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  Focus-Akhbar

Focus-Akhbar:
« Une campagne électorale surréaliste »

Par Bello Mana Bakary
Article paru le 24 avril 2006 - Ialtchad Presse


« Une campagne électorale surréaliste »
Par Bello Mana Bakary


À quelques jours de l’élection présidentielle prévue le 03 mai prochain, nous vous proposons une page spéciale sur cet événement. La campagne électorale continue donc malgré l’attaque le 12 avril dernier de N’djamena par les rebelles du Front uni pour le changement (Fuc).
« Je ferai tout pour récupérer l'argent du pétrole. Nous n'aimons pas l'injustice. Pourquoi la Banque mondiale (BM) cherche-t-elle à nous priver de nos droits ? Si une solution n’est pas trouvée, je tirerai les conséquences qui s’imposent », déclaration du président-candidat Deby Itno le vendredi 21, haranguant ses militants lors d'une rencontre de campagne à la place de l’indépendance à N’djamena. Visiblement l’homme fort du Tchad est toujours sur la ligne de la confrontation.

La veille, il s’attaquait violemment au président soudanais, « adieu aux traîtres, adieu aux mercenaires,  El Béchir est un traître et un âne », devant ses partisans qui brandissaient de nombreuses bannières sur lesquelles on pouvait lire : « El Béchir déstabilisateur du Tchad », « El Béchir sanguinaire »
ou encore « Communauté internationale, trouvez une solution pour El Béchir ». Le candidat-président nous affirme un haut responsable du Mouvement Patriotique du Salut (MPS) est imbattable dans une situation pareille. « C’est le candidat qu’il faut au pays en cette période trouble» conclut-il.
 

Dans la capitale tchadienne, des bureaux de soutien au candidat Deby Itno ouvrent un peu partout et de façon, parfois anarchique. Les drapeaux du MPS côtoient des slogans de campagne « Idriss Deby l’homme de paix », « IDI, l’homme qu’il faut » etc. Les autorités tchadiennes veulent signifier au regard du monde que le calme est revenu sur l’ensemble du territoire et même à Adré, ville à l’extrême est du Tchad. Tout un symbole vu qu’elle est située à quelques 100 km des camps des rebelles. «  Les camions avec le matériel du scrutin sont arrivés à destination à Adré », a assuré satisfait Ahmat Mahamat Bachir,  président de la Commission électorale nationale indépendante (Ceni). Le calme demeure toutefois fragile. Les N’Djamenois, eux, jugent probable une prochaine attaque des rebelles.

Face au président sortant, quatre candidats quasi invisibles. Étrangement, ils sont tous des alliés du régime. Deux d’entre eux sont même ministres : Pahimi Padacké Albert à l’Agriculture et Mahamat Abdoulaye à la Décentralisation. Brahim Koulamallah, lui, dirige un petit parti sans député. Un parti quasi-inconnu des Tchadiens. Seule personnalité connue mais fortement discréditée par ses volte-faces est l’ancien Premier ministre Kassiré Coumakoye. Il sera de la course. Mais déjà, ses détracteurs soutiennent que Kassiré Coumakoye ne représente que lui-même. Bref, les quatre candidats ne sont que de faire valoir pour légitimer cette élection surréaliste affirme un membre de la société civile qui requiert l’anonymat.

Surréaliste ! Le mot est lâché. Car pas plus tard que le 12 avril dernier d’intenses combats à l’arme lourde ont éclaté dans la capitale tchadienne, N’Djamena, entre les troupes fidèles au président Idriss Deby Itno et les rebelles du Front uni pour le

changement (Fuc) du capitaine Mahamat Nour. Ce dernier ne jure que par la chute du régime Deby. Malgré le fait que les rebelles ont pu parcourir plus de 600 km, sans grande résistance et frappé N’Djamena, l’élection aura quand même lieu. Surréaliste tout cela mais pas impossible dans ce pays ou l’action politique se mesure au poids clanique et aux alliances interethniques. « C’est l’alliance factice entre les communautés zaghawa et gorane, avec l’appui de la France qui a sauvé le régime » nous a confié un militaire loyaliste qui veut garder l’anonymat. Selon nos sources, le président Deby Itno a réussi à convaincre les zaghawa et les goranes que le Fuc a comme programme le nettoyage ethnique des zaghawa et des gorane. Une autre source, au moment de publier ces informations nous affirme qu’une réunion des zaghawa sous l’égide du président aurait eu lieu le samedi 22. Ordre du jour : remercier la communauté et l’appeler à l’union sacrée.

Alors, comment expliquer à la communauté internationale ce scrutin sans véritables enjeux? Pire, comment comprendre un scrutin qui se déroule alors que les crépitements des Kalachnikov ont à peine cessé et les violences peuvent reprendre à tout moment selon les observateurs de la scène politique tchadienne. Il y a quelques jours, Timane Erdimi, président du Rassemblement des Forces Démocratiques (RaFD) avait promu dans une entrevue à la BBC que lui et ses combattants ne laisseront pas cette élection avoir lieu. Même déclaration du porte-parole du Fuc, M. Albassaty Allazam.

Du coup, Déby Itno hausse le ton en diabolisant l’opposition démocratique, partisane du boycott réunie sous le parasol de la Coordination des partis politiques pour la défense de la Constitution (CPDC). « Que la France nous aide à nous asseoir au lieu de nous aider à nous entre-tuer » déclarait sur un  ton calme, vendredi, Ibni Oumar Mahamat Saleh, porte-parole de la CPDC au micro de notre confrère Christophe Boisbouvier à propos de l’implication de la France dans la récente attaque de N’djamena. M. Ibni Oumar a rappelé
également le caractère surréaliste de l’élection prochaine et appelle la communauté internationale, surtout à la France de faire pression sur le président Deby Itno afin qu’il annule ou reporte cette élection. Depuis la bataille de N’djamena, l’opposition démocratique à l’impression de se faire doubler à sa droite par Deby Itno et ses alliés et à sa gauche par l’opposition armée. Pour se démarquer, elle dit évoluer sur un autre registre. Celui de la lutte démocratique et pacifique. «Nous condamnons la prise de pouvoir par les armes mais nous condamnons par la même force sa confiscation par les armes.» s’insurge M. Ibni Oumar. De leur côté, les politico-militaires soutiennent que Deby Itno n’acceptera jamais les vraies règles démocratiques. Il n’y a d’autres choix que la lutte armée. Le président tchadien, lui a une autre appréciation des choses.  « Les deux groupes ont un seul et unique programme politique : m’éliminer. Le premier souhaite le faire politiquement. Le second a choisi la voie de la violence physique. Pour parvenir à ce dessein inique, des alliances contre nature sont tissées entre ces deux compères », affirme le candidat Deby Itno.


Entre-temps, la  CPDC s’est réuni jeudi 20 avril pour évaluer la situation après l’attaque de N’djamena. Elle affirme regretter les nombreuses pertes de vies humaines, dénonce la chasse à la communauté tama, arabe et ouddaienne, déplore l’attitude de la France et se félicite de l’appel du Conseil de Sécurité et de Paix de l’Union Africaine (UA) qui exige la tenue d’un dialogue entre tous les acteurs politiques tchadiens pour trouver un compromis acceptable. Pour la CPDC  la crise tchadienne est profonde et multidimensionnelle. Par la même occasion, elle appelle le président tchadien à cesser « sa fuite en avant et à renoncer à l’option guerrière, afin que soit privilégiée la voie pacifique et politique ».
 
Selon la CPDC, l’entêtement du chef de l’état tchadien à tenir un simulacre d’élection aura pour conséquence la radicalisation des positions et  la généralisation de la guerre.

Jusqu’à présent, le président Idriss Deby Itno reste inflexible et fait face à la tourmente. Une tourmente qui se caractérise par : une campagne surréaliste, après une bataille au cœur de la capitale et après des dissensions successives qui minent les clans zaghawa. Mais aussi, une campagne électorale qui se déroule dans une
période de conflit ouvert avec le Soudan, et dans une phase des relations tendues avec la Banque mondiale. Le tout face à une opposition politique qui  appelle au boycott, à des politico-militaires prêts à repartir à l’assaut et aux interrogations de la communauté internationale. Déjà, une mission d’information de l’Union africaine (UA)  séjourne à N’Djamena depuis vendredi. Elle a pour mission de faire la lumière sur l’attaque rebelle du 12 avril. En début de semaine elle doit rencontrer le président Deby Itno. Malgré toute cette tourmente, rien ne semble faire reculer les autorités tchadiennes. Ce qui compte dit-on dans les coulisses du pouvoir à N’djamena, c’est le soutien de l’Elysée et  de quelques 1350 soldats français déployés au Tchad. Jusqu'à quand Paris est prêt à soutenir le président tchadien ? Et jusqu'à où les autorités françaises sont décidées à aller s’interrogent ceux qui s’intéressent à l’interminable conflit tchadien. Entre-temps le surréalisme de cette élection étonne même les partisans du pouvoir.

Bello Mana Bakary
Ialtchad Presse


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