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  Focus-Akhbar

Focus-Akhbar:
« Bataille de N’djamena, la vérité »

Par Bello Mana Bakary
Article paru le 15 avril 2006 - Ialtchad Presse


« Bataille de N’djamena, la vérité »
Par Bello Mana Bakary


Les éléments du Front uni pour le changement (Fuc) de Mahamat Nour ont lancé leur offensive sur la capitale N’djamena le 12 et 13 avril 2006.  Les combats ont été d’une violence inouïe. Les rebelles ont été défaits. « Ce raid n’obéit à aucune règle stratégique militaire. C’est un suicide. N’djamena est devenu leur tombeau » a affirmé le président Deby Itno sur un ton victorieux ce même matin sur les ondes de nos confrères de RFI. N’djamena est donc sous contrôle gouvernemental.

Après les combats, c’est le temps des bilans. Le gouvernement a annoncé 370 morts du côté rebelle et une trentaine de morts de son côté. 160 rebelles du Fuc faits prisonniers et présentés aux médias (à la Place de l’indépendance) détenaient des pièces d’identités soudanaises. La majorité de ces prisonniers ne parle que l’arabe soudanais qui est un peu différent de celui parlé au Tchad. Par contre des sources humanitaires, évoquent plus de 250 blessés, parmi lesquels des civils, des militaires ainsi que quelques rebelles. Les rebelles, eux, n’ont pas encore donné de bilan. Aussi, le bilan de
l’attaque jeudi de la ville d'Adré, à 800 km à l'est de N'Djamena sur la frontière soudanaise a été donné par le ministre tchadien de la Défense, Bichara I. Djadallah: 150 morts, 200 blessés et 200 prisonniers dans les rangs du Fuc. « C'est fini, leur compte est déjà réglé » a laissé entendre ce dernier sur RFI.

La nuit de jeudi à vendredi était calme. N’djamena, la capitale tchadienne, a retrouvé son  visage habituel. Les autorités tchadiennes crient victoire depuis jeudi, la plupart des magasins ont rouvert, la circulation a repris mais la présence militaire est renforcée en ville, notamment autour de la présidence de la République. Question de sécurité nous dit-on.

Hier vendredi 14, le président Idriss Deby Itno est apparu en public « J’annonce la rupture unilatérale des relations avec le Soudan, qui continue d'armer des mercenaires contre le régime tchadien » a-t-il lancé devant plusieurs partisans. L’homme vient de traverser une énième tentative de renversement. Dans la même foulée, le gouvernement tchadien, par l’entremise de son ministre des Droits de l’Homme Abdramane Djasnabaye annonce la suspension de la production pétrolière, si d’ici  mardi 18 avril une solution n’est pas trouvée.  « La décision a été adoptée par le conseil des ministres. Nous fermerons notre robinet de pétrole le mardi 18 avril à midi (11h00 GMT) si on ne nous rend pas l'argent qui est bloqué par la Banque mondiale sur le compte de la Citibank à Londres", a déclaré Abderamane Djasnabaille. C’est dire combien les réflexes guerriers animent l’équipe gouvernementale en ces temps de tensions. Du même souffle, le ministre affirme aussi que cette décision n’a rien à avoir avec les événements  de ces derniers jours.

Ce samedi 15, le premier ministre tchadien Pascal Yaodimadji a annoncé devant un parterre des diplomates étrangers à N’djamena, l’expulsion en juin des quelques 200.000 réfugiés soudanais, en représailles au soutien présumé du Soudan à la rébellion du Fuc. Cet ultimatum a provoqué une sévère réplique des Etats-Unis, qui l'ont jugé « inacceptable ». « Nous appelons le gouvernement du Tchad à respecter ses engagements (...) pour fournir une protection à ces réfugiés » a déclaré le porte-parole du département d'Etat Sean McCormack.

Selon nos sources, l’attaque de N’djamena était sous la direction de Issa Moussa conseiller politique de Mahamat Nour, de Hassan Aljinedi, vice président du Fuc et de Ahmat Souleymane ancien commandant en chef du Mouvement pour la Démocratie et le Développement (MDD). Le but de la manœuvre était de faire diversion au Sud-est

pour que Mahamat Nour stationné à l’Est fonce sur les villes de Abéché, d’Adré et de Biltine et y établir sa base dans cette région qu’il croit lui être favorable. Cette conquête de la préfecture du Ouaddaï et de Biltine mènera inéluctablement, d’après les calculs des rebelles, à la chute rapide de N’djamena. Cette stratégie à visiblement mal fonctionné car le président Deby Itno, surnommé  le « renard du désert » pour sa ruse et sa stratégie sur les champs des combats n’a pas mordu à l’hameçon. Il a laissé l’offensive du Sud-est progresser pour en anéantir une partie à la porte de la capitale. Et une autre partie à l’intérieur de la ville. Entre-temps au front Est, le gros de sa troupe attendait les éléments du Fuc de pieds ferme. Fort de l’aide des renseignements et de l’appui logistique du dispositif Épervier, le président Deby Itno ne doutait point de sa victoire sur les deux fronts.

Selon des sources militaires, les rebelles sont tombés dans l’embuscade tendue à l’entrée de N’djamena, des consignes en haut lieu ont été donnés pour que les blessés graves soient purement et simplement achevés. La plupart des rebelles faits prisonniers sont des jeunes âgés entre 14 à 22 ans. Ils connaissent à peine les points stratégiques de la ville. Ceux des rebelles qui ont réussi à entrer en ville demandaient où se trouve la présidence de la république, la radio et la télévision nationale. Apparemment, ils n’avaient pas d’informations fiables sur la réalité du pouvoir. Ils ont cru aux informations qui veulent que Idriss Debt Itno est isolé et lâché par les siens. Alors que le président, en plus du soutien français, a réussi à mener une campagne auprès des Tchadiens comme quoi le pays est agressé. Cette campagne n’a pas convaincu au début mais depuis que les N’djamenois ont vu jeudi, de leur yeux des mercenaires soudanais faits prisonniers leur fierté a pris un coup.

Certes, la grande majorité des Tchadiens aspirent à un changement mais pas n’importe lequel. Et à n’importe quel prix. Surtout pas un changement dont les acteurs ne sont même pas des Tchadiens. Sur ce point, le président Deby Itno vient de marquer des points dans l’opinion publique tchadienne réfractaire à l’ingérence des pays voisins dans les affaires internes du pays. Le président tchadien quelque soit ses défauts est Tchadien soutiennent les N’djamenois. «  Deby au moins est des nôtres. Mais que des soudanais mettent à leur tête quelques Tchadiens et se lancent à la conquête du pouvoir est totalement inacceptable » affirme un cadre Tchadien qui veut garder l’anonymat. Toujours est-il que le président a sauvé la mise mais son pouvoir reste toujours fragile.

Selon des sources militaires loyalistes qui requièrent l’anonymat, cette victoire est due en grande partie à l’aide militaire française. Une aide ne s’explique par la défense des intérêts français. L’appui de la France est à la limite de l’engagement militaire auprès de Deby Itno. Sinon comment comprendre ces actions : coup de semonce d’un mirage F1 français sur les colonnes rebelles, multiples transports de

troupes loyalistes sur les front des combats, photographies des positions rebelles. Tout cela, au nom des accords militaires entre le Tchad et la France depuis 1976. Et pourtant, cette même aide au nom des mêmes accords a été refusée à l’ancien président tchadien Hissène Habré en décembre1990. En même temps que le tombeur du président déchu bénéficiait, lui, de l’appui français pour entrer triomphalement à N’djamena seize ans plutôt.
 

Pas plus tard que le vendredi 14 avril 2006, des soldats tchadiens ont été transportés  au Sud du pays par avions français, à la demande de l'armée nationale tchadienne (ANT) a-t-on appris auprès du ministère français de la Défense expliquant que « le soutien logistique accordé par la France au Tchad est lié par un accord de coopération militaire depuis 1976. » Cette demande s’explique aussi par le fait que les autorités tchadiennes veulent prévenir un possible offensif des forces rebelles dans la zone méridionale. À la demande du Tchad, le président centrafricain François Bozizé, arrivé au pouvoir grâce à l’aide du président tchadien et du parrainage français a fermé ses frontières avec le Soudan afin de ne plus permettre aux rebelles tchadiens de déstabiliser le Tchad. Pour François Bozizé  l’attaque de N’djamena est une agression perpétuée par le Soudan.

Les autorités françaises ne se gêneront pas à brandir les preuves de l’implication du Soudan et les accords militaires entre qui lient le Tchad et la France pour justifier leurs actions, en appui à l’Armée Nationale Tchadienne, contre le Fuc. D’ailleurs, Jacques Chirac, le président français a conseillé au président tchadien, de faire une demande de « saisine du Conseil de sécurité des Nations unies pour rappeler le refus des coups de force » affirme une source diplomatique onusienne. Déjà, le Conseil de sécurité et le secrétaire général de l'Onu, Kofi Annan, ont fermement condamné l'offensive du Fuc tout 

en appelant les gouvernements tchadien et soudanais à respecter les accords de Tripoli du 8 février dernier. Peut être que dans les jours prochains la discorde qui oppose les deux pays se transportera sur les tribunes des Nations unies ou de l’Union Africaine.

Bello Mana Bakary
Ialtchad Presse


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