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Dossier |
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Dossier: Les
Tchadiens du Cameroun 2e partie
«
Ils sont entreprenants »
Par
Bétoubam Mbaïnaye
Article
paru le 16 février 2004 - Ialtchad
Presse |
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«
Ils sont entreprenants »
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Le
paysage uniforme se propage à perte de vue. De par et d’autre de la
route qui part de Yaoundé à Mbalmayo, au Sud du Cameroun, des hauts
arbres s’étendent à l’infini. Au bout d’un virage, à quelques 3
kilomètres après la sortie de la capitale, se point soudain un
étrange baraquement construit avec de vieilles planches récemment
noircies à l’huile de vidange et entouré d’un enclos de grillage
aussi vieilles que les tôles qui coiffent la construction.
Dans
ce hameau perdu au milieu de la forêt camerounaise, une dizaine
de jeunes tchadiens, « conscients de la misère dans laquelle ils
vivent et décidés à prendre en main leur destin »,
s’activent autour de 500 poulets de chair et 500 autres poules
pondeuses. Cette petite ferme avicole, qui attire du matin au soir
une foule alléchée par la taille des poulets et des œufs, a
été créée dans le cadre d’un groupement d’initiative
commune dénommée GIC-SURVIE, aujourd’hui âgée de six mois.
Mais qui rencontre de succès à la mesure de l’engagement de
ses initiateurs.
Alyo
David, 34 ans et délégué du groupement, rappelle le processus
de création de la ferme : « Au départ, nous étions six
à nous réunir. Et nous avions tout d’abord envisagé ouvrir
une cabine publique de secrétariat informatique. Mais après
analyse, nous avons trouvé que l’informatique coûte trop
chère et ne pouvait pas rapporter. C’est ainsi qu’en août
2003, nous nous sommes rabattus sur l’élevage de poulets.
»
Fini
le gardiennage
Au nombre de 9
personnes aujourd’hui, les membres de GIC-SURVIE, faut-il le
rappeler, sont tous des réfugiés tchadiens sous mandat du
HCR/Cameroun. Parmi eux, on compte un maintenancier en
informatique, un infographe, un technicien supérieur en
agronomie, un licencié en gestion, un juriste, un secouriste, un
évangéliste, un hôtelier et un étudiant en géographie. Par le
passé, les uns et les autres gagnaient difficilement leur pain
quotidien en travaillant, soit comme gardiens de nuit, soit comme
précepteurs. Avec la mise en œuvre de leur micro-projet, la
situation des uns et des autres s’améliore. |
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A 28
ans, Dinaye Laurent, technicien du groupe, se sent désormais
permis de lever la tête et de regarder les étoiles du bon Dieu :
« Cette ferme représente énormément de travail pour le
groupe ; mais cela en vaut la peine que d’aller se faire
ridiculiser devant la maison des autres. Vous comprenez que nous,
membres du GIC-SURVIE, sommes venus de très loin. Pour ne pas
nous perdre, nous nous sommes décidés à nous serrer les coudes
pour mener à bien |
| le
micro-projet que vous voyez. Cela nous aide aujourd’hui à
prendre dignement soin de nos familles. » |
D’où est-ce que le groupe a trouvé du financement nécessaire
pour exécuter le micro-projet ? Mbaihingam Dénis, le trésorier
du groupement, répond : « Nous avons adressé plusieurs
demandes de financement aux Ong ; aucune ne nous a répondu. Mais
nous n’avons pas croisé les bras. Nous nous sommes battus, nous
avons consenti des sacrifices : chacun de nous a donné 40 mille F
CFA pour la réalisation du projet. » Alyo David, le
délégué du groupement, commente : « Il est vrai que
notre capital de départ est insignifiant, mais nous faisons la
politique de nos moyens. » |
« Nous ne rêvons
pas »
Décembre
2003, le 15 : le groupement GIC-SURVIE a été officiellement reconnu
par les autorités camerounaises ; tandis que les activités du
groupement prennent un coup d’accélérateur. Selon la feuille de
route du groupement, le micro-projet est monté pour une durée indéterminée.
Par année, le groupement envisage produire et commercialiser 3 mille
poulets de chair, 180 mille œufs et 5 cents poules pondeuses reformées.
Globalement, cette production pourrait rapporter une bagatelle de 8,5
millions F CFA par an, laquelle somme devrait servir à prendre en
charge une soixantaine de personnes. « Nous ne rêvons pas,
fait observer Madjamra Samuel, gestionnaire du groupement. Les
chiffres que nous avons ne sont que des prévisions et des estimations.
Je voudrais dire que tout peut changer d’un moment à l’autre.
C’est pourquoi, nous recherchons activement du financement pour
diversifier nos activités. Nous comptons surtout cultiver du maïs et
faire de la culture maraîchère. Pour cela, nous avons besoin de
l’argent. »
Le Capac
contre l’analphabétisme
Parallèlement
- et même bien avant -l’élevage des poulets et la perspective de la
culture du maïs, les membres de GIC-SURVIE, jamais à court d’idées
généreuses, faisaient la promotion de l’alphabétisation à
l’endroit des enfants tchadiens de Yaoundé, dont les parents manquent
de moyens nécessaires pour les inscrire dans les écoles publiques.
Cette activité se fait dans le cadre d’une autre association dénommée
Club d’action pour la promotion de l’alphabétisation au Cameroun (CAPAC).
Madjamra Samuel, coordinateur de l’association résume le parcours de
l’institution : « Le lancement du CAPAC remonte à 1996. à
l’époque, nous nous sommes rendus compte que la majorité des enfants
tchadiens à Yaoundé ne partaient pas à l’école parce que les
parents n’en avaient pas le moyen. Nous nous sommes alors dit qu’il
fallait faire quelque chose. Ainsi est né notre Club d’action pour la
promotion de l’alphabétisation. »
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Au
moment où vous lisez ces quelques lignes, plus de 6 cents enfants
tchadiens, centrafricains et même camerounais issus des parents démunis,
suivent gratuitement les cours dispensés par les 8 enseignants
volontaires du CAPAC. Ces 8 enseignants tiennent à eux seuls les
cours du primaire en classe de 3ème. Le comble est que toutes ces
classes se relaient dans une seule salle d’une église de
fortune perchée sur une colline au cœur du quartier Etoa-Méki
à Yaoundé. Pis, le CAPAC manque cruellement de matériels
didactiques, tandis que ses enseignants ne disposent d’aucune
notion de pédagogie. |
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Côté
programme d’enseignement, c’est tout aussi une navigation en
vue : tout ce qui est livre scolaire est utilisé, pourvu que le
niveau soit indiqué. Nératar Bruno, directeur des études de
l’école s’en explique : « Le Tchad a abandonné ces
enfants ; le Cameroun ne s’en soucie guère et nous, nous
n’avons pas de moyens pour oser quoi que ce soit. L’important
est que nous les avons récupérés et nous sommes contraints de
leur apprendre ce que nous avons sous la main. » |

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Pour l’année scolaire en cours, cependant, la direction de
CAPAC tente, malgré elle, d’ajuster son tir : « Dans les
classes intermédiaires, explique le directeur, nous essayons désormais
d’axer la formation sur le programme camerounais. Mais en 3ème,
nous nous orientations plus vers le programme tchadien, parce que
d’habitude, c’est au Tchad que nous envoyons les élèves
passer les examens du BEPC. » Toujours selon le
directeur, une cinquantaine d’élèves envoyés passer le BEPC
au Tchad est admise. Reste que cette année, les choses risquent
de se compliquer. Et pour cause ! Le propriétaire du terrain où
est construite l’église qui abrite l’école demande aux uns
et aux autres de déguerpir avant le 15 mars 2004. que faire ? « Nous
laçons un vibrant SOS aux bonnes volontés de nous aider à acquérir
un terrain et construire une salle qui nous appartiennent
», annonce pitoyable Madjamra le coordinateur de CAPAC.
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