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  Editorial 

 
Et demain ialtchad...

Éditorial du 02 février 2004
 « Darfour : Et s’il y avait une main tchadienne! »
Par Bakary Mana Bello

Grands débats, enjeux de société, voici les sujets traités 
en éditorial sur Ialtchad Presse


« Darfour : Et s’il y avait une main tchadienne! »

   La situation au Darfour est préoccupante. Elle est humainement catastrophique et politiquement déconcertante. L’Est tchadien est envahi, débordé par l’afflux massif des populations innocentes, victimes d’une guerre menée par deux mouvements : le Mouvement pour la justice et l’égalité (MJE) et le Mouvement de libération du Soudan (MLS). Ce conflit dont peut-être, les ramifications se trouvent au Palais rose a fait jusqu’à présent 3.000 morts et plus de 100.000 réfugiés. Plus grave encore, cette fâcherie porte tous les risques d’un débordement au Tchad avec des conséquences incalculables. Alors, y a t-il une main tchadienne ? Ou disons le brutalement, une main debyenne ? Si oui qu’est ce qui la motive ?

En effet, la guerre qui se déroule au Darfour est complexe. Pour les Tchadiens, cette région est le sanctuaire qui a vu naître et grandir presque toutes les rébellions tchadiennes. Du Frolinat, en passant par ses succédanés FAP, FAN, CDR, GUNT, le régime Habré et son rejeton, le MPS donc Deby. Ce dernier connaît bien ce terroir pour avoir été hier acteur à la conquête du pouvoir; et surtout d’avoir réussi à partir de cette contrée à se hisser à la Magistrature Suprême. Une fois président, Deby s’en méfie. Parce que cette zone à pour habitude d’être hostile aux princes tchadiens. Les alliances y sont versatiles, fragiles et subtiles. Elles se noient et se dénoient au gré de la bourse du plus offrant ou du flair du plus habile. Sur ce patelin bâtir des alliances est un sport qui exige beaucoup d’acrobaties. Deby étant virtuose en la matière, il semble s’y plaire à merveille. Donc, il n’est pas exclu que ce drame porte sa signature ou sa caution. Objectif inavoué : mieux contrôler les pactes et les manœuvrer à son avantage. La main du Palais rose y ait t-elle ? Fort probablement oui!

Pour prouver le contraire, il faudra répondre aux interrogations suivantes : Qui fournit armes et matériels à cette rébellion ? Comment se ravitaille t-elle ? Où se trouve sa base arrière ? Le gouvernement soudanais affirme avoir bouté hors du Soudan cette rébellion. Où a t-elle trouvée refuge? Des questions-indices. Des questions-réponses. A chacun(e) sa réponse!

De ces interrogations qui précèdent, la thèse incriminant Deby et sa clique est donc soutenable. Elle serait motivée par un double objectif. D’une part forcer le régime soudanais à exercer un contrôle sur cette région afin de diminuer les chances de succès d’une éventuelle rébellion tchadienne; et d’autre part signifier à Khartoum que le protégé d’hier peut désormais être aussi le protecteur. Deby ne veut prendre aucun risque qui puisse mettre en péril son pouvoir. Après avoir chassé Ange F.Patassé au Sud, neutralisé Kadhafi et le MDJT au Nord, il fallait trouver un antidote à l’encombrant voisin de l’Est. Seule solution, fomenter et alimenter une rébellion de toutes pièces. Ainsi, le Soudan devra compter et composer avec lui, soit pour négocier avec cette rébellion, soit pour marchander son anéantissement. Deby jouera alors le rôle qu’il affectionne et maîtrise à la perfection. Celui du pyromane et du pompier.

Un autre indice, pas le moindre est le comportement ambigu des responsables tchadiens. Hier médiateurs bavards, aujourd’hui observateurs muets déployant en catimini quelque deux cent cinquante soldats tchadiens dans cette région. Pour y faire quoi ? Mystère! Car rien ne filtre pour l’instant. Mieux encore, ils sont devenus sourds même lorsque l’aviation soudanaise a bombardé jeudi 29 janvier la localité de Tiné-Tchad tuant deux civils tchadiens et blessant quinze autres. 48 heures de silence traduit l’inquiétude du régime tchadien face aux tournures des événements. La riposte soudanaise est trop forte et les conséquences sont lourdement ressenties à N’djamena.
Toutefois, après deux jours de silence, voici le béni-oui-oui ministre des affaires étrangères Nagoum Yamassoum montant au créneau et soutenant que les bombardements du 29 janvier dernier en territoire tchadien était un incident et non un acte délibéré. Comprennent qui vaudront bien comprendre. Sauf que la sortie n’est pas passée inaperçue; car, le chef de la diplomatie tchadienne tenu jusqu’à présent à l’écart des négociations refait surface! Connaît-il ce dossier ? Pas sûr! Il fallait dire quelque chose. Parler pour parler et Nagoum est tout désigné. Alors que s’était Abdramane Moussa qui était le médiateur.

Que le gouvernement tchadien se calfeutre quelques jours dans le silence n’est pas en soi étonnant lorsqu’on connaît ses agissements!  Mais ce qui est troublant, c’est le silence de l’opposition officielle et politico-militaire. Elle a manqué une fois de plus de jouer son rôle. Celui d’éclairer les Tchadiens sur la situation au Darfour et sur ses ramifications au Palais rose. Pourtant elle doit en savoir quelque chose, elle qui infeste notre quotidien par ses communiqués insipides et fantaisistes. Voilà qu’il y a un drame dont le Tchad n’est peut-être pas innocent mais elle ne trouve rien à dire. Personne à part le FNTR n’a osé dénoncer cette catastrophe et les possibles implications tchadiennes. Où sont passés les CAD, CNR, MDJT, FAR, PLD, UNDR, FUDP, CEMAP/dd, CEPAL etc. Ils parleront peut-être un bon matin. Trop tard, trop peu!        

Enfin, dans ce conflit, un retournement de situation contre le Palais rose n’est pas à exclure. Surtout si on réfléchit sur les supputations politico-ethniques qui ont marqué les pseudo-révolutions tchadiennes et les alliances de circonstance qui les ont conduit au pouvoir. Aussi paradoxale que cela puisse paraître, ces mêmes combines ont causé leur perte. C’est peut-être le début de la fin de ce régime en perdition avec la complicité des guerriers « Djin-djawid » (milice arabe soudanaise). Pourquoi pas! Et, ce régime apprendra tardivement qu’il n’est pas bon de traîner sa main partout. D’aller fouiner chez les autres, de leur créer des problèmes, de s’amuser avec la vie de leur pays après avoir immolé sur la place publique l’âme de sa propre patrie. Décidément ces écrues n’ont rien compris. Une main à l’Est est une main de trop!

Par Bakary Mana Bello

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