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  Chronique 

Chronique: « 2006: UNE ANNEE DECISIVE OU
LA FIN D'UNE ILLUSION AU TCHAD
».
 
Par Mohamed KEBIR 

Article paru le 26 janvier 2006 - Ialtchad Presse

« 2006: UNE ANNEE DECISIVE OU 
LA FIN D'UNE ILLUSION AU TCHAD
».

Le 31 décembre 2005, dernier jour de l’année, c’était pour la dernière fois que Idriss Deby présentait ses vœux à la Nation. Conformément aux dispositions de l’article 61 de la Constitution de la République du Tchad issue du référendum constitutionnel de 1996, son second mandat s’achève cette année. Il aurait pu user d’une probité morale et surprendre les Tchadiens en leur offrant son ultime «cadeau» de fin d’année et de fin de règne, celui de faire de ses vœux des vœux d’adieu. Au Tchad, l’Histoire a témoigné que la caractéristique d’un président de la République est de n’être jamais sur le départ. De François Tombalbaye à Idriss Deby via Malloum, Goukouni et Habré, ils sont présidents jusqu’au dernier jour et supposés animés par l’ambition et le désir de se succéder à eux-mêmes. Seuls les putschs, les révoltes populaires ou les guérillas qui les ont contraints à battre en retraite. Jamais par les urnes. Dans six mois, le dernier mandat de l’actuel chef de l’Etat arrive à expiration. Les Tchadiens vont renouer avec une habitude avec laquelle ils se sont familiarisés occasionnellement ces quinze dernières années : les campagnes électorales à l’issue desquelles on leur promet des monts et merveilles. Sous le poids de l’humilité et de la misère, beaucoup vont simuler écouter les verbiages et applaudiront pour garantir la contrepartie circonstancielle rémunératrice. Tout se passera comme si au Tchad, les espoirs ne renaissaient que le temps d’une campagne électorale pour être ensuite ensevelis par la perfidie de la législature.

Nos compatriotes donnent toujours cette apparence d’avoir la fâcheuse tendance d’admettre l’inadmissible et de tolérer l’intolérable. On ne rigole pas avec le principe républicain. Il faudrait au moins que cela se sache ! Les Tchadiens sont seulement chauds aux premières heures des malaises qui les accablent. Ils relâchent peu de temps après pour se mettre à subir le diktat de l’arriviste. Etre réduit à dire que Deby a fait changer une des dispositions de notre Constitution dans le seul dessein de s’ériger en monarque au Tchad relève de la cacophonie. Autant être coupable de dénégation au patrimoine national. La Constitution du Tchad, fruit des longues assises de la Conférence Nationale Souveraine, est intangible. Seule une autre Conférence Nationale aura la souveraineté de modifier ses dispositions ou du moins l’une d’entre elles. Car le président du Tchad n’est pas élu par le peuple, mais par la Commission Electorale Nationale «Indépendante» (CENI). A juste titre, il n’est pas habilité à y faire des retouches à sa guise. Mais une autre Conférence Nationale, il n’y en aura jamais. Par conséquent, la velléité référendaire de juin 2005 n’en est pas une. C’est une aventure qui ne profite ni de près ni de loin aux intérêts supérieurs de la nation tchadienne (cf. les articles 225 et 226 de la Constitution ). La Loi fondamentale tchadienne est intacte et le demeurera toujours. Les Tchadiens doivent simplement prendre l’habitude de s’abstenir de certains langages du genre : «Idriss Deby a modifié la Constitution …». Il appartient à la presse tchadienne, quant à elle, de soigner le caractère parfois trop élogieux de son langage à l’égard du régime. Se rabaisser à faire la caricature du président du Tchad avec une couronne sur la tête et dire : «Le roi Deby…» est d’une outrecuidance qui frise la léthargie. Le Tchad est une République. Ce n’est pas un royaume, donc il est inutile d’initier les Tchadiens aux expressions prohibitives. Le pragmatisme doit primer sur l’absurdité.

Idriss Deby, malgré son usurpation du pouvoir pendant des années durant, malgré ses deux abracadabrantesques mandats, malgré ses très longues, trop longues années au sommet le plus haut de l’Etat, aurait aimé laisser croire qu’il était prêt encore à servir la République. Nonobstant sa triste célébrité à brader les ressources et les institutions tchadiennes, il s’aventure sur un terrain dangereux, très dangereux. Ce qu’il a l’habitude de faire avec les Tchadiens, il croit pouvoir le faire aussi ailleurs. Il a osé fourvoyer la Banque mondiale par son comportement habituel, entraînant ainsi avec lui le Tchad dans sa fatale odyssée. Mais voilà que le doublé de gifle prompte et sèche qu’il vient d’essuyer de la part de Paul Wolfowitz (qui a suspendu les aides financières destinées au Tchad) et de la City Bank (qui a gelé les avoirs financiers du Tchad), serait entrain de l’inciter à faire marche arrière. L’hématome causé par celle-ci s’ajoute à ses accidents de santé multiples et les innombrables trahisons de ses plus proches collaborateurs qui ont contrarié son dessein le plus secret et le plus intime. Car oui, il y pensait au fond de lui-même, à ce troisième mandat improbable, à un sempiternel mandat. Le simili de référendum orchestré par ses soins en juin 2005 en est la parfaite sinon l’obscure illustration. Il ruminait presque inlassablement son idée dans «son» bureau du Palais Rose à l’avant-veille de son voyage de noces à Paris à la fin du printemps dernier. Il projetait de se déclarer candidat quand il le jugerait utile et s’il le jugeait utile. Il l’a jugé utile pour autant. La voie était toute tracée devant lui par ses sbires, sur ses recommandations. Tout cela n’était bien sûr qu’illusion, mais la politique mafieuse de son régime en est friande. A quoi bon de prétendre gouverner avec la peur au ventre pour le restant de ses jours ? Pour Deby, c’est désormais la fin d’une illusion.

Alors 2006 sera l’année où les prétendants à la succession se départageront à l’issue de batailles qui, au dé-là des pertes humaines, auront des conséquences sur le paysage politique. A l’intérieur, le combat entre les Partis coalisés de la CPDC s’annonce épique et passionnant. Cette coalition va-t-elle pouvoir résister aux diverses tentations ? Continuera-t-elle de rester fidèle à sa logique de défendre la Constitution de 1996 ? Pour certains, une candidature de Idriss Deby à la présidentielle de 2006 est inconcevable. C’est la principale raison d’être de la CPDC. Une candidature superflue de Idriss Deby serait simplement synonyme d’absence de Constitution au Tchad. Pour d’autres, ceux-là qui tergiversent toujours, il faudrait qu’on accorde à Deby une toute dernière chance de participer à la compétition, mais à la seule condition qu’il accepte que ces élections soient préparées et assurées par les Nations Unies. Par la même occasion, ils envisageraient la désignation d’un seul candidat de l’opposition qui serait son challenger. Beaucoup pensent d’ailleurs que ce stratagème aura du mal à fonctionner compte tenu des ambitions politiques des uns et des autres. D’autres encore, ceux qui ont du mal à intégrer le rang de la communauté de l’opposition, pourtant se disent-ils opposants eux aussi, préféreront aller en solitaire tout en sachant d’avance qu’ils n’iront nulle part. A l’extérieur, là où les choses sont prises très au sérieux, tout le monde est unanime sur une chose : la lutte armée est le seul moyen qui permet de mettre hors d’état de nuire l’hôte encombrant du Palais Rose. A s’en tenir à cette dernière option, beaucoup sont en train d’affûter leur épée. Il faut utiliser cette arme contre celui qui s’en était lui-même servie au préalable pour avoir pris le pouvoir, afin qu’il en passe, pense-t-on avec détermination. Une hypothèse qui se concrétise par la fusion générale de quasiment tous les rebelles hostiles au pouvoir de N’djamena. Même à ce niveau, les signes de la discorde restent perceptibles d’autant plus que c’est depuis plusieurs semaines déjà que les négociations se poursuivent au sein du F.U.C. sur la question des répartitions des responsabilités à assumer.

Tout, finalement à cause de ces disproportions des idéaux matérialistes aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays, est possible. Même une réplique de 1979 où le nombre pléthorique de tendances militaires et civiles, incapables de se mettre d'accord, a plongé le Tchad dans une guerre civile dont les séquelles sont vivaces encore de nos jours. Un autre scénario catastrophe ne peut pas ne pas être possible. A moins que 2006 réserve des surprises agréables, des initiatives intéressantes et innovantes dont Idriss Deby lui-même pourrait être l’auteur, on n’en sait rien. Tout est possible, même le bonheur, c’est ce que nous souhaitons pour notre pays pour cette année décisive.

Mohamed Ahmed KEBIR
Ialtchad Presse

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