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  Focus-Akhbar

Focus-Akhbar:
« Entre dialogue et guerre »

Par Bello Mana Bakary
Article paru le 27 juin 2006 - Ialtchad Presse



«
Entre dialogue et guerre »
Par Bello Mana Bakary


« Je suis le président de tous les Tchadiens même de ceux qui ont voté contre moi » a déclaré le président Idriss Deby Itno au lendemain de l’annonce des résultats définitifs (64,67%) proclamés le 15 mai dernier par le Conseil constitutionnel. En boutade, un N’djamenois répond : « mais le Raïs a oublié de mentionner la majorité qui n’est pas allée voter et ceux qui ont pris les armes à l’Est ». Décidément, la controversée dernière élection présidentielle et le raid le 13 avril sur N’djamena par le Front uni pour le changement (Fuc) ont fait apparaître deux
Tchad : un qui prépare le dialogue politique et un autre qui s’apprête à la guerre.

Surprise, même le chef rebelle Mahamat Nour n’est pas du  reste. Il a affirmé sur les ondes de RFI « être ouvert au dialogue avec N’djamena ». Dans la capitale tchadienne, on ne se fait guère d’illusions sur les intentions du chef rebelle. Car lui aussi prépare la guerre tout en se déclarant disposer au dialogue. « Dans ce pays pour dialoguer, il faut préparer la guerre. Sinon faire les deux à la fois. Ça ne finira peut-être jamais parce que ce commerce de sang s’est avéré juteux » lance, dépité un militant de la société civile qui requiert l’anonymat.

Pour l’instant, dans les sérails du pouvoir à N’djamena le mot d’ordre est : le dialogue politique. Fait notable, dès le lendemain de la proclamation des résultats définitifs, le porte-parole du ministère français des Affaires étrangères, Jean-Baptiste Mattéi affirmait que Paris « a pris note des résultats ».  Cette sortie pressée se veut un soutien sans équivoque à la personne du président-soldat Deby Itno. Toutefois, ce soutien est assorti d’une obligation : l’ouverture d’un dialogue national. L’idée du dialogue dit-on dans le milieu de l’opposition légale est française. Et son financement, lui, est américain. Faux, rétorque t-on dans les allées du pouvoir à N’djamena. « L’idée du dialogue est la nôtre. C’est une idée qui s’inscrit dans la politique de la main tendue du président. C’est vraie qu’elle est en l’air depuis un certain temps mais il fallait attendre : les élections d’abord, le dialogue sur mesure ensuite» laisse entendre les cadres du Mouvement Patriotique du Salut (MPS) le parti au pouvoir.

Pour vérifier la volonté de N’djamena d’ouvrir le dialogue, la ministre française déléguée à la Coopération, Brigitte Girardin s’est rendu dans la capitale tchadienne le 16 juin dernier pour mesurer le poids de cette idée. Et surtout, pour convaincre l’opposition d’accepter un dialogue sur mesure. Autrement, un dialogue qui exclu l’opposition armée et la société civile. Pas de dialogue exclusif a affirmé à Mme Girardin, Ibni Oumar Mahamat Saleh porte-parole de la Coalition de partis politiques pour la défense de la Constitution (CPDC).  L’Élysée espère toutefois régler le tout avant la tourmente de la pré-campagne présidentielle française de 2007.

Selon nos sources, la « chiraquie » a fait son choix : maintenir Deby Itno. Ce choix est dit-on pour des raisons de géopolitique et de défense des intérêts français. Aucunement  pour des raisons personnelles et amicales. Ce n’est toutefois pas le cas des américains qui étaient, eux, décidés il y a peu à évincer Idriss Déby Itno pour des raisons de bonne gouvernance. Mais surtout pour mettre fin au chantage du président tchadien dont sont victimes les pétrolières américaines. Selon ces mêmes sources, quelque temps avant la défaite le 13 avril dernier du Front uni pour le changement (FUC) aux portes de N’djamena, les américains ont proposé à l’Élysée de mettre fin au règne de Déby Itno. Problème : ils  n’ont pas prévu de remplaçant et hésite à soutenir les frères Erdimi qui vraisemblablement n’ont pas de soutien populaire. Ils ont révisé leurs plans et adhérer à la dernière minute à la thèse selon laquelle remplacer Deby Itno par les frères Erdimi ne résoudrait pas le problème de la bonne gouvernance. Car les jumeaux lorsqu’ils étaient aux affaires n’ont pas été, eux non plus, un exemple.

Aussi, américains et français se méfient du potentiel tombeur d’Idriss Déby Itno, le jeune capitaine Mahamat Nour. Le Quai d’Orsay a convaincu les américains que le capitaine Nour est un danger pour toute la sous région. Sans oublier de mentionner qu’il serait, une fois au pouvoir, un pion de l’axe Tripoli-Khartoum-Pekin. Il fallait donc maintenir Deby Itno, attendre les élection et forcé la main de ce dernier afin d’entamer un dialogue politique et éviter ainsi la catastrophe. Après les défections dans son clan, après l’assaut sur N’djamena, après la présidentielle controversée, l’inoxydable soldat Deby Itno est toujours aux manettes. Ses adversaires ont tendance a oublié qu’il est d’abord un soldat, un homme de troupe. Et à ce titre, il mène le Tchad comme on mène une troupe, l’œil toujours ouvert et la main en permanence sur la gâchette prête à dégainer. Treize rébellions défaites et plusieurs coups d’État déjoués en 15 ans de pouvoir. Le soldat ItnoDeby Itno a fait face à cela avec la ruse d’un renard. Il impressionne même les  Français qui, vingt quatre heure avant l’attaque du 13 avril, lui avaient proposé d’évacuer sur Paris femmes et enfants afin de les mettre en lieu sûr. Refus catégorique du soldant Deby Itno. Cette attitude jugée suicidaire au départ, lui a valu après le respect des militaires français stationnés à N’djamena. « Il a plusieurs défauts comme président. Mais comme chef militaire, ce fils de berger reste quand même courageux » affirme sous couvert de l’anonymat un haut gradé français. Bref, le « renard du désert » est toujours là déjouant les pièges les uns après les autres. Mais jusqu’à quand ?

Celui qui tente de piéger définitivement Deby Itno, le jeune capitaine Mahamat Nour est lui aussi confronté à la dissidence de son vice-président Hassan Saleh Aldjinedji. La maison Fuc brûle avant même que sa fondation ne s’assèche. « On ne bâtit pas une maison en commençant par la toiture » affirme un proche du mouvement rebelle. « Ce qui se passe ces derniers jours était prévisible parce que les dirigeants du Fuc se sont contentés de s’octroyer des titres sans bâtir une base solide, sans expliquer le sens de notre combat. Lorsqu’on fait mal les choses au départ ça donne ce résultat » rajoute déçu sur un autre militant.

Chose certaine, le jeune capitaine est, dit-on, incontournable dans l’équation tchadienne. Pour le moment, il se voit déjà à la tête de l’État tchadien. Il prépare la guerre mais parle aussi de dialogue. Il a vite appris le double langage du politique même s’il aime se définir d’abord comme un soldat. Pour bien ficeler sa prochaine offensive, il s’était rendu récemment en Chine pour l’achat des batteries anti-aériennes et mais aussi pour divers contacts et rassurer ses amis chinois. Pour consolider son mouvement armé, Mahamat Nour aurait convaincu Abakar Tolli de dissoudre son mouvement le Rassemblement Populaire pour la Justice (RPJ) dans le Fuc. À deux, ces jeunes trentenaires veulent incarner une nouvelle génération de politico-militaires. C’est dans ce sens que Tolli aurait refusé de pactiser avec le Rassemblement des Forces Démocratiques (RaFD) des frères Erdimi malgré des multiples tentatives, faisant même joué parfois les affinités ethniques et claniques. Tolli aurait rejeté le tout d’un revers de la main. Il est même, paraît-il, à la base de la mort de l’alliance militaire entre le Fuc et le RaFD.

Selon nos sources, l’intransigeance de Mahamat Nour serait également la cause de l’échec de la propulsion de Mahamat Nouri ex-ambassadeur tchadien en Arabie saoudite comme coordonnateur de toutes les rébellions à l’Est. « Si Nouri veut être chef, qu’il amène ses hommes. Nos hommes ne combattrons que pour le Fuc » laisse entendre les proches de Nour. Cette inflexibilité du jeune chef est due au fait qu’il dispose, selon des informations non corroborées d’environ 10.000 hommes. De plus, le Fuc disposerait d’une puissance de feu à faire gémir de jalousie beaucoup de rébellions en Afrique et même des États. Sûr de lui, se déplaçant en hélicoptères au maquis, écouté par le gouvernement soudanais, disposant de plusieurs passe-droit au pays du Nil bleu, le capitaine Nour à pour stratégie de soumettre, voire d’obliger les autres factions à se dissoudre dans le Fuc. Au cas contraire, il les affamera. Cette stratégie affirment ses lieutenants a pour objectif de mettre de l’ordre dans la cacophonie qui règne à l’Est.

Certaines langues disent que Mahamat Nour est un ex-Djandjawids. A cela, son entourage rétorque : « c’est de la calomnie. Nour mène un combat depuis 1994. Rien ne le détournera de cela. Le reste nous, ses amis, on s’en occupe. Son principal ennemi, le régime Deby Itno, il s’en occupe déjà à merveille » Et la défection de El-djinedji ? Chez nos confrères de RFI Tolli n’est pas allé de la main morte « C’est démentiel. Comment un seul homme, fut-il, vice président peut disposer du pouvoir de dissoudre par un simple communiqué toute une organisation. El-djinedji ne sait pas ce qu’il fait.»

Sur le pied de guerre, le Fuc préparait avant la dissidence de Hassan Saleh El-djinedji, une offensive d’envergure malgré la réputation de « capitaine sans victoire » qui colle à la peau du chef rebelle. Pour Mahamat Nour, seul le Fuc est en mesure de renverser Deby. Rien dans le plan initial du Fuc n’a changé à part l’exclusion du vice-président El-djinedji. Cette confiance débordante du duo Nour-Tolli s’explique par la présence d’experts militaires israéliens sur le terrain pour réorganiser, encadrer et former les combattants. « Que Deby Itno, sa soldatesque et ses amis Français se tiennent bien » lancent les combattants de leur maquis. Pour l’instant, à N’djamena comme à Moudaïna (quartier général de la rébellion) les deux camps préparent la guerre mais parlent aussi du dialogue national. Entre guerre et dialogue, le Tchad balance comme l’aiguille d’une horloge qui finira par sonner soit le début de la guerre soit le commencement du dialogue.

Bello Mana Bakary
Ialtchad Presse


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