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Focus-Akhbar |
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Focus-Akhbar:
«
L’inextinguible feu de l’Est
»
Par
Bello Mana Bakary
Article
paru
le 29 octobre 2006 - Ialtchad
Presse |
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«
L’inextinguible feu de l’Est
»
Par
Bello Mana Bakary
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« Les forces de l’Union des forces
pour la démocratie et le développement (UFDD) ont investi la ville
de Goz Beïda. Les forces gouvernementales n’ont pas résisté. La
ville est sous notre contrôle », a déclaré le numéro deux de l’UFDD
Acheikh Ibn Oumar ce dimanche 22 octobre. Le ton était sec, le
timbre de la voix tremblante, ce revenant de la scène politique
tchadienne annonce qu’une nouvelle coalition vient de mettre le feu
à l’est. Un autre feu de plus. Ce n’est pas le feu qui frappe
l’esprit mais la façon dont il a été allumé. Une mise au feu
calculée, un coup médiatique pour se positionner en créant la
surprise à la veille de la fête de la Aïd-el-fitr Al-Moubarak.
Visiblement l’exercice est réussi mais le feu menace de se propager
au-delà des frontières tchado-soudanaises.
Pour rappel, l’UFDD est le résultat de
la fusion de trois groupes rebelles : le Conseil démocratique
révolutionnaire (CDR) de Acheikh Ibn Oumar, ancien ministre et
actuel porte-parole du mouvement ; de l’Union des forces pour le
progrès et la |
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démocratie (UFPD) de l’ancien ministre
de la Défense le général Mahamat Nouri et d’une faction dissidente
du Front uni pour le changement (Fuc), dirigée par Abdelwahid Aboud
Mackaye. À part ce dernier, les deux autres chefs sont des vieux
routiers de la scène politico-militaire tchadienne. |
Lundi 23 octobre, à une centaine de kilomètres plus au
sud, la ville d’Am-Timan est occupée par les mêmes rebelles. Cette
stratégie ressemble, par certains côtés, à celle initiée par le Fuc, le
13 avril passé. Sauf que cette fois-ci, le chef de l’UFDD affirme que
ses éléments n’ont
pas l’intention de menacer Ndjaména mais d’attaquer des objectifs ciblés
des forces gouvernementales.
Selon nos sources, le même
jour à N’djamena, la nervosité est perceptible. Des mesures de sécurité
sont renforcées un peu partout en ville. À la veille de la grande prière
de la Aïd, la mosquée Roi Fayçal de N’Djaména est quadrillée par les
forces de l’ordre. Les fidèles sont triés à l’entrée. Plusieurs n’ont
pas pu participé à la prière marquant la fin du jeun. Le ciel N’djamenois
vrombit de bruits des hélicoptères militaires. Aux différentes sorties
de la capitale, des chars de combat prennent position, des voitures
Toyota 4X4, bourrées d’hommes, d’armes et bagages roulent à grande
vitesse vers la sortie nord. Dans le quartier administratif, des
militaires montent la garde devant les bâtiments des institutions de la
République. La majorité des fonctionnaires désertent leurs lieux de
travail, plusieurs ONG ont libèrent leur personnel, les écoles font de
même. N’djamena s’est remplie des rumeurs et des spéculations. Des bruits
courent au sujet des arrestations dans les milieux Gorane et Arabe et à
propos de
l’avancée des rebelles. La population redoute l’attaque éclaire du Fuc
le 13 avril 2006. La peur s’est emparée de la ville.
Des sources proches du pouvoir confirment, sous couvert de l’anonymat,
que des arrestations ont bien eu lieu. Le
ministre de la Défense Bichara Issa
Djadallah, lui, dément l’information. Abdramane Djasnabaille, ministre
de la Justice va de son grain de sel « une enquête a été ouverte pour
voir si les agresseurs ont des complicités à N’Djamena. Mais elle n’a
pas encore débouché sur des arrestations » dit-il.
Le manteau noir de la nuit enlace N’djamena. Les
rumeurs continuent toujours à courir. L’assurance du pouvoir cède la
place au doute. La fébrilité s’est installée au cœur du palais rose, car
dit-on, les adversaires sont plus coriaces, plus aguerris cette fois-ci.
Ils ont même tenté d’abattre un Breguet Atlantique 2 de l'armée
française d'un tir de missile sol-air. La France est un peu fâché avec
Deby Itno parce qu’il a laissé paraître son soutien aux rebelles
soudanais par l’entremise de Khalil Brahim,
chef du Mouvement pour la Justice et l’Égalité (MJE). Selon nos sources,
le président tchadien n’a pas non plus apprécié l’aveu de son protégé.
Rien de plus. Pour mettre fin à cette
ambiance de ni guerre ni paix mais plein de suspicions, le soldat Deby
Itno veut en découdre une fois pour toute avec les rebelles. Mais
ceux-ci refusent la confrontation et optent pour une guerre d’usure. Car
la puissance de feu de N’djamena risque de leur être fatale. Au moment
de lancer les forces gouvernementales aux trousses des rebelles, il
était déjà trop tard. Les rebelles se sont retirés. Ce dimanche 29, dans
leur chasse aux rebelles, les forces gouvernementales, sont paraît-il
tombées dans une embuscade tendue par l’UFFD. Les dégâts sont très
élevés. Au moment de publier ce papier, l’information n’a pas encore été
confirmée. Le soldat Deby Itno digère avec douleur cet affront qui fait
paraître la fragilité de son pouvoir, une fois de plus, une fois de trop. Tous les
observateurs s’accordent pour s’interroger: jusqu’à quand N’djamena
résistera aux assauts des rebelles ?
Samedi 28 octobre, la nouvelle rébellion dresse son bilan comme pour
narguer N’djamena. Côté ennemi : 73 morts, de nombreux blessés, 43
prisonniers, de nombreux véhicules, détruits, et saisis. Côté ami : 2
morts, 5 blessés, deux véhicules détruits. Sans plus de précisions.
À N’djamena, il n’y a
pas de bilan pour l’instant. Toutefois, le ton est guerrier, car le
ministre tchadien des Affaires étrangères Ahmat Allami a menacé, samedi
28 au soir, le Soudan des représailles. Il accuse ce pays d’avoir
bombardé vendredi 27 quatre localités tchadiennes. « Nous mettons en
demeure le Soudan de cesser dans les jours et les semaines qui viennent
ses agressions. Dans le cas contraire, nous ne manquerons pas de prendre
toutes nos responsabilités pour riposter comme il se doit si
nécessaire », a laissé entendre M. Allami. Dans les prochains jours, le
feu risque de ne plus être entre rebellions et États mais bien entre
l’État du Tchad et l’État du Soudan. Il risque alors d’être
inextinguible.
Bello Mana Bakary
Ialtchad
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