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Chronique |
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Chronique
Lyadish:
«
Faut-il
arrêter de tuer des Tchadiens ? »
Par
Lyadish Ahmed
Article
paru le 7 mars 2007 -
Ialtchad
Presse
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« Faut-il
arrêter de tuer des Tchadiens ?
» |
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Cette interrogation,
sciemment provocante, méritait d’être posée après la déclaration faite
par Monsieur Nassour Guelendouksia Ouaïddou le 5
mars dernier lors de l’ouverture de la session ordinaire de
l’Assemblée Nationale. Dans son discours inaugural, le Président de
l’instance législative a déclaré qu’ « il faut arrêter
de tuer les Tchadiens et engager des pourparlers francs et constructifs ».
Nassour Guelendouksia s’adresse sans nul doute à tous ceux de nos
compatriotes qui n’ont cessé, depuis leur plus jeune âge, à
endeuiller ou contribuer à endeuiller impunément des familles entières,
pour assouvir leur appétit d’autorité et leur soif de biens matériels.
Est-il donc temps d’arrêter de tuer des Tchadiens ?
La tuerie des Tchadiens aurait commencé, semble-t-il, avec l’histoire
de ces collecteurs d’impôts Sudistes qui, après avoir été substitués
aux colons dans l’administration du pays, auraient cédé à la
tentation de pressurer dans le Nord, pour servir et pour se servir.
D’où la révolte des Musulmans. Même les esclaves se révoltent
contre l’oppression. A fortiori, une communauté libre et pieuse
devait faire cesser l’arbitraire, remédier à l’exploitation de ses
membres et faire rendre gorge à ceux qui ont indûment profité de ses
biens. Tuer des Tchadiens aurait donc eu un motif assez noble. La suite
a pourtant démenti les raisons initialement avancées puisque même après
avoir arraché le pouvoir d’entre les mains des Sudistes en tuant préalablement
beaucoup trop de Tchadiens, l’élite Nordiste a continué à tuer et
assassiner. Mais cette fois-ci, les raisons avaient changé. D’abord
la vengeance contre la communauté déchue du pouvoir. Même les
innocents (combien y avait-il de coupables ?) devaient payer pour
les « crimes » commis. Puis, la sécurité du pays, lequel
devait être débarrassé des « traîtres à la cause commune ».
Donc, il avait fallu tuer certains Tchadiens pour garantir la sécurité
d’autres Tchadiens. Combien étaient-ils ceux-là dont on voulait
assurer la sécurité ? Quelques uns en réalité : l’élite
qui avait forcé certains Tchadiens à prendre les armes contre
d’autres Tchadiens. Sans doute le différend frontalier avec notre
voisin la Libye justifiait un enrôlement forcé au risque de laisser le
pays se faire envahir par le « mégalomane efféminé de Syrte ».
Mais les jeunes Tchadiens enrôlés n’avaient pas servi uniquement
contre la horde des envahisseurs étrangers. Les affrontements
fratricides pour le maintien ou l’accession au pouvoir d’une
« élite » en mal d’autorité, de domination et de
concussion, a fait plus de morts que les maladies et la mort naturelle réunies.
Aujourd’hui, je ne suis plus tellement sûr que tuer des Tchadiens
soit un mal absolu pour ces âmes vicieuses qui nous gouvernent ou qui
veulent nous gouverner. Certains en ont même fait un fonds de commerce,
un moyen de chantage, une monnaie d’échange contre des espèces
sonnantes et trébuchantes et la garantie d’une ascension sociale. Le
spectacle auquel nous avons tous assisté mettant en scène Idriss Déby
et de Mahamat Nour Abdélkérim est des plus frappants. Entre 2005 et
2007, beaucoup trop de Tchadiens sont morts. Des pauvres paysans et des
enfants dont l’Etat (s’il en existe un au Tchad) ne s’en était
jamais occupé de quelque manière que ce soit si ce n’est pour les
enrôler afin de défendre et préserver des privilèges que
s’accordent des individus égoïstes et mesquins. Qui s’en était
soucié un seul instant ? Qui avait pensé
à inscrire quelque part pour les immortaliser, les noms des
« martyrs » tombés sur le « champ d’honneur » ?
Qui avait pensé accorder le moindre dédommagement aux familles de ces
« martyrs » privées d’un ou de plusieurs êtres chers
aussi bien sur le plan affectif que sur le plan matériel ? Les
moyens ne manquent pourtant pas puisque pendant que les veuves et les
orphelins triment dur sous la chaleur suffocante pour trouver de quoi se
nourrir, les Seigneurs de la guerre pour qui des Tchadiens sont morts,
eux se la coulent douce entre leurs appartements, leurs grosses cylindrées
et leurs bureaux climatisés.
Arrêter de tuer les Tchadiens ? Quelle qu’en soit la raison, la
suggestion de Nassour Guelendouksia arrive malheureusement trop tard.
J’oserai presque dire qu’il est désormais exclu de ne pas tuer des
Tchadiens pour accéder au pouvoir. La pratique est tellement ancrée
dans les mœurs que même ceux des compatriotes qui vivent en Occident
semblent apporter leur caution morale aux divers actes de tueries des
Tchadiens. Qui n’a jamais lu sur Internet les soutiens exprimés à
l’endroit du FUC lorsqu’il harcelait Deby considéré comme le
bourreau des Tchadiens ? Personne
ne s’était pourtant ému de voir le leader du FUC rentrer à
N’Djamena comme si ceux qui sont morts pour la cause qu’il prétendait
défendre n’étaient ni plus ni moins que des chiens galeux. Certains
semblent même vouloir le féliciter pour sa nomination comme Ministre
de la Défense. Une telle nomination devrait plutôt inquiéter toute
personne normalement constituée. Hélas ! Au Tchad, tuer rapporte
plus que chercher à préserver la vie de nos compatriotes. Autrement,
Kemneloum Delphine aurait été nommé Ministre de la Défense.
Un poste qu’elle mérite sûrement si l’on devait séparer le
bon grain de l’ivraie pour mieux servir le Tchad. Ce qui ne plairait
évidemment pas à ceux qui continuent par apporter leur soutien aux
organisations rebelles encore sur le terrain. Celles-ci
sont strictement composées des Tchadiens qui iront se faire tuer
par d’autres Tchadiens postés par le régime au pouvoir. Tous croient
combattre l’oppression, borner le pouvoir, faire cesser
l’arbitraire… Tous, sauf les âmes vicieuses qui leur survivront.
Lorsqu’on
aura cessé de tuer des Tchadiens, c’est que les âmes assez
vertueuses auront pris le pouvoir. Ce qui, bien évidemment,
n’arrivera jamais. J’en suis conscient !
Lyadish Ahmed,
Ialtchad Presse
Pour vos observations :
lyadishahmed@yahoo.fr
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