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Grand
reportage |
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GRAND
REPORTAGE
Des bruits de bottes dans l’Est du Tchad
qui empêchent le pouvoir MPS de dormir.
Par
Mohamed KEBIR -
Article paru le
01 août 2005 |
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Des bruits de
bottes dans l’Est du Tchad
qui empêchent le pouvoir MPS de dormir.
Trente
ans après l’assassinat du père de l’indépendance du Tchad par un
putsch militaire un 13 avril 1975, le pays ne retrouve toujours pas une
véritable identité par laquelle il pourra se démarquer des
vicissitudes qui le paralysent quasi perpétuellement dans
l’instabilité. Parallèlement, une superstition va naître dans tous
les esprits et fait du mois d’avril un mois de tous les dangers,
d’autant plus que nombre d’incidents malheureux y ont souvent lieu.
Néanmoins, le danger réel et imminent a semblé être frôlé par les
tenants du pouvoir en avril dernier. Mais tout reste encore à venir. Et
peut-être pas forcément au cours d’un mois d’avril cette fois.
Le
13 avril 2005 (trente ans jour pour jour après la disparition du
premier Président) en effet, le gouvernement tchadien, par la voix de
son porte-parole, ministre de la Communication, Barthélemy Baïnodji,
se prêtait à un jeu puéril en accusant le Soudan voisin d’avoir
recruté puis massé 3000 forces armées à dominante arabe à 25 km de
la frontière en vue de déstabiliser le Tchad. Cette accusation
fortuite et non fondée qui a pour but de masquer une autre réalité va
accentuer la crise diplomatique déjà perceptible entre les deux Etats,
laquelle crise suscitée bien entendu par le massacre des populations
civiles par les Djandjawids dans le
Darfour. Ces forces armées dont le gouvernement tchadien impute
au Soudan le recrutement et le soutien ont pourtant toujours évolué là,
depuis leurs défections successives des rangs de l’ANT (Armée
Nationale Tchadienne).
Nous
avons enquêté pour tenter de répondre aux questions que tout le monde
se pose. A qui le gouvernement tchadien feint-il de faire croire que le
Soudan veut déstabiliser le Tchad ? Qui, en vérité, est en
train d’affûter ses armes et pas des moindres à la frontière
tchado-soudanaise ? Veut-on déstabiliser le Tchad ou bien se prépare-t-on
plutôt à redorer le blason de ce pays avachi par le comportement
innommable de ses
dirigeants actuels ? Jusqu’à quand le régime tchadien
pourra-t-il nourrir et entretenir l’amalgame, surtout lorsque les
populations en savent déjà mieux ce dont on veut leur faire croire
autrement ?
A
l’issue d’un déplacement en Egypte via Khartoum, il nous a été
donné de réaliser quelques interviews avec les protagonistes de la
situation qui prévaut dans l’est du Tchad qui jouxte la frontière
avec le Soudan. Des différentes investigations que nous avions eues, il
en résulte que plusieurs milliers de soldats tchadiens issus de toutes
les couches sociales seraient en faction à la frontière entre le Tchad
et le Soudan. Outre la présence de nombreux groupes politico-militaires
qui opèrent sur le terrain, un mouvement surarmé et fort discipliné
serait en train de se constituer. Ce mouvement, d’après nos
interlocuteurs, voit ses rangs prendre de l’ampleur au jour le jour.
Plusieurs dizaines de soldats munis d’armes de guerres y vont rallier
quotidiennement. D’autres y vont avec armes, véhicules et bagages.
Des soldats de l’ANT se constituant d’eux-mêmes transfuges y vont régulièrement
faire adhésion.
Ce
mouvement, selon son coordinateur le capitaine Mahamat-Nour Abdelkérim,
se refuse sciemment à tout baptême. « Nous n’avons pas une
ambition politique. Nous nous fixons pour objectifs primordiaux de
chasser le régime clanique et autoritaire de N’djaména afin
d’instaurer un véritable Etat de droit et de démocratie au Tchad.
Nous ambitionnons d’organiser des élections libres et transparentes.
Nous rassurons les Tchadien(ne)s que nous ne serons pas candidat aux élections
que nous aurons à organiser. C’est pour ces raisons que le mouvement
que nous dirigeons ne porte pas de nom. Pour nous, donner un nom à ce
mouvement c’est avoir des ambitions futures. Or ce n’est pas le but
de notre lutte. L’objet de notre combat, c’est de préserver les
acquis du peuple tchadien », nous laisse-t-il entendre avec le
rictus légèrement visible.
Qui
est ce capitaine dont le nom commence à peine à être familier chez
beaucoup de tchadiens ? En effet, le nom de cet officier, en
compulsant la chronologie de l’historique du Mouvement Patriotique du
Salut, restera indissociable de celui de l’ancien cemga Mahamat Garfa,
tous deux issus de la communauté Tama dont le sanctuaire géographique
trouve bien sa source dans l’est du pays.
Ayant effectivement pris part au congrès de Bamina qui a donné
naissance au MPS, Mahamat-Nour Abdelkérim a combattu aux côtés des
colonels Idriss Déby et Maldom Bada Abbas pour chasser Hissein Habré
du pouvoir en décembre 1990.
En
1994, Mahamat Garfa (ancien Ministre des Mines et Pétrole puis Chef
d’Etat-Major Général des Armées) et Mahamat-Nour Abdelkérim
(ancien Préfet de Biltine puis chef du Centre de Formation Militaire
dans la région d’Iriba), désapprouvent la forme de marginalisation
que leur a fait subir le régime de Déby et entrent en dissidence
contre celui-ci. Ils s’investissent dans l’extrême est du Tchad, près
de la frontière avec le Soudan pour fonder l’ANTD (Armée Nationale
Tchadienne pour la Démocratie).
En 1995, l’ANTD, le CNR, le FNT et le CDR vont fusionner pour donner
naissance à l’ANR (Alliance Nationale pour la Résistance).
En
2002, suite à la médiation du Président Omar Bongo Ondimba qui a débouché
à la signature des accords de paix avec le régime MPS à Libreville,
Mahamat Garfa se désolidarise de ses frères d’armes et renoue avec
la vieille habitude en rentrant au bercail. Cette défection ne décourage
pourtant pas outre mesure le capitaine Mahamat-Nour et ceux qui sont
restés fidèles à lui. Devant ces circonstances discordantes, l’ANR
se disloque. Un groupe de « Refus au ralliement à Déby »
se constitue autour de lui. Les activités du groupe vont connaître un
net ralentissement puis se mettent en veilleuse. Mais elles ne s’éteignent
pas pour autant.
Le
capitaine Mahamat-Nour Abdelkérim se reconvertit dans les affaires. Il
s’investit dans le secteur pétrolier à Khartoum. Ses activités
commerciales vont lui permettre de se frayer des ramifications diverses
dans le monde des affaires. Il parvient à se faire fortune dans ce
secteur qui lui réussit fort bien. Par la suite, il ne va pas tarder à
renouer avec le port du treillis. Peu connu des Tchadiens, cet officier
âgé de 35 ans arrive à se faire très vite une notoriété. Formé en
France puis en partie au Sénégal, ses perspectives ne passent pas
inaperçues. Par conséquent, il dénombre beaucoup d’amis issus de
nationalités diverses qui, à en croire ses proches, le soutiennent
moralement voire matériellement dans son « combat pour
l’instauration d’un Etat de droit au Tchad ».
Fin
2003, le capitaine Mahamat-Nour va reprendre les choses en main. Il
parvient à réunir les éléments disparates autour des siens afin de
les coordonner par ses moyens propres dans un no man’s land aux
confins du Tchad et du Soudan. Il multiplie les contacts avec quasiment
toutes les tendances dissidentes au régime d’Idriss Déby. Il
restructure son état-major autour de trois guerriers redoutables qui,
aux dires de leurs amis, ne reculent devant rien et attendent
impatiemment le feu vert pour lancer une offensive de grande envergure.
Cet état-major a pour principaux piliers l’audacieux Béchir Hamdan
(chef d’Etat-major), l’intrépide Abdallah Gogue (Commandant des opérations)
et l’ingénieur en informatique Ismaïl Idriss (Chargé de la
logistique).
« Le
pouvoir MPS n’est qu’un rempart qui entoure une ethnie et qui sert
un homme. Ce n’est pas ce système odieux avec ses pratiques d’un
autre âge que les Tchadiens ont besoin », fait remarquer
Mahamat-Nour. « Notre mouvement est un portail ouvert à tous les
Tchadiens sans aucune distinction. Comme vous le constatez, toutes les
couches sociales du pays se trouvent au sein de notre mouvement. Notre
mouvement est un creuset national au sein duquel tous les tchadiens épris
d’un changement au Tchad sont les bienvenus. A travers vous, nous
appelons toute la jeunesse tchadienne à se joindre à notre cause. Nous
nous battons pour une cause juste et nous le faisons pour le bien de
tous les Tchadiens sans distinction d’ethnie, de sexe ou de religion.
Il est temps pour que la jeunesse tchadienne prenne ses responsabilités
en main », laisse entendre avec engouement le jeune capitaine.
A
la question de savoir s’il ne va être tenté un jour de
changer d’avis pour oser transformer ce mouvement en
politico-militaire ou en un Parti politique, le chef des « forces
sans nom », abhorrant ce comportement abominable, rétorque en
arguant : «Que Dieu nous anéantisse avant qu’on y arrive, si
notre intention est de faire de la politique ou de chercher à prendre
le pouvoir et privilégier une ethnie au détriment des autres communautés
tchadiennes ».
« Nous
voulons que les Tchadiens sachent dores et déjà que nous avons des
principes très clairs et précis. Pour nous, l’armée doit rester
neutre. Elle n’est ni électrice ni éligible. Nous avons une mission
à accomplir : chasser la dictature et rétablir la légalité et
l’Etat de droit au Tchad. Une fois ce régime chassé du pouvoir, nous
organiserons des élections dignes de ce nom, des élections libres et
transparentes. Après la transition, l’armée va regagner les casernes
pour se contenter de jouer le rôle qui est dévolu à toute armée véritablement
nationale, c’est-à-dire la protection du territoire national, donc de
la Nation. C’est ce qui s’est passé dans d’autres pays où les
dictatures ont incité les peuples aux révoltes, et c’est ce qui doit
se passer bientôt au Tchad, incha Allah ! » poursuit-il d’un
air entrecoupé d’un soupir de soulagement.
S’inspirant
des exemples de chefs de guerre charismatiques qui ont marqué
l’histoire récente du continent, à l’exemple de Josef Kaberebé
(Commandant en chef des forces armées rwandaises) qui a mis en déconfiture
les forces armées zaïroises de Mobutu en un laps de temps assez court,
ce protagoniste se voit investi du devoir de rendre aux Tchadiens ce que
le régime actuel de N’djamena leur a dérobé. Au sein des forces qui
composent le mouvement qu’il dirige, il vante souvent la prouesse des
jeunes prodiges dont les actions salvatrices ont renversé en un temps
record les dictatures les plus féroces en Afrique.
Selon
de sources biens informées, le mouvement que dirige le capitaine
Mahamat-Nour aurait des sympathisants jusque dans les milieux haut gradés
de l’Armée Nationale Tchadienne à N’djamena. Ceux-la laisseraient
entendre qu’en cas d’attaque des « forces sans nom »,
ils vont battre simplement en retraite. Il faut se souvenir du scénario
déjà vécu en 1990. Lorsque les forces gouvernementales du régime précédent
dénommées Forces Armées Nationales Tchadiennes (FANT) étaient
envoyées à Abéché combattre les « assaillants »,
celles-ci, le syndrome de Stockholm agissant, avaient bonnement choisi
soit de ranger leurs armes soit de rallier le camp ennemi. Ce qui
explique très bien que les forces du MPS aient fait leur entrée
triomphale à N’djamena sans aucune résistance donc sans combat. Les
Tchadiens vont-ils être les spectateurs d’une répétition de
l’histoire chez eux ? Rien n’est moins sûr.
Il
n’est pas incommode de dire, à l’heure qu’il est, que le régime
du Président Déby semble traverser un moment assez délicat depuis
l’avènement de son arrivée au pouvoir. Contrairement aux principales
figures de l’opposition en exile qui ont opté pour les « balles
vocales » pour lutter contre les dérives du pouvoir depuis l’Etranger,
d’autres ont préféré mener le combat à balles réelles et sur le
territoire national, afin de chercher à le débusquer. Parmi ceux-ci
figure l’UDL (Union pour la Démocratie et les Libertés) de Ousman Al
Fal Issa - qui a fait partie prenante de la Conférence de
l’opposition en mars dernier à Paris. Il coordonne une coalition de
six tendances regroupées sous le sigle cité ci-haut. On peut énumérer
entres autres mouvements armés, le Conseil Démocratique Révolutionnaire
(CDR) de Ali Ahmat Akhbach ; Le Mouvement pour la Réforme (MR) De
Abdallah Ramadan ; Le Front National du Tchad pour les Libertés et
l’Unité (FNT/LU) de Mahamat Adoum ; Le Mouvement National
pour le Redressement (MNR) de Hamid Ousman ; Le Frolinat-Volcan de
Abdallah Djidey ; Le Front National Démocratique du Tchad (FNDT)
de Hassan Al Djinedi…
Rien
ne permet d’affirmer avec certitude que l’Armée Nationale
Tchadienne dont les hypothétiques états généraux viennent confusément
d’avoir lieu soit de taille à résister face à une offensive généralisée
des forces actuellement en faction dans l’Est.
Par ailleurs, il n’en reste pas moins sûr que si le capitaine
Mahamat-Nour Abdelkérim affiche clairement ses intentions à ne pas
faire de la politique ou à ne pas vouloir prendre le pouvoir pour le
pouvoir, les politico-militaires ne voient pas tous, eux, les choses
comme lui. La douzaine des politico-militaires et le mouvement
puissamment armé et discipliné du jeune capitaine constituent en fait
un arsenal non négligeable pour empêcher à dormir le Président du
Tchad, Monsieur Idriss Déby.
Cependant,
les forces apolitiques et les diverses tendances politico-militaires
arriveront-ils à transcender les turpitudes
qui poussent à la tentation de la chasse aux intérêts égoïstes et
coordonner leurs actions sous un étendard unique pour délivrer un
Tchad exsangue qui est à la recherche de son Amadou Toumani Touré, de
son Abdul Salam Aboubakar ou encore de son Ibrahim Mallam Wanké ?
Les paisibles citoyens qui n’ont connu jusque-là que les méfaits dus
aux amateurismes des fameux politiciens ne tarderont pas à être fixés.
Serait-ce
que, à rebours des résolutions de la Conférence de l’opposition de
Paris qui appellent à une trêve générale afin de donner une ultime
chance à la paix, les politico-militaires et surtout les forces
apolitiques (celles de Mahamat-Nour Abdelkérim) brûlent les étapes et
créent le changement tant attendu au Tchad ?
Mohamed
KEBIR, correspondant permanent
De
Radio DJA FM et de Ialtchad-Presse à Paris
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