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Dossier
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Dr
Djiddi Ali à Yiandinga
Au chevet d’un comateux |
Chronique :
A la rencontre des tchadiens en
détresse!
Par
Dr
Djiddi Ali Sougoudi, Médecin
- Article
paru le
13 juillet novembre 2009 -
Ialtchad
Presse |
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La petite place de
festivité d’Oumchalouba était encore déserte mais il y flottait déjà
quelques banderoles et drapeaux. Il était d’ailleurs tôt encore. C’était
le 1er décembre 2008, journée de la Liberté et de la
Démocratie. Je venais d’arriver, la veille, en provenance de Fada, dans
une vétuste ambulance du district sanitaire de l’Ennedi-Ouest. Mission :
aller à la rencontre des tchadiens en détresse.
Le gouverneur de l’Ennedi, Ahmat Dari Bazine, m’a demandé d’aller
à la rencontre des tchadiens expulsés de la Libye. C’étaient des émigrés
tchadiens partis en quête d’un eldorado chez le voisin du Nord. Des
tchadiens en infortune dont le parcours était jalonné des morts sans
sépultures ni rituels, parmi lesquels une épidémie mal définie semait la
mort et la peur.
De
l’eldorado à l’enfer
Ils étaient 362 tchadiens
entassés dans deux gros-porteurs communément appelés « 26-24 ». Arrêtés
et emprisonnés depuis les terres libyennes, puis expulsés, ces
compatriotes avait vu leur périple commencé à Maten-el-Serra. Fouettés
par le vent, rudoyés par les conditions du voyage, affaiblis et
traumatisés, ces fils de toumaï flirtaient avec la mort. La quête d’un
eldorado se transforma vite en un enfer : le convoi enterra son premier
mort à Ounianga et le second à Bir-Nassara (ou Yigué-Eskyi ou
Puits-Neuf) dans les dunes mugissantes au Sud-Est de Faya-largeau.
Des hommes
en agonie autour d’un cadavre
Je quittai Oumchalouba
vers 7heure, accompagné de deux infirmiers, d’un brancardier et deux
agents de polices. Les expulsés se trouvaient à 23 km d’Oumchalouba, sur
l’axe Oumchalouba-Faya, dans l’enneri de Yiandinga, un oued
serpentant dans une immense zone d’erg parsemée de butte de rochers
bleuâtres, aux silhouettes de pachydermes. Une voiture de la police
tchadienne qui avait escorté le convoi depuis le sol libyen avait pris
le soin d’accoster les gros-porteurs en cet endroit pour éviter une
dissémination d’une éventuelle maladie au sein de la population locale.
Une sorte de mise en quarantaine. Les policiers m’avaient appris que les
voyageurs souffraient d’éruptions cutanés, de fièvres et de faim.
Arrivé sur le lieu, je découvris un spectacle insoutenable : des
hommes éparpillés çà et là sous des épineux aux ombres radines. Les uns
étaient enveloppés dans des couvertures, d’autres recroquevillés sur
eux-mêmes, les visages fouettés par un vent poussiéreux, les bouches aux
langues saburrales et chargées et aux dents truffées de poussière et de
paille. La peau sur les os, corps crasseux et les têtes envahies de
tignasses rebelles, ils avaient tous l’allure d’un fauve malade. Regards
lointains, attitudes figées, ils étaient sans morale et sans conviction.
Un mort sans
sépulture et des vivants sans visages
52 personnes sur 362
étaient sérieusement malades dont 7 hommes étaient dans un coma. Il n’y
avait aucune femme parmi les expulsés. Ils étaient pour la plupart
originaires du Ouaddaï, de Biltine, d’Arada mais surtout d’Ati et d’Oum-hadjer.
Ils avaient entre 17 et 45 ans et étaient tous partis pour la Libye dans
l’espoir d’être riches.
La varicelle compliquée des conditions de voyage, de nutrition et de
déshydratation constituait la principale cause de leur morbidité.
Certains semblaient présenter des symptômes de rougeole (éruptions
cutanées, catarrhe occulo-nasale, bronchites…).
Un corps sans vie, inerte, celui de Albeïne Hiréké, se
trouvait coucher sous une des voitures, emmitouflé dans une couverture
grise. La mort l’avait surpris dans une attitude de sommeil, le bras
droit sous la tête, la gauche en flexion du coude et du poignet dont la
face externe se reposait sur le sol. Un chapelet était enroulé en double
tour sur ce bras qui portait aussi une montre métallique. Il était né en
1974 à Oum-hadjer. Sa mère s’appelait Kaltam Djarad et il
était, de profession, éleveur. Il portait de boutons vésiculeux sur la
face et son corps était en rigidité cadavérique. Sa mort datait
probablement du milieu de la nuit ou de la veille. En tenant compte des
lésions élémentaires cutanées, Hiréké serait mort suite à une varicelle
ainsi qu’à la suite des conditions du voyage. Selon un des voyageurs, il
sortait d’une prison de Bengazi. Ses compagnons ne l’avaient pas enterré
faute d’eau. Dans une de ses poches, il n’avait que 30 dinars libyens et
ses cartes d’identités tchadiennes (l’ancienne et la nouvelle). Un
patrimoine que j’avais remis en main propre au Commandant de brigade d’Oumchalouba.
A 14h j’avais ordonné d’enterrer le corps pour éviter une contamination
des vivants.
Les autres malades avaient bénéficié des perfusions (Ringer, sérum
salé, sérum glucosé) ainsi que d’antibiothérapie (injectables ou orales)
selon les cas et les indications. Beaucoup d’entre eux présentaient des
symptômes d’atteindre pulmonaires (toux, râles etc.).
J’avais passé toute la journée avec eux, surveillant les malades les
plus graves, contrôlant leurs perfusions. Une citerne d’eau leur avait
été livrée avec le concours du maire de la ville d’Oumchalouba.
Le soir je regagnai la bourgade d’Oumchalouba et câblai le
Gouverneur de l’Ennedi par un thuraya. Altruiste et hautement
humanitaire, la haute autorité régionale me laissa accéder à ma demande,
celle d’apporter une alimentation carnée à ces tchadiens venus d’une
terre où la viande demeurait une denrée rare. Le manque de viande, donc
le défaut de protéines, n’était-elle pas une malnutrition, donc une
maladie ?
Le lendemain je rejoignis mes patients, accompagnés des autorités
(maire de la ville) mais aussi avec une quinzaine de caprins qui furent
distribués aux sinistrés.
Un peu dégourdis et délassés, les expulsés m’accueillirent en bon
samaritain. Je me précipitai pour réexaminer les comateux mais tous se
tenaient sur leurs séants. Ce qui m’avait nourri d’une évanescente
satisfaction personnelle. J’ai cru un moment que j’avais sauvé des vies,
des vies tchadiennes !
Je découvris aussi que les chauffeurs des gros-porteurs étaient des
libyens et ils parlaient un arabe étrange ou peut-être du berbère. Le
plus vieux montrait des signes d’impatience teintée d’arrogance. Il
prétendait avoir fini sa mission de déposer les indésirables tchadiens
sur leur terroir et qu’il pouvait rebrousser chemin.
Les autorités tonnèrent à leur tour et ordonnèrent aux agités
chauffeurs de convoyer les expulsés sur Arada. Ce qui fut entrepris le
soir du 2 décembre 2008.
Docteur Djiddi Ali
Sougoudi
Médecin

Photo 1 photo
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4 Photo 5
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8 Photo 9
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Légendes de photos :
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Photo 1 : les 2 gros-porteurs « 26-24 »
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Photo 2 et 3 : un expulsé dans le coma
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Photo 4 et 5 : le corps sans vie de Hiréké Albeine
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Photo 6 : carte d’identité du décédé Albeïne
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Photo 7 : les récipients d’eau des voyageurs
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Photo 8 et 9 : d’autres voyageurs dans le coma et très malades
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Photo 10 : bras en rigidité cadavérique de Hiréké Albeïne
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