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  Chronique 

Chronique:
« DE L’ETAT DE BELLIGERENCE A L’ETAT DE GUERRE »

Par Mohamed KEBIR 

 

Article paru le 02 décembre 2006 - Ialtchad Presse



« DE L’ETAT DE BELLIGERENCE A L’ETAT DE GUERRE »
Par Mohamed KEBIR 

     Le régime tchadien se focalise dorénavant sur des termes obsolètes pour chercher d’un côté à ameuter la communauté internationale et de l’autre à dissuader son voisin de l’Est par rapport à ses interminables déboires face aux rébellions tchadiennes. Suite aux prises successives des villes d’Abeché par l’UFDD le 25 novembre et de Biltine par le RFD-CNT le 26 novembre 2006, le gouvernement tchadien accuse de nouveau le Soudan d’être derrière une manœuvre de déstabilisation du Tchad. Le mardi 28 novembre, le gouvernement de N’Djaména déclare par la voix de son porte-parole être « en état de guerre avec le Soudan ». A travers une mise au point qui a duré à peine une vingtaine de minutes, le gouvernement du Tchad réaffirme sa volonté d’être en droit de faire désormais des incursions sur le territoire soudanais pour pourchasser les rebelles. Le Soudan a-t-il agressé le Tchad comme le laisse entendre le gouvernement tchadien ?

Pour les populations tchadiennes, il ne fait aucun doute que les deux villes qui viennent d’être brièvement occupées l’ont été par les rebelles tchadiens. Car il s’agit, d’une part, de l’UFDD qui est une fusion de trois mouvements armés : l’UFPD de Mahamat NOURI, le FUC de Abdelwahid Aboud MAKKAYE et le CDR de Acheikh Ibn OUMAR et, d’autre part, du RFD-CNT qui est une coalition  de deux mouvements rebelles dirigés par les frères ERDIMI pour le premier et Hassane AL DJINEDI pour le second. Bien avant ces mouvements armés, le FUC de Mahamat Nour ABDELKERIM a durant de longs mois inquiété le pouvoir tchadien jusqu’au 13 avril 2006. Les innombrables bruits de bottes  qui résonnent incessamment dans l’Est tchadien restent un problème tchado-tchadien même si les rebelles trouvent leurs bases arrières au Soudan.

Oumar Hassane El BECHIR ne voit aucun inconvénient d’accueillir sur son territoire les rebelles qui combattent le régime tchadien, parce que ce dernier a des accointances avec la rébellion soudanaise hostile au régime soudanais. Le Soudan ferme les yeux sur la présence sur son sol des rebelles tchadiens comme il l’a fait pour le colonel DEBY en 1989. Si le fait de laisser séjourner sur son territoire les rebelles qui viennent du pays voisin constitue une agression, le Soudan peut également se prévaloir le droit de se sentir agressé par le Tchad car le régime de N’Djaména, lui aussi, a accueilli, entretenu et armé le MJE qui a combattu aux côtés de l’ANT (dixit son mentor le Dr Khalil IBRAHIM).

Le Tchad aurait pu être en état de guerre avec le Soudan depuis avril 1989. En effet, le 1er avril 1989, suite à l’échec de son coup d’Etat orchestré contre l’ancien président HABRE, Idriss DEBY  a dû trouver refuge au Soudan où il a été accueilli comme le sont actuellement les rebelles tchadiens. C’est à partir du Soudan bien entendu que Monsieur DEBY s’est organisé afin de revenir à la charge et réussir à renverser l’ancien régime avec l’aide du dispositif Epervier. Plus personne n’avait accusé le Soudan d’avoir agressé le Tchad. Pourtant, à l’arrivée du MPS au pouvoir en 1990, près de la moitié des combattants qui composaient ce mouvement étaient des soudanais.

Aujourd’hui, le gouvernement tchadien se déclare en état de guerre avec le Soudan. L’expression « en état de guerre » ne signifie ni une déclaration de guerre ni être en guerre contre le Soudan. Selon la mise au point du ministre de la Communication, porte-parole du gouvernement tchadien, le Tchad se verra désormais dans ses droits d’entrer jusqu’au territoire soudanais pour « pourchasser les rebelles ». Deux hypothèses antinomiques accablent le régime MPS dans la situation qui prévaut actuellement. L’ANT, en tant qu’armée nationale (s’il en existe une), a toujours essuyé de sévères raclées ponctuées de débandades sur les théâtres d’opération. Cette armée n’a jamais été en mesure de résister aux attaques successives des maquisards. Le Nord-Est tchadien est investi depuis de nombreuses années par les rebelles qui connaissent par cœur les coins et recoins. A cet effet, l’ANT n’est pas en position de force pour s’y aventurer, d’où l’occupation aujourd’hui de près du quart du territoire tchadien par les insurgés. 

Si le régime de N’Djaména n’a pas été en mesure de mater la rébellion qui sévit sur le territoire tchadien, il serait utopique de dire que son armée soit à même d’aller jusqu’au Soudan « pourchasser de rebelles ». Une implication présumée du Soudan dans les attaques des rebelles tchadiens contre les positions des forces gouvernementales est implicitement rejetée par Omar Bongo ONDIMBA         à Paris. Interrogé par Radio France Internationale mercredi 30 novembre s’il voit le Soudan derrière les attaques des rebelles au Tchad, le chef de l’Etat gabonais, par un éclat de rire tonitruant, nie cette hypothèse et souhaite un règlement pacifique de la crise tchadienne.

Pour sortir avec un minimum d’honneur de ce bourbier, le régime tchadien doit reconnaître l’existence effective des rébellions tchadiennes et leur influence réelle sur la vie politique tchadienne. Cette reconnaissance doit s’accompagner d’un dialogue politique, gage de l’organisation d’un forum national qui élaborera les normes d’un Etat démocratique incontestable. Les nombreuses zones d’ombres maladroitement occultées par la conférence nationale de 1993 et qui ont engendré la situation actuelle doivent être élucidées et refaire un recensement électoral qui doit déboucher sur des échéances électorales sous supervision du Conseil de sécurité des Nations-Unies. Auquel cas, les rébellions actuellement en mouvement dans l’Est tchadien séviront toujours et, en dépit de la présence aux côtés de l’ANT du contingent Epervier, elles finiront un jour par avoir raison sur l’arbitraire. En l’état actuel des choses, avec ou sans l’« état de guerre », la guerre est omniprésente et elle est imminente au Tchad.

Mohamad Ahmad KEBIR
Groupe Ialtchad Média, Paris
 

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