoit ainsi aisément quelles garanties la démarche du président du PLD confère à l’émergence et au mûrissement d’une mentalité démocratique visiblement absente dans la conception nordiste du pouvoir au Tchad. Se conformant aux attitudes libérales dignes inspirées par nos compatriotes sudistes qui ont préféré choisir les armes de leur époque – le débat idéel – pour s’affirmer, Ibn Oumar Mahamat Saleh apporte un démenti formel à tous ceux qui croient imposer leur vision rétrograde de l’accession au pouvoir. Il ne l’eut pas été sans doute si nos compatriotes sudistes entretenaient dans les mêmes proportions  que les Nordistes des guérillas pour renverser le pouvoir. On dira certainement que c’est là un jugement d’humeur, que ma chronique est moins acerbe que d’habitude à l’endroit d’un opposant, etc. Hélas, je reste convaincu que la CPDC – que je ne confonds pas avec la personnalité du président du PLD – persiste dans son incohérence en s’agitant à démontrer la faiblesse du taux de participation. Quelle idée d’organiser une conférence de presse sur ce sujet alors même que par ailleurs on prétend ne pas reconnaître les élections ?  Je rappelle que le taux de participation n’est pas un critère de validité des élections. Même si le Président-candidat s’était présenté tout seul ou seulement avec son épouse pour voter, l’élection ne sera pas invalidée pour ce seul motif. L’opposition aurait pu se contenter d’un silence ou d’une déclaration pour rejeter en bloc l’élection du 3 mai. Par sa conférence de presse sur le taux de participation qu’elle fixe à 8%, elle a tout simplement accordé valeur juridique à une échéance électorale qu’elle dit contester. Un conseil de bon sens : les opposants démocratiques doivent engager immédiatement un expert en communication pour éviter de se dépenser dans des contradictions qui ne militent pas en leur faveur. Il y en a beaucoup à N’Djamena parmi les membres de la société civile.

Au reste, je demeure convaincu que le président du PLD renouvelle très sensiblement la façon de notre génération de concevoir la vie politique dans notre pays. On constate en ce sens que la majorité de jeunes nordistes tchadiens désapprouve la solution militaire à la crise actuelle. La psychose dont on parle et qui n’a pas manqué d’inciter beaucoup de N’Djamenois à se réfugier au Cameroun n’est-elle pas le signe d’une aversion des armes par la population en générale? Le choix de la démocratie pour une figure politique nordiste est un acte d’un courage extrême qu’il faut assumer lorsqu’on est confronté à un régime qui ne vous reconnaît pas cette qualité. Ibn Oumar a fait ce choix. Nous le soutenons advienne que pourra !
Je ne saurais néanmoins terminer sans rappeler que n’étant pas adepte des ragots, je laisse la latitude au contradicteur nommé Mallam, sans doute habitué des lectures en diagonale, qui a lancé une « fatwa » contre moi sur Alwihda, d’écrire un recueil de ses calembredaines inspirés des incartades de son ex-patron Idriss Deby. Il pourra facilement écouler les exemplaires dans les milieux des lâches parvenus du régime qui prétendent libérer le peuple tchadien mais qui, ayant incontestablement quelque chose à se reprocher, ont terriblement peur de s’afficher publiquement. J’ai plus de respect pour un  kamikaze que pour quelqu’un qui pose une bombe et s’en va se cacher quelque part pour ne pas mourir. Je n’ai pas peur de mourir pour mes idées.  Et donc j’assume mes écrits. Le jour où la CDPC, les jumeaux Erdimi ou encore le Capitaine Mahamat Nour arrivent au pouvoir, que Mallam vienne me chercher pour me tuer parce qu’il aura conservé mes écrits critiques contre ceux qui étaient à l’époque dans l’opposition. Les hommes politiques ne sont pas des artistes du show-biz et n’ont donc que faire des applaudissements. Les critiques les servent ; les hâbleurs les ennuient. La « fatwa » n’a visiblement pas eu beaucoup de succès. Ne dit-on pas que même les dieux sont impuissants contre la sottise ? Salut !

Lyadish Ahmed
Ialtchad Presse

Pour vos observations :
lyadishahmed@yahoo.fr

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