Hymne national
     Le pays
     Constitution
     Assemblée
     Gouvernement
     Opposition
     Tourisme
     Art & Culture
     Musique
     Sports
     Cuisine
     Images du Tchad

     Éditorial
     Actualité
     Interview
     Forums
     Salon d'entreprises
     Emploi
     Annonces
     Sahibi
     Poésie
     Livre d'or
     Archives
     Groupe ialtchad

 

  Focus-Akhbar

Focus-Akhbar:
« La méthode Deby Itno »

Par Bello Mana Bakary
Article paru le 14 août 2006 - Ialtchad Presse



«
La méthode Deby Itno »
Par Bello Mana Bakary


« Le Tchad célèbre aujourd’hui un grand événement d’une haute portée historique et d’une signification profonde. Ce 8 août, consacre l’ancrage définitif du Tchad dans la dévolution du pouvoir par la voie démocratique ». Ce sont les premiers mots du président Deby Itno lors de la cérémonie de son investiture le mardi 8 août devant un parterre des chefs d’états africains. A 54 ans, ce natif de Bardaba, un hameau dans la préfecture de l’Ennedi selon ses détracteurs, a traversé nombre d’adversités ces derniers temps. On le disait malade et en fin de règne. Il rebondit. Il est ragaillardit par sa victoire militaire  lors de l’offensive du 13 avril des rebelles du Front uni pour le changement (Fuc). Il est confiant grâce aux ralliements par petits groupes des membres
de son clan entré en dissidence il n’y a pas longtemps. Enfin, il est conforté par son investiture pour un troisième mandat. C’est le premier président dans ce pays à avoir passé le cap de 15 ans au pouvoir. Une limite mystique dans l’esprit tchadien. « C’est la baraka qui est avec cet enfant du désert » affirme un inconditionnel du président.

Tout sourire ce 8 août, le président tchadien veut qu’on ne retienne de lui que le nouveau Deby Itno. Celui qui a placé son troisième quinquennat sous le signe du « social ». Celui qui a fait rentrer le Tchad dans ses droits face à la toute puissante Banque Mondiale (BM). Enfin, celui qui a su faire face à l’agression de la « mercenariat soudanaise ». Mais alors ? Qu’est ce qui fait que ce fils de berger, dont personne ne voyait à la tête de l’État, réussit-il à se maintenir au pouvoir vaille que vaille ? Le secret, dit-on, est dans la méthode. Une méthode qui consiste à souffler d’abord le chaud pour ameuter la foule et surtout les amis. Ensuite, sur la même lancée, souffler le froid et faire appel aux confrères présidents pour faire baisser les tensions. C’est la méthode Deby Itno. Une méthode « suicidaire » mais qui à l’avantage d’avoir toujours plusieurs fers au feu.

On se souvient, il y a quelques mois, le président Deby Itno était  déchaîné contre son homologue soudanais Oumar El-Bechir l’accusant de vouloir déstabiliser le Tchad. Il ne s’est pas retenu de traiter le président soudanais de « traître » de « lâche » et « d’âne ». Plusieurs pensaient que c’en était fini entre Deby Itno et Oumar El-Bechir. La nervosité a atteint son paroxysme lorsque, dénonçant à gauche et à droite les autorités soudanaises, le président tchadien n’a pas hésité à qualifier l’Union Africaine (UA) de pratiquer « la politique de l’autruche ». Entre temps, hors camera, Idriss Deby Itno demandait au coloré Guide libyen Mouhamar Kadhafi et au bouillant président sénégalais Abdoulaye Wade d’intercéder auprès du dirigeant soudanais afin de calmer les choses.

Résultat, la réconciliation s’est amorcée avec la visite à Khartoum du ministre tchadien des affaires étrangères Ahmed Allami le 10 juillet passé. Une reprise des relations diplomatiques entre les deux pays était à l’étude sans plus. Mais surprise, la réconciliation a culminé à l’occasion de l’investiture. Et pas n’importe comment. En public, sur la tribune du palais du congrès, le Guide libyen s’avance prend par les mains El-Béchir et Deby Itno, les lient, les soulèvent en signe de paix et s’efface. S’en est suivi une accolade fort remarquée entre le Tchadien et le Soudanais. On dit que les gestes valent parfois mieux que les mots. Quelque chose vient de se passer à ce moment là. Personne ne connaît la profondeur, ni la sincérité de ces retrouvailles. Mais chose sûre, la réconciliation est consommée même si elle n’est pas scellée officiellement. Quitte à mécontenter M. Wade qui devrait, selon le plan A, être le parrain de ces retrouvailles. Ce plan A prévoyait un mini sommet Al-Bechir-Deby Itno à Dakar. Mais le Guide libyen a tout fauché. Tant pis. Le président Wade se contentera de parachever l’entente verbale sur papier, devant les cameras du monde, dans les prochains jours à Dakar. Les autorités tchadiennes sont revenues à la charge parce qu’elles ont constaté que la machine s’est emballée trop vite et rien n’a été mis sur papier. « Travail arabe » disent les adversaires du régime tchadien. Effectivement renchérissent les sénégalais, concurrents des libyens, qui n’ont rien compris aux joutes tchado-soudano-libyennes. C’est une entorse au plan A mais il faut être de bonne volonté. Wade compte se reprendra  à Dakar.

Durant la tension tchado-soudanaise, le président Deby Itno a ouvert un autre front lorsque la Banque Mondiale (BM) avait décidé de suspendre les versements des prêts à N'Djamena et à geler le compte de garantie sur lequel sont reversés les revenus du pétrole tchadien. Sous la direction de l'ex « faucon » de l'administration Bush, Paul Wolfowitz, la BM a adopté la ligne dure avec N’djamena. Le bras de fer s’est alors engagé entre le « faucon » banquier Wolfowitz et le « renard du dessert » Deby Itno. Rappelons que la cause de ce bras de fer remonte au fait que le président tchadien, confronté à des difficultés de trésoreries, a annulé unilatéralement le compte pour les générations futures et a fait passer de 15% à 30% la part des revenus du pétrole utilisables sans le moindre contrôle de la BM. Il a ensuite transformé cette décision unilatérale en loi en modifiant par le parlement tchadien la loi de 1999 et a ajouté la justice et la sécurité aux autres secteurs prioritaires. Face au mécontentement de la BM, sur ces deux points, Deby Itno a répondu sèchement que le Tchad est en situation de « belligérance » avec le Soudan et fait face à une « agression étrangère » venue de ce pays. Pendant que la discorde était à son maximum, le président tchadien demandait à la France, spécialement au président Chirac et à son homologue sénégalais Abdoulaye Wade d’intercéder auprès des américains pour qu’une solution soit trouvée. En même temps, Deby Itno continuait à hausser le ton en déclarant que la BM veut priver le Tchad de ses droits.

Le 20 juillet dernier, Paul Wolfowitz, s’est rendu personnellement à N’Djamena pour discuter de vive voix avec le président tchadien. Des mesures de déblocage étaient sur la table. La BM exigeait l’adoption d’une loi de finances rectificatives pour tenir compte des dernières évolutions économiques et financières et du nouveau protocole qui affecte 70 % des revenus du pétrole aux nouveaux secteurs prioritaires. À la veille de l’arrivée de M. Wolfowitz, les députés tchadiens se sont réunis dare-dare et ont voté la loi rectificative. C’est la fin du différend entre la Banque mondiale et les autorités de N’Djamena. Le « faucon » banquier américain a cédé face à l’efficacité de la méthode du « renard » président tchadien.

Autre champ même méthode, les différents mouvements rebelles opérant à l’est du pays n’échappent pas. D’un côté, le président Déby Itno, continue de mobiliser, en coulisses, ses pairs africains contre tout éventuel danger provenant de ceux qu’il appelle « les mercenaires soudanais » de l’Est. Pour le besoin de la cause, les présidents Sassou Nguesso du Congo et Bongo Ondimba du Gabon sont chargés d’ameuter les organisations internationales et régionales. De l’autre côté, Deby Itno tente de se réconcilier avec le capitaine Mahamat Nour, chef de la principale rébellion armée, le Fuc. Le frère du président Daoussa Deby est chargé de discuter en personne avec M. Nour. Selon nos sources, M. Daoussa Deby aurait affirmé au jeune rebelle que tout est négociable excepté le fauteuil présidentiel. Pour couper l’herbe sous les pieds de El-Bechir et de Nour soupçonnés d’être des amis de la Chine populaire, N’djamena a finalement fait le choix de Beijing (Pékin) fortement encouragé par le chef de la diplomatie tchadienne Ahmad Allami. Ainsi, le dimanche 6 août le ministre chinois des Affaires étrangères Li Zhaoxing et son collègue tchadien ont signé un communiqué conjoint qui dit en substance que « la Chine et le Tchad, conformément aux intérêts et aspirations des deux peuples, se sont mis d'accord pour rétablir leurs relations diplomatiques au niveau d'ambassadeurs à partir du 6 août 2006. » La messe est dite, exit Taïwan. C’est la méthode Deby Itno.

Mieux encore, même l’entourage des rebelles est ciblé. Surtout celui de Mahamat Nour qui se fait courtiser en douceur. L’essentiel c’est d’avoir une grosse pointure du Fuc si Nour demande trop dit-on dans la capitale tchadienne. Ainsi, depuis le mois de juillet, Abderamane Djasnabaille, le ministre tchadien des Droits de l’homme s’entretient discrètement à Paris avec Laona Gong, le représentant du FUC en Europe. Quant à l’opposition démocratique réunie sous la Coalition des partis politiques pour la Défense de la Constitution (CPDC), elle non plus, n’échappe pas aux visées de Deby Itno qui compte briser la solidité de cette coalition en débauchant quelques membres. Quelques caïds du régime sont, semble-t-il, désignés pour faire miroiter à certains maillons faibles de la CPDC des postes de responsabilités très alléchants dans le futur gouvernement. Malgré tous ces fers au feu, le soldat Deby Itno ne baisse pas la garde. Car ses troupes stationnées à l’Est du pays sont toujours en état d’alerte maximale. Le pouvoir c’est comme une course de fond. C’est celui qui est le mieux préparé qui gagnera. Deby Itno ne veut pas se faire surprendre. Il se prépare inlassablement. Des livraisons d’armes et de matériels militaires plus sophistiqués affluent toujours. À N’djamena, il y a longtemps que le soldat Deby Itno a fait sien ce vieux dicton, selon lequel, pour faire la paix, il faut préparer la guerre. Une sagesse en parfaite osmose avec la méthode Deby Itno.

Bello Mana Bakary
Ialtchad Presse


Les autres Focus-Akhbar 

La méthode Deby Itno Par Bakary Mana Bello
Entre dialogue et guerre Par Bakary Mana Bello
Campagne éclaire et appels du pied Par Bakary Mana Bello
Une campagne électorale surréaliste Par Bakary Mana Bello
Bataille de N’djamena, la vérité  Par Bakary Mana Bello
Scoop : Le secret de Tom Erdimi et les tractations à l’Est Par Bello Bakary & Makaila Nguebla
Idriss Deby Itno, entre tensions sociales et rebellions armées Par Nasra Bandjoh
Pèlerinage 2006, magouilles à vu d’œil Par Nasra Bandjoh
La radio associative FM Liberté tangue  Par Nasra Bandjoh
Séisme au sein du Mouvement patriotique du Salut (MPS). Par Nasra Bandjoh
Incarcéré puis expulsé vers le Sénégal pour délit d’opinion Par Bakary Mana Bello
 
Scoop : Echec d’une mission commandée à Khartoum Par Mohamed Kebir
 
Le mercredi aux longs couteaux Par Bétoubam Mbaïnaye
 
Scoop : Ce que Soubiane mitonne! 
Par Bakary Mana Bello
  Le MDJT ou le terrorisme subversif  Par Bétoubam Mbaïnaye
 
Rififi au sein de la Colonie tchadienne au Cameroun  Par Bétoubam Mbaïnaye
 
Le général Massoud inquiète N’Djaména  Par Bétoubam Mbaïnaye
  Requiem pour les Sao du Tchad  Par Bétoubam Mbaïnaye
 
Les damnés de l’Afrique centrale et d’ailleurs  Par Bétoubam Mbaïnaye
 
Charlotterie incognito  Par Bétoubam Mbaïnaye
 
Les familles tchadiennes des victimes du DC-10 d’UTA bientôt indemnisées
Par Bétoubam M.

Le pays | Constitution | Assemblée | Gouvernement | Opposition | Tourisme | Art & Culture | Musique | Sports | Cuisine | Images du Tchad
Éditorial | Actualité | Interview | Forums | Salon d'entreprises | Emploi | Annonces | Sahibi | Poésie | Livre d'or | Archives | Groupe ialtchad