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2006 a été une année très dure pour le président Deby Itno. Harcelé
par les rebelles, sous pression de la Banque Mondiale, boudé par son
opposition, lâché par une partie de son clan, peu pariait alors sur
sa survie politique. Celui qu’on surnomme « le renard du désert »
revient de loin. Chronologie d’une année difficile.
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Début janvier 2006, la rupture entre le président Deby Itno et
la Banque Mondiale (BM) semblait presque consommée au sujet de
la modification de la loi dite « 001 ». Un accord « modèle »
pour les pays en voie de développement, signé en 1999.
Rappelons, qu’en décembre 2005, sur ordre de la présidence, les
députés tchadiens, à une écrasante majorité ont modifié cette
fameuse loi. La nouvelle législation adoptée a supprimé les
fonds destiné aux générations futures (10% de pétrodollars) et
fait passer de 15% à 30% leur part utilisable sans le moindre
contrôle. En réaction, la Banque mondiale suspend ses versements
de prêts. Deby Itno persiste et signe en clamant que c’est une
question de souveraineté.
Fin janvier 2006, il est confronté à des
mouvements rebelles. Il accuse alors le Soudan de vouloir
déstabiliser son pays. Et soupçonne du coin de l’œil les
pétrolières.
Février,
un accord de paix est signé entre le Tchad et le Soudan à
Tripoli. Cette entente permet de calmer momentanément les
tensions entre les deux pays. La promesse de l’envoi d’une
« force africaine » aux frontières de deux pays est accepté.
Muhammar Khadafi, le Guide libyen joue le médiateur. Il ne veut
pas d’une intervention onusienne au Darfour, le président
soudanais Oumar El Béchir non plus. Deby Itno accepte le
compromis mais se garde le droit de réclamer |
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cette intervention si le Soudan continue à soutenir les rebelles
tchadiens. En sous-main, il soutient, lui aussi, les rebelles
soudanais du Mouvement pour la Justice et l’Égalité (MJE) de
Khalil Ibrahim. |
Mi-mars, Deby Itno a chaud.
Il
déjoue de justesse une tentative de putsch. Les Forces françaises
ont joué un rôle majeur dans l’échec de ce coup d’État en l’aidant à
regagner N’Djamena dans un secret quasi-absolu, à la James Bond. Il
a embarqué vers 18H00 (17H00 GMT) dans l’appareil du président
congolais Denis Sassou Nguesso, laissant à Bata l’essentiel de sa
délégation et même son épouse Hynda Deby Itno. Le lendemain, il
signe un décret radiant des rangs de l'Armée nationale tchadienne
(ANT) soixante-dix militaires dont plusieurs sont ses proches
parents. Et pour cause, ils ont déserté pour rejoindre la rébellion
des jumeaux Erdimi.
Avril,
Le
Front uni pour le changement (Fuc) du capitaine Mahamat Nour
Abdelkerim, lance une offensive éclaire sur la capitale N'Djamena.
Le Fuc est défait. Vingt quatre heures après, Deby Itno annonce la
rupture des relations diplomatiques avec le Soudan, accusé une
nouvelle fois de soutenir les rebelles. Après cette attaque, la
capitale tchadienne retrouve vite ses réflexes habituels. Comme un
défi, alors que les morts étaient encore chauds, le soldat Deby Itno
annonce au micro de notre confrère Christophe Boisbouvier,
journaliste à RFI, que le candidat Deby Itno fera campagne et qu’il
n’est nullement question de reporter les élections présidentielles.
Mai, Deby Itno est réélu sans un vrai challenger pour un troisième
mandat. Le Conseil constitutionnel tchadien confirme sa victoire
mais le pourcentage est revu à la baisse. Le président sortant a
finalement obtenu 64,67% des suffrages au premier tour de ce scrutin
boycotté par l’opposition. Auparavant, la Commission électorale
nationale indépendante (Céni) lui avait attribué 77,53% des voix.
Juin, la BM revient à des meilleurs sentiments. Un accord est
finalement signé.
Paul Wolfowitz, président de cette institution se félicite de cet
accord sur la gestion et l’utilisation des revenus pétroliers.
N’djamena exulte de joie. Car c’est un accord définitif. Deby Itno a
les mains libres et peut gérer à sa guise la manne pétrolière. Dans
la foulée, le pouvoir lance un forum de dialogue sans la société
civile et l’opposition armée. L’opposition démocratique refuse de
participer à ce qu’elle qualifie de « dialogue exclusif ». Le forum
a eu lieu avec des partis politiques mineurs. Le résultat est sans
grand impact.
Juillet, fort
de son accord avec la BM,
le
président tchadien ordonne le départ immédiat de Chevron et Petronas,
deux des trois sociétés étrangères qui exploitent le pétrole
tchadien. La cause invoquée est le « non paiement de l’impôt sur les
sociétés ». En vérité, Deby Itno veut renégocier la Convention qui
le lie à ce cartel et faire entrer le Tchad dans le consortium par
le biais de la Société des hydrocarbures du Tchad (SHT). N’djamena
affirme vouloir donner au Tchad un droit de regard dans
l’exploitation du secteur pétrolier et augmenter ainsi la part de la
rente qui revient à l'Etat tchadien.
Août, c’est les retrouvailles, après l’accord de Tripoli,
entre les présidents tchadien Idriss Deby Itno et soudanais Omar
el-Béchir lors d’un mini-soummet dans la capitale tchadienne, en
marge de l’investiture du premier. C’est une initiative du président
sénégalais Abdoulaye Wade court-circuité par le libyen Kadhafi. À la
surprise de tous, les frères ennemis ont réouvert leurs ambassades
respectives et leur frontière commune. Ils se sont promis de tout
effacer et d’être copain comme avant. Mais personne n’y croit
vraiment. Car la confiance n’y ait tout simplement pas.
Septembre, c’est une autre attaque du Fuc. Le soldat Deby Itno monte
sur le théâtre des combats
pour galvaniser ses troupes et montrer qu’il a la situation en main.
Une opération médiatique pour contrer les rumeurs que son armée est
en difficulté. Accompagné
de quelques journalistes, le chef de l’Etat s’est posé en
hélicoptère à Aram Kolé, à 65 km de la ville de Biltine (plus de 700
km à l’est de N’Djamena), où l’armée tchadienne a affronté la veille
les éléments rebelles.
Octobre, une nouvelle rébellion (celle de Mahamat Nouri, ancien
ministre de la défense) baptisée l’Union des forces pour la
démocratie et le développement (UFDD) lance une attaque éclaire.
Elle s’empare d’abord de la ville de Goz Beïda, ensuite d’Am Timan
et se retire aussitôt. L’UFDD inaugure une nouvelle méthode qui
privilégie des attaques ponctuelles et une tactique de harcèlement
espérant vaincre à l’usure l’ANT.
Novembre, le gouvernement tchadien décrète l’état d’urgence dans la
majeure partie du pays après des violents affrontements entre
communauté arabes et non-arabes. Au-delà des conflits
interethniques, le soldat Deby Itno crée, par cette mesure
exceptionnelle, les conditions nécessaires pour faire face à la
nouvelle tactique rebelle. Comme pour narguer N’djamena, l’UFDD
occupe la grande ville stratégique d’Abéché. L’autre mouvement
rebelles, le RaFD des frères Erdimi se jette dans la bagarre en
s’emparant de la ville d’Ati et planifie de foncer sur N’djamena. La
panique s’empare de la capitale tchadienne. Entre temps, l’UFDD se
retire d'Abéché mais rode autour des foubourgues de Biltine. Le RaFD,
lui, se ravise et regagne sa base arrière. À N’djamena on souffle.
Une semaine après, le premier ministre français, Dominique De
villepin débarque dans la capitale tchadienne. Il réaffirme le
soutien de la France au régime en place. En plus du Soudan,
N’Djamena accuse l’Arabie Saoudite et le milieu islamiste de vouloir
instaurer au Tchad un régime d’inspiration islamiste.
Mi décembre, le soldat
Deby Itno lance en personne la grande offensive tant attendue et
redoutée. C’est la bataille de Hadjer-Marfaïne,
un tournant
dit-on.
Les
combats ont été d’une violence extrême. Les rebelles de L’UFDD et du
RaFD ont subi une raclée. Ils ont été repoussés en territoire
soudanais. Le soldat Deby Itno tient enfin sa revanche. Sur un ton
jubilatoire, le ministre de la Communication et porte-parole du
gouvernement Hourmadji Moussa Doumgor, affirme que « les rebelles
sont anéantis et leurs bases arrières détruits ». Il déclare la fin
des hostilités. Mais, ces derniers ont gardé leur capacité de
nuisance. Ils ont promis de revenir.
Fin
décembre, le président tchadien reçoit un cadeau de Noël inespéré,
Mahamat Nour Abdelkerim, chef du Fuc le rencontre à Guéréda pour
négocier son ralliement. Rien n’a filtré à la sortie de cette
rencontre.
Une semaine plus tard, Deby Itno et le jeune capitaine Nour signent
à Tripoli un accord de paix.
Les
deux hommes rentrent à N’djamena bras dessus, bras dessous. C’est un
coup dur pour l’opposition armée. Le 29 décembre, euphorique, le
président tchadien fête à Kyabé (ville située à 600 km au sud-est
de N'Djamena), le 16ème anniversaire de son accession au
pouvoir.
« Grâce à
la vigilance et au courage des forces de défense et de sécurité,
toutes les tentatives de remise en cause des institutions
républicaines ont échoué. A l'heure où je vous parle, aucun
mercenaire n'existe à l'intérieur du Tchad. L'armée nationale
tchadienne contrôle tout le territoire national », tonne t-il sur la
tribune. Il présente à la foule son trophée militaire, Mahamat Nour
Abdelkérim qu’il qualifie de patriote et son trophée politique,
Youssouf Saleh Abbass, en le désignant de l’homme qui est rentré
pour reconstruire son pays. Des rumeurs persistantes annoncent ce
dernier à la primature avec un nouveau gouvernement placé sous le
signe de l’ouverture et de la réconciliation. Le « renard du
désert » a survécu, une fois encore. Qui l’eu cru en janvier 2006 ?
2007 s’annonce, peut être, aussi mouvementé.
Bonne année 2007 |