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Focus-Akhbar |
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Focus-Akhbar:
Enquête
«
Idriss
Deby Itno, entre tensions sociales
et rebellions armées »
Par
Nasra Bandjoh
Article
paru le
29 janvier 2006 - Ialtchad
Presse |
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Enquête:
« Idriss
Deby Itno, entre tensions sociales et rebellions armées
»
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Depuis
quelques semaines le Tchad vit entre les menaces d’une rébellion à
Est, les tensions sociales internes dues aux arriérés des salaires et
de rentes des retraités et le bras de fer avec
la Banque Mondiale.
Jusqu’à présent, le président Deby a réussi à naviguer entre ces
tensions. Mais les jours prochains seront cruciaux pour son régime.
Pour comprendre ces événements nous avons mené une enquête afin de
mieux saisir les dessous de cette nervosité.
Une
enquête de notre correspondant depuis N’djamena
N’Djamena mercredi 18 janvier 2006, il est midi, le soleil est à son
zénith. A quelques mètres de
la Caisse
de Retraite, des retraités furieux barricadent la voie principale. La
tension est palpable. Deux militaires de
la Garde Républicaine
(GR) tentent de passer à motocyclette, à leurs frais, ils sont tabassés
et leur moto confisquée a failli être brûlée. Les manifestants réclament
pour 2 000 à 3 000 retraités ou leurs ayants droit une somme de 2 à 4
milliards de francs CFA. Une somme astronomique qui représente des arriérés
de pensions de quatre trimestres que leur doit l'Etat tchadien pour le
compte de l'année 2005.
« On est fatigué. Vivre dans une ville comme N’djamena sans être
payés depuis un an. Est-ce que cela est possible » lance un
premier retraité, les traits tirés par la dureté de la vie. « Le
gouvernement veut notre mort » rajoute un deuxième visiblement
agacé. « Il y a les revenus pétroliers, les différentes
recettes de l’État, les aides extérieures. Malgré tout cela, ils
(les gouvernants) volent nos maigres rentes de retraites pour
s’enrichir. C’est inacceptable » conclut un troisième sur un
ton agressif. C’est dire combien la tension sociale est très vive et
la grève a été suivie en grande partie, même par la nomenklatura. Si
ça continue comme ça, on peut arriver à des émeutes d'ici peu, avoue
désespérer, un haut responsable politique sous le couvert de
l’anonymat. « Voilà ce que ça donne lorsque
la Banque Mondiale
(BM) refuse de débloquer l’argent afin que l’État paie tout ce
monde affirme un proche du régime.
Socialement, les grèves ont été une soupape qui laisse
échapper un mécontentement général contre le gouvernement. Les
salaires des fonctionnaires sont en retard, les retraités ne perçoivent
pas leurs bourses etc. C’est dans cette ambiance tendue que
l'Union des Syndicats du Tchad (UST) compte reconduire et durcir
les grèves dans les prochains jours. L’UST a opté pour une stratégie
plus agressive : bloquer les grands axes administratifs de la
capitale N’djamena jusqu'à ce que leurs revendications soient
satisfaites.
Pendant
ce temps, le président Deby se prépare à être investi comme candidat
du Mouvement Patriotique du Salut (MPS), à la prochaine élection présidentielle
malgré la situation chaotique. Le surnom du « renard du désert »
alors qu’il était Chef d’État major sous le régime Habré tiens
toujours. En plus, l’homme est devenu aussi un « dinosaure » de
la politique tchadienne allant jusqu'à se faire appeler désormais
Idriss Deby Itno. Autres temps autre patronyme. L’ajout du nom Itno
vise à resserrer autour du président Deby Itno les membres de son clan
et surtout battre le rappel des troupes en ces temps des trahisons. Il
est « renard » lorsqu’il débarque au front Est du pays, là
ou, une partie de son clan s’est rebellé. Il est dinosaure
lorsqu’il est à N’djamena et surtout quand il a faire à
l’opposition démocratique. Calmement il se démène pour son
investiture. Un défi lancer à ses détracteurs. Mieux encore,
l’homme fort de N’djamena, se dit nullement perturber par cette rébellion
d’une partie de son clan. Des sources proches de la présidence
affirment que le président Deby Itno dit que Tom et Timane ne
connaissent rien à la chose militaire, encore moins à la rébellion.
C’est selon lui une aventure sans lendemain.
Déjà,
Deby Itno tente de récupérer les mécontents de l’Est mais sans les
frères Erdimi. Il est certain qu’ils finiront comme un certain Hassan
Fadoul Khitir. Entre-temps, Timane sillonne les rues de Ougadougou au
Burkina Faso à la recherche de soutiens en attendant que le Soudan, qui
boude les frères Erdimi, leur ouvre la porte. Pendant ce temps Tom est
de retour à Houston aux Etats-Unis, après une virée à Bruxelles
pour, semblerait-il, des contacts. Drôlement, Tom avance à visière
baissée. Grave erreur pour quelqu’un qui est désormais dans
l’opposition.
Cette assurance du président Deby Itno se justifie par ce micmac de
cette union de l’opposition armée dénommée Front Uni pour le
Changement Démocratique (FUC). Une union fragile et au contour flou
tant on sait qu’elle repose sur une seule raison : faire partir
Deby Itno. Des sources proches du FUC affirment qu’un congrès aura
bientôt lieu à Khartoum pour définir le contenu de cette union. La
confiance retrouvée de Deby Itno est aussi le résultat d'une
concertation du dernier carré du clan qui aurait recommandé au président
Deby Itno de ne pas quitter le pouvoir, par défi et surtout au motif
que la justice internationale le rattraperait aussitôt. Deby Itno
aurait promis aux siens de se battre jusqu'à la mort, quitte à être
chassé par les armes.
Au-delà
de cette assurance, après avoir accuser le Soudan de soutenir la rébellion
à l’Est, après avoir déclenché une diplomatie tout azimuts pour dénoncer
l’encombrant voisin de l’Est, le locataire du palais rose est quand
même fragilisé. Il ne fait plus confiance aux siens. C’est pourquoi
il a désigné le ministre d’État et des infrastructures M. Adoum
Younoussmi, dit-on futur SG du MPS voire dauphin du président, pour
assurer l’intérim des affaires civiles à son absence de la
capitale.
Cependant, la plus grande crainte du président réside dans le bras de
fer qu’il a engagé avec
la Banque
Mondiale
(BM). Il soupçonne fortement les pétrolières américaines de vouloir
déstabiliser son pouvoir ou du moins de l’intimider afin qu’il
recule sur la nouvelle loi 001 portant modification des revenus du pétrole.
Pour ramener les Cies américaines et
la BM
à des meilleurs sentiments, il a été conseillé, selon un diplomate
qui requiert l’anonymat, de reprendre les relations diplomatiques avec
la Chine. Des
relations rompues au profit de Taiwan il y a quelques années. Mais Deby
Itno a préféré opter pour Taiwan. C’est ainsi que le Tchad a signé
avec ce pays le mercredi 18 janvier un accord prévoyant l’exploration
de nouveaux gisements pétroliers. Le ministre tchadien du pétrole,
Mahamat Nasser Hassane, a signé avec
la Compagnie Chinoise
des Pétroles (CPC, publique), un mémorandum prévoyant une période
d’exploration de quatre années pour un investissement de 30 millions
de dollars. Deby Itno joue là une carte dissuasive mais à double
tranchant. Cela peut aider sa cause tout comme lui nuire définitivement.
Cependant depuis quelques jours, des sources gouvernementales
soutiennent que le président Deby Itno abrogera la loi 001 pour revenir
à la première loi moyennant quelques arrangements afin de satisfaire
la BM.
Déjà
, une délégation tchadienne et des représentants de
la Banque
mondiale se réuniront ce lundi 30 janvier à Paris. Une rencontre
consultative pour tenter de régler le contentieux qui oppose
le Tchad et
la BM
sur l’utilisation des revenus pétroliers.
Fragilisé, le président tchadien l’est véritablement, à tel point
que
la France
commence à s’interroger sur la capacité de Deby de stabiliser le
pays.
La France
a exhorterait le gouvernement tchadien, dit-on dans le milieu
diplomatique N’djamenois d’aller vers l’abrogation de la loi 001
afin d’avoir une meilleure relation avec
la BM
et les autres bailleurs de fonds.
Selon
certaines sources, cette même France aurait tenté, en mi-décembre 05,
à travers un émissaire du président gabonais Oumar Bongo Ondimba,
avant le sommet CEAMC de N'djaména, une solution provisoire de
gouvernement dirigé par une personnalité forte de l'opposition. Wadal
Abdelkader Kamougué, président de l’Union pour le Renouveau et
la Démocratie
(URD) et Lol Mahamat Choua, président du Rassemblement Démocratique et
du Progrès (RDP) étaient pressentis mais auraient refusé l'offre française,
de concert avec
la Coalition
des Partis pour
la Défense
de
la Constitution
(CPDC), au motif que
la France
devrait plutôt faire partir Deby du pouvoir, seule solution définitive
au problème tchadien. À la question comment ? Nul n’a de réponse.
Le
régime de Deby est certes fragile mais a encore une chance de survivre
à cette énième convulsion. C’est pourquoi les superstitieux disent
que Deby à la « baraka » (la chance) de son côté grâce a
son caractère « renard », qui l’aide à déjouer les pièges
et à anticiper les actions de ses plus farouches adversaires. Mais les
cartésiens, eux, soutiennent que rien tout cela n’est pas vrai. Pour
eux Deby Itno est le résultat d’un pays qui était à la dérive
depuis plusieurs décennies. Et qui fabrique des présidents sans foi ni
loi. Visiblement, l’ex-Commandant en Chef et l’actuel président est
une énigme. Sa force est d’avoir été par le passé
militaire-combattant et aujourd’hui un politicien qui ne sous estime
aucun adversaire. Il a très tôt su que le pouvoir s’acquiert au
Tchad par les armes et se conserve par la ruse et la violence. Point
besoin de lire Le Prince de
Machiavel pour savoir qu’au Tchad c’est une dimension importante
de l’action politique. Ceux qui ont compris cela sont à l’Est, sur
le chemin du renard Deby. Mais l’homme entre-temps est devenu aussi un
dinosaure. Deby Itno est donc à moitié renard et à moitié dinosaure.
Ce qui lui procure une petite avance sur ses opposants tant au niveau
des politico-militaires que de l’opposition démocratique. Il peut être
délogé mais avec le risque d’une guerre civile. Contrairement à son
mentor Hissène Habré qui avait promis le déluge après sa chute, Deby
le « renard-dinosaure » ne promet rien mais prépare un déluge
pour prendre de revers tout
ceux-là qui convoitent son fauteuil. Un déluge qui emporterait et lui
et ses adversaires politiques et ce qui reste du pays des Sao.
Nasra Bandjoh
Ialtchad
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