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  Focus-Akhbar

Focus-Akhbar:
« Idriss Deby Itno, personnalité 2006 »

Par Bello Mana Bakary
Article paru le 2 janvier 2007 - Ialtchad Presse


« Idriss Deby Itno, personnalité 2006 »
Par Bello Mana Bakary


      2006 a été une année très dure pour le président Deby Itno. Harcelé par les rebelles, sous pression de la Banque Mondiale, boudé par son opposition, lâché par une partie de son clan, peu pariait alors sur sa survie politique. Celui qu’on surnomme « le renard du désert » revient de loin. Chronologie d’une année difficile.

Début janvier 2006, la rupture entre le président Deby Itno et la Banque Mondiale (BM) semblait presque consommée au sujet de la modification de la loi dite « 001 ». Un accord « modèle » pour les pays en voie de développement, signé en 1999. Rappelons, qu’en décembre 2005, sur ordre de la présidence, les députés tchadiens, à une écrasante majorité ont modifié cette fameuse loi. La nouvelle législation adoptée a supprimé les fonds destiné aux générations futures (10% de pétrodollars) et fait passer de 15% à 30% leur part utilisable sans le moindre contrôle. En réaction, la Banque mondiale suspend ses versements de prêts. Deby Itno persiste et signe en clamant que c’est une question de souveraineté. Fin janvier 2006, il est confronté à des mouvements rebelles. Il accuse alors le Soudan de vouloir déstabiliser son pays. Et soupçonne du coin de l’œil les pétrolières.

Février, un accord de paix est signé entre le Tchad et le Soudan à Tripoli. Cette entente permet de calmer momentanément les tensions entre les deux pays. La promesse de l’envoi d’une « force africaine » aux frontières de deux pays est accepté. Muhammar Khadafi, le Guide libyen joue le médiateur. Il ne veut pas d’une intervention onusienne au Darfour, le président soudanais Oumar El Béchir non plus. Deby Itno accepte le compromis mais se garde le droit de réclamer

cette intervention si le Soudan continue à soutenir les rebelles tchadiens. En sous-main, il soutient, lui aussi, les rebelles soudanais du Mouvement pour la Justice et l’Égalité (MJE) de Khalil Ibrahim.

Mi-mars, Deby Itno a chaud. Il déjoue de justesse une tentative de putsch. Les Forces françaises ont joué un rôle majeur dans l’échec de ce coup d’État en l’aidant à regagner N’Djamena dans un secret quasi-absolu, à la James Bond. Il a embarqué vers 18H00 (17H00 GMT) dans l’appareil du président congolais Denis Sassou Nguesso, laissant à Bata l’essentiel de sa délégation et même son épouse Hynda Deby Itno. Le lendemain, il signe un décret radiant des rangs de l'Armée nationale tchadienne (ANT) soixante-dix militaires dont plusieurs sont ses proches parents. Et pour cause, ils ont déserté pour rejoindre la rébellion des jumeaux Erdimi.

Avril, Le Front uni pour le changement (Fuc) du capitaine Mahamat Nour Abdelkerim, lance une offensive éclaire sur la capitale N'Djamena. Le Fuc est défait. Vingt quatre heures après, Deby Itno annonce la rupture des relations diplomatiques avec le Soudan, accusé une nouvelle fois de soutenir les rebelles. Après cette attaque, la capitale tchadienne retrouve vite ses réflexes habituels. Comme un défi, alors que les morts étaient encore chauds, le soldat Deby Itno annonce au micro de notre confrère Christophe Boisbouvier, journaliste à RFI, que le candidat Deby Itno fera campagne et qu’il n’est nullement question de reporter les élections présidentielles.

Mai, Deby Itno est réélu sans un vrai challenger pour un troisième mandat. Le Conseil constitutionnel tchadien confirme sa victoire mais le pourcentage est revu à la baisse. Le président sortant a finalement obtenu 64,67% des suffrages au premier tour de ce scrutin boycotté par l’opposition. Auparavant, la Commission électorale nationale indépendante (Céni) lui avait attribué 77,53% des voix.

Juin, la BM revient à des meilleurs sentiments. Un accord est finalement signé. Paul Wolfowitz, président de cette institution se félicite de cet accord sur la gestion et l’utilisation des revenus pétroliers. N’djamena exulte de joie. Car c’est un accord définitif. Deby Itno a les mains libres et peut gérer à sa guise la manne pétrolière. Dans la foulée, le pouvoir lance un forum de dialogue sans la société civile et l’opposition armée. L’opposition démocratique refuse de participer à ce qu’elle qualifie de « dialogue exclusif ». Le forum a eu lieu avec des partis politiques mineurs. Le résultat est sans grand impact.

Juillet, fort de son accord avec la BM, le président tchadien ordonne le départ immédiat de Chevron et Petronas, deux des trois sociétés étrangères qui exploitent le pétrole tchadien. La cause invoquée est le « non paiement de l’impôt sur les sociétés ».  En vérité, Deby Itno veut renégocier la Convention qui le lie à ce cartel et faire entrer le Tchad dans le consortium par le biais de la Société des hydrocarbures du Tchad (SHT). N’djamena affirme vouloir donner au Tchad un droit de regard dans l’exploitation du secteur pétrolier et augmenter ainsi la part de la rente qui revient à l'Etat tchadien.

Août, c’est les retrouvailles, après l’accord de Tripoli, entre les présidents tchadien Idriss Deby Itno et soudanais Omar el-Béchir lors d’un mini-soummet dans la capitale tchadienne, en marge de l’investiture du premier. C’est une initiative du président sénégalais Abdoulaye Wade court-circuité par le libyen Kadhafi. À la surprise de tous, les frères ennemis ont  réouvert  leurs ambassades respectives et leur frontière commune. Ils se sont promis de tout effacer et d’être copain comme avant. Mais personne n’y croit vraiment. Car la confiance n’y ait tout simplement pas.

Septembre, c’est une autre attaque du Fuc. Le soldat Deby Itno monte sur le théâtre des combats pour galvaniser ses troupes et montrer qu’il a la situation en main. Une opération médiatique pour contrer les rumeurs que son armée est en difficulté. Accompagné de quelques journalistes, le chef de l’Etat s’est posé en hélicoptère à Aram Kolé, à 65 km de la ville de Biltine (plus de 700 km à l’est de N’Djamena), où l’armée tchadienne a affronté la veille les éléments rebelles.

Octobre, une nouvelle rébellion (celle de Mahamat Nouri, ancien ministre de la défense) baptisée l’Union des forces pour la démocratie et le développement (UFDD) lance une attaque éclaire. Elle s’empare d’abord de la ville de Goz Beïda, ensuite d’Am Timan et se retire aussitôt. L’UFDD inaugure une nouvelle méthode qui privilégie des attaques ponctuelles et une tactique de harcèlement espérant vaincre à l’usure l’ANT.

Novembre, le gouvernement tchadien décrète l’état d’urgence dans la majeure partie du pays après des violents affrontements entre communauté arabes et non-arabes. Au-delà des conflits interethniques, le soldat Deby Itno crée, par cette mesure exceptionnelle, les conditions nécessaires pour faire face à la nouvelle tactique rebelle. Comme pour narguer N’djamena, l’UFDD occupe la grande ville stratégique d’Abéché. L’autre mouvement rebelles, le RaFD des frères Erdimi se jette dans la bagarre en s’emparant de la ville d’Ati et planifie de foncer sur N’djamena. La panique s’empare de la capitale tchadienne. Entre temps, l’UFDD se retire d'Abéché mais rode autour des foubourgues de Biltine. Le RaFD, lui, se ravise et regagne sa base arrière. À N’djamena on souffle. Une semaine après, le premier ministre français, Dominique De villepin débarque dans la capitale tchadienne. Il réaffirme le soutien de la France au régime en place. En plus du Soudan, N’Djamena accuse l’Arabie Saoudite et le milieu islamiste de vouloir instaurer au Tchad un régime d’inspiration islamiste.

Mi décembre, le soldat Deby Itno lance en personne la grande offensive tant attendue et redoutée. C’est la bataille de Hadjer-Marfaïne, un tournant dit-on. Les combats ont été d’une violence extrême. Les rebelles de L’UFDD et du RaFD ont subi une raclée. Ils ont été repoussés en territoire soudanais. Le soldat Deby Itno tient enfin sa revanche. Sur un ton jubilatoire, le ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement Hourmadji Moussa Doumgor, affirme que « les rebelles sont anéantis et leurs bases arrières détruits ». Il déclare la fin des hostilités. Mais, ces derniers ont gardé leur capacité de nuisance. Ils ont promis de revenir.

Fin décembre, le président tchadien reçoit un cadeau de Noël inespéré, Mahamat Nour Abdelkerim, chef du Fuc le rencontre à Guéréda pour négocier son ralliement. Rien n’a filtré à la sortie de cette rencontre. Une semaine plus tard, Deby Itno et le jeune capitaine Nour signent à Tripoli un accord de paix. Les deux hommes rentrent à N’djamena bras dessus, bras dessous. C’est un coup dur pour l’opposition armée. Le 29 décembre, euphorique, le président tchadien fête à Kyabé  (ville située à 600 km au sud-est de N'Djamena), le 16ème anniversaire de son accession au pouvoir. « Grâce à la vigilance et au courage des forces de défense et de sécurité, toutes les tentatives de remise en cause des institutions républicaines ont échoué. A l'heure où je vous parle, aucun mercenaire n'existe à l'intérieur du Tchad. L'armée nationale tchadienne contrôle tout le territoire national », tonne t-il sur la tribune. Il présente à la foule son trophée militaire, Mahamat Nour Abdelkérim qu’il qualifie de patriote et son trophée politique, Youssouf Saleh Abbass, en le désignant de l’homme qui est rentré pour reconstruire son pays. Des rumeurs persistantes annoncent ce dernier à la primature avec un nouveau gouvernement placé sous le signe de l’ouverture et de la réconciliation. Le « renard du désert » a survécu, une fois encore. Qui l’eu cru en janvier 2006 ? 2007 s’annonce, peut être, aussi mouvementé.

Bonne année 2007

Bello Mana Bakary
Ialtchad Presse


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