|
Apparemment,
il a 40 ans révolus, mesure 1 mètre 95 pour 90 kilogrammes environ. Et
on l’appelle « Commandant Tchatcho » avec un point
d’exclamation à l’arrivée. A ce jour, il n’a ni domicile fixe,
ni conjointe, moins encore de progéniture. Mais littéralement, tout
Yaoundé le connaît, tout le monde parle de lui. Parce qu’il est à
la fois dans toutes les agences de voyage, dans tous les marchés, dans
tous les bars, dans tous les cabarets de Yaoundé…En 17 ans de vie
d’aventure à Yaoundé, Commandant Tchatcho ! défraie chaque jour la
chronique, inspire la terreur à tout le monde - en particulier à ses
compatriotes Tchadiens - et totalise à lui seul « 27 séjours en
prison » comme il aime à le clamer lui-même.
Ancien élément
de « Codo vert » - mouvement rebelle opérant dans le
Logone Oriental de 1983 à 1986, d’où son sobriquet de Comandant
Tchatcho (tchadien) - Djimrassengar Nicolas a quitté son Koumra natal
en 1987 pour s’installer à Yaoundé. Très vite, le jeune Tchadien va
avoir la maîtrise du Cameroun, dont il parle couramment une dizaine de
langues. Dès 1989, il constitua avec quatre autres jeunes tchadiens un
groupe qui a réuni une petite somme d’argent pour monter une cafétéria.
Mais l’entreprise n’aura duré que le temps d’une saison des
pluies, juste 4 mois et ce fut la catastrophe. Car les revenus générés
par la cafétéria de Commandant Tchatcho et compagnie étaient chaque
soir injectés dans l’alcool et les jupons. |
 |
|
Entre-temps,
Commandant Tchatcho et sa bande changent de fusil d’épaule, et
investirent dans les «affaires ». De jour, les copains
se faisaient voir dans les marchés de Yaoundé, vendant de la friperie.
De nuit, les « affairistes » se métamorphosaient en un
collège de Ninja, braquant et dépouillant les noctambules à travers
les quartiers de la capitale. Trois lieutenants de Commandant Tchatcho
ont fini par laisser leur peau dans ce brigandage, tandis que 9 de ses
affiliés restent aujourd’hui détenus à Kondengui, la prison
centrale de Yaoundé.
Mais Commandant Tchatcho, lui, ne désarme pas. De ses nombreuses entrées
et sorties de la prison, il tisse et ratisse large en relation avec les
forces de l’ordre et décuple sa capacité de nuisance. A la gare
voyageurs de Yaoundé, par exemple, il est devenu le collabo privilégié
des policiers et la bête noire de ses compatriotes. Un Tchadien débarque
du train ? Commandant Tchatcho le canalise directement au fond du filet
de la police. Commandant Tchatcho vous demande dare-dare 50 mille F CFA
et vous n’en avez pas ? La gendarmerie va inexorablement vous débusquer
le même jour et vous serez obligé de débourser deux fois plus, sinon
vous êtes foutu !… Dans les bars et cabarets, ComTchatcho et sa
bande, qui grandit chaque jour davantage, se gèrent en « règle
congolaise » ; c’est-à-dire, ils entrent un soir par exemple
dans un débit de boisson, « ils boivent jusqu’à l’aube, ils
cassent les bouteilles et ils ne payent rien ! » A la moindre
revendication du barman ou du tenancier, ComTchatcho ouvrent immédiatement
les hostilités où ni la police, ni la gendarmerie ne peuvent
intervenir…
Ainsi, de
jour en jour, la triste célébrité de Commandant Tchatcho monte, tout
en ternissant l’honneur de ses compatriotes. Curieusement, un bon
nombre de jeunes tchadiens, à travers les villes du Cameroun,
s’inscrivent de plus en plus à l’école de ce Judas des temps
nouveaux. Triste !
|