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Focus-Akhbar |
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Focus-Akhbar:
«
Charlotterie
incognito »
Par
Bétoubam Mbaïnaye
Article
paru le 10 janvier 2004 - Ialtchad
Presse |
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«
Charlotterie
incognito »
Ce fut un carphernaüm dont seuls les politiques tchadiens ont le
secret. Et cela s’est passé le 18 décembre 2003 à N’Djaména ;
plus précisément au Palais du 15 Janvier, bastion de toutes les
pitreries nationales. Ce jour-là, l’Assemblée nationale devait se
prononcer sur la motion de censure contre le gouuvernement de Moussa
Faki Mahamat; motion introduite par un collectif de 23 députes de
l’opposition, sous la houlette de Saleh Kebzabo, président de l’Union
Nationale pour la Démocratie et le Renouveau (UNDR).
Deux
jours avant cette fameuse journée du 18 décembre déjà, les
observateurs de la scène politique tchadienne retenaient leur souffle.
Parce que la tension au sein du paysage politique national était bien
tendue. Du côté de l’opposition parlementaire surtout, la potence était
planté ; les glaives ont été émoussés ; et tout N’Djaména avait
pensé que les têtes allaient tomber. Ces branle-bas de combat,
curieusement, ont fini par un pur combat de poux. Et pour cause !
Sur
les 158 députés inscrits sur la liste du vote de la motion de censure,
le 18 décembre, 128 ont voté. Au nombre de ces derniers, 2
parlementaires seulement se sont prononcés pour la destitution de l’attelage
gouvernemental de Moussa Faki Mahamat. Où sont alors passés les 21
autres parlementaires de l’opposition qui avaient soutenu ladite
motion de censure? Pourquoi cette charlotterie qui s’apparente à une escroquerie
politique ?
Quelle
que soit la réponse à ces questions, il ,faut bien admettre que seule
une absolue ignorance – ou une mauvaise foi équivalente – pourrait
amener à conclure que Moussa Faki et sa bande de copains constituent
l’équipe de la situation, les accompagnateurs d’un changement
historique. Car rien, pas même l’exploitation du pétrole de Doba et
ses retombées, ne laissent sérieusement présager un réel changement,
sur fonds des carences d’un régime MPS. Lisez plutôt le diagnostic
du gouvernement Faki, tel que formulé par Kebzabo et compagnie dans
leur motion de censure :
« (…)
Malgré la
bonne disponibilité de l'Assemblée Nationale, force est
malheureusement de constater que l'action gouvernementale est un échec
total. Les engagements du Premier Ministre n'ont enregistré aucun succès
et ce, dans tous les domaines:
I-
Sur le plan politique
- Aucune initiative n'a été prise pour
une paix durable dans le pays;
- Le dialogue avec l'opposition démocratique est rompu;
- Les textes fondamentaux sont régulièrement violés: volonté affichée
de réviser la Constitution, violation des articles 159,183 et 186 de la
Constitution;
-
les atteintes et violations des libertés sont de plus en plus fréquentes,
atteignant le paroxysme avec la fermeture de la radio FM Liberté;
-
les affrontements intercommunautaires sont quasi quotidiens et les
conflits éleveurs -cultivateurs plus fréquents et meurtriers;
-
L'insécurité est générale dans tout le pays malgré, certains procès
expéditifs suivis d'exécutions sélectives de présumés criminels;
-
La réorganisation de l'Armée mainte fois proclamée ne connaît pas un
début d'exécution.
II
- Sur le plan financier et économique
-
La gestion financière catastrophique du pays est caractérisée par :
la gabegie, les dépenses non-ordonnancées, les réquisitions de fonds,
les détournements massifs dont les effets directs sont les retards
cumulés de paiements des salaires, des pensions de retraite et
des bourses d'étudiants, ainsi que l'apurement des dettes intérieures
et extérieures;
La
Cotontchad ne fait pas l'objet d'une attention soutenue du Gouvernement
et connaît une crise chronique qui rend de plus en plus incertain
l'avenir de la filière cotonnière et celui de près de la moitié de
la population qui vit directement ou indirectement du coton;
-
L'élevage ne fait l'objet d'aucune politique et les conditions de vie
des éleveurs sont de plus en plus précaires;
-
La STEE a englouti ces dernières années des dizaines de milliards de
francs sans aucune amélioration sur ses performances financières et
techniques;
-
Les scandales financiers à caractère mafieux sont devenus le lot
quotidien du Tchad: gestion opaque des fonds taiwanais, grands marchés
attribués sans le respect des normes, privatisations des sociétés d'Etat
par des méthodes douteuses, etc...
III-
Sur le plan socio-éducatif
-
Le SIDA connaît une progression vertigineuse sans que le Gouvernement
s'implique véritablement dans la lutte contre la pandémie;
-
Les efforts de ces dernières années pour endiguer la poliomyélite
sont un échec et remettent en cause la fiabilité de toutes les
vaccinations, notamment des enfants et des mères;
-
Les conditions socio-sanitaires du pays sont de plus en plus précaires
et les tchadiens n'ont plus accès aux soins de santé primaires;
-
Le système éducatif délabré n'offre plus aucune perspective aux
enfants qui fuient massivement l'école, faute d'option précise et de
moyens adéquats;
-
L'accès à l'enseignement supérieur sélectif laisse chaque année sur
le pavé des milliers de jeunes désemparés et la gestion de bourses
manque de transparence;
-
En matière de sport, le manque de politique sape les bonnes volontés
et décourage les talents qui existent.
La
liste serait trop longue, si on devait ajouter entre autres, nos
aventures guerrières dans la sous régions.
De
ce qui précède, nous affirmons que l'échec du Gouvernement est patent
et rien ne permet de penser qu'il est en mesure de s'améliorer. C'est
pour cette raison que nous invitons les députés à le censurer. »
Si en dépit de ce diagnostic désespérant, l’opposition
parlementaire a battu en retraite devant la motion de censure qu’elle
a elle-même initiée, il faut admettre que sur la scène politique
tchadienne, l’heure est désormais au déficit de vision, à la
carence politique à tous les bords. Plus grave: “l’opposition” de
l’opposition parlementaire n’aura été qu’un trompe-l'œil, un
abus de confiance populaire et, à la limite, une manœuvre hédoniste
derrière laquelle se cache la justification des prébendes que leur
distribue un régime irresponsable. C’est de la pseudo-opposition, de
la charlotterie incognito.
Par
Bétoubam Mbaïnaye
Ialtchad
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