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Dossier
droit de l'Homme |
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VIOLATIONS
DES DROITS DE L’HOMME
AU TCHAD : SITUATION
2003 |
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Par
Droits de l'Homme Sans Frontière (DHSF)
Contact :
DEUZOUMBE
DANIEL PASSALET
BP : 4510 N’Djamena Tchad
Tel :
(235) 514359 / 294031 |
Avis
aux lecteurs
Droits
de l’Homme Sans Frontières (DHSF)
est une organisation laïque à but non lucratif.
Organisation
basée au Tchad, elle a été reconnue sous le folio n° 1082, année
2000 par le Gouvernement tchadien. Elle a pour objectifs la défense des
Droits de l’Homme, tels que énoncés par les instruments
internationaux, la promotion des Droits de l’Enfant et de la Femme y
compris les procédures internationales et de la démocratie.
Très
active ces dernières années, l’organisation dénonce les violations
des Droits de l’Homme où qu’elles se produisent à travers le
monde.
DHSF
travaille en réseau avec l’Organisation Mondiale Contre la Torture
(OMCT) et le Réseau des Organisations de Défense des Droits de l’Homme
tous deux basés à Genève et Casa Alianza à San José (Costa Rica).
Notre
Organisation est membre affiliée de l’Union Interafricaine des Droits
de l’Homme (UIDH) basée à Ouagadougou, Child NetWork Information
(CRIN) Londres, ECPAT (Thaïlande) et NGO Group basé à Genève.
Nous
remercions toutes les Organisations qui ont coopéré avec nous durant
l’année 2003 dans les échanges d’informations particulièrement
l’OMCT et le Réseau des défenseurs des droits de l’homme. Nous
leur assurons notre disponibilité pour un échange fructueux
d’informations et d’expériences pour la lutte commune contre les
violations des Droits de l’Homme pour l’année qui commence.
En
plus, nous remercions l’ensemble des médias tchadiens qui, dans la
limite de leurs possibilités, nous ont assurés un plein soutien dans
le travail de relais, indispensable à nos actions.
Nous
nous excusons auprès de tous les utilisateurs de ce rapport pour les
imperfections qu’ils auront à constater. Elles sont dues peut être
aux conditions dans lesquelles nous travaillons..
Notre
Organisation travaille avec des moyens très limités depuis trois ans déjà.
Toutes nos activités sont presque financées entièrement par la
cotisation de ses militants et les dons de nos sympathisants auxquels
nous adressons nos sincères remerciements.
INTRODUCTION
Le
Tchad, pays moins avancé avec une superficie de 1.284.000 Km² où
vivent un peu plus de 7 millions d’habitants qui parlent environ 118
langues se partageant trois principales religions à savoir :
l’animisme, le christianisme et l’islam.
Indépendant
politiquement depuis 1960, le Tchad reste toujours dépendant de
l’aide internationale, principalement de la France qui a toujours une
influence sur de grandes décisions.
Le
Tchad a traversé une période sombre de son histoire entre 1982 et 1990 ;
période au cours de laquelle une dictature inégalée a tué plus de
40000 tchadiens. L’actuel régime qui est la prolongation du précédent
a commencé en 1990 et semble tolérer en théorie la liberté
d’opinion et d’expression. Arrivé au moyen d’un coup d’Etat
avec l’appui de la France, ce régime a organisé 2 élections présidentielles
vivement contestées en 1996 et 2001.
Les
hommes du régime, voulant toujours s’éterniser au pouvoir, développent
les stratégies de répression et d’exclusion des autres citoyens.
Cela, par le biais du tribalisme, du régionalisme et même du
confessionnalisme.
Cette
situation, doublée par l’ignorance, le mépris et la méconnaissance
des valeurs humaines, ne favorise guère le respect des droits de l’Homme
malgré que le Tchad fait partie signataire de tous les principaux
instruments internationaux dans le domaine des Droits de l’Homme.
Au
plan purement politique, le parti au pouvoir occupe le tiers (3/4) de
l’Assemblée Nationale.
Au
Nord du pays, la population est obligée de soutenir le parti au
pouvoir. Les récalcitrants sont tués et/ou terrorisés.
Dans
l’Administration Publique, 95% des nominations sont faites dans les
rangs des gens, scolarisés ou non, proches du pouvoir militants du
parti au pouvoir. Cette situation crée une sorte de solidarité entre
les partisans du pouvoir au détriment du reste des citoyens oubliés
pour compte. Ce qui leur garantit une impunité quasi certaine.
L’armée,
la police et l’administration du territoire sont régionalisées et au
besoin tribalisées. C’est ainsi que les Commissaires de police, les
Commandants de brigade et les Sous/Préfets pillent, tuent, emprisonnent
et terrorisent les
populations tchadiennes sans aucun procès.
Beaucoup
des citoyens proches du pouvoir civiles et militaires confondus
disposent d’armes même de guerre sans aucune autorisation de port
d’armes.
La
justice est devenue un instrument de répression placé entre les seules
mains de l’exécutif. Plusieurs Magistrats qui ont voulu dire le droit
ont été tués, blessés et/ou humiliés.
Au
Tchad, le Procureur de la République qui devait déclencher d’office
l’action publique pour les cas qui nécessitent des arrestations et
des détentions n’a pratiquement pas le pouvoir nécessaire à cet
effet.
C’est
donc, dans ce contexte que les hommes des médias, les défenseurs des
droits de l’Homme, les leaders d’opinion disposent d’un espace
limité pour leurs actions.
Au
plan économique, les tchadiens vivent toujours dans l’extrême
pauvreté dans leur majorité face à une minorité d’hommes proches
du pouvoir qui s’enrichit tous les jours davantage et affiche partout
un luxe insolant.
C’est
donc, ce contexte décrit ci-dessus qui constitue un tremplin pour les
violations des droits de l’Homme au Tchad.
En
2003, la situation des Droits de l’Homme est restée caractérisée
par les expropriations, les exactions, les exécutions extrajudiciaires,
les arrestations et détentions arbitraires, les tortures, les enlèvements
d’enfants, la fusillade des condamnés à mort, les violences
scolaires et intercommunautaires, etc.
Les
cas des violations des droits de l’Homme que nous avons recensés dans
ce rapport sont ceux qui se sont perpétrés courant 2003 tant au Tchad
qu’à l’étranger. Ces cas ne sont pas exhaustifs mais sont ceux qui
ont retenu notre attention. Ils sont traités par thème pour ce qui
concerne le Tchad et par pays pour ce qui concerne l’étranger.
VIOLATIONS
DES DROITS DE L’HOMME AU TCHAD
I
– ASSASSINATS
A
- N’Djamena (Capitale du Tchad)
a) Le 23 août 2003, Etienne
Badari et Brahim ont été abattus par la Douane mobile alors qu’ils
traversaient le Chari en pirogue. Aucun des auteurs n’a été inquiété
malgré la protestation des familles des victimes.
b) Monsieur Brahim Néné,
boucher, a été assassiné le 09 avril 2003 par Moctar Kodbé à arme
à feu. L’auteur du meurtre est un policier en civil. Monsieur Brahim
a été tué après une altercation au sujet d’un reliquat.
c) Le 23 mai 2003, le juge de
paix Harou Nga Taki a été assassiné par 3 hommes armés. Monsieur
Harou T. est en fonction à Massakory, localité située à plus de 150
Km de N’Djamena et est venu à N’Djamena pour sa situation
administrative. Il a reçu plusieurs balles à la tête et à
l’omoplate.
d) Le 18 août 2003 à Walia,
un quartier de N’Djamena, Monsieur Hissein Adam, boutiquier, a été
tué par des brigands à 22heures.
Les
brigands armés de couteaux et de pistolets ont grièvement blessé leur
victime au flanc droit et l’ont laissée et se sont enfui avec
l’argent et d’autres biens appartenant à Hissein Adam. La victime a
succombé quelques heures plus tard à la suite de ses blessures à l’Hôpital
Général de Référence Nationale (HGRN) de N’Djamena.
e) Courant août 2003, Monsieur
Ali a été tué au quartier Amtoukoui. Son corps a été retrouvé à
la surface des eaux de pluies.
f) Le 07 août 2003, le corps
d’une femme, la trentaine à peine dépassée, a été découvert à
la surface des eaux du grand canal à côté de l’hôtel Aurora sis à
l’Avenue Mobutu. Son corps a été retrouvé en état de décomposition
très avancée et a été récupéré par la police.
g) Dans la nuit du 10 au 11 mai
2003 au quartier Abéna, un groupe de 4 personnes a assassiné à coups
de bâton un commerçant nommé Iram Abdelsalam. Iram Abdelsalam, la
soixantaine dépassée, a été agressé à son domicile vers minuit par
les brigands qui l’ont assassiné avant de partir.
h) Dans la même nuit, vers 3
heures du matin à Chagoua, près de FDAR, un jeune homme, la trentaine
environ dont l’identité n’a pas été revelée, a été tué par
des inconnus à coups de couteau. Son corps a été abandonné
jusqu’au matin et a été récupéré par la police du 7ème
Arrondissement de N’Djamena.
i) Le 25 septembre 2003 autour
du Ministère des Affaires Etrangères et de l’Intégration Africaine,
Acheick Ibn Oumar Youssouf, milliardaire soudanais, a été assassiné
sur ordre de Adouma Ali Ahmat, Conseiller Spécial du Président de la République.
j)
Acheick Ibn Oumar Youssouf a été abattu par Mahamat Issa, Abderamane
Hamid Haroun, Moubarack Bhakit alors qu’il sortait de son hôtel.
Acheick
est le Président du Conseil d’Administration de la Société Chad
Petroleum Company qui a soumissionné et gagné le marché de la
construction d’une mini raffinerie à Farcha (N’Djamena).
Le
commanditaire de sa mort, Monsieur Adouma a été aussi le Directeur Général
de Chad Petroleum Company et y a démissionné.
k) Le 02 septembre 2003,
Monsieur Ngaryedji Serge, 24 ans, employé à l’hôtel Novotel a été
assassiné à Moursal en pleine rue par un individu dont l’identité
n’a pas été révélée.
l) Courant septembre 2003, le
Colonel Hassan Togou a été tué dans son lit alors qu’il dormait.
Son épouse présumée être auteur de ce meurtre a utilisé l’arme de
la victime pour l’assassiner.
B
– Département de Dar Sila
Le
24 février 2003, l’Adjudant Madjibé Daoud a été assassiné par le
Capitaine Bhakit Narh, Commandant le 17ème bataillon de
TISSI.
La
victime, officier de transmission a été bastonnée par Bhakit alors
qu’elle assurait la permanence. Il lui a été reproché d’avoir
dans son bureau une bouteille de bière.
C
– Pala (Département du Mayo-Dallah)
Dans
la nuit du 05 au 06 mai 2003, Madame Nafissa Pabamé, mère de 2 enfants
a été assassinée à l’aide d’un couteau par son ex-époux,
Monsieur Oumarou.
Monsieur
Oumarou a répudié Nafissa Pabamé sur insistance de sa famille au
motif que celle-ci n’était pas membre de leur communauté. La victime
s’est remariée à peine que Oumarou l’a mortellement blessée au
bas-ventre. Elle a succombé le même jour à la suite de ses blessures.
D
– Département du Lac Iro
Le
02 mars 2003, Messieurs Mahamat Zen Markous, 27 ans et Adoum Brahim
Markous, 30 ans, tous 2 de la même famille ont été assassinés par
Alain le Fol et Vincent le Moine, tous 2 expatriés français vivant au
Tchad.
Les
victimes ont été fusillées dans la plaine de Hamraï près de Barh
Aouk au motif qu’elles n’ont pas très vite évacué leurs troupeaux
en vue de permettre à Alain et Vincent de continuer à faire la chasse.
Les
deux auteurs présumés ont été brièvement interpellés par la police
de Kyabé et ont été relâchés.
E
– Adré
Le
16 mai 2003, Monsieur Bamé Nedandi, Capitaine de la police, a été
assassiné par Mahamat Tindelti qui a été arrêté d’abord puis
s’est évadé.
Bamé
Nedandi est époux de 2 femmes et père de 13 enfants.
F
– Département de Ouara (violences scolaires)
A
Abéché, Abdelra Zick Alo Abdoulaye, élève en classe de 3ème
au Lycée Franco-Arabe d’Abéché a été égorgé dans son lit d’hôpital.
Un
garde malade, Hassane Oumar a, lui, reçu 32 coups de poignards. Il a été
transféré à N’Djamena, la Capitale, où il a succombé le 18 mai
2003 à la suite de ses blessures.
L’élève
Abdelra Zick a été blessé lors d’une bagarre contre ses
condisciples les 03 et 06 mai 2003.
Au
cours de cette bagarre rangée entre élèves, le 1er jour,
Abdelra Zick et son adversaire Yaya Hassane Djorobo ont été blessés.
Le lendemain, Hassane Djorobo, cousin du Chef d’Etat Major des Armées
a succombé à la suite de ses blessures. C’est ainsi que Abdoulaye
Kebir, Commandant Adjoint de la Région militaire Ouaddaï/Biltine et
plusieurs autres proches parents du Président de la République se sont
rendus à l’hôpital pour venger Yaya Hassane Djorobo en égorgeant
Abdelra Zick. Tous sont sortis de l’hôpital après leur forfait en
poussant des cris de joie. Aucune personne parmi ces présumés
assassins n’a été inquiétée.
G
– Fianga (Département de la Kabbia)
Le
06 juin 2003, Monsieur Mahamat Moussa, garde municipal, a été tué par
Docteur Souloukna Gualigué, Médecin chef du district de Fianga, assisté
de ses frères vivant avec lui.
La
victime entretenait contre le gré du père des relations amoureuses
avec la fille de Souloupna dont l’identité n’a pas été revelée.
H
– Bongor (Département du Mayo-Boneye)
Le
05 mai 2003, un jeune élève, Félix, 12 ans en classe de CM2, qui
assurait le transport à moto taxi a été tué par un individu qui a
fait semblant de solliciter son service. La victime est sortie de la
ville de Bongor vers Lama-Lama où elle a été mortellement poignardée.
L’agresseur a pris fuite avec sa moto.
I
– Moïto (Département de Dababa)
Le
samedi 18 janvier 2003, une bagarre rangée a éclaté entre les
boulalas (autochtones) et les krédas (allogènes) au sujet d’un point
d’eau.
Cette
bagarre rangée entre ces deux communautés a fait au moins 100 morts.
Les forces de sécurité stationnées dans la région seraient
intervenues du côté des krédas, proches du pouvoir en place au Tchad.
Ces forces ont réussi à désarmer les 2 parties.
Le
bilan des armes blanches et à feu récupérées se présente comme suit :
43
armes à feu tout calibres confondus ;
1520 sagaies ;
87 arcs ;
99 carquois ;
3000 flèches ;
103 couteaux ;
16 couteaux de jets ;
12 sabres ;
09 machettes ;
11 gourdins.
Notons
que les krédas, proches du pouvoir se sont fait toujours signaler dans
le pays par de nombreuses provocations des autochtones et ont toujours
été appuyés par les forces de sécurité (Léré 1995, Pala 2003,
Bongor 2001, etc.). Il n’y a pas eu de jugement pour cette affaire
mais juste la conciliation des parties.
J
- Canton Gouin (Département du Mayo-Dallah)
Dans
la nuit du 15 au 16 novembre 2003, trois malfaiteurs parmi lesquels
Djidda Djoli ont enlevé Sali Yadia et 2 bergers qui dormaient en pleine
brousse auprès des troupeaux.
Les
trois enfants ont été ligotés les mains dans le dos et ont été
menacés à mort. Les assaillants ont ordonné à Sali Yadia, fils du
propriétaire des bœufs de les conduire auprès de son père à Gouin.
Arrivés, Sali Yadia a alerté son père Yadia Pahimi par un cri. A sa
sortie, Monsieur Yadia a été abattu par les assaillants qui ont fait
usage de leur arme AKM qui est une arme de guerre.
Les
assaillants, dirigés par Djedda Djoli voulaient vraisemblablement
prendre de l’argent chez Yadia qui venait de vendre ses bœufs à
Abdelkerim Mahamat pour un peu plus de un million de francs CFA.
Dans
cette vente, Djidda Djoli, présumé co-auteur du crime, a joué le rôle
de courtier.
Djidda
Djoli a été arrêté sur plainte du frère cadet de la victime,
Officier dans l’Armée Nationale Tchadienne. Les autres personnes
impliquées ne sont pas retrouvées. Djidda Djoli a toujours refusé de
les dénoncer et l’arme qui a tué Yadia a disparu entre Gouin et la
Brigade de Pala, Chef lieu de la Préfecture.
II
– APPLICATION DE LA PEINE DE MORT
N’Djamena
Le
06 et le 09 novembre 2003, six (6) condamnés à mort ont été fusillés
publiquement au Camp des Martyrs. Les images de ces exécutions avaient
été diffusées sur les chaînes de la Télévision Nationale.
En
effet, le 25 septembre 2003, le Président de Chad Petroleum Company, député
du parti au pouvoir du Soudan, a été assassiné en pleine ville. A
partir de son chauffeur, la police a pu arrêter Adouma Ali Ahmat et ses
compagnons qui ont reconnu avoir assassiné Acheick Ibn Oumar Youssouf.
Ils ont été condamnés à mort le 25 octobre 2003.
Le
Gouvernement s’est fondé sur l’article 05 du Code pénal tchadien
qui dispose « Les condamnés à mort seront fusillés » pour
les exécuter. Les personnes exécutées sont :
Adouma
Ali Ahmat ;
Mahamat Hissein Issa ;
Abdéramane Hamid Haroun ;
Moubarack Bakhit ;
Mahamat Djidda ;
Alfadi Bichara.
Au
cours de ces exécutions, un tireur, le gendarme Neldé a été
mortellement blessé par balle et a succombé le même jour à la suite
de ses blessures.
Ce
même jour, Léon Tatoloum qui avait tué une religieuse en 2000 devait
lui aussi être exécuté mais a échappé grâce à la protestation des
prisonniers de la Maison d’arrêt. Néanmoins, le 09 novembre 2003,
soit 3 jours plus tard, Léon Talotoum a été exécuté.
Les
avocats-conseils de Adouma avaient protesté contre la rapidité et
l’obstruction des voies de recours exceptionnelles qui s’offraient
à leurs clients et le refus de la grâce présidentielle.
Adouma
et ses compagnons ont été exécutés alors que leurs avocats-conseils
avaient introduit un pourvoi en cassation de la décision de la Cour
criminelle. L’appel du jugement n’a pas pu surseoir aux exécutions.
Abéché (Département du Ouara)
Adoum
Mahamat Adoum qui avait assassiné son père, sa mère, sa sœur et un
gendarme qui était venu pour l’arrêter était condamné à mort en
1996. Depuis lors, il était en prison et avait été exécuté
publiquement à Abéché le 06 novembre 2003.
Le
Gouvernement tchadien a justifié ces exécutions publiques des condamnés
par le climat d’insécurité au Tchad et le souci de restaurer
l’ordre et la sécurité.
III
– EXECUTIONS SOMMAIRES
Moundou :
Le
28 décembre 2003 à 19heures, un groupe de malfrats a arrêté les véhicules
des voyageurs à 7 Km de Koutou, localité située à l’entrée de la
ville de Moundou. Tous les voyageurs ont été dévalisés.
Informée,
la Brigade de gendarmerie de Moundou a poursuivi ces malfrats et a réussi
a abattre quatre (4) entre eux et a récupéré cinq (5) armes de
guerre.
IV
– TORTURES ET AUTRES TRAITEMENTS CRUELS, INHUMAINS ET DEGRADANTS
Lagon (Département du Lac Léré)
1er
trimestre 2003, Monsieur Zoumnoné André a été arrêté par le
Sous/Préfet de Lagon, Monsieur Kornan Beyalbaye sur suggestion du Chef
de canton de Guelo, Monsieur Drapeau Payangfou.
Monsieur
Zoumnoné a été passé plusieurs fois à tabac avant d’être enchaîné.
Il a passé un peu plus d’un mois à la Sous/Préfecture de Lagon où
il était enchaîné. Il est reproché à la victime son opposition à
l’emplacement d’un marché hebdomadaire.
Canton Kimré (Département de la Tandjilé Est)
1er
trimestre 2003, Monsieur Mirgué Mako a été torturé sur ordre de
Monsieur Blane, Chef de canton Kimré. Mirgué a été obligé de boire
du sang humain.
Léré
(Département du Lac Léré)
Le
22 avril 2003, Madame Odette a d’abord ligoté sa nièce Noudjoum, âgée
de 8 ans puis lui a administré du piment dans les yeux et les parties
intimes avant de l’enfermer dans une chambre.
Les
cris de Noudjoum ont alerté le voisinage qui a fait appel à la Commune
et à la Gendarmerie pour défoncer la porte et enlever Noudjoum du
calvaire. Noudjoum est orpheline de mère et son père serait un sans
domicile fixé à Moundou, à plus de 200 Km.
Violences intercommunautaires
·
Moïssala
Le
08 décembre 2003, un conflit foncier a opposé Nassour Abakar (allogène)
à Jean Blagué (autochtone) au quartier Nord de Moïssala.
Ce
conflit entre deux personnes s’est dégénéré en bataille rangée
qui a fait 4 morts et plusieurs blessés.
Les
allogènes ont utilisé même des armes de guerre à cet effet.
· Mao
Dans
la nuit du 15 au 16 août 2003, une bagarre rangée a opposé les
habitants des villages Tchoulogouro I et II.
Bilan :
quatre (4) morts et sept (7) blessés.
·
Bongor (Mayo-Boneye)
Docteur
Deuzoumbé Djoret, ophtalmologue et Coordinateur du Programme National
de lutte contre la Cécité a été arrêté le 24 septembre 2003 sur
ordre du Préfet alors qu’il était en mission.
Docteur
Dézoumbé Djoret a été enlevé par une dizaine d’hommes en civil
mais armés. Ils l’ont pris et jeté dans une voiture où ils l’ont
torturé avant de l’amener plus tard à la Résidence du Préfet.
C’est ainsi qu’il a eu de nombreuses blessures aux bras et à la
figure.
La
victime est restée plusieurs jours sans pouvoir normalement manger ni
avaler de la salive tant qu’il avait été torturé surtout au cou.
Le
Préfet reproche au Docteur Dézoumbé sa prise de position par rapport
aux opérations ophtalmologiques faites par une caravane venue de l’Arabie
Saoudite.
V
– ARRESTATIONS, DETENTIONS ILLEGALES, EXPROPRIATIONS ET MAUVAIS
TRAITEMENTS
·
N’Djamena
Le
27 avril 2003, Monsieur Daoud Nekemdé, garde du corps du Premier
Ministre du Tchad a été arrêté et détenu pendant plus d’une
semaine dans les locaux des Renseignements Généraux à N’Djamena.
La
Primature qui a ordonné cette arrestation reproche à la victime ses
liens supposés avec les hommes de Ange Félix Patassé, ancien Président
de la République Centrafricaine, renversé le 15 mars 2003 par François
Bozizé avec l’appui présumé du Gouvernement tchadien et celui de la
France où Bozizé était en exil.
La
Primature aurait fait foi à un rapport anonyme faisant état de la
collaboration entre Daoud et les hommes de Ange Félix Patassé. Daoud
Nekemdé qui a été libéré sans jugement pense quant à lui que
c’est un complot monté contre lui par ses collègues.
·
Léré (Département du Lac Léré)
-
Le 05 juin 2003, Souley Wel Payangfou a été arrêté et fouetté
quotidiennement par la Brigade de gendarmerie de Léré où il a passé
14 jours. Il a été libéré sans jugement.
Monsieur
Yaya qui soumettait Souley Wel Payangfou aux coups de fouets lui
demandait de le reconnaître comme père géniteur avant qu’il ne
puisse être libéré. Ce qu’a toujours refusé la victime à qui on
impute le vol du gas-oil.
-
Le 22 juin 2003, à 21heures, Ahmed, Chef d’Antenne de l’ANS, Agence
Nationale de la Sécurité, un service secret, accompagné de deux
individus armés et enturbannés ont violé le domicile de Feta à
Teyang Beida.
Monsieur
Ahmed a envoyé 24heures plutôt Monsieur Tapawa pour demander à Feta
de lui vendre sa moto ; offre que Feta a refusé. Ainsi, sous la
menace d’arme à feu, les assaillants ont réussi à prendre la moto
de Feta acquise depuis 2000.
Le
lendemain, la victime a produit au Sous/Préfet de Léré, Monsieur
Mbodou, toutes les pièces afférentes à son engin. C’est ainsi que
le Sous/Préfet a appelé Monsieur Ahmed en lui demandant de vérifier
si les pièces présentées étaient celles de l’engin en sa
possession.
Monsieur
Ahmed, Chef d’Antenne de l’ANS, proche parent du Président de la République,
a confisqué la moto et les pièces qui lui ont été remises par le
Sous/Préfet.
Toutes
les démarches de la victime ont été soldées par un échec.
Cour
du Roi des Moundangs
-
Le 15 janvier 2003, Monsieur Bianzoumbé Padaré, élève en 2nde
au Lycée de Léré a été arrêté et détenu dans la prison privée
du Roi pendant trois mois. Il a été obligé de verser une somme
relativement importante avant d’avoir sa liberté.
Au
cours de sa détention, Monsieur Bianzoumbé a été soumis aux travaux
forcés, à la privation de nourriture et d’eau. Le Roi des Moundangs,
Sa Majesté Gontchombé III reproche à la victime le fait d’avoir défloré
Mateguelet Patalet qui lui avait été donnée en mariage alors
qu’elle était très jeune. Gardée chez ses parents en attendant l’âge
nubile, elle a eu des relations intimes avec Bianzoumbé tant qu’elle
n’aimait pas son union non consentante avec le Roi Gontchombé III.
-
Le 14 mai 2003, Tao Sobgongbé, conducteur d’une moto taxi (clando)
est entré en collusion avec Ouadoum, frère cadet du Roi des Moundangs
à bord de sa voiture Mercedes de couleur noire.
Le
clando man, Monsieur Tao Sobgongbé a vu sa moto de marque Suziki
endommagée et lui-même a eu quelques blessures. Un arrangement à
l’amiable a été fait entre les parties. Monsieur Tao s’est retrouvé
à l’hôpital où il y a passé un mois et 12 jours. Il a entièrement
pris en charge les réparations du rétroviseur de la voiture de Ouadoum
et ses frais médicaux.
Sorti
de l’hôpital, Ouadoum l’a remis en prison au motif qu’il n’est
pas passé le saluer le lendemain de l’accident.
Malgré
sa convalescence, Tao était obligé de couper chaque jour les foins
pour les chevaux et de faire d’autres travaux au bénéfice du Roi.
-
Eté 2003 : Monsieur Djonsoubo a été détenu dans la prison du
Roi pendant plus de 10 jours au motif qu’il n’a pas versé la dot à
son beau père.
ELHOU
(Département du Mayo-Dallah)
Le
24 janvier 2003, les cavaliers brigands armés à armes à feu, ont volé
4 bœufs aux habitants de Elhou. Ces malfaiteurs avaient été interceptés
à Grey, localité située à 35 Km de Pala. Les malfaiteurs ont pris
fuite et ont abandonné un cheval et d’autres objets de moindre
importance.
Le
25 janvier 2003, le Commandant de la Brigade de Recherche de Pala, à la
tête d’une trentaine d’hommes armés, arrivent à Grey. Le Chef
dudit village a été passé publiquement à tabac. Une fouille systématique
des domiciles des habitants de Grey a été organisée. Ce qui leur a
permis de piller ces habitants. Ces assaillants ont pris au domicile de
Zoutané Timothée une moto et une somme importante.
Plusieurs
habitants de Grey ont été détenus à Pala pendant plusieurs semaines
avant d’être libérés sans jugement.
N’Djamena
Le
24 mars 2003 : Caleb Bodang, Famargué Markous, Mahamat B. ont été
arrêtés et détenus dans les locaux des Renseignements Généraux situés
près de la Présidence de la République au bord du fleuve Chari.
Ils
y avaient été détenus un peu plus de 10 jours avant d’être transférés
au Commissariat de Police. Les victimes avaient été arrêtées au
motif qu’elles avaient conçu un faux plan cadastral.
Fin
mars 2003, une quarantaine de tchadiens réfugiés en Centrafrique
avaient été arrêtés et transférés à N’Djamena (Tchad) aussitôt
après le coup d’Etat réussi de François Bozizé, le 15 mars 2003.
Les victimes sont toutes proches du Mouvement politico-militaire FNTR et
de l’ANR. Les victimes ont été soumises à la violence grave et aux
mauvais traitements. Elles ont été gardées au Camp des Martyrs (Camp
militaire) à N’Djamena.
Parmi
les personnes détenues, il y a entre autres :
Abdel
Djamal ;
Annour Saboune ;
Ali Hassan Annour ;
Ahmat Annour Ousman (gravement malade) ;
Ahmat Ali Ousman ;
Etc.
Mbarlet
(Département Look-Chari)
Monsieur Malbou Maurice, père
de 3 enfants et son père Gawala Goulway, 70 ans, ont été arrêtés
sur ordre du Commandant de Brigade de la gendarmerie de Mbarlet. Les 2
victimes ont été détenues respectivement pendant 17 jours et 4 jours
et avaient été libérées après avoir pris l’engagement de verser
une somme de 300.000 FCFA au Commandant de brigade.
Le
24 mars 2003, Messieurs Malbou Maurice et son père Gawala avaient été
sommés de payer le montant restant au risque pour eux de retourner en
prison.
Après
ces menaces, le Commandant a donné l’ordre à ses éléments
d’attraper par force les troupeaux de bœufs de Gawala. Ce qui a obligé
Gawala de déménager ses troupeaux de bœufs vers des villages
lointains et lui-même s’était réfugié à N’Djamena, la Capitale.
Il
est reproché aux victimes d’avoir blessé le cheval de Monsieur Issa
qu’elles ont retrouvé dans leur champ de haricot.
Oum
Hadjer (Département du Batha Est)
Monsieur
Dahab Hissein, notable du village Adjob, père de 23 enfants et époux
de 4 femmes a été détenu à Ati, Chef lieu de la Région, sur ordre
du juge de paix pendant 52 jours sans jugement.
Ces
dernières années, Monsieur Dahab Hissein, 52 ans, a régulièrement été
arrêté et détenu au motif qu’il possède des armes de guerre.
Aucune
preuve n’a jamais été trouvée mais les autorités de la place
continuent à l’arrêter et le détenir chaque fois qu’elles le
souhaitent.
Bongor
(Département du Mayo-Boneye)
02
septembre 2003, Emeline Tchalkoutou, épouse de Jean Degueleou, a été
jugée et condamnée ensemble avec Koula pour adultère et tentative
d’avortement. Les deux sont transférés à la Maison d’arrêt de
Bongor où Emeline et son bébé de 10 mois purgent une peine
d’emprisonnement.
Elle
y avait été transférée quand son bébé avait moins de 10 mois.
Madame Emeline partagerait la cellule avec d’autres détenus hommes.
· Goz-Beida
Le
15 février 2003, le gendarme Dangbé K. en service à Goz-Beida a été
attaché poings et pieds liés dans le dos sur ordre de son Chef Abakar
Bokhit de la 10ème Promotion, bonus Abéché.
Monsieur
Dangbé K. a été ligoté et enchaîné pendant 10 jours. Monsieur Abakar
Bakhit reproche à la victime sa collaboration avec le juge de paix
et son refus de lui traduire la totalité du Code pénal tchadien
en arabe dialectal. Plus de 60% des Commandants de Brigade de la
gendarmerie du Tchad sont analphabètes et proches du pouvoir en place.
·
Fianga (Département de la Kabbia)
06
décembre 2003, dix (10) personnes présumées auteurs d’actes de
banditisme avaient été arrêtées et détenues sur dénonciation du
Chef de Canton Tikem.
Parmi
elles (les 10 personnes), deux Chefs de village de Sourkanou et de Matchédé.
L’un d’entre eux avait été libéré quand il a voulu éclabousser
le Chef de canton lui-même dans sa déclaration.
Les
neuf (9) autres ont été détenus sans jugement d’abord à Fianga
puis transférés à N’Djamena et sont détenus au PSIG. Il s’agit
de :
Djonkréo
Poulsala, 37 ans, père de 14 enfants ;
Blam Bernard, 53 ans, père
de 8 enfants ;
Galé Djouboudandi, 43 ans, père de 13 enfants ;
Abdoulaye Ardo Gertigal, 25 ans, père de 6 enfants ;
Djourbélé Mankréo, 44 ans, père de 9 enfants ;
Moudandi Gafkréo, 41 ans, père de 15 enfants ;
Youanga Kaotouin, 28 ans, père d’un enfant ;
Palébélé Kouyangkréo, 41 enfants, père de 9 enfants ;
Dangbé Taourou Daniel, 56 ans, père de 7 enfants ;
Djonkissam Kolandi, 39 ans, père de 22 enfants.
Les
parents des victimes sont harcelés et escroqués par le Chef de canton
de Tikem. Ils risquent d’être pillés.
VI
– VIOLENCES GRAVES
·
Massakory
-
Fin novembre 2003, Mahamat Bayé a été agressé à son domicile par 5
hommes armés qui ont réussi à s’enfuir avec une somme de 5.000.000
FCFA.
Mahamat
Bayé a été battu et a eu une fracture au bras droit.
Les
agresseurs ont été arrêtés par la suite et détenus à la Brigade de
la localité et avaient été libérés quelques jours sur intervention
du Préfet du Département de Dagana.
-
Le 02 septembre 2003, Monsieur Ahouansou Daniel, Professeur de
l’enseignement technique tchadien, d’origine béninoise, a été
battu par les éléments de la police du 6ème Arrondissement
de la ville de N’Djamena en patrouille, vers 20heures près de l’école
Belle vue.
Les
éléments de la police, après contrôle, avaient constaté la péremption
de l’assurance de la moto à bord de laquelle Monsieur Ahouansou était
venu vers eux.
Les
éléments de la police voulaient embarquer la moto et Ahouansou avait
refusé. Ce dernier a été battu par Abdoulaye Annour jusqu’à casser
le tibia droit de sa victime. Ahouansou a été transporté par les mêmes
éléments et l’ont abandonné à l’hôpital. La victime a porté
plainte au Tribunal de 1ère Instance de N’Djamena.
-
Le 05 avril 2003, Madame Touyoum Juliette, infirmière de garde à l’Hôpital
Général de Référence Nationale de N’Djamena, a été blessée à
coup de couteau par Monsieur Moubarack Dout Ago, proche parent du Président
de la République.
Monsieur
Moubarack a été brièvement interpellé par la police du 3ème
Arrondissement qui l’a relâché quelques minutes plus tard. Depuis ce
jour, l’agresseur est repassé chaque jour à l’hôpital pour
menacer le personnel hospitalier et chercher particulièrement Touyoum
Juliette, sa cible. Le comportement de Moubarack et le laxisme de l’Etat
ont provoqué la grève du personnel de santé pendant 2 jours.
L’agresseur
n’a jamais été jugé ni inquiété.
·
Mao
Le
18 août 2003, Monsieur El Hadji Moussa Koré a été agressé par le
Capitaine Moussa Hassan qui soupçonne la victime d’être un sorcier.
·
Berliang (Département du Lac Léré)
Le
23 mai 2003, quatre individus en civil ont dissimulé leur tenue et
leurs armes dans des sacs et ont intercepté les marchands à vélo.
Lesquels marchands ont refusé de se soumettre au contrôle des
douaniers en civil. Cette situation a causé un attroupement qui a dégénéré
surtout quand les supposés douaniers n’ont pas pu produire devant le
Chef du village de Berliang un ordre de mission. Cet attroupement a débouché
sur des scènes de violences au cours desquelles l’un des faux
douaniers a fait usage de son arme blessant grièvement un habitant de
Berliang. Les villageois se sont saisis d’un faux douanier et l’ont
passé à tabac et lui ont fracturé le pied. Les trois autres ont tiré
en l’air et ont réussi à s’enfuir.
Le
lendemain, sur ordre du Préfet, Monsieur Hamid Guerdi Mokou, proche du
Président de la République, deux Toyota équipées d’armes de guerre
avec des militaires, des policiers, des gardiens municipaux, des
douaniers, etc. ont envahi Berliang.
Le
Préfet, qui a donné l’ordre lui-même, s’est mis en tenue
militaire portant le grade de Capitaine, avait ordonné à ses éléments
de tirer sur les villageois.
Ainsi,
des tirs nourris des armes lourdes ont paniqué certains villageois qui
ont fui le village pour s’installer ailleurs alors que la saison des
pluies s’annonçait.
Le
déploiement des forces de 3ème catégorie (qui n’est
permise par la loi qu’en cas d’insurrection et après l’échec des
forces du premier degré) sur la population de Berliang s’est soldé
par l’arrestation de 5 personnes dont entre autres :
Chekané
Eloi ;
Chakfalbo Kakiang ;
Bebbourbé.
Tous
ont été fouettés et détenus pendant plus d’un mois à la Brigade
de gendarmerie. Ils ont eux-mêmes décidé de quitter la prison et de
rentrer chez eux. Depuis lors, les militaires sont revenus régulièrement
à Berliang pour les rattraper et d’autres villageois supposés
auteurs de la fracture du pied du douanier. Nos ont indiqué par la
suite que ces faux douaniers étaient des parents de certaines autorités
locales venus simplement en visite chez leurs parents. Un ordre de
mission leur aurait été délivré par ces mêmes autorités après les
violences de Berliang pour légaliser cette mission..
·
N’Djamena
Le 25 septembre 2003, Me Sobdibet Zoua,
Avocat-conseil du groupe des femmes victimes de la répression policière
du 21 juin 2001 devant l’Ambassade de France, a été agressé par
deux (2) individus à moto et en tenue militaire alors qu’il se
rendait à son Cabinet (les femmes sont allées pour rendre une motion
de protestation à l’Ambassadeur de France supposé cautionner les
fraudes massives constatées lors des élections présidentielles de
2001).
·
Gounou Gaya (Département de la Kabbia)
Le
08 mars 2003, Monsieur Abel Adapsia, Professeur au Lycée de Gounou Gaya,
prenait de la bouillie dans une sorte de restaurant de la place. Un
enfant dont l’identité n’a pas été révélée vient
cracher dans son assiette. Abel Adapsia le rattrape dans sa fuite
et lui aurait administré une correction. Les parents de l’enfant
parmi lesquels Alhadji Saleh, gestionnaire d’un moulin à mil ont
soulevé la communauté musulmane de Kélo et de Gounou Gaya contre les
autochtones. Le Commandant de Brigade de la gendarmerie a pris
activement part à cette bataille rangée qui a causé un important dégât
matériel et plusieurs blessés.
Le
Commandant a défié quiconque oserait informer N’Djamena à partir à
la radio transmission placée dans les locaux de la Brigade.
VII
– ATTAQUE CONTRE LE PERSONNEL
JUDICIAIRE
·
Abéché
En
octobre 2003, à Abéché (Nord du Tchad), le juge
d’instruction, Monsieur Ndjanriang a été blessé par neuf
coups de couteau par Hissein Abakar, justiciable. Le juge Ndjanriang
a été admis à l’hôpital d’Abéché avant d’être transféré
à N’Djamena (Capitale).
Cette
agression a provoqué une grève de 3 jours à l’appel du Syndicat des
Magistrats du Tchad.
·
Biltine
Le
30 novembre 2003, le Procureur de la République de Biltine, Monsieur Emmanuel
Deukembé a échappé à la mort.
Le
prisonnier, Habré Hemchi est sorti de la maison d’arrêt, muni
d’une kalachnikov a tiré à bout portant sur le Procureur alors
qu’il était à table avec ses convives. Tombé, il était donné pour
mort et son ami, le préposé de douane Noudjondé Béaloum a
voulu rattraper l’agresseur. Malheureusement, Hemchi l’a
mortellement blessé.
L’agresseur
a été désarmé par l’épouse du Procureur. Monsieur Emmanuel
Deukembé a reçu une balle à la clavicule alors que son ami Noudjondé
est mort sur place. Habré Hemchi a été arrêté.
Des
rumeurs persistantes proches des victimes font peser la responsabilité
de cette agression sur le Préfet de la localité. Un rapport
circonstancié a été fait dans ce sens par le Procureur de Biltine à
ses supérieurs hiérarchiques. Toutefois, aucune suite n’a été donnée.
VIII)
MENACES CONTRE LES DEFENSEURS DES DROITS DE L’HOMME
LERE
(Département du Lac LERE)
Le
19 août 2003, M. Deuzoumbé Daniel P. ; président de DHSF a fait
l’objet de sérieuses menaces de la part du Préfet du Département du
Lac Lere, M. Guerdi Moukou, proche du Président de la République. Le
préfet lui reproche la dénonciation par lettre contre les atrocités
des éléments des forces de l’ordre à Berliang en mai 2003 (cf page
17) du rapport. DHSF avait protesté contre ces violations graves des
droits de l’homme par une lettre adressée aux hautes autorités du
Tchad.
D’autres menaces viendraient aussi de la Cour du Roi Moundang
Koumra
( Departement MANDOUL)
Le
03 novembre 2003, M. Alkoua Madjiera, président d’une Association de
défense des droits de l’enfant basée à Koumra a fait lui aussi
l’objet de sérieuses menaces de la part du Commissaire de police de
la localité M. Mahamat Sokoye, membre de l’ethnie du Président de la
République. Le commissaire lui a donné l’ordre d’arrêter toutes
les dénonciations des actes des agents de l’Etat car,
a t-il ajouté l’Etat peut tout faire et personne ne peut
l’en empêcher. Au moment où M Alkoua était encore au Commissariat,
le commissaire a ordonné la flagellation des deux mineurs détenus illégalement
dans les locaux du commissariat.
IX–
ABANDON DE FOYER
N’Djamena
Madame
Maxime Djebegué, mère de 3 enfants nés de l’union avec
Madjitoloum Nguekigne, ancien député et étudiant en gynécologie obstétrique
au Bénin a été abandonnée depuis plus d’un an par son époux.
Madame
Maxime, locataire, a été mise dans la rue avec ses 3 enfants
pour neuf mois de loyer impayé.
Madame
Maxime a saisi le Tribunal qui a décidé par ordonnance de référé du
15 octobre 2003 une saisie sur salaire de son époux. Malgré cette
ordonnance, son époux est venu lui-même percevoir son salaire sans
penser ni à ses enfants dont l’aîné à 9 ans moins encore à leur mère.
X
DROIT DE L’ENFANT ET VIOL DES ENFANTS MINEURS
Many
(Département du Chari-Barguirmi)
Le
27 mai 2003, Guetering Néomie, 7 ans, a été violée par un homme de
20 ans. La victime a saigné pendant plusieurs jours avant d’être
transportée à l’hôpital de N’Djamena. Elle a passé plusieurs
semaines à la maternité où ses soins ont été pris en charge par une
ONG de la place. Guetering Néomie est d’une famille démunie. La
famille de la victime a porté plainte devant le Tribunal.
N’Djamena :
Le
23 septembre 2003, Mademoiselle Eliane, 16 ans, a été enlevée à 9h
30min dans un quartier périphérique de la ville.
Les
deux individus notamment Adoum Moussa et Flavien l’ont conduite dans
une concession abandonnée où ils vivaient et l’ont violée. Ils lui
ont promis la mort au cas où elle en informait ses parents. Malgré
cela, elle a informé ses parents qui ont porté plainte. Adoum Moussa a
reconnu devant la police avoir défloré Mademoiselle Eliane.
Le
27 septembre 2003, Mademoiselle Khadidja, 13 ans a été violée par
Malloum Alhadji Ali, 16 ans. La famille a porté plainte au Tribunal de
1ère Instance de N’Djamena.
En
avril 2003, Issa Idriss Mahamat, 12 ans a été enlevé au quartier
Ridina par des inconnus qui l’ont obligé à monter dans leur voiture.
La victime, selon sa déclaration, a été transportée à plus de 100
Km de N’Djamena où elle a rejoint d’autres enfants.
Issa
Idriss a déclaré que tous les enfants enlevés sont utilisés comme
mains d’œuvres dans un grand jardin. Tous travaillent sans repos et
sont très mal nourris. Ils n’ont que des boulettes qu’ils se
partagent. Les nuits, tous sont enchaînés sous des tentes pour éviter
des évasions. Idriss a réussi à s’évader et est rentré dans sa
famille.
Le
28 décembre 2003, une fillette âgée de 10 ans a été récupérée
par ses proches parents à N’Djamena, alors qu’elle était utilisée
comme travailleuse de maison chez Djiddi Mahamat Choukou.
Selon
la déclaration de la victime, Mademoiselle Zyebkalba Odette, Monsieur
Djiddji Mahamat Choukou habitait dans la même maison que son père,
douanier retraité à Léré. A son départ, il a demandé à venir à
N’Djamena avec elle. Ce que son père a accepté.
Arrivés
à N’Djamena, Monsieur Djiddi s’était installé avec toute sa
famille à Ngueli, un quartier accessible à tous et son père avait le
droit de visite chez eux.
Quelques
temps plus tard, Monsieur Djiddi Mahamat Choukou s’est installé dans
le quartier Nord de N’Djamena et Zyebkalba a été rebaptisée et a été
obligée de porter le nom de Rakhié.
Depuis
plus de deux ans, Mademoiselle Zyebkalba travaille jour et nuit sous
l’ordre direct de Choungoué, épouse de Djiddi Mahamat Choukou.
Toutes ses sorties sont contrôlées même pour verser les déchets ménagers
hors de la concession.
A
la date de notre rencontre, de nombreuses traces de blessures non encore
cicatrisées étaient perceptibles à son cou et sur sa poitrine.
Djiddi
et son épouse Choungoué s’apprêtaient à envoyer Mademoiselle
Zyebkalba chez leurs parents au Nord du Tchad où ses parents auront
plus jamais la chance de la retrouver et sera à vie utiliser comme
esclave.
Le
24 juin 2003, Ramatou Sadou, 11 ans et élève à l’école Paris-Congo,
a réussi à fuir de la maison familiale où elle subissait
quotidiennement, de la part de sa tante Christine, de graves actes de
torture.
La
victime travaillait depuis plusieurs années du matin au soir sans repos
et sa tante Christine la soumettait aux flagellations régulières aux câbles
électriques tissés sous forme de fouet qu’elle gardait soigneusement
chez sa voisine.
La
torture et autres traitements cruels et inhumains ont poussé Ramatou à
faire une fugue et a été retrouvée au marché de Moursal, un quartier
de N’Djamena, par les enfants de son âge qui l’ont recueillie.
Ramatou
Sadou avait de la peine pour s’asseoir à cause des plaies que
portaient ses fesses dues aux coups de fouets. Son corps et son visage
portent des traces des fouets cicatrisées et non cicatrisées qui sont
toujours restées perceptibles.
XI
– LIBERTE DE LA PRESSE
Le
paysage médiatique tchadien est constitué des journaux et radios privés
en plus de la radio et de la télévision de l’Etat.
La
pratique de la liberté de presse est surtout très difficile dans les
organes publics où ceux qui veulent l’exercer s’exposent à des
sanctions. Cette situation favorise toujours l’autocensure.
Les
journaux et radios privés sont des organes qui veulent mettre à profit
l’espace de liberté réservé. Cela, contre les menaces et
intimidations diverses et quotidiennes.
Ainsi,
le 21 octobre 2003, une radio associative ‘’FM Liberté’’ a été
fermée par le Ministre de la Sécurité Publique par intérim pour
semble-t-il « fonctionnement illégal et comportement déviant »
terme qui n’existe dans aucun Code tchadien.
Le
Ministre de la Communication a, malheureusement, appuyé cette fermeture
qui a duré un peu plus d’un mois.
Les
Associations fondatrices de cette radio ont saisi la Justice à cet
effet. Et la veille du verdict, le Ministre de la Sécurité Publique a
signé un autre arrêté pour rouvrir la radio. Le juge a donc rejeté
la requête en référé de FM Liberté comme étant sans objet.
Ces
mêmes Associations ont introduit une nouvelle requête au fond pour
demander des dommages et intérêts pour les préjudices subis.
C’est
la deuxième fois consécutive que cette radio a été fermée par le
Gouvernement en moins de deux ans (février 2002 et octobre 2003).
Notons
qu’au Tchad il y a le Haut Conseil de la Communication (HCC) chargé
de gérer de tels conflits. Cet organe créé par la Loi a été ignoré
par le Gouvernement.
XIV
– VIOLATION DE LA CONSTITUTION
Le Président
de la République, par décret n° 428 du 16 octobre 2003, a révoqué
Monsieur BACTCHIRET, Président de la Cour Suprême alors que conformément
à l’article 159 de la Constitution, Monsieur BACTCHIRET devait rester
en fonction jusqu’à l’admission à la retraite ou en cas de délits
et crimes, cas de démission ou d’empêchement définitif.
Monsieur
BACTCHIRET a été nommé Conseiller Spécial à la Présidence de la République.
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