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  Dossier conflits armés en Afrique

CONFLITS ARMÉS EN AFRIQUE : CLASSIFICATION, CAUSES, ALTERNATIVES
Par Jean-Prosper BOULADA,
Président du Front Uni pour l’Alternance Démocratique au Tchad ( FU/ADT )
Président de la CMAP/dd.  (Thème présenté au nom de SURVIE,  membre du Collectif  Strasbourg anti-G8 d’Evian, Forums de Strasbourg )


  Sommaire :                                                                                                          
- Introduction classification des conflits armés en Afrique 
- Classification des conflits armés 
- Bref historique des conflits armés            
- Causes des conflits armés(internes et externes)                                                          
- Conflits armés dans la région des Grands Lacs
- Et le colon créa le piège ethnique  
- Embrasement des pays de la région des Grands Lacs  
- Equations successives de la raison d’Etat dans la constitution et le revirement d’alliances pro-et anti-Kabila 
- La revanche des vaincus  
- Les accords de Lusaka et de Pretoria IV: menaces sur ces accords par le potentiel de génocide atteint à ce jour  
- Que cachent les tractations diplomatiques des dernières heures ? 
- Alternatives     
- Référence bibliographique  
  
                                                         

INTRODUCTION :
Un spectre hante l’Afrique :celui des conflits armés. Ils restent un sujet de vive préoccupation pour l’humanité toute entière.
Quelques chiffres:
- “ En 1970 (ndlr :c’est-à- dire 10 ans après l’indépendance fictive de la majorité des pays Africains ), il y a eu sur le continent africain plus de 30 guerres., qui dans leur vaste majorité ont pour origine des conflits internes 1
-“ En 1996, seulement 14, des 53 pays d’Afrique ont connu des conflits armés, responsables de plus de la moitié de tous les décès causés par des conflits dans le monde entier et provoquant plus de 8 millions de réfugiés et de personnes déplacées  1
-“ Sur les 6 conflits armés qui ont éclaté en 1998, un seul, celui du Kosovo, n’a pas eu lieu en Afrique ” 2
Ces chiffres montrent, comme pour nous rassurer et donner espoir, que plus l’Afrique avance dans le temps, plus petite est la fréquence des conflits armés. À ce rythme, à quand la fin des conflits armés en Afrique ?
Le sujet est d’une extrême complexité tant par les causes que par les zones de conflits ( région des Grands Lacs, Afrique Centrale, Afrique de l’Ouest ).

I.CLASSIFICATION DES CONFLITS ARMÉS.

1.CONFLITS ARMÉS INTERNES :
Ce sont des conflits qui se déroulent à l’intérieur d’un Etat et qui sont exacerbés par “ l’ethnisme ” c’est-à-dire la manipulation d’identités initialement secondaires et composites, qui, chauffées au rouge, génèrent des clivages radicaux, servant d’explications fallacieuses.
Les conflits interconfessionnels procèdent de la même logique : du fait même de la laïcité de l’Etat qui prône la tolérance, la cohabitation interconfessionnelle musulmans-chrétiens ou la coexistence pacifique entre le Nord et le Sud, n’ont jamais posé de problème au Tchad ni en Côte d’Ivoire, ni ailleurs en Afrique.
Par la suite, cette cohabitation  a été transformée en hérésie par les hommes politiques pour se maintenir au pouvoir.
Quand les différentes ethnies transcendent leur clivage pour s’opposer (par tous les moyens légaux garantis par la constitution)  à leur classe dirigeante, nous sommes en présence d’un conflit qui oppose un peuple à une dictature.
La dictature viole les lois de la République, envoie sa garde prétorienne réprimer les manifestations pacifiques, musèle la presse, se spécialise dans le truquage des élections présidentielles et législatives et si cela ne suffit pas, amende la constitution par sa majorité parlementaire mécanique pour s’éterniser au pouvoir : c’est la situation de la quasi-majorité des Etats Africains

2.CONFLITS  INTER-ETATS
Il s’agit le plus souvent des querelles de frontière (Tchad-Libye, Mali-Burkina…).
“ Plus d’un tiers des Etats africains connaît ou ont récemment connu, soutiennent ou ont soutenu l’une ou l’autre partie à d’autres guerres civiles ou sont ou ont été impliqués dans des conflits de frontière 2

3. BREF HISTORIQUE DES CONFLITS ARMÉS EN AFRIQUE
Les conflits armés internes ont connu leurs heures de gloire dans les années 60-80, à une époque où le monde était bipolaire, pendant la guerre froide entre les pays  “ communistes ” et les pays “ capitalistes ”.
A cette époque, les révolutionnaires savaient que les conflits armés avaient pour cause, l’impérialisme, stade suprême du capitalisme, ils devraient se situer dans la problématique marxiste et se faire le chantre de Che Guevarra, Fidel Castro, Général Diap.
Ce fut l’époque des mouvements de libération nationale, tels que le MPLA, l’UNITA, le PAIGC, la SWAPO, le FROLINAT, l’ANC, le FRELIMO, la ZANU et la ZAPU . La liste est loin d’être exhaustive.
Considérés comme des mouvements révolutionnaires, progressistes, ils furent tout naturellement des  alliés du bloc de l’Est  et du mouvement ouvrier international, qui les armaient, finançaient, l’internationalisme prolétarien obligeant.
L’autre camp, c’était celui du “ monde libre ”, l’Occident, qui estimait qu’il était de son devoir de mener une guerre préventive contre “ l’expansionnisme soviétique ”. Il justifiait ainsi sa participation par des interventions militaires musclées aux côtés des dictateurs africains au pouvoir pour réprimer tout mouvement révolutionnaire qualifié de “ mouvement communiste ” ou de “ la subversion communiste ”.
Beaucoup des patriotes, nationalistes, progressistes et révolutionnaires africains ont perdu ainsi leurs vies dans cette rivalité Est-Ouest  comme Patrice Lumumba, Barthélemy Boganda, Amical Cabral, Mario de Andrade, Um Nyombé, Ernest Ouandié, Ibrahim Abatcha, Robenate, Outel Bono...
D’autres ont survécu et occupent aujourd’hui des postes clés dans les appareils d’Etat mais n’ont retenu aucune leçon de l’histoire. Sur les décombres du matérialisme dialectique, force est de constater des présidences à vie, exception faite des dirigeants de l’ANC ,qui ont réussi à faire émerger la démocratie en Afrique du Sud.

II. CAUSES DES CONFLITS ARMÉS : ANALYSE OBJECTIVE

A) CAUSES INTERNES :
Un conflit est “ une opposition de vues ou d’intérêts, une mésentente, une situation critique de désaccord… ”3. Cette divergence d’idées et d’opinions est dans l’ordre naturel des choses car, en matière d’opinions les “ hommes ne sont jamais  nés libres et égaux ”. Dieu merci. Autrement,  c’est le règne de la pensée unique invivable pour toute personne de bon sens.
Le problème, c’est de savoir dans quel état d’esprit et à quel moment, une situation critique de désaccord fait-elle usage de la force ? 
La réponse à cette interrogation est toute simple. Notre contradicteur n’est pas un démocrate.
La démocratie étant universelle, on a voulu maquiller en boubou de la démocratie dans les années 90, les régimes dictatoriaux.
Le problème, c’est qu’il ne peut y avoir de démocratie sans démocrates. “ La démocratie a besoin  des hommes et des femmes qui, en la vivant en eux, la font vivre pour touts ”4
Le concept de la démocratie s’est toujours fondé sur deux idées –force. La première est l’admission du principe que le désaccord, la diversité des opinions et les oppositions ne sont pas incompatibles avec l’ordre social et l’autorité.
La deuxième, est le principe que nul ne peut tenir son autorité que par le suffrage majoritaire du Peuple.
La démocratie ne peut faire usage de la force. “  Elle est l’art du compromis. Un compromis obtenu par la médiation. Le compromis permet d’avoir la paix, de partager, d’éviter l’exclusion et en somme de créer les conditions d’un débat sain nécessaire à la prise de conscience ” 4
Si vous transposez à l’Afrique cette réflexion qui s’apparente d’une dissertation philosophique d’un ou d’une élève de classe préparatoire à une grande école, vous constaterez que malgré la diversité des pays qui composent le continent , diversité tant par leur histoire, leur géographie, leur stade de développement économique, les sources de conflits armés sont les mêmes dans tous les cas de figure.

Le legs du passé et l’absence de la démocratie 

Reprenons la chronologie des événements :

En 1885 à Berlin, les puissances coloniales se sont partagé l’Afrique. Un partage qui divise arbitrairement des royaumes et Etats, et regroupe tout aussi arbitrairement des zones et des populations non apparentées.

 Dans les années 60, la quasi-totalité des Etats Africains ont accédé à l’indépendance et ont hérité des frontières coloniales. Du même coup, ils héritent des problèmes que ces frontières entraînent pour leur intégrité territoriale ou leur désir d’unité nationale.

La fin de la démocratie qui animait la vie politique à la veille des indépendances, la répression violente des “ dictateurs issus des urnes ” sur les groupes ethniques ciblés, la violation systématique des droits de la personne, ne peuvent que déclencher des réactions réflexes tout aussi violentes : c’est la loi de la physique qui établit une corrélation entre l’action et la réaction.  C’ est le premier éclairage sur les sources de conflits armés en Afrique.

  B) CAUSES EXTERNES : RIVALITÉS INTER-IMPÉRIALISTES

Guerres économiques et syndrome ou  complexe de Fachoda

La rivalité inter-impérialiste France- USA qui se livrent en Afrique une guerre par procuration s’explique le plus souvent par des rivalités économiques appuyant les stratégies de multinationales rivales, et parfois, uniquement par le complexe ou syndrome de Fachoda, comme par exemple au Rwanda lors du soutien aveugle de la France au gouvernement génocidaire.
Le syndrome de Fachoda en deux mots est la phobie séculaire des visées anglo-saxonnes en Afrique, plus particulièrement en Afrique francophone considérée comme le “ pré- carré français ”.
A cette réalité, aucun gouvernement français, issu de l’alternance Droite-Gauche, ne s’est dérogé à la règle.
Historiquement, le syndrome de Fachoda c’est l’accrochage en 1898 entre l’expédition coloniale française dirigée par Marchand et les troupes coloniales anglaises dirigées par Kitchener à Fachoda(actuel Kodo, situé au Centre-Sud du Soudan).
Ce règlement de comptes, motivé par la volonté des Français d’étendre leur espace colonial dans la zone d’influence anglaise, s’est terminé par la défaite de la France. D’où le ressentiment contre les visées anglo-saxonnes des partisans nostalgiques de l’empire français conjugué à ceux de l’affairisme et de l’anti-américanisme de la Françafrique6
Ce complexe est à l’origine d’une forme de paranoïa géopolitique qui a largement contribué à l’alliance avec le Hutu Power
Du côté américain, ces rivalités ne se justifiaient pas, affirme  Herman Cohen, l’ex-Monsieur Afrique de l’administration de Georges Bush.
En effet, quand l’Afrique accédait à l’indépendance dans les années 60, les USA estimaient même que  “  la responsabilité du continent relève des puissances coloniales comme la France,  l’Angleterre, la Belgique ou le Portugal et qu’il était normal pour eux de rester à l’arrière-plan ”7
C’est la raison pour laquelle, les Américains considèrent les Français comme leurs alliés les plus surs malgré leurs opérations anti-américaines commencées dès 1965 au Zaire, Burundi, Rwanda, pour gagner des points stratégiques.
A “ chaque fois qu’il y avait une vraie crise en Afrique qui mettait en danger les intérêts de l’Occident, pendant la guerre froide, les Français étaient toujours solidaires des Américains ” 7
Pour preuve de cette affirmation, Herman Cohen explique le fait que ce furent avec les avions américains que les parachutistes français avaient sauté en 1978 sur Kolwezi pour sauver la peau à Mobutu, menacé par les gendarmes Katangais. Ce fut toujours avec le même zèle d’aider les Américains et le camp occidental que les Français avaient tout fait pour empêcher les Soviétiques d’avoir des bases qui leur permettraient de viser les sous-marins nucléaires américains et survoler la flotte américaine dans l’Atlantique, en face du Sénégal, Guinée-Bissau, Guinée Equatoriale.
Et quand les avions américains avaient besoin de base pour survoler la flotte soviétique dans l’océan indien,  les Français offrent amicalement leur base de Djibouti et n’ont jamais refusé d’accéder aux sollicitations américaines.
Et Herman Cohen de conclure : C’est “ surtout dans les domaines de la culture, du business, que les Français voyaient les Américains comme des concurrents déloyaux. Mais pour les grands sujets de guerre froide à travers le monde, ils étaient souvent avec nous. Du côté américain, nous n’avons jamais considéré les Français comme des ennemis de l’Afrique ” 7 Mieux, les USA, par la voix de ce conseiller américain pour les affaires africaines,  a même témoigné devant la Mission d’enquête parlementaire  pour dégager la responsabilité de la France de complicité de génocide au Rwanda.
Un bémol tout de même aux affirmations de Cohen : les Américains sont toujours friands de la fragilisation des Etats par la dette, les plans d’ajustement structurel qui permettent la pénétration des marchés. Le Fmi, l’Omc, la banque mondiale, sont des vecteurs essentiels de cette politique américaine sans oublier leur opposition radicale aux problèmes de l’environnement planétaire, sujets sur lesquels ils se heurtent parfois à la lucidité relative de la France.
La guerre économique ou géostratégique que vont se livrer Français et Américains sur le continent africain, après la chute du Mur de Berlin, est à l’origine de son embrasement par des conflits armés .

 III.CONFLITS ARMÉS DANS LA RÉGION DES GRANDS LACS

Les deux puissances occidentales France, USA et dans une moindre mesure la Belgique vont exploiter, voire susciter toutes les possibilités de clivages ethniques et confessionnels pour le besoin de la cause.

Sur l’exemple des conflits dans la région des Grands Lacs, nous allons donner un aperçu du phénomène :

ET LE COLON CRÉA LE PIÈGE ETHNIQUE:

 “ S’il y a des mœurs et des coutumes à respecter, il y a aussi des haines et des rivalités qu’il faut démêler et utiliser à notre profit, en opposant les unes aux autres, en nous appuyant sur les unes  pour vaincre les autres 5
L’ethnisme a servi de justification au génocide des Tutsis au Rwanda. Si nous décidons de nous attarder un temps soit peu à ce piège ethnique8 , c’est qu’il continue à servir de justification au maintien des conflits armés dans la région des Grands Lacs et dans d’autres Etats africains.
Il faut parler d’ethnisme, car pour différencier deux ethnies, on doit pouvoir mettre en évidence des langues différentes et des coutumes différentes, ce qui n’est absolument pas le cas des Hutus et des Tutsis. Tout est fondé sur un troisième critère qui serait la différentiation morphologique, critère confus dans la réalité sociale rwandaise.
Dans le Rwanda pré-colonial , si la différentiation Hutu-Tutsi-Twa existait déjà, il n’y avait, en aucune manière, de divisions raciales rigides comme elles se manifestèrent par la suite.
Le Rwanda, autrefois, fut un royaume et appuyait ses structures sociales sur trois classes . La différenciation des classes se fait en fonction de leur rôle dans les activités économiques :
       - La classe de la noblesse et des éleveurs est constituée par les Tutsis
       - La chefferie et la paysannerie sont majoritairement du ressort des Hutus.
       - Les Twas, une minorité forme une classe spécialisée dans la chasse et la cueillette.
Les particularités physiques entre un Tutsi et un Hutu, n’ont jamais posé de problème à cause de la mobilité sociale des deux groupes ethniques. Selon cette mobilité, “ un noble Tutsi appauvri peut devenir cultivateur et qu’un paysan Hutu du fait même du mariage mixte, peut épouser une femme Tutsi, acquérir du bétail et devenir Tutsi8 ”
Les Allemands et les Belges, vont s’appuyer sur la noblesse Tutsie au détriment des Hutus. Cette préférence est justifiée dit-on par le principe de l’inégalité congénitale entre Tutsi et Hutu ou encore selon le principe “ qui s’assemble se ressemble ” mais à l’envers  “ qui se ressemble, s’assemble ”.
“ Les Européens , Allemands d’abord, puis Belges ensuite, ont cru reconnaître des origines européennes dans la stature élancée des Tutsis, leur peau claire, les traits fins de leurs nez, symbole de la noblesse. Les Tutsis seraient une race supérieure pour commander la race inférieure Hutu de type Bantou, court, robuste, nez aplati, symbole rédhibitoire d’un retard sur l’échelle de l’évolution9 ”
“ Au Rwanda, Hutu, Tutsi étaient devenus des  “ concepts racistes manipulés politiquement ”10
L’appartenance ethnique était un alibi 11  qui permettait d’asseoir des souverainetés iniques et de conforter des mainmises économiques.
A un racisme pro-tutsi(et anti-hutu), s’est substitué un racisme pro-hutu( et anti-tutsi) ; dans les deux cas, ce sont les élites au pouvoir(encouragées par les puissances coloniales)qui firent des passions ethniques leur fond de commerce politique, les convoquèrent et les ravivèrent pour sauvegarder leurs intérêts ”.
Le colonisateur accentuera cette imagerie d’inégalité raciale en renforçant administrativement dans un premier temps les Tutsis.
Cette situation qui va durer jusqu’à la fin des années 50, créa une tenace rancœur qui prendra corps chez les Hutus.
A leur  initiative  “ les écoles et les universités vont recruter et former en priorité, les Tutsis qui constitueront les futurs cadres administratifs et techniques du Rwanda moderne ” 9
Quand la dialectique du “ maître(colonisateur) et l’esclave(cadre Tutsi, obéissant serviteur ” sonnera son heure pour l’esclave, les autorités Belges vont subitement opérer un revirement d’alliances.
Les Hutus  “ deviennent des braves, des révolutionnaires, une masse écrasée, trop longtemps opprimée et exploitée par les Tutsis … Le Tutsi est le nègre intelligent donc prétentieux, qui ne reste pas à sa place, qui ose défier le maître ” 9

Pour un crime de lèse-majesté, plusieurs génocides Tutsis

Ainsi donc, pour un crime de lèse-majesté, commis par le Tutsi qui veut s’affranchir de la relation de tutelle maître-esclave et amorcer la lutte pour l’indépendance de son pays, “ le colon Belge devient le défenseur du Hutu contre le Tutsi ”.
Sous la peau presque blanche avec un masque noir de Tutsi, “ se cache à présent un dangereux communiste, un bolchevik, un Kmer noir ”.
C’est sous cette appellation que Jean-Christophe Mitterrand “ ne cesse de désigner les soldats du FPR ”12
“ La stigmatisation des Tutsis va déboucher en 1959 sur une Révolution sociale qualifiée par Jean-Paul Gouteux “ d’une révolution raciale ” “ effectuée sous  contrôle belge ”(Gérard Prunier) et qui s’est soldée par le massacre de 20 000 civils Tutsis le 1er novembre 1959 et s’accompagnant de l’exil de milliers d’entre eux vers les pays limitrophes(principalement vers le Burundi et l’Ouganda, vivier du FPR(Front Patriotique Rwandais)
Le Rwanda devint indépendant en 1962 en consolidant une dictature Hutue.
Les exilés Tutsis, réfugiés dans les pays voisins tentèrent à plusieurs reprises de reprendre le pouvoir.
Les représailles d’une de ces percées venant du Burundi le 21 décembre 1963, fit  10 000 morts  parmi les populations civiles Tutsies de l’intérieur du Rwanda8
C’est ainsi que de fil en aiguille, les interventions françaises, visant à sauver le régime de Habyarimana, menacé par la guérilla du FPR,  ont conduit tout droit au génocide des Tutsis au Rwanda en 1994 .

La date de 1994  ainsi que celle  de la chute de Mobutu en 1997 marqueront la fin provisoire de la  présence française dans la région des Grands Lacs. Nous verrons plus loin qu’elle ne tardera pas à faire son grand retour

2. EMBRASEMENT DES PAYS DE LA RÉGION DES GRANDS LACS
La guerre Hutu-Tutsi s’est revelée contagieuse dès que les ex- Forces Armées  Rwandaises (FAR) fortes de 20.000, se sont installées dans le Kivu avec armes et bagages.
L’imbroglio du piège ethnique est inextricable :

L’Est du Zaïre est peuplé par les Banyarwandais (dénomination regroupant Tutsi et Hutu congolais ) qui parlent le Kinyarwanda
Le Nord et le Sud Kivu sont peuplés par des Tutsis et Hutus congolais
Non seulement l’équilibre de la coexistence inter-ethnique est ébranlée avec l’arrivée massive des réfugiés Hutus, Mobutu a fait l’erreur politique en décheant les Banyarwandais de leur nationalité zaïroise( 1995 ) et les expulsant vers le Rwanda suivis du massacre (1996 ) des Banyamuleges(pasteurs Tutsis congolais-zaïrois installés sur les Hauts –Plateaux depuis le 16ème siècle)8 
Dès lors le Zaïre de Mobutu s’impliquait dans le conflit ainsi que toute la région des Grands Lacs allait s’embraser car tous les pays voisins étaient plus ou moins impliqués

2.1. La prise du pouvoir par Laurent Désiré Kabila  et la proclamation de la République Démocratique du Congo ( RDC )

Dans un monde d’interdépendance, une prise de pouvoir quelqu’elle soit, est forcément une question d’alliances.  Les protagonistes du conflit sont obligés de nouer des alliances : Appelons cela, pour la compréhension , “ l’équation de la raison d’Etat ”
En 1998, 4 ans après le génocide Rwandais, Laurent Désiré Kabila arrive au pouvoir à Kinshasa et proclame la République Démocratique du Congo.
La grande question est celle de savoir comment cette prise du pouvoir a été négociée.
Le Rwanda et l’Ouganda,  ont pratiquement  “  accompagné ” l’Alliance des Forces Démocratiques pour la Libération du Congo(AFDL) de Laurent Désiré Kabila à Kinshasa :

2.2. L’équation de la raison d’Etat du camp pro-Kabila pour la chute de Mobutu s’établit comme suit :
 -L’AFDL de LD Kabila
-Le Rwanda : les raisons d’alliance avec Kabila sont compréhensibles : en découdre avec les miliciens Hutu, Hutu Power et leurs alliés.
-Le Burundi de Pierre Buyoya pour les mêmes raisons que le Rwanda (les deux pays sont dirigés par les Tutsis avec les Hutus modérés)
-L’Ouganda de Yoweri  Museveni (Kagame a aidé Museveni à prendre le pouvoir à Kampala,: les deux hommes sont des potes : c’est la première raison ; la deuxième c’est que l’une des deux oppositions armées à Museveni , l’Alliance des Forces Démocratiques( ADF) s’approvisionnait en armes à partir de la ville zaïroise Bunia et  l’autre, l’Armée de Résistance du Seigneur( LRA ) combat les Forces de Défense Ougandaise(UPDF) à partir du Sud-Soudan.
-L’Angola de Dos Santos : Dos Santos dans la foulée veut en découdre avec l’ennemi n°1 : l’Unita ayant pour base le Zaire.
-Le Soudan : Le FPLS de John Garang s’approvisionnait en armes à partir de la même ville zaïroise Bunia
-L’Erythrée d’Issaias Aferwerki et l’Ethiopie de Meles Zenawi  probablement par solidarité pour les nouveaux dirigeants africains arrivés au pouvoir par la force des armes.
-Les USA( dans la perspective de signer avec Kabila de gros contrats sur-commissionnés ) et faire du business as usual.

2.3. L’équation de la raison d’Etat pour le camp anti-Kabila s’établit comme suit :
-les Forces Armées zaïroises (FAZ) du Maréchal Mobutu
-les Hutu Power(extrémistes Hutus) et interhawme (milice Hutue ): après le génocide, le Kivu et l’Ituri,  “ zone de sécurité humanitaire ”, débaptisée par l’opération Turquoise, est la région naturelle de leur replis, où ils utilisent l’immensité des réfugiés comme boucliers humains, ce qui leur permet d’une part ,de s’organiser, de s’entraîner et mener des assauts armés afin de reprendre le pouvoir à Kigali, d’autre part.
-la France et ses réseaux françafricains sont les ennemis jurés de Kabila et réciproquement à cause de leur aveuglement aux côtés de Mobutu.
-les mercenaires Serbes recrutés par la France

2.4. Laurent Désiré Kabila confronté aux épreuves  de gestion de la réalité du pouvoir acquis grâce à la force des armes et à l’intervention des alliés
Quand vous excitez chez des combattants, soldats, une vision fantastique d’un monde meilleur et surtout lorsque vous leur promettez un changement à leur mode d’existence médiocre après la prise du pouvoir, et qu’ensuite, confronté à la réalité de ce même pouvoir, vous vous rendez compte qu’il vous est impossible de distribuer à tous les fruits de la victoire, vous les abandonnez à leur triste sort. A défaut, ils se servent eux-mêmes puis qu’ils disposent d’ armes qu’ils savent manipuler.
A côté de cela, le pouvoir de LD Kabila est sur une assise impopulaire :
- il refuse la démocratie et l’organisation des élections libres et transparentes
- il provoque des mécontentements chez ses alliés d’hier:
*Les parrains :l’Ouganda, le Rwanda et l’Angola sont très mécontents : en fait, ils trouvent que Kabila ne les aide pas du tout à lutter contre leurs propres rébellions qui lancent des assauts depuis leurs arrières bases installées en plein territoire de la RDC. Ils trouvent que Kabila joue en face d’eux un double jeu
*Les USA trouvent que Kabila fait du mobutisme sans Mobutu

2.5. Revirement et reconstitution des nouvelles  alliances pour mettre fin au régime de  LD. Kabila
*Nouvelle équation de la raison d’Etat pour le camp anti-Kabila s’établit  en Juin-juillet 1998 comme suit :
-Les USA fournissent un soutien logistique essentiellement des matériels de télécommunication, des conseils stratégiques et des instructeurs.
- Le Rwanda et l’Ouganda : Depuis que LD Kabila exploite la haine anti-tutsie et relégitime la nébuleuse génocidaire, ces deux pays sont pressés d’en finir avec lui, tout en ayant la neutralité tacite de l’Angola
- Le Burundi de Pierre Buyoya à cause de son explosif mélange ethnique Hutu-Tutsi
*Mauvais calculs du Rwanda et de l’Ouganda pour évincer LD  Kabila.
La donne de ces mauvais calculs est la suivante:
-Aveuglés par leur arrogance, les militaires Rwandais et Ougandais qui se comportent en conquérants en RDC ne voyaient pas le sentiment de rejet qu’inspire leur présence à la population congolaise
-Certains de ces militaires se sont convertis en affairistes : ils estimaient qu’ils ont un droit de préemption sur les richesses minières de la RDC
-A force de vouloir toujours privilégier la force des armes dans le règlement des conflits, Paul Kagame et Yoweri Museveni, ont sous-estimé le côté politique  et diplomatique du conflit :
-Ils ont allégrement laissé à l’écart Dos Santos de l’Angola, estimant que l’obtention de sa neutralité tacite dans cette guerre –éclair qu’ils préparent sur Kinshasa, a été suffisante.
Manque de pot : L.D.Kabila réussi à convaincre Dos Santos de l’Angola à reconsidérer sa neutralité.
Donc la nouvelle équation de la raison d’Etat pour le camp pro-Kabila s’établit comme suit :
-Maï-Maï : Au niveau intérieur, Kabila reprend à son compte le comportement revanchard des Maï-Maï *  contre les Banyarwanda .
Les Maï-Maï se font désormais appeler Force d’autodéfense populaire (Fap ) et sont intégrés dans le dispositif de rapport de forces pro-Kabila13 
-L’Angola de Dos Santos : Kabila a démontré à Dos Santos que la coalition anti-Kabila, est de connivence avec les rebelles de l’UNITA
de Jonas Savimbi, ennemi n°1 de l’Angola : effectivement, l’Ouganda fournit des armements lourds à l’UNITA
.L’Angola a énormément investi en RDC : c’est l’Angola qui s’occupe de l’approvisionnement en produits pétroliers de la RDC via sa filiale : la Sonangol(Société nationale angolaise de pétrole) : une joint-venture installée en RDC dont la Sonangol est majoritaire avec des ambitions débordantes: exploration et exploitation off-shore et on-shore(en mer et sur la terre)du pétrole  congolais(zairois)14
-Le Zimbabwe de Robert Mugabé  : se sentant mal à l’aise par l’accusation de la communauté internationale, Robert Mugabé, révolutionnaire d’antan,  veut se venger de l’aura de Nelson Mendela et de Yoweri Museveni, dirigeants sages de l’Afrique australe
-La Namibie de Sam Nujoma  au pouvoir à Windhoek probablement par solidarité de la conquête du pouvoir par les armes
-La France : après 5 ans d’absence fait son retour triomphal dans la région, dans une argumentation toute simple :
.Si Laurent Désiré Kabila symbolisait l’humiliation de la France et de la Françafrique aux côtés de Mobutu, il pouvait devenir un allié, dès lors qu’il s’affranchissait de ses sponsors (Rwanda, Ouganda et USA15)   Jacques Chirac va s’employer à piloter la guerre, depuis l’Elysée, au grand dam des socialistes français qui sont obligés de céder aux “ évidences ” géopolitiques.
.La France va réactiver ses réseaux françafricains et les met à la disposition de LD Kabila :
.L’Angola : la raison d’Etat est expliquée plus haut.
.Les Hutu Power : c’est un euphémisme de dire qu’il est très lié à la France
.Le Soudan : Il est l’ennemi de l’Ouganda : les deux pays ont rompu leurs relations diplomatiques en 1995 et s’accusent respectivement d’accueillir les rebelles ougandais de LRA et l’Armée Populaire de Libération du Soudan(APLS) de John Garang. Mais ils se retrouvent dans une coalition pro-Kabila. La raison d’Etat  de l’ entrée du Soudan dans la coalition pro-Kabila, est compréhensible : Kabila étant l’ennemi de l’Ouganda qui lui même est l’ennemi du Soudan : l’ennemi de mon ennemi est mon ami. Vu du côté ougandais, cette maxime ne s’applique pas car le Soudan,  même ennemi de Kabila (le FPLS de John Garang s’approvisionne en armes à partir de la ville zaïroise ou congolaise de Bunia), ne peut pas être ami de l’Ouganda : pour ce dernier qui s’accommode de la présence de son ennemi dans une coalition contre Kabila, nous dirons : “ l’abondance de quelques hommes en armes de plus à vos côtés, ne nuit pas ”. La raison d’Etat qui explique l’intégration du Soudan dans le réseau françafricain est beaucoup plus complexe. Nous sommes en présence d’une équation différentielle.
.Le Tchad : Hormis le fait que le Président Idriss Déby a envoyé 2000
soldats15 combattre aux côtés de LD Kabila, l’aide du Tchad de Déby au camp pro-Kabila se concrétisait également par la fonction d’escale des aéroports de N’Djaména, d’Abéché et de Faya-Largeau qui ne peuvent fonctionner qu’avec l’assistance technique du corps expéditionnaire français de l’opération Epervier au Tchad.
Du côté raison d’Etat : c’est l’argent. Le corps expéditionnaire tchadien est financé par la Libye.
La Libye : des avions-cargos géants, peints aux couleurs Libyennes contenant des armes, achetées par la France aux nouveaux pays issus du bloc de l’Est, transitent par la Libye, le Tchad et la RCA. Elles sont ensuite réceptionnées à Kinshasa.
.La RCA : même fonction d’escale.
. La Tanzanie qui dispose des camps d’entraînement des rebelles Hutus est associée à la France
-La Chine populaire : LD Kabila signe avec la Chine un contrat d’un montant d’un milliard de dollars américains payables en or, diamant, cobalt et uranium, relatif à la fourniture à la RDC des chars modernes, des pièces de rechange, des transports de troupes blindés, d’artillerie lourde, de munitions et d’armes légères

Devant l’impressionnante coalition pro-Kabila  (France, Angola, Namibie, Zimbabwe, Tanzanie, Tchad, Libye,  Soudan et Chine ),  il est clair que la coalition anti-Kabila constituée par le Rwanda, l’Ouganda, le Burundi et les USA) n’ont aucune chance d’évincer LD Kabila au pouvoir à Kinshasa. Le coup d’Etat de juillet 1998, fomenté par le FPR a logiquement échoué
En représailles à ce coup de force, LD Kabila a décidé le renvoi des troupes Rwandaises de la RDC.

3. LA REVANCHE DES VAINCUS OU LE MAINTIEN DE L’INSTABILITÉ PERMANENTE EN RDC PAR L’ENTRETIEN DES REBELLIONS ARMÉES ET FINANCÉES PAR LE RWANDA ET L’OUGANDA
En l’espace de quelques mois, après l’échec de coup d’Etat contre LD Kabila, la République Démocratique du Congo, unie jusqu’alors sur toute l’étendue du territoire, va se trouver divisée en trois zones distinctes

1ère zone sous autorité de LD Kabila : A l’Ouest et au Sud de la RCD, grâce aux alliés Zimbabwéens, Angolais, Tchadiens et Namibiens essentiellement, Kinshasa maintient  son autorité sur à peine la moitié du territoire de l’ex-Zaïre
2ème zone sous administration du Rassemblement Congolais pour la Démocratie(RCD), basé à Goma : c’est le RCD-Goma

Le RCD-Goma est créé dès le début des hostilités en août 1998 et bénéficie du parrainage de Kigali et occupe la partie orientale du pays.
La fraction dissidente du RCD, le RCD-ML (Mouvement de Libération ) soutenu par l’Ouganda est dirigé par Ernest Wamba dia Wamba

3ème zone sous administration du Mouvement pour la Libération du Congo (MLC) de Jean Pierre Bemba : Crée en octobre 1998, ce second front rebelle est ouvert dans la province de l’Equateur, au Nord-Est  avec l’appui de l’Ouganda. Le MLC a installé sa capitale à Gbadolite, ville native de l’ex-dictateur Mobutu. Cette ville possède toutes les infrastructures crées par Mobutu : aéroport international, un réseau de distribution d’eau potable et d’électricité performant, des édifices publics  fonctionnels16 
Les zones appartenant à la rébellion sont gérées comme un Etat dans un Etat : formation de gouvernement avec Président et ministres.

4. ACCORD DE PAIX DE LUSAKA DU 30 AOÛT 1999
C’est un accord de cessez-le feu signé entre les belligérants : gouvernement congolais et les rebelles.
Cet  accord a été violé par les protagonistes du conflit qui ont  repris les hostilités au lendemain de sa signature
L’agenda des négociations de paix en cours oblige l’Ouganda et le Rwanda à contrôler les mouvements rebelles congolais par des hommes fiables, ce qui se traduit par des affrontements fratricides .
A  Bunia, capitale de la province de l’Ituri et centre minier, à la frontière avec l’Ouganda, un autre gouvernement des rebelles, le RCD-ML est constitué : il est présidé par  Mbusa Nyamwisi leader du RCD-ML avec Thomas Lubanga , dirigeant de l’Union Patriotique du Congo(UPC)  comme ministre de la défense
En Août 2002 , Thomas Lubanga de l’UPC , avec l’aide des forces armées ougandaises évince son Président Mbusa Nyamwisi  du RCD-ML

5. ACCORD DE PRÉTORIA IV DU 17 DÉCEMBRE 2002
D’accord de paix en accord de paix, tous les protagonistes du conflit dans la région des Grands Lacs, sont conviés à signer les accords de Pretoria IV.
Un mot tout de même sur l’Afrique du Sud. Qui mieux que les dirigeants de l’ANC savent le sacrifice qu’il faut consentir pour avoir la liberté et la paix ? ( Visionner à ce sujet la cassette du film “ Cry Freedom ”). L’ex-chef de l’Etat sud-africain, Nelson Mandela a repris du service au nom des Nations Unies comme médiateur  dans le conflit interburundais et intercongolais.
Les principaux points de cet accord sont :

1°la formation d’un gouvernement d’union nationale de transition vers des élections libres et transparentes, à parité égale entre le gouvernement de Joseph Kabila, les mouvements rebelles( RCD-Goma, RCD-ML, RCD-N et le MLC), la société civile, l’opposition démocratique d’Etienne Tshisekedi Wa Mulumba ainsi que les FAP ou milices Maï-Maï
2°L’élaboration d’un projet de constitution
3°L’application du programme 2D3R imposé par les Nations Unies
D :Désarmement
D : Démobilisation
R :Rapatriement
R : Reinstallation
R : Réintégration
4° La formation d’une armée nationale intégrée.

6. MENACE SUR LES ACCORDS DE PAIX DE PRETORIA IV
Pour négocier en position de force, comme toujours, les protagonistes du conflit, ont fait appel à la force des armes, tant du côté du pouvoir de Kabila –fils que des ex-alliés de Kabila-père, le Rwanda et l’Ouganda.

En février 2003, une offensive menée par une coalition des forces hétéroclites, les Forces armées congolaises de Joseph Kabila, les forces armées ougandaises et le RCD-ML, veulent reprendre les positions tenues par les forces de l’UPC de  Thomas Lubanga .
C’est surtout le 6 mars 2003 que l’armée ougandaise dans cette nouvelle alliance avec les forces armées congolaises de Joseph Kabila, a réussi à déloger les forces de l’UPC et a installé au pouvoir à Bunia, les nouveaux alliés de Kampala : les  Forces pour l’Intégration et la Pacification de l’Ituri( FIPI)17
L’opération coup de poing de Yoweri  Museveni à Bunia avec l’approbation de Joseph Kabila, est un casus belli pour Paul Kagame, prêt à entraîner le Rwanda dans une guerre avec l’Ouganda. Il a fallu la médiation des Nations Unies pour temporiser les velléités guerrières de Paul Kagame.

7 .QUE CACHENT LES TRACTATIONS  DIPLOMATIQUES  DES  DERNIÈRES HEURES ?

 La pression internationale veut que l’Ouganda retire ses forces de Bunia. Le problème est que l’Ouganda en se retirant, a décidé de créer un autre piège ethnique en dressant les Hemas (qui appartiennent aux forces de l’UPC et aux FIPI, désormais appelées Parti pour l’Unité et la sauvegarde de l’Intégrité du Congo ( PUSIC )) contre les Lendus soutenus par Joseph Kabila. Les deux ethnies se sont livrées à une véritable purification ethnique au stade de “ potentiel de génocide ” à tel point que la France vient de dépêcher une mission militaire dans la région pour étudier les possibilités du déploiement d’une force d’interposition. Cette nouvelle initiative à caractère humanitaire de la France donne bien évidemment un tournis au Président du Rwanda, Paul Kagame,  qui est loin d’être atteint par l’amnésie du comportement de l’opération Turquoise dans la “ zone de sécurité humanitaire ” qu’elle a créée, il y a à peine 10 ans.
Dans le débat qui s’est engagé autour de ce thème de conflits armés aux forums du 24 mai 2003 à Strasbourg contre le G8, il se dégage que les Français et les Américains, ont décidé d’enterrer la hache de guerre, moyennant un deal : La France doit soutenir et voter en faveur de la nouvelle résolution des USA qui demande au fond que les Nations Unies légitiment leur guerre en Irak et le protectorat qu’ils maintiennent sur ce pays. En retour, les Américains laissent à la France la main libre d’intervenir en RDC. Ainsi va le monde.

CONCLUSION :
Les conflits armés dans la région des Grands Lacs  sont une suite perpétuelle des “ équations de la raison d’Etat ” et des appétits des multinationales qui entraînent une “ propension à faire, défaire et à refaire les alliances. Les ennemis d’hier deviennent les amis d’aujourd’hui et vice-versa ”13

 ALTERNATIVES

Y’a-t-il vraiment une alternative dans un monde de réseaux mafieux, de trafics d’armes et des mercenaires ?
Toute approche des problèmes de sécurité sur le continent africain, devrait d’abord commencer par une lutte pour la promotion de la démocratie et son enracinement comme valeur afin que s’instaure un Etat de droit. Seuls  la démocratie et l’Etat de droit comprennent le langage de la paix, de la stabilité et de la sécurité.
La révision des accords de défense et d’assistance militaire entre les Etats-Africains et la France, s’avère indispensable.
Il faudrait lutter contre les ventes d’armes, traduire devant la Cour Pénale Internationale les dictateurs responsables de crimes et de complicité de crimes contre l’humanité, refuser l’exception  américaine et française devant la compétence de cette Cour pour une justice à deux vitesses qui veut que les ressortissants et militaires américains se soustraient à d’éventuelles poursuites alors que la France a réussi à introduire dans les clauses de la Cour  l’article 124, qui oppose un moratoire de sept ans contre sa compétence à poursuivre les ressortissants et militaires français.
Autrement, la constitution des forces d’intervention interafricaine dans le cadre de la prévention ou la résolution des conflits armés, se bornera à assurer tout simplement une “  sécurité au sommet ” pour les chefs d’Etats  africains et français, en laissant “ une insécurité à la base ” pour les populations africaines.

REFERENCE BIBLIOGRAPHIQUE :

1. Rapport du Sécrétaire général des Nations Unies sur “ Les causes des conflits et la promotion d’une paix et d’un développement durables en Afrique ”, 1998, pp 1-6, 1 ou             http://www.unic-tunis.intl.tn/sgreportaafr.htm
2.   “ Mémorandum du 26 avril 1999 de l’Union Européenne se félicitant du Rapport 1998 du Sécrétaire général des Nations Unies sur les causes des conflits en Afrique… ” VI, p 1 ou
http://www.consilium.eu.int/pesc/memo/fr/99/main6.htm)
3. Gérard Cornu : Vocabulaire juridique. PUF,Paris,1998, p.189
4. Professeur Georges Burdeau, cité par Fousseyni Samaké In  Le soleil en ligne. Cahiers & Spéciaux : Le comité Afrique de l’Internationale Socialiste : http://www.primature.sn/lesoleil/intersoc.htm ).
5. Maréchal Louis-Hubert Lyautey, colonisateur du Maroc  cité par François-Xavier Verschave  in  Noir silence. Qui arrêtera la Françafrique ? Les arènes, Paris, 2000 p.93
6. Jean-Paul Gouteux : Les soutiens européens à l’ethnisme. In  Quaismodo n°6,printemps 2000. Fictions de l’étranger, p.43
7. Afrique /Etats-Unis : L’Amérique et le syndrome somalien . Entretien de Herman Cohen avec Brice Ahounou. In Africa International n°330 de décembre-janvier 2000 p.9, 10
8. Benjamin Sehene : Le piège ethnique, Ed. Dagorno, Paris,1999, pp.16,20, 185
9. Frédéric Baillette : Figures du corps, ethnicité et génocide au Rwanda. In  Quaismodo n°6,printemps 2000. Fictions de l’étranger, p.28,16,17
10. Frédéric Baillette : Figures du corps, ethnicité et génocide au Rwanda. In  Quaismodo n°6,printemps 2000. Fictions de l’étranger, p.32,  citant Jean-Paul Gouteux
11. Frédéric Baillette : Figures du corps, ethnicité et génocide au Rwanda. In  Quaismodo n°6,printemps 2000. Fictions de l’étranger, p.32,  citant Jean-Pierre Chretien in  L’alibi ethnique dans les politiques africaines.Esprit, juillet, août 1981 p.109-115
12. Pascal Krop, Le Génocide franco-africain. Faut-il juger les Mitterrand ? Paris. Jean-Claude Lattis, 1994, p.73
13. Bapuwa Mwamba : Pour qui roulent les Maï-Maï In Jeune Afrique Economique n° 289 du 14 au 27 juin 1999 p, 13,92
14. Pierre Victor Mpoyo : “ Le Président Kabila est trop bon ” In Africa international N°330 p.19
15. François-Xavier Verschave  in  Noir silence. Qui arrêtera la Françafrique ? Les arènes, Paris, 2000, p.123, 124
16. Jeune Afrique N°2033-2034 du 28 décembre 1999 au 10 janvier 2000, p.35-36
17. Luigi Elongui : RDC : Instabilité persistance In Le nouvel Afrique asie n°163-avril 2003 p.13


* milices crées dans le Nord-Kivu : une certaine catégorie de congolais animistes, qui dans les années 60, ont combattu aux côtés du leader révolutionnaire de l’Ouest du Zaïre, Pierre Mulele, assassiné en 1968. La
La particularité des Maï-Maï est qu’ils croyaient à la vertu  immunisante de l’eau(Maï) qu’ils aspergeaient sur le corps avant d’aller au combat en criant Maï dès la détonation du fusil de l’ennemi

 


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