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la
machine à broyer du Sudiste, la tradition de la prise de pouvoir par
les armes, relie et inspire encore, plus ou moins les Nordistes
tentés par la magistrature suprême. Comment pourrait-il en être
autrement aujourd’hui dans la mesure où jamais le pouvoir n’a été ni
pris ni transmis démocratiquement dans notre pays ? À la différence
des coups d’État militaires, l’alternance démocratique n’est pas
une tradition au Tchad. Il faut reconnaître qu’on n’invente pas à
chaque instant, des conduites nouvelles, ce serait épuisant. Et
puisque la recette traditionnelle est beaucoup plus dissuasive et
moins éprouvante que des combats d’idées et d’idéologies où on y
laissera sans nul doute des plumes face à un adversaire plus
inspiré, on la préfère naturellement.
Ce
qui apparaît de plus en plus certain, à mesure qu’on reste dans le
constat du respect de la prise du pouvoir par les armes, c’est que
l’homme politique Nordiste semble n’avoir jamais acquis le réflexe
démocratique malgré les 26 années de gestion du pays. Au moindre
malentendu, même d’ordre personnel, on se replie dans les grottes
pour y entretenir une guérilla contre le pouvoir qu’on a pourtant
soutenu tels des stakhanovistes politiques. Accordons que pour
ceux-là, l’option des armes a peut-être été imposée par les
circonstances. Telle est en tout cas l’humeur qui aurait motivé
notamment, Togoïmi, les frères Erdimi, le Capitaine Mahamat Nour et
Mahamat Nouri. N’est-ce pas après 15 années de soutien
inconditionnel et assumé que les célèbres jumeaux et la dernière
recrue des rebelles ont choisi finalement de se séparer de leur
parrain? Mais on ne sait vraiment pas comment expliquer la
contestation armée de ceux qui n’ont jamais participé de quelque
façon que ce soit à la gestion du pays. On se rappelle en effet que
certains dirigeants rebelles ont toujours et de tout temps été au
maquis sans avoir jamais rien proposé comme politique alternative
aux dérives dictatoriales d’Idriss Deby. Pour justifier leur acte,
certains n’hésitent pas à répéter complaisamment que ceux-ci ont
compris avant tout le monde que le pouvoir MPS est un pouvoir
clanique, c’est pourquoi ils n’ont jamais souhaité se compromettre
avec un « criminel » notoire. En vérité, dès lors qu’on pose le
problème en termes de culture démocratique, la réponse ne fait point
de doute. Dans le comportement des premiers tout comme dans celui
des seconds, il se manifeste une incapacité presque naturelle à
concevoir la politique et tout ce qui s’y rapporte autrement que par
la force des armes.
Sans doute, toutefois, le respect de la tradition imposée par le
Frolinat doit-il être nuancé dans sa pratique par tous les
Nordistes. Même pour ceux qui ont préféré le maquis à la démocratie,
semble-t-il, l’usage des armes ne sera que le dernier recours ; le
départ volontaire de Deby étant la condition. Les mentalités
ont-elles alors évolué depuis peu ? Si on ne peut répondre
véritablement à une telle interrogation, il est en revanche
incontestable de soutenir qu’une illustre personnalité politique
nordiste semble avoir définitivement banni de son combat les armes
à feu : Ibn Oumar Mahamat Saleh. On peut discuter ce choix ; dire
qu’il est limité par l’impossibilité d’avoir des volontaires pour
combattre ; de la difficulté pour le personnage de disposer du
soutien d’une puissance étrangère, etc. Cela arrangerait bien
certains. Mais dans l’euphorie satisfaite et intéressée suscitée par
l’offensive armée qui menace le pouvoir de Deby, on a vite oublié
que notre Constitution interdit à la fois la prise du pouvoir par
les armes et sa conservation par ces mêmes instruments. Qui oserait
affirmer sérieusement que ceux qui prendront demain le pouvoir en
usant des moyens réprouvés auront agi dans la légalité ? Voilà la
tragique interrogation suscitée par le président du PLD lorsqu’il a
répondu sur RFI sans hésiter qu’il condamne la prise du pouvoir par
les armes et qu’il condamne par la même force sa confiscation par
les armes. On ne saurait rien demander de plus net : toute
prétention à la plus haute fonction de l’État doit s’inscrire dans
le cadre de la Constitution.
On
doit reconnaître que le président du PLD exprime par son acte les
aspirations inconditionnelles d’une génération désabusée par les
épreuves révolutionnaires infécondes. Durant un quart de siècle –
même bien plus – on a vu se succéder des régimes militaires
nordistes qui n’ont rien changé dans le quotidien des tchadiens si
ce n’est d’avoir aggravé leur situation déjà précaire. On a assisté,
par la grâce de ces régimes militaires, à l’abaissement d’honnêtes
gens, à la cupidité qui se rue où ces régimes ont frappé, au règne
de l’incompétence qui fait dire de notre pays que « La où la
Banque mondiale invoque pudiquement « la faible capacité
institutionnelle » du Tchad, le rapport sur la compétitivité en
Afrique, publié en juin 2003 par le forum économique mondiale réuni
à Durban en Afrique du Sud, relègue le pays au dernier rang
de son classement en fonction de trois critères : le degré de
corruption, la fiabilité des institutions publiques et le crédit au
système légal… », Stephen Smith, Négrologie, éd.
Hachette, p.57. Expression des motivations égoïstes, les régimes
militaires ont autorisé et légitimé l’injustice, la corruption, le
meurtre et toutes les cruautés. Je relisais encore récemment
Péplum, mais chaque fois que j’arrive sur de cette réplique, je
ne parviens pas à retenir mes émotions. L’auteur écrit en effet,
pour dénoncer la bêtise humaine, que « Montesquieu et ses
nombreux émules ont charmé l’Occident ; mais il n’y aura jamais
d’équivalent des Lettres persanes pour le Sud, il n’y aura
jamais de Lettres tchadiennes ou de Lettres rwandaises, parce
que ce seraient des livres terrifiants.» Amélie Nothomb,
Péplum, éd. Livre de Poche, p.95.
On
conçoit ainsi aisément quelles garanties la démarche du président du
PLD confère à l’émergence et au mûrissement d’une mentalité
démocratique visiblement absente dans la conception nordiste du
pouvoir au Tchad. Se conformant aux attitudes libérales dignes
inspirées par nos compatriotes sudistes qui ont préféré choisir les
armes de leur époque – le débat idéel – pour s’affirmer, Ibn
Oumar Mahamat Saleh apporte un démenti formel à tous ceux qui
croient imposer leur vision rétrograde de l’accession au pouvoir. Il
ne l’eut pas été sans doute si nos compatriotes sudistes
entretenaient dans les mêmes proportions que les Nordistes des
guérillas pour renverser le pouvoir. On dira certainement que c’est
là un jugement d’humeur, que ma chronique est moins acerbe que
d’habitude à l’endroit d’un opposant, etc. Hélas, je reste convaincu
que la CPDC – que je ne confonds pas avec la personnalité du
président du PLD – persiste dans son incohérence en s’agitant à
démontrer la faiblesse du taux de participation. Quelle idée
d’organiser une conférence de presse sur ce sujet alors même que par
ailleurs on prétend ne pas reconnaître les élections ? Je rappelle
que le taux de participation n’est pas un critère de validité des
élections. Même si le Président-candidat s’était présenté tout seul
ou seulement avec son épouse pour voter, l’élection ne sera pas
invalidée pour ce seul motif. L’opposition aurait pu se contenter
d’un silence ou d’une déclaration pour rejeter en bloc l’élection du
3 mai. Par sa conférence de presse sur le taux de participation
qu’elle fixe à 8%, elle a tout simplement accordé valeur juridique à
une échéance électorale qu’elle dit contester. Un conseil de bon
sens : les opposants démocratiques doivent engager immédiatement un
expert en communication pour éviter de se dépenser dans des
contradictions qui ne militent pas en leur faveur. Il y en a
beaucoup à N’Djamena parmi les membres de la société civile.
Au
reste, je demeure convaincu que le président du PLD renouvelle très
sensiblement la façon de notre génération de concevoir la vie
politique dans notre pays. On constate en ce sens que la majorité de
jeunes nordistes tchadiens désapprouve la solution militaire à la
crise actuelle. La psychose dont on parle et qui n’a pas manqué
d’inciter beaucoup de N’Djamenois à se réfugier au Cameroun
n’est-elle pas le signe d’une aversion des armes par la
population en générale? Le choix de la démocratie pour une figure
politique nordiste est un acte d’un courage extrême qu’il faut
assumer lorsqu’on est confronté à un régime qui ne vous reconnaît
pas cette qualité. Ibn Oumar a fait ce choix. Nous le soutenons
advienne que pourra !
Je ne saurais néanmoins terminer sans rappeler que n’étant pas
adepte des ragots, je laisse la latitude au contradicteur nommé
Mallam, sans doute habitué des lectures en diagonale, qui a lancé
une « fatwa » contre moi sur Alwihda, d’écrire un recueil de ses
calembredaines inspirés des incartades de son ex-patron Idriss Deby.
Il pourra facilement écouler les exemplaires dans les milieux des
lâches parvenus du régime qui prétendent libérer le peuple tchadien
mais qui, ayant incontestablement quelque chose à se reprocher, ont
terriblement peur de s’afficher publiquement. J’ai plus de respect
pour un kamikaze que pour quelqu’un qui pose une bombe et s’en va
se cacher quelque part pour ne pas mourir. Je n’ai pas peur de
mourir pour mes idées. Et donc j’assume mes écrits. Le jour où la
CDPC, les jumeaux Erdimi ou encore le Capitaine Mahamat Nour
arrivent au pouvoir, que Mallam vienne me chercher pour me tuer
parce qu’il aura conservé mes écrits critiques contre ceux qui
étaient à l’époque dans l’opposition. Les hommes politiques ne sont
pas des artistes du show-biz et n’ont donc que faire des
applaudissements. Les critiques les servent ; les hâbleurs les
ennuient. La « fatwa » n’a visiblement pas eu beaucoup de succès. Ne
dit-on pas que même les dieux sont impuissants contre la sottise ?
Salut ! |