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  Chronique 

Chronique: « Ce qui se passe en Ukraine
 doit faire cas d'école
»


Par Mohamed KEBIR 
Article paru le 07 décembre 2004 - Ialtchad Presse

« Ce qui se passe en Ukraine doit faire cas d'école »

Les ukrainiens étaient appelés à se rendre aux urnes dimanche 21 novembre 2004 pour désigner celui qui présidera aux destinées de leur pays durant les cinq années à venir. Ils ont à choisir entre deux Viktor : Ianoukovitch et Iouchtchenko.
Ces élections se sont avérées truquées par les sbires du gouvernement de Ianoukovitch de la manière la plus flagrante et la plus puérile. Malgré ces agissements, un écart de trois voix seulement a départagé les deux candidats.
Les observateurs internationaux dépêchés par le conseil de sécurité de l’ONU pour superviser le scrutin ont condamné à l’unanimité les conditions dans lesquelles les votes ont été organisés et les fraudes massives constatées.

Cet état des faits a suscité de vives tentions au sein des milieux de l’opposition ukrainienne. Les partisans de l’opposant Viktor Iouchtchenko, bravant le froid glacial allant parfois jusqu’à moins dix degrés celcius (-10°C), ont élu domicile dans la rue, ou devant le siège du gouvernement et empêchant le chef du gouvernement déclaré vainqueur d’avoir accès à son bureau.  
Les Etats-Unis d’Amérique et l’Union européenne ont eux aussi condamné fermement l’attitude du gouvernement sortant de Ianoukovitch.

Sous la détermination obstinée et la volonté inébranlable de l’opposition ukrainienne, Viktor Ianoukovitch a proposé en guise de compromis le poste de Premier Ministre à son adversaire si celui-ci acceptait les résultats tels quels. Mais Viktor Iouchtchenko a tout de suite décliné l’offre et a exigé qu’un nouveau second tour soit organisé le plus tôt.

La Cour Suprême devant laquelle un recours en annulation du second tour des élections a été introduit par l’opposition a, après avoir longuement et raisonnablement examiné le litige et constaté effectivement que ces élections étaient entachées d’irrégularités et de fraudes massives, départagé les deux camps en annulant purement et simplement ce second tour le vendredi 3 décembre et ordonné l’organisation d’un nouveau second tour pour la date du 26 décembre prochain, ce que la commission électorale a aussitôt approuvé. Et le supposé vainqueur de ces élections de prendre de court l’opinion publique nationale et internationale et de proposer qu’il est d’accord qu’un  deuxième second tour soit organisé, mais à condition que ni lui, ni son adversaire n’y participent, ce que Iouchtchenko et ses partisans ont  catégoriquement rejeté.
Ni le déplacement du Président Leonid  Koutchma à Moscou le 2 décembre pour solliciter l’aide et les conseils de Vladimir Poutine ni les injonctions de celui-ci qui pensait qu’ « un autre second tour en Ukraine ne fait qu’aggraver la situation dans ce pays » n’ont eu d’effet sur la raison.

Un peu plus tôt, le Parlement ukrainien (y compris les députés de la mouvance présidentielle) s’est réunit en séance extraordinaire le 1er décembre pour désavouer le gouvernement officiellement déclaré vainqueur de Viktor Ianoukovitch. Ce qui a renforcé davantage la position de l’opposition dans le bras de fer qui l’opposait au gouvernement ukrainien. Tout de suite après l’approbation par le Parlement de la motion de défiance, le présumé vainqueur desdites élections souhaite, en dépit de ses précédentes allégations, que les deux tours de ces élections soient annulés et que d’autres élections soient de nouveau organisées. Puis peu de temps après, il se rétracte en affirmant être d’accord avec la décision de la Cour suprême et qu’il est prêt pour participer au nouveau second tour qui se déroulera à la fin de ce mois.
Ne sont-elles pas là des tournures velléitaires largement suffisantes pour qualifier Ianoukovitch de s’être inscrit en porte à faux par rapport à la légalité ? Car en tout et pour tout, il est réduit dans une impasse politique puis encastré dans un enfermement labyrinthique à travers lequel il s’atèle à des promesses et propositions qui ne trouvent pas la moindre réponse en écho !

Réunis à Paris sur le parvis des Droits de l’Homme au Trocadéro le dimanche 28 novembre, plusieurs centaines d’étudiants ukrainiens brandissant des drapeaux oranges (aux couleurs de l’opposition ukrainienne), ont fourbi l’arme de la démocratie et émit haut et fort leur intention de tout abandonner et renter au pays afin de s’ajouter au  nombre de l’opposition, braver le grand froid et « occuper la rue » si le gouvernement sortant ne se plie pas à la volonté des suffrages exprimés par le peuple ukrainien.
Jacques Chirac pour sa part souhaite que « la volonté du peuple ukrainien soit pleinement respectée », a-t-il déclaré lundi 29 novembre (par téléphone) au Président polonais, Aleksander Kwasniewski, à la veille d’une visite de médiation de ce dernier à Kiev.

Pourquoi ce qui se passe en Ukraine nous interpelle-t-il à Ialtchad Presse ? La raison est simple. Plusieurs cas de figures similaires se sont produits en deux quinquennats et demi au Tchad. Toutes les fois, les Tchadiens se sont retrouvés devant les faits accomplis : leur victoire dérobée, leur espoir étouffé, leur révolte légitime ensanglantée. La répression aveugle, la terreur et la dissuasion ont jusque-là toujours semblé avoir le dessus. Et pourtant dit-on qu’il y a une opposition qui prétendait faire face aux différentes situations périlleuses qui y ont toujours prévalu.

 Il convient de rappeler qu’en matière d’avènement démocratique, le Tchad a vu s’instaurer ce mode de gouvernement dans ses institutions bien avant l’Ukraine. En mille neuf cents quatre vingt dix (1990) lorsque  les Tchadiens rompaient avec la dictature au profit de la démocratie, les Ukrainiens, eux, se débattaient dare-dare de se délivrer du joug de la domination soviétique et inféoder le cercle de la Communauté des Etats Indépendants (C.E.I.) - un chef-d’œuvre initié par les Etats baltes et qui a obtenu l’aval de tous les autres Etats membres de l’ex URSS. Cela veut dire qu’au moment où le Tchad expérimentait la démocratie, l’Ukraine, elle, obtenait encore son indépendance. En d’autres termes, les Ukrainiens qui ont obtenu leur indépendance en 1990 viennent de démontrer face au monde, à travers la détermination de l’opposition, à ne laisser pour rien au monde leurs acquis détournés par les agissements mafieux d’un gouvernement sans scrupule qui a perdu logiquement les élections présidentielles mais qui veut se maintenir au pouvoir par la magouille et la malhonnêteté.
Aujourd’hui, l’opposition ukrainienne est parvenue à imposer sa volonté de voir la légalité instaurée : le second tour des élections présidentielles qui sont entachées de fraudes a été annulé et qu’un autre second tour va être organisé le plus rapidement, conformément aux exigences du chef de fil de l’opposition, Viktor Iouchtchenko et surtout par l’obstination de ses partisans.
Précisons que tout cela se déroule sans violence et sans la moindre blessure. Et l’armée est restée à l’écart, sans immixtion dans les affaires politiques du pays car le rôle de l’armée c’est la défense nationale, la protection des citoyens et leur intérêt commun et non leur massacre !   

C’est ce qui aurait dû se passer au Tchad en mille neuf cents quatre vingt seize (1996) et en deux mille un (2001).

Lorsque nous nous en prenions à l’opposition tchadienne dans notre chronique du 11 Octobre, c’est en toute connaissance de cause que nous le faisions. L’opposition tchadienne a toujours semblé n’exister que par rapport à la marginalisation qu’elle a subi du gouvernement. Lorsqu’une de ses ramifications est au sein gouvernement, celle-ci défend bec et ongle la politique nébuleuse dudit gouvernement, et ce n’est que lorsque ce gouvernement se lasse d’elle et l’éjecte de ses rangs qu’elle va prétendre chercher et ou trouver les moyens de critiquer ledit gouvernement et ses pratiques scabreuses. En procédant de la sorte, ces gens se targuent à faire croire  mener une « politique » qui consisterait à déranger, voire dissuader le gouvernement afin qu’il les récupère s’il ne souhaiterait pas les voir divulguer des informations qui le placeraient dans une situation inconfortable vis à vis de l’opinion internationale. Et Moussa Faki, le Premier Ministre tchadien, n’a pas manqué de le souligner ce 2 décembre 2004 au micro de Stéphanie Brakwé, correspondante de Radio France Internationale (R.F.I.) à Ndjaména : « Lorsqu’ils sont dans le gouvernement, tout se passe à merveille, mais dès qu’ils quittent le gouvernement, c’est le déluge », a-t-il éructé à propos des « opposants » tchadiens et de leurs comportements. Des comportement qui ne sont ni plus ni moins qu’un subterfuge bruyant (qui émet du bruit) au moyen duquel ils cherchent à reconquérir le portefeuille perdu ou à en gagner un autre (même s’il sera moins bien garni que le précédent!). C’est ce qui se passe malheureusement dans le pays du Tchadanthropus UXORIS.

Nous réitérons à travers la présente plume, que s’il y a des personnes qui oseraient faire de la politique au Tchad, il faudrait qu’elles le fassent avec l’intention véritable d’œuvrer pour le bien-être du peuple tchadien, mais en assumant tous les risques que cela pourrait susciter. Mais pas comme c’est le cas maintenant, une politique dite « de l’autruche » et qui ne les emmènera nulle part si ce n’est pour décevoir les voisins du palier, du quartier ou les tchadiens dans leur ensemble.

Nous ne pouvons pas ne pas tirer chapeau à l’opposition ukrainienne ! Bravissimo ! Il faudrait prendre conscience de ce que l’on doit faire ici dans ce « jardin d’Eden ». On n’y est pas pour rien. On doit y vivre. Et puisqu’on ne vit qu’une et une seule fois, il va falloir vivre pleinement et selon les règles de l’art, une vie bien comblée.

Si les citoyens confient la gestion des destinées de leur patrie aux mains d’un homme parce qu’ils le jugent apte à les gérer dignement, c’est celui-là et lui seulement qui doit avoir les mérites de le faire, pas un autre, par quelque procédé que ce soit. L’opposition ukrainienne vient de prouver qu’elle en est une, une vraie.

Si l’on voudrait faire de la politique, l’on doit, aux moments difficiles, donner l’exemple par sa chaire et par ses os, en descendant sur le terrain, en se préparant à subir, endurer et supporter tout ce qui pourrait s’en suivre lorsque la victoire du peuple est confisquée par une minorité. Et non se confiner chez soi ou dans un quelconque cachot et attendre que la tempête se calme pour ouvrir un interstice de sa fenêtre lorgner ou constater les dégâts endurés par les innocents.        Puisque faire de la politique, c’est avant tout, se préoccuper du bonheur des citoyens, et, de leur bonheur, doit dépendre son propre bonheur à soi-même. C’est ce qui se passe en ce moment en Ukraine. Et l’opposition ukrainienne vient d’avoir raison et obtenir gain de cause ! Le second tour des élections présidentielles du 21 novembre dernier qui est entaché de fraudes massives et d’irrégularités vient d’être annulé. Un nouveau second tour va être organisé dans les jours qui vont suivre. C’est une grande victoire pour l’opposition ukrainienne et partant, pour le peuple Ukrainien tout entier.

C’est ce qui aurait dû se passer au Tchad lors des deux scrutins présidentiels qui se sont précédemment déroulés dans ce pays, respectivement en 1996 et en 2001 et qui ont été le plus maladroitement concoctés en faveur de l’actuel Président de la République, lequel, qui, aujourd’hui encore, est en train d’ « affûter » puis ajuster son fauteuil à la tête du pays, pour l’éternité cette fois-ci, faute d’opposition digne pour l’en empêcher. Ailleurs ça ne se passera jamais, mais alors plus jamais comme cela. A titre d’exemple : les Ukrainiens viennent de nous le prouver par A + B = AB (et non CD ou autre chose que la résultante de A et B).

Mohamed KEBIR,
Correspondant permanent de
Radio DJA FM et de Ialtchad Presse à Paris

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