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  Focus-Akhbar

Focus-Akhbar:
« Rififi au sein de la Colonie tchadienne au Cameroun »
Par Bétoubam Mbaïnaye
Article paru le 26 février  2004 - Ialtchad Presse


« Rififi au sein de la Colonie tchadienne au Cameroun »

   Pour une crise, cela en est une. Car, rien ne va plus au sein de la Colonie tchadienne au Cameroun. Preuve : dans une correspondance – estampillée " requête " - adressée le 10 février dernier au ministre des Affaires étrangères du Tchad, avec ampliations aux autorités camerounaises, un groupe de Tchadiens, résidant à Yaoundé, n’est pas passé par quatre chemins pour " contester la réhabilitation d’un réfugié sous mandat du HCR, en la personne de Dingaotoudji Ndilmbaye Isaac, à la tête de la Colonie tchadienne au Cameroun. " En réaction à cette requête, le 1er Secrétaire attaché à l’ambassade du Tchad au Cameroun tranche : " Ce n’est pas la première fois que ces transfuges agissent de la sorte, mais cette fois c’est du désordre inadmissible, c’est de la rébellion !… " Pour M. Mahamat Abdelkerim Addei, Chargé d’affaires de l’ambassade, pour qui cette requête est une contestation de son autorité, " les auteurs de ce tract sont tout simplement poursuivables. " Dingaotoudji Ndilmbaye Isaac, le contesté de son côté, n’est pas non plus allé du dos de la cuiller et menace : " Je suis le président de la Colonie tchadienne au Cameroun et je le demeure (…) Si un groupuscule d’individus sans honneur se décide à engager une fronde contre ma personnalité, je ne leur rendrai pas le mal pour le mal. Mais pour la manifestation de la vérité et du droit, je porte plainte devant la juridiction camerounaise contre eux pour diffamation. "

  D’ores et déjà, la Colonie tchadienne au Cameroun est divisée en deux camps…ennemis. Et des deux côtés, les troupes se mobilisent ; les glaives s’émoussent ; les têtes vont peut-être tomber. Mais qu’est-ce qui a pu bien provoquer cette panne d’entente au sein de la communauté tchadienne du Cameroun, au point que ses membres se mettent en branle-bas de combat les uns contre les autres ? Pour comprendre cette affaire très tchadienne, un flash back s’impose.
Problématique limogeage
Été de l’année 1998. L’ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire du Tchad auprès du Cameroun à l’époque, M. Ramat Issaka Al Hamdou, sort une décision mettant fin aux fonctions de M. Doumengar Kélo, qui avait succédé à M. Bondounga Pierre, à la tête de la Colonie tchadienne au Cameroun. Selon nos sources, M. Doumengar Kélo était " la bête noire " de ses compatriotes et scandalisait tout le monde en instituant une prison personnelle à son domicile. L’ambition de M. Kélo, raconte-t-on, était d’instaurer un
Lamido tchadien sur le territoire camerounais. " C’était un dictateur qu’on avait porté à la tête de la Colonie ", a reconnu un haut responsable de l’ambassade…

 


Dingaotoudji Ndilmbaye Isaac
Le président de la colonie réhabilité et contesté.

Après la suspension de M. Doumengar Kélo donc, la communauté tchadienne du Cameroun, notamment celle de Yaoundé avait passé plus d’une année sans leader, errant comme un troupeau sans berger à travers les quartiers de la capitale. Entre-temps, les petites querelles entre Tchadiens se sont quadruplées, tandis que les rapports entre Tchadiens et la police camerounaise étaient des plus délétères. Que faire ?

12 octobre 1998. L’ambassadeur du Tchad, sous le conseil de son Chargé d’affaires, convoque la communauté tchadienne à Yaoundé à une réunion au cours de laquelle, il émit l’idée de la restructuration de la Colonie. L’idée obtint l’approbation de tout le monde. Le choix du président de ladite colonie, cependant, a été confié à l’Association des volontaires pour l’assistance sociale aux Tchadiens indigènes au Cameroun (AVASTIC), une association parrainée par l’ambassade du Tchad et officiellement reconnue par les autorités camerounaises. En deux semaines, l’affaire a été gérée " démocratiquement ", et le 28 octobre, l’ambassadeur M. Issaka Ramat Al Hamdou a signé la décision N° 007/ATC portant M. Dingaotoudji Ndilmbaye Isaac, un fugitif du système dictatorial de Habré, à la présidence de la Colonie.

Dès la publication de cette décision, M. Doumengar Kélo, qui n’avait jamais digéré sa destitution, déclenche les hostilités. Dans une pétition qu’il avait adressée au ministère des Affaires étrangères du Tchad avec ampliations à toutes les missions diplomatiques accréditées au Cameroun et à un large pan des autorités camerounaise, y compris la présidence de la République, le frondeur écrit : " (…) Nous rejetons en bloc cette décision illégale qui constitue une erreur gravissime pour les autorités de l’Ambassade, jaloux du rôle que joue le président de la Colonie."

Quand la presse dénonce…

Qu’à cela ne tienne, M. Ndilmbaye Issac est maintenu à la tête de la Colonie. Mais pas pour longtemps. Car deux ans et demi plus tard, une autre décision N° 595/ATC/02, signée de feu ambassadeur Kolbassia Vounna, remplaçant de M. Issaka Ramat Al Hamdou, tombe : M. Ndilmbaye Isaac est suspendu de la tête de la Colonie sans protocole. Les actuels détracteurs de ce dernier commentent : " Il a trahi l’ambassadeur dans un journal, le traitant d’incompétent " quand il s’agit de défendre les Tchadiens du Cameroun. Evidemment, dans un article de Pascal Chrétien publié dans la livraison N° 412 du 02 mars 2000 de l’hebdomadaire tchadien N’Djaména-Hebdo, article repris en rubrique kiosque du journal Le Messager du 05 mars 2000, Ndilmbaye Isaac, le président de la Colonie tchadienne, a affirmé que " 3.000 Tchadiens croupissent dans les prisons camerounaises " et qu’aucune démarche n’était entreprise par l’ambassade du Tchad au Cameroun pour la libération de ces détenus. Cet article, semble-t-il, n’était pas du goût de l’ambassadeur, qui aurait convoqué le président de la colonie pour lui remonter les bretelles. Mais comme par enchantement, Le Progrès, un quotidien tchadien, dans sa parution du 05 avril 2002, a encore titré : " Dure, dure d’être un Tchadien au Cameroun ". Au menu de l’article, le rédacteur, citant Ndilmbaye Issac, rapporte que " l’anti-tchadinisme est tellement développé dans les milieux policiers camerounais " et qu’en dépit de la situation, " l’ambassade se fige dans un silence radio. " Cette fois, le courroux de feu ambassadeur Kolbassia Vounna était d’autant plus intense que deux semaines après la parution de l’article, Ndilmbaye Isaac a payé de son poste. Dès lors, la Colonie tchadienne au Cameroun était tombée dans un coma qui aura duré au total 21 mois. Et se relève directement dans une ambiance de crise. " Moins de deux mois après la mort de l’ambassadeur feu Kolbassia, écrivent les contestataires, l’ambassadeur réhabilite ce réfugié [Ndilmbaye Isaac] sous silence, alors que la communauté tchadienne résidant au Cameroun ne veut pas de lui. " Que s’est-il réellement passé entre-temps ?

Veillée d’arme

Dimanche, 08 février 2004. Ndilmbaye Isaac, avec tout l’apparat d’un président de la Colonie, envoie un communiqué dans les différentes églises des Tchadiens à Yaoundé, demandant aux uns et aux autres de se manifester auprès de son autorité pour être inscrits aux fins du premier festival international de l’esthétique et de la coiffure africaine, qui se déroulera à Yaoundé du 1er au 03 avril 2004. Du coup, tout le monde s’interroge : " Depuis quand est-ce que Isaac est réhabilité ? " Immédiatement, un comité de contestation à cette réhabilitation se crée. A la tête dudit comité, se dessine l’ombre de l’ancien président de la Colonie, M. Doumengar Kélo et de deux de ses inconditionnels Tokom Santos et Ningaro Justin. Leur premier acte : publication de la requête dont il est question ci-dessus.

Informé de la manœuvre des contestataires, Ndilmbaye Issac brandit comme un bouclier la décision N° 001/04 du 23 janvier 2004 signée du Chargé d’affaires, M. Mahamat Abdelkerim Addei, portant sa réhabilitation. Le Chargé d’affaires s’explique : " La suspension de M. Isaac tenait à un simple malentendu entre lui et le défunt ambassadeur (...) D’ailleurs, le problème a été réglé depuis bien longtemps. Et puis dans la perspective de l’arrivée du président Déby au Cameroun, il faut bien que la colonie soit restructurée pour l’organisation de son accueil. C’est dans ce contexte que j’ai pris ma décision de le réhabiliter. " Une explication qui semble ne pas porter, car le clan des contestataires persiste et signe : " Quoi qu’il en soit, nous considérons cette décision comme une trahison de  la communauté tchadienne au Cameroun et comme une dictature. [De cet fait], cette décision est nulle et non avenue. Tout au plus, elle pousse à la révolte et à la rébellion. (…) L’auteur de cette décision assumera donc toute la responsabilité de tout ce qui se déroulera dans l’avenir au sein de l’Ambassade et de la Colonie." Du berger à la bergère, le 1er Secrétaire attaché à l’ambassade fulmine  : " Ce groupuscule à intérêt à ne pas transposer les comportements tchadiens au Cameroun, un pays de pas et de stabilité. Si d’aventure ses aventuriers s’hasardent à faire une quelconque manifestation comme ils le disent, tant pis pour eux ; nous laisserons les forces de l’ordre camerounaises faire correctement leur travail… " Avis de tempête ou simple intimidation ? Wait and see.


Par Bétoubam Mbaïnaye
Ialtchad Presse


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