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  Focus-Akhbar

Focus-Akhbar:
« Campagne éclaire et appels du pied »

Par Bello Mana Bakary
Article paru le 01 mai 2006 - Ialtchad Presse


« Campagne éclaire et appels du pied »
Par Bello Mana Bakary


À deux jours du scrutin présidentiel prévu le 3 mai prochain, nous vous proposons une page spéciale consacrée à cet événement. Dernière ligne droite de fin de campagne.

Depuis sa victoire le 13 avril lors de la bataille de N'Djamena sur les rebelles du Front uni pour le changement (Fuc), le chef de l'Etat Idriss Debt Itno s'est hasardé, pour la première fois, à battre campagne, ce mercredi 26 avril, hors de la capitale N’djamena. Un blitz de tournée électorale en trois étapes à l'intérieur du pays. A cette occasion, le candidat-président était accompagnée de sa nouvelle épouse Mme Hinda Deby Itno et escortée par un service de sécurité armée jusqu’aux dents.

Mercredi 26, première étape, la localité de Mongo, ville située à 400 km à l'est de N'Djamena. Cette ville venait, il y a deux semaines, d’être brièvement traversée le 11 avril par une colonne de rebelles du Fuc. Par cette sortie hautement symbolique, le candidat-président veut montrer qu’il est maître de la situation. « J’ai réservé ma première sortie de campagne au Guéra afin de  vous témoigner ma fidélité. N’ayez pas peur des mercenaires d’El-Béchir. Tant que Dieu nous donne encore la vie » a clamé le président tchadien à la place de l’Indépendance au pied de la montagne surplombant la ville de Mongo. Plaçant sa campagne sous le signe de l’agression soudanaise, Idriss Deby Itno a promis l’eau et l’électricité aux habitants de Mongo s’il est élu.

Deuxième étape, la ville d’Am-Timan à presque 600 km au Sud-est. Là aussi, la rencontre de campagne a eu lieu à la place de l’Indépendance. Sous un soleil de plomb, le candidat Deby Itno s’est livré à une diatribe contre le Soudan pour ensuite enchaîner avec les promesses électorales. Notamment celui de bitumer l’axe routier Mongo-Am-Timan-Haraze Mangaye si la population de la région lui renouvelle sa confiance. Pour clore le tout, une prière a été dite à la grande mosquée de la ville pour implorer Allah afin d’aider le candidat-président.

Troisième et dernière étape, Sarh capitale intellectuel du pays, ville située au sud à environ 800 km de N’djamena. Là, le discours du candidat change. Idriss Deby Itno fustige l’appel au boycott lancé par l’opposition au stade municipal qui jouxte l’aéroport.  « Le vote est un droit. Le peuple doit choisir ses dirigeants de manière démocratique pour montrer au monde que nous sommes un peuple qui a opté pour la paix, les libertés et le développement. Vous devez sortir massivement ce jour pour m’accordez vos voix » a-t-il lancé. Du même souffle, il a promis  la construction du pont de Balimba, le bitumage de 20 Km de routes de la ville de Sarh et d’autres infrastructures. « à cœur vaillant rien d’impossible » a-t-il conclut.

Pour l’opposition démocratique, cette tournée éclaire du président à Sarh, Mongo et Am-Timan, prouve à quel point la situation n’est pas du tout propice à la tenue de cette l’élection. « Leur arrogance, leur inconscience les poussent à faire une campagne à la sauvette. La démocratie n’est pas leur souci. Ce qui les intéresse avant tout c’est de s’accrocher au pouvoir. La seule manière de se légitimer c’est de tenir vaille que vaille cette élection bidon : Deby contre Deby » affirme t-on dans le milieu de la Coalition des Partis politiques pour la Défense de la Constitution (CPDC), qui boycotte cette présidentielle.

Ce même mercredi mais à N’djamena cette fois-ci, la société civile tchadienne appelle les électeurs du pays à ne pas aller voter le 3 mai prochain. « Nous appelons les citoyens à rester chez eux le 3 mai et à observer une journée de deuil », a déclaré lors d'une conférence de presse Delphine Djiraïbé Kemmeloum, coordinatrice du Comité du suivi de l'appel à la paix et la réconciliation qui réunit de nombreuses associations et ONG. Pour les représentants de la société civile tchadienne, le président Deby Itno doit prendre un décret pour suspendre le processus électoral, dissoudre la Commission électorale nationale indépendante (Ceni) et mettre en place un comité de pilotage pour préparer le dialogue national.

Jeudi 27, le chef de la délégation de l’Union africaine (UA) en mission à N’Djamena a estimé jeudi qu’il n’est pas « trop tard » pour reporter cette élection présidentielle. « Nous pensons qu’une consultation populaire peut toujours être reprogrammée alors qu’il est toujours un peu hasardeux de faire l’économie du dialogue", a déclaré Pierre Yéré, conseiller politique de la Commission de l’Union Africaine au dernier jour de son séjour tchadien. Déjà, lors de son passage à N'Djamena, en début de semaine, le sous-secrétaire d'Etat américain adjoint aux Affaires africaines Donald Yamamoto, a appelé, lui aussi les autorités à organiser un « dialogue » et a « suggéré » qu’un report ne serai pas une mauvaise idée.
 

Entre-temps, ce même jeudi, à N’djamena, la Conférence épiscopale du Tchad a demandé aux autorités et aux rebelles tchadiens de conclure un cessez-le-feu tout en recommandant un report de l’élection présidentielle. « Nous prions les parties en présence de suspendre toute action pouvant conduire l’autre à des réactions violentes. Le cessez-le-feu serait un premier pas important, en échange de la suspension du calendrier électoral », disent les évêques dans une déclaration rendue publique. Selon l’épiscopat

tchadien cette proposition n’a qu’un but : éviter au peuple tchadien une catastrophe nationale. « Le raid du 13 avril a failli replonger notre pays dans le cercle infernal de la guerre », déplore le clergé tchadien. Il exhorte les pays amis du Tchad, particulièrement la France, et l’ensemble de la communauté internationale à intervenir.

Samedi 30, Yorongar Ngarleyji président de la Fédération action pour la République (Far) met en garde la communauté internationale sur le risque que peut engendrer cette élection si elle a lieu. « Il y aura certainement des affrontements si l'élection n'est pas reportée", frauduleusement. Cette fois, on Deby Itno face à ses responsabilités", affirme-t-il.

Faute de vrais adversaires, le président Deby Itno affrontera le 3 mai quatre candidats moins importants, dont trois sont ses alliés et sont mêmes membres du gouvernement, le quatrième est un  novice en politique. « Par notre participations nous refusons simplement la politique de la chaise vide », se justifie Mahamat Abdoulaye, candidat du Mouvement pour la paix et le développement au Tchad (MPDT) et ministre délégué à la Décentralisation. Et d’ajouter qu’ils (les 3 candidats) « sommes solidaires du bilan du gouvernement. Sans toutefois être d'accord avec tout », assure-t-il. Le candidat Mahamat Abdoulaye va plus loin en promettant, s’il est élu, un forum national pour une « réconciliation définitive » avec tous les partis et les groupes politico-militaires.

Dans le camp du président, la réponse n’a pas tardé. « Le gouvernement n'a jamais fermé la porte au dialogue, y compris avec les politico-militaires. Nous sommes favorables au dialogue, mais il aura lieu après l'élection et avec les groupes qui auront accepté de se ranger dans le cadre légal national » prévient Mahamat Hissène, secrétaire général du Mouvement patriotique du Salut (MPS), le parti présidentiel.

Dimanche 1er, le président-candidat a clos sa campagne à N’Djamena, au Stade Idriss Ouya, en attaquant une nouvelle fois le Soudan et en appelant les Tchadiens à ne pas suivre la consigne de boycott lancée par l’opposition démocratique. « La campagne électorale (...) s’est passée dans la sérénité, dans le calme et dans un climat de stabilité », a affirmé Deby Itno devant plusieurs milliers de personnes. Il a fait la promesse de transformer le Tchad avec l’argent du pétrole et de gérer les revenus pétroliers dans une totale transparence s’il est élu le 3 mai prochain.

L’opposition politico-militaire, elle, n’entend pas faire taire les armes. C’est ainsi que vendredi 28, les deux principaux mouvements de rebelles tchadiens, le Front uni pour le changement (Fuc) du capitaine Mahamat Nour Abdelkérim et le Rassemblement des Forces Démocratques (RaFD) ont annoncé vendredi la création d’une "coordination militaire" en vue d’empêcher la tenue dans deux jours de l’élection présidentielle. « Nous allons coordonner nos actions militaires sur le terrain. Au-delà de cette union, c’est un grand pas vers la réunification de toutes les tendances politico-militaires. On va faire tout ce qui est en notre pouvoir pour empêcher l’élection du 3 mai. On va utiliser tous les moyens à notre disposition, en coordination avec le Fuc  » a laissé entendre Timan Erdimi, président du RaFD.   Le porte-parole du Fuc, M. Albissaty Saleh Allazam a de son côté assuré qu’ils (les politico-militaires) feront tout ce qui est en leur pouvoir pour empêcher l’élection prochaine. « Nous n’allons pas les laisser faire », avant de rajouter « vous le verrez dans les prochains jours ».

Depuis l’offensive éclaire qui a mené les troupes rebelles aux portes de N’Djamena, les rebelles, soutenus par Khartoum, selon des sources proches de la rébellion préparent à une attaque imminente. D’autres sources affirment toutefois que malgré l’alliance militaire entre le Fuc et le RaFD, il serait difficile aux rebelles de lancer une attaque d’ici la tenue de l’élection. Car une alliance militaire sans une même direction politique est un signe que des divergences majeures subsistes entre les groupes rebelles. D’ici mercredi, jour de l’élection, les Tchadiens ordinaires soutiennent, eux, que tout est possible.

Bello Mana Bakary
Ialtchad Presse


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