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  Focus-Akhbar

Focus-Akhbar: Enquête
« La radio associative FM Liberté tangue »
Par Nasra Bandjoh
Article paru le 07 novembre 2005 - Ialtchad Presse


Enquête: « La radio associative FM Liberté tangue »
Nous publions ici le premier article d’une nouvelle série d’enquête concernant 
la mauvaise gestion qui caractérise le Tchad. Et cela à tous les niveaux

Premier cas : la gestion de la radio associative FM Liberté.

Dans sa livraison N° 898 du 14-16 octobre 05, page 7 rubrique Société, signé Alexis Djimasra, le journal N’Djaména bi-Hebdo révèle à l’opinion qu’il y a « une grogne à la radio communautaire FM Liberté » On peut lire en introduction ceci : « Lâchée depuis deux ans par ses partenaires extérieurs, la station FM Liberté connaît ces derniers temps une crise aiguë. La cause : mauvaise justification de l’utilisation des ressources mises à la disposition de cette radio », selon son actuel directeur, Gata Nder. Une telle affirmation surprend plus d’un citoyen pour l’estime placé en cette radio. Surtout qu’elle est l’œuvre de plusieurs associations « grosses pointures » de la société civile telle la Ligue Tchadienne des Droits de l’Homme (LTDH), l’Association pour la Promotion des Libertés Fondamentales (APLFT) et l’UST dont les leaders tirent à boulets rouges sur la mauvaise gestion du pouvoir de président Idriss Deby. Alors, que se passe-t-il au sein de la radio ?

Selon nos sources, depuis mi-août, le directeur Gata Nder menace de licencier massivement le personnel pour deux raisons. Un : c’est pour réduire le nombre pléthorique du personnel afin de minimiser la charge salariale estimée à 25 millions de francs CFA  par an. Deux : c’est pour dit-il « relever le niveau professionnel de ses agents ». Malheureusement, ces arguments sont rejetés en bloc par les intéressés qui y voient une injustice. Notre bouillant confrère, le journaliste François Doumnan dit sans nuance « la solution à cette crise est ailleurs. Le conseil [d’administration, ndlr] connaît bien ceux qui ont dilapidé les fonds de fonctionnement de cette radio mais ne veut pas les poursuivre en justice et préfère plutôt déverser sa colère sur le personnel qui est pourtant innocent. » Et voilà, la crise des casseroles vides déborde dans la rue !

Gata Nder, cinquième directeur de cette radio, se retrouve avec le lourd héritage de ses prédécesseurs. Tous pourtant ont été choisis par le conseil d’administration dominé par deux personnages : Dobian Assingar, ex-président de la LTDH et surtout Gilbert Maoundonodji, président de l’Association pour la Promotion des Libertés Fondamentales (APLFT) et président du GRAMP-TC (Groupe de recherche alternative et de monitoring du projet pétrole Tchad-Cameroun). Gata Nder tente de mettre en œuvre les recommandations d’une évaluation réalisée en août 2003 par deux consultants internationaux. Entre-temps, les bailleurs parmi lesquels, des ambassades et des ONG étrangères, se sont tous retirés de son financement. Dans la foulée de ce qui semble être un scandale financier gigantesque, certaines personnes se demandent : quelle direction qu’ont prise les 100 millions de F CFA octroyés par les bailleurs pour le fonctionnement de la radio ? D’autres n’acceptent pas qu’un groupe d’associations de droits de l’homme agisse de la sorte. Vérification faite, il ne s’agirait là que d’un seul bailleur, l’ONG Cordaid.

Cette révélation n’est semble t-il que la pointe de l’iceberg. Car d’autres financements importants auraient pris la clé des champs. On cite en exemple 19 millions F CFA de la Fondation National pour la Démocratie, ONG américaine, qui auraient été détournés pour financer un trafic de véhicules d’occasions et des investissements immobiliers personnels. Le personnel révolté parle de nombreuses ponctions pour des besoins particuliers, avec des faux motifs. Des altercations violentes auraient souvent opposé journalistes et gestionnaires de la radio, à cause de la fréquence de ces détournements et de l’impunité totale dont jouit toujours le principal accusé, Gilbert Maoundonodji.

Nous sommes donc en présence d’un nouveau feuilleton qui ne passera pas inaperçu. Les langues se délient et la volonté d’en découdre avec une situation jusque-là bien masquée dans la société civile caractérise les propos des uns et des autres. On s’interroge sur le fait que comment ces responsables de la société civile, engagés en première ligne dans la croisade contre les dérapages du régime clanique d’Idriss Deby, ont-ils pu camoufler ce qui se passait dans leur propre écurie, jusqu’à l’éclatement de la crise ? La réponse se trouve peut-être dans les propos de leur employé le journaliste éditorialiste François Doumnan : « C’est de l’hypocrisie ! Ces associations n’ont qu’une seule idée dans la tête : celle de satisfaire elles-mêmes leurs propres intérêts ». À ce stade, on peut conclure que la crise est vraiment profonde et que le modus vivendi interne est brisé. Cette nouvelle crise, qui menace d’emporter ce joli fleuron de la société civile, nous a poussé à réaliser une enquête sur cette radio, depuis ses origines.

La radio FM Liberté est née en pleine crise interne d’un de ses promoteurs, la LTDH. Selon les témoignages et les écrits, la radio FM Liberté était déjà l’un des griefs qui causa le limogeage du tonitruant  Enoch Djondang en 1997. Ses collaborateurs dissidents de la LTDH lui reprochaient d’en faire « son affaire », pour avoir initié seul le projet de la radio. Lui-même rétorque, en disant qu’il avait toujours été seul dans la prise d’initiatives telles que le projet de radio depuis 1993, l’avait donné le nom FM Liberté, avait entrepris des démarches pour son financement, avant de décider de l’élargir à huit autres associations représentatives de la société civile en août 1997, sur les conseils de certains partenaires. Il justifie le conflit entre lui et ses compagnons par le fait qu’il avait fermement décidé de mettre à la disposition du nouveau conseil d’administration, né de l’élargissement, l’intégralité du premier financement de 11 millions F CFA obtenu pour le démarrage de la radio. À peine un mois après la notification de cette décision unilatérale, et son limogeage de la tête de la LTDH donc du projet radio FM Liberté, il aurait assisté, selon ses dires, à la dilapidation de ce fonds par ses successeurs. Craignant en porter le chapeau un jour devant les partenaires qui lui avaient fait confiance, en lui positionnant ce fonds, Djondang s’était livré à des remontrances virulentes contre la gestion du conseil d’administration, à travers des lettres ouvertes. Est-ce peut-être parce qu’il a été écarté ou à cause de la mauvaise gestion ? L’intéressé soutien que c’est plutôt à cause de la mauvaise gestion.

Pour toute preuve, il brandit un exemple d’une de ces lettres aux administrateurs de la radio, à la veille d’une réunion houleuse consacrée à la démission fracassante de Laoukoura Sa’ndoudjinang du poste de directeur technique : « Cette démission, intervenant après les départs suspects de plusieurs autres personnes travaillant dans la station, est révélatrice de la gestion scandaleuse qui y prévaudrait depuis le lancement officiel de FM Liberté en 2000 », écrit Djondang à ses camarades. Plus loin, dans la même lettre, il affirme « l'enthousiasme de départ a vite fait place à la désillusion… Le tribalisme était devenu une règle de sélection et de discrimination entre le personnel… Malgré notre exclusion volontaire par cette mégalomanie, nous avons toujours tenté, à travers des courriers et des suggestions, de faire éviter que la radio FM Liberté ne sombre dans le chaos. Notre contribution désintéressée a été marginalisée, car la mégalomanie manipulait les uns et les autres avec arrogance et menaces ».

La rage au cœur,  Enoch Djondang  poursuit en ces termes : « Il est impensable que la FM Liberté loue une villa à 400.000 F CFA par mois, alors qu'on pourrait trouver trois fois moins cher. Ou l'achat d'un terrain à 22 millions de F CFA, alors qu'on en trouve à cinq fois moins et prêt à être habité, de surcroît au centre ville ? Une pléthore de personnel inutile, à la dimension de la radio nationale, alors qu'ailleurs les FM rationalisent leurs ressources humaines au maximum. Et pire, des agents recrutés sur des bases floues et qui passent le clair de leur temps à grignoter sur les ressources de la station par toutes sortes de subterfuges et de faux indignes des ADH ».

Les mêmes arguments sont repris actuellement par Gata Nder. Dans la foulée, Djondang s’opposerait encore jusqu’à présent au jumelage entre la FM Liberté et la Voix de l’Amérique, au motif que cette radio ne peut offrir ses antennes à la diffusion des positions officielles du Gouvernement américain, et qu’elle devrait conserver son indépendance envers les gouvernements et les partis politiques, comme les associations qui l’ont créées : « FM Liberté doit rester l'émanation de la société civile militante et trier ses relations en respectant son statut. Les ressources reçues depuis sa création étaient consistantes et on ne devrait pas connaître de crise, si seulement la gestion n'était pas opaque et mégalomane, une fois de plus. Nous demandons au conseil d'administration de dénoncer ces accords avec La Vox of America le plus tôt possible et rejeter les faux arguments qui tendraient à les entériner », concluait-il.

Reste que, les principales têtes du conseil avaient réussi à convaincre les bailleurs de financer la radio, qui souffrirait plutôt d’un martyr de la part du pouvoir autoritaire d’Idriss Deby, avec à l’appui des arguments, les suspensions prononcées contre elle par le Haut Conseil de la Communication (HCC). L’afflux de l’argent aurait continué à alimenter les pratiques déshonorantes de gestion quasi-tribale tant des recettes ordinaires que des subventions très importantes reçues par le Conseil d’Administration. Progressivement, la profondeur et la persistance du mal de la mauvaise gestion ont plongé la radio dans la crise. Des campagnes de quêtes publiques n’auraient rien donné, en manque de volonté réelle des dirigeants du Conseil de changer les méthodes.

De l’avis du personnel et de certains démissionnaires, Gilbert Maoundonodji serait le principal responsable de la gestion presque tribale, personnelle et catastrophique de la radio FM Liberté aujourd’hui en faillite. C’est lui qui, dès l’ouverture en 2000 de la radio, aurait recruté massivement ses proches et copinage et se comportait en véritable dictateur. Dobian Assingar, souvent absent du pays, était placé devant les faits accomplis de ce dernier mais laissait faire. Personne, dans le collectif très fermé des associations de droits de l’homme, tous de la même région pétrolière, n’osait prendre le risque de réclamer publiquement la fin de ses pratiques mafieuses. Gilbert Maoundonodji, ancien agent du CEFOD, comme Djimtibaye Lapia, président de la CENI, connaîtrait-il les mêmes faiblesses de la gloriole ? Souhaitons que Gata Nder réussisse à sauver cette radio pour le triomphe de la liberté.

Nasra Bandjoh
Ialtchad Presse


RADIO FM LIBERTE

Siège social : Boite Postale : 4589 N’djaména -Tchad
                                      Téléphone : (235) 53 32 00 / 26 42 78                        105,3 MHZ

DROIT DE REPONSE A LA RADIO FM LIBERTE

L’enquête sur la radio FM Liberté  publiée par  « IALTCHAD » dans votre rubrique « Focus Akhbar » comporte un si grand nombre de contrevérités et jette un tel discrédit sur la société civile tchadienne en général, et le collectif des Associations des Droits de l’Homme et l’Union des Syndicats du Tchad en particulier, qu’il appelle de notre part un droit de réponse que nous vous demandons de publier en intégralité et sans aucune modification dans votre journal en ligne, au même endroit que l’enquête concernée, conformément aux dispositions de la Loi 029 sur le régime de la presse au Tchad.

L’article de M. NASRA BANDJOH prétend être une enquête. Mais il est étonnant qu’il n’ait pas jugé utile de recueillir l’avis des principaux acteurs de la crise de la Radio FM Liberté, encore moins la version des personnes qu’il a gravement incriminées. Il s’est contenté des propos d’un journaliste de la Radio FM Liberté, rendu hystérique par la perspective d’un licenciement et de l’ancien Président de la Ligue Tchadienne des Droits de l’Homme, M. Enoch DJONDANG, qui depuis son éviction de la tête de la LTDH, s’est inscrit dans une logique systématique de règlement des comptes.

Présenter la crise de la Radio FM Liberté comme un scandale financier gigantesque relève simplement de l’élucubration. Sinon comment penser que les 100 millions de  F. CFA  (moins de 187.000 Euros) de CORDAID ait été détourné, alors que durant la période de 2001 à 2003 au cours de laquelle la radio a bénéficié de cet appui, elle a assuré régulièrement les charges de son fonctionnement, notamment payer les salaires, le loyer du bâtiment de location,  l’électricité, assurer le fonctionnement du groupe électrogène, acquérir divers matériels et équipements etc.  100 millions sur trois ans, cela représente 33 millions par an en moyenne. Les charges salariales représentent à elle seules plus de 20 millions par an et le budget de fonctionnement de la radio plus de 80 millions. Comment peut-on  honnêtement se demander où  est passé cet argent. De là à penser que les 100 millions de CORDAID est une  manne inépuisable qui  assurerait ad aeternam le fonctionnement de la radio, relève de l’hystérie  sinon  d’une absence évidente de sens des proportions.

Pour ce qui concerne l’utilisation des 19 millions provenant de l’ONG américaine NED, il est dommage que l’auteur de cette fameuse enquête ne se soit pas donné la peine de venir enquêter à la Radio FM Liberté sur les équipements qui ont été acquis sur ce fonds. Il a préféré reprendre à son compte les ragots selon lesquels cet argent a servi à financer un trafic de voitures d’occasion et des investissements immobiliers.

Le Conseil d’Administration n’a ni cherché  à couvrir des malversations, ni cultivé l’impunité dans la gestion de la radio. Un audit des comptes a été effectué  par un cabinet agréé. Les résultats de l’audit disponible à la radio a été approuvé par l’Assemblée Générale des Partenaires de la radio, et transmis aux bailleurs de fonds. L’audit réalisé a décelé dans la gestion de la Radio des malversations imputées au Comptable d’un montant de 1 700 000 F. CFA. Ce comptable a été remercié et si des poursuites judiciaires n’ont pas été engagées contre ce comptable, ce n’est pas le fait du Conseil d’Administration qui a expressément demandé à la Direction de la Radio d’engager cette poursuite. La Direction de la Radio nous a assuré que cette poursuite est sur le point d’être engagée.

Pour ce qui concerne les accusations portées contre certaines personnes, elles n’engagent que l’auteur, et les personnes concernées sauront donner les suites appropriées à cette affaire. Nous nous en tenons pour notre part aux résultats de l’audit financier.

Le Tchad comme chacun sait, connaît une grave crise économique et social qui n’épargne aucun secteur. L’Etat lui même est en faillite financière prononcée. Comment s’étonner qu’une modeste radio associative, privée de ses appuis extérieurs et qui ne peut compter sur un financement local compte tenu de l’état de pauvreté des populations,  puisse connaître une crise financière le contraignant à restructurer son personnel. Il fallait choisir entre laisser mourir la radio ou se séparer d’une partie du personnel pour assurer la survie de la radio. Nombre d’entreprises parmi les plus huppées du pays recourent à des licenciements économiques du personnel pour sauver leurs sociétés. Pourquoi dans le cas de FM Liberté,  tient-on à voir dans sa restructuration le résultat d’un scandale financier.

De la situation de la Radio FM, l’auteur a glissé vers un procès en règle contre la société civile en général, les associations des droits de l’homme et l’Union des Syndicats du Tchad en particulier. Ce qu’écrit NASRA BANDJOH, en puisant abondamment dans les attaques hargneuses de M. DJONDANG contre ses anciens compagnons de lutte, se résume en ceci : « la société civile, les associations des droits de l’homme et l’UST sont tous aussi pourris que le pouvoir de IDRISS DEBY.» Partir de la gestion d’une radio pour jeter le discrédit sur toute la société civile est un procédé honteux dont on devine aisément les commanditaires. Le pouvoir de DEBY qui, de tous temps, a cherché à neutraliser la Société civile qui constitue le seul rempart contre sa dérive dictatoriale, a ainsi trouvé en « IALTCHAD », NASRA BANDJO ET Enock DJONDANG, des alliés providentiels.

Mais nous n’allons pas  nous laisser distraire par les états d’âme de certaines personnes, car de vrais et graves problèmes nous interpellent, et le discrédit qu’on cherche à jeter sur la société civile n’entamera pas sa volonté de poursuivre la lutte qu’elle mène pour l’instauration d’un état démocratique où les libertés fondamentales seront garanties et la dignité et les droits  des citoyens respectés. Et la   restructuration de la Radio FM Liberté suivra son cours  afin de lui permettre de demeurer le précieux instrument du combat  pour les libertés.

DOBIAN ASSINGAR
Président du conseil d’Administration

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