Supposée
être le reflet de l’histoire de sa société, l’administration
publique tchadienne fortement influencée par le modèle français,
connaît malheureusement un déficit depuis fort longtemps. Son
inadaptation aux réalités socio-culturelles et aux nombreux
changements mondiaux en matière de gestion publique est à n’en
point douter, un frein au développement de la société tchadienne.
L’avènement
du Tchad à l’ère pétrolière suscite déjà beaucoup d’espoir
et d’enthousiasme au sein de la population tchadienne, déjà
amoindrie par l’anarchie politique. Mais avec une administration
quasi inexistante et presque à la remorque des plus nantis, il y a
lieu de se demander si cet espoir n’est pas que dessin chimérique.
Il en est de même pour le collège de contrôle qui aura toutes les
misères du monde pour remplir sa mission.
En
effet, la population tchadienne compte aujourd’hui sur les revenus
du pétrole afin d’avoir accès aux biens de première nécessité
et à un changement surtout dans le contexte social où
d’importantes études comparatives ont montrées qu’elle est
l’une des populations la plus pauvre de l’Afrique.
L’administration
publique tchadienne faisant face au libéralisme politique et ses
corollaires des libertés individuelles connaît un déséquilibre qui
se traduit par le manque de volonté, le clientélisme, la corruption
et la résignation.
Est
ce que ce déséquilibre administratif est dû à un pouvoir fortement
centralisé ou simplement à
un pouvoir très dirigiste ? La question reste donc posée.
En
1998, on avait assisté à une tentative de reforme de
l’administration dans le but de lui donner sa place sinon de lui
rendre ses lettres de noblesse. La cellule technique chargée du suivi
de la mise en œuvre de la reforme de l’administration publique
(CESRAP) créée en décembre 1998, rattachée auprès du ministère
de la fonction, du travail, de la promotion de l’emploi et de la
modernisation était supposée apporter des solutions aux maux dont
souffre l’administration publique tchadienne.
Cette
cellule technique, scindée à deux étapes, était composée du comité
de pilotage et de la commission technique interministérielle chargée
de la reforme, avait fait des recommandations. Malheureusement,
ces recommandations n’ont pas été convenablement mises en
pratique. En effet, l’échec de cette reforme ne nous surprend guère,
car sa démarche laissait pressentir déjà un doute quant à
l’absence d’une réelle évaluation endoformative
et récapitulative qui, à notre sens, est une étape très
importante dans un pareil processus.
Le
temps nous a vite rattrapé et nous constatons malheureusement que les
recommandations qui ont été faites sont restées muettes jusqu’à
date. Et nous continuons à payer
fort le fruit de notre mauvaise gouvernance. La manne pétrolière
n’est pas en reste de cette mauvaise gouvernance. La preuve, un
premier versement de 6,5 millions de dollars porté le 24 novembre sur
un compte offshore du gouvernement tchadien, risque fort d’être mal
géré simplement parce que notre administration n’est pas
suffisamment organisée et responsable. En effet, comme dans bien
d’autres cas, ce n’est pas un problème de ressources, mais plutôt
un problème d’utilisation (savoir-faire) de ressources qui fait défaut
dans notre pays.
Le
collège de contrôle et de surveillance des ressources pétrolières
(CCSRP) n’aura pas la tâche facile, car il est confronté à une
administration pléthorique et en grande partie très bureaucratisée
avec toutes les conséquences que cela comporte. Or, pour que le Tchad
sorte de sa léthargie actuelle et s’oriente davantage vers une
bonne gouvernance, nous pensons qu’il devrait remplir un certain
nombre de conditions préalables, à savoir : l’État de droit, la démocratie
et par conséquent, une administration impartiale et compétente. Si
ces préalables ne sont pas remplis, il serait très difficile au collège
de contrôle d’assurer une bonne opération. Les conditions paraîtront
peut être trop exigeantes, mais elles sont indispensables, voire sine
quoi non.
Il
faut admettre que pour un pays comme le Tchad qui fait désormais
partie des pays producteurs de pétrole, il est qu’à même
indispensable de s’assurer d’une administration efficace et
transparente. Par ailleurs,
nous ne sommes pas pour autant pessimistes. Au contraire. Mais nous
pensons énergiquement qu’il est temps de réfléchir sérieusement
sur la question de notre administration publique. Pour ce faire, il
faut évidemment aussi tenir compte de notre culture politique qui se
veut un changement radical dans son ensemble. La culture politique
tchadienne doit évoluer avec son temps.
Les
revenues pétrolières devraient permettre au Tchad d’accélérer la
réalisation des objectifs du millénaire parmi lesquels la lutte
contre la pauvreté, la relance économique pour ne citer que ceux là.
Aussi, pour atteindre ces objectifs, il faudra plus de volonté
politique et de responsabilité dans le sens de la bonne gouvernance.
C’est là tout le grand défi
du collège qui est de s’assurer que les ressources seront utilisées
de manière efficace et
efficiente afin d’améliorer les conditions de vie de tous les
tchadiens. Surtout de
s’assurer aussi à ce qui n’y est pas une confusion entre la
bourse publique et la bourse du prince.
Finalement, nous
ne le dirons jamais assez, une bonne redistribution équitable et
efficiente des ressources économiques est quelque part conditionnée
par la présence d’une administration responsable et dynamique.