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  Dossier

GRAND REPORTAGE
Yorongar face aux journalistes

Par Lyadish Ahmed  -   Article paru le 13 mars 2008 - Ialtchad Presse


Yorongar face aux journalistes
Par Lyadish Ahmed 

La conférence de presse du député Yorongar Ngarléjy, impatiemment attendue, s’est finalement tenue le mardi 11 mars au centre d’accueil de la presse étrangère (CAPE – Maison de Radio France) à Paris. La stature imposante, habillé d’un costume sobre, la barbe poivre et sel, l’homme était à l’heure au rendez-vous. On s’attendait à voir un homme abattu, épuisé par l’horrible épreuve qu’il venait, selon lui, de subir ; on a affronté un homme politique sûr de lui, nullement éprouvé, 
physiquement solide, psychologiquement en forme et plus que jamais déterminé à en découdre avec son meilleur ennemi Idriss Déby. 

La petite salle du CAPE était en effet bourrée de journalistes de la presse internationale (AFP, Marchés Tropicaux, Grigri International, Jeune Afrique, etc.), des radios (France-Info, Europe1, RFI, France Culture) de la télé (TF1, France 2) ainsi que de la presse sur Internet (Ialtchad.com, Afrik.com, Alwihda International, etc.).

Outre les journalistes venus nombreux, une présence particulièrement remarquée est celle de l’épouse du journaliste Canadien, Guy-André Kieffer, porté disparu en 2004 en Côte d’Ivoire. Étaient également présents quelques ressortissants tchadiens vivant à Paris, venus écouter de vive voix le récit d’arrestation, de détention et de fuite que l’opposant Yorongar Ngarlejy avait déjà exposé dans le magazine Afrique Education du 1er mars 2008.

Les présentations faites, M. Yorongar s’était longuement appesanti sur les circonstances de son arrestation ainsi que les conditions de sa détention sans toutefois faire de nouvelles révélations. Se comparant comme d’habitude à un « cabri mort », le président du parti Far (Fédération Action pour la République) dit ne pas avoir peur de « couteau » et s’est montré en conséquence particulièrement virulent envers son intime ennemi Idriss Déby qu’il accuse de l’avoir pour « la 14e fois embastillé, battu, torturé et humilié ».

Sur le « flou » qui entoure les circonstances de son arrestation et celles de sa fuite

Interrogé par un journaliste sur le flou qui entoure « l’identité » de ses ravisseurs et celles de son arrestation tel qu’elles ont été décrites dans la presse, M. Yorongar a dit être sûr de l’appartenance de ses ravisseurs à la garde présidentielle parce que l’un d’eux ne cessait de crier « MPS ! MPS ! MPS » durant tout le trajet entre le domicile du député et le lieu de détention situé à Farcha. S’agissant des circonstances de son arrestation que les autorités tchadiennes nient, il s’est défendu de « simuler un enlèvement » parce qu’il n’en voyait pas l’utilité. Il déclare d’ailleurs qu’en sa qualité de juriste connaissant les subtilités de la procédure pénale, il attend que le ministre Ahmat Bâchir ne soit plus ministre pour déposer une plainte contre lui pour diffamation.

Son rapport avec les mouvements de la rébellion

À un journaliste qui lui a demandé de s’expliquer sur les accusations portées sur lui par les autorités de N’Djamena au sujet d’une possible collusion avec les rebelles, M. Yorongar a d’abord réfuté en bloc ces accusations avant de reconnaître qu’il entretient des rapports avec certains rebelles en particulier. « Je ne me cacherai pas pour dire que certains rebelles me téléphonent » a affirmé le député, précisant qu’en général ces coups de téléphone se limitaient à des « salamalecs ». Abderamane Khoulamallah et Abakar Tolimi lui envoient régulièrement des e-mails confirme-t-il. Comme pour se justifier, Yorongar déclare que : « je suis député de la République ; c’est normal que je sois en contact avec les rebelles ». Selon le député, les autorités de N’Djamena auraient eu connaissance de ses relations avec les rebelles grâce aux multiples écoutes téléphoniques dont il est l’objet. Il affirme être mis sur 6 tables d’écoutes, celles des quartiers Ridina, Goudji, Cent Fils, Farcha et celles de l’OCAM et de la Présidence.

Enfin, dans ses rapports avec les rebelles et en sa qualité d’opposant politique et de député, Monsieur Yorongar dit avoir été en contact avec Mahamat Nouri pour lui faire une « proposition de sortie de crise » sans aller jusqu’à lui apporter son soutien. À Patricia Alémonière de TF1 qui lui avait demandé quel regard porte-t-il sur la rébellion, le député Yorongar a répondu qu’il n’a aucun avis à donner tout en rappelant qu’il a pris depuis bien longtemps l’engagement de ne plus appuyer les rébellions. Mais, a-t-il rappelé, puisque Idriss Déby a maintes fois déclaré qu’il n’était pas venu au pouvoir par un « avion d’Air Afrique », il ne faut pas s’étonner que certaines personnes n’ont plus le choix que la voie des armes pour susciter l’alternance au pouvoir.

Sur le sort d’Ibni Oumar Mahamat Saleh

Interrogé Par Hervé Toutain de France Info sur ses affirmations à l’AFP quant à la mort probable de l’opposant Ibni Oumar Mahamat Saleh dont il prétend avoir été son codétenu, Monsieur Yorongar a réfuté en bloc les propos que « l’AFP chercherait à m’attribuer ». Prenant à témoin la journaliste de l’AFP avec qui il s’était entretenu au téléphone, Yorongar dit n’avoir jamais été affirmatif dans ses déclarations. Il s’est défendu d’avoir dit de façon péremptoire qu’« Ibni Oumar est mort », précisant qu’il avait toujours pris le soin d’employer le « conditionnel ». Il réaffirme cependant que vu l’état de l’opposant porté disparu, il serait probablement « soit dans un hôpital tenu secret, ce dont je doute, soit il est mort à moins d’un miracle ».

Sur la présence de l’armée française au Tchad

Ngarlejy Yorongar a également déclaré lors de cette conférence de presse que l’armée française au Tchad sert de « parapluie » à Idriss Déby. Selon lui, non seulement les éléments de l’Epervier combattent aux côtés du chef de l’Etat tchadien contre les rebelles, mais ils « combattent aussi les opposants démocratiques » s’est-il indigné.  Il dit qu’il n’est pas contre la présence de l’armée française au Tchad, mais souhaite « une présence militaire plus propre » au Tchad sans vraiment s’expliquer sur le terme « propre » qu’il a employé.

Sur l’affaire de l’Arche de Zoé et sur son éventuelle demande d’asile politique

Les journalistes n’ont pas manqué de lui demander son avis sur la grâce présidentielle qu’Idriss Déby a promis d’accorder avant la fin du mois de mars aux membres de l’Arche Zoé condamnés au Tchad à 8  ans de travaux forcés et transférés en France en décembre 2007 pour y purger leur peine uniforme transformée en 8 ans de prison ferme. À ce sujet, Monsieur Yorongar, rappelant une fois de plus qu’il est juriste, dit avoir du respect pour la Constitution. Il souligne que la grâce présidentielle est du domaine des pouvoirs discrétionnaires du chef de l’Etat que ce dernier peut en faire usage comme il l’entend. Le député Yorongar dit donc ne voir aucun inconvénient à ce que Déby gracie les membres de l’Arche de Zoé. Il s’est toutefois abstenu de se prononcer sur la question des condamnations financières que la France refuse d’acquitter en lieu et place des condamnés.

Enfin, M. Yorongar dit qu’il a encore 3 mois pour réfléchir quant à une éventuelle demande d’asile politique en France. Il promet néanmoins de rentrer au Tchad le moment venu « pour marquer Déby à la culotte ». On attend de voir.

Lyadish Ahmed
Envoyé Spécial
Ialtchad Presse


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