«...La
musique tchadienne est très bonne. Je ne comprends
pas pourquoi les Tchadiens ont cette désaffection
pour la musique faite chez eux. Je disais que je fais
une musique sans public pour un public sans musique...»
Kaar Kaas Sonn
Kaar
Kaas Sonn de son vrai nom Noël Flavien Kobdigé, né
en 1973 à Sarh fait plus intello qu'artiste. En effet
Kobdigué est titulaire d'une licence en droit,
maîtrise en relation internationales, premier cycle
ENAM (Diplomatie) et actuellement en DEA à Genève.
Auteur-compositeur, ce jeune rappeur, sympathique et
presque toujours jovial est aussitôt devenu un
personnage incontournable sur la scène musicale
Tchadienne. Aujourd'hui, grâce à notre talentueux
artiste, le Rap conquiert petit à petit le cœur des
jeunes de N'djamena, longtemps bercés par des
sonorités bantoues et soudanaises. Garde
du cœurMythe
paradeSexpéculation
Ialtchad
Presse: - Revenons sur tes débuts pour ceux qui ne connaissent pas
ton histoire, comment as-tu commencé à faire de la musique
? Kaar Kaas Sonn: En
1992, j'étais en classe de terminale au lycée technique
commercial de N'Djamena. Il y avait le rap. Il y avait MC
SOLAAR -c'est un monument pour moi, et mon rêve de le
rencontrer reste vivace. Je me suis mis à l'imiter et c'était
parti! D'abord, j'ai été fondateur de TIBESTI, groupe qui
fait notre fierté. Je quitte le groupe pour entrer à l'ENA.
Je continuais à écrire des textes. Juin 95, je chante lors
de la fête de la musique au centre culturel français de
N'Djamena!!! En septembre de la même année, je fais mon
premier enregistrement dans mon salon à Moursal. Les gens
trouvaient ça bien et j'ai dû continuer. 98 je vais à
Bangui pour la maîtrise et de retour je suis recruté comme
stagiaire à la présidence de la république (j'étais
major de ma section Diplomatie à l'ENA) et j'enseignais
l'administration des entreprises dans un institut.
Une fois
de plus, l'occasion de ne pas faire du rap se présente.
C'est en 99 que, sélectionné pour représenter le Tchad en
France (Questions Pour Un Champion), j'enregistre une
cassette avec Aimé Palyo. Arrivé en France, ça a déclenché
le délire. On était à Giverny, chez Claude Monnet, grand
peintre Français devant l'éternel que j'adore, et c'est là
que les choses se mirent à tourbillonner. Julien Lepers me
fait chanter dans son émission. De retour à N'Djamena,
concerts et cafés-concerts s'enchaînent. Grâce au centre
culturel français! En 2000, sort l'album "Ballades
d'un récalcitrant"; je me produis au Festival
LAFRICAFOLIES à Verdun sur Garonne, en France. 2001, je
fais un concert en faveur des enfants avec l'UNICEF et dont
la moitié des recettes a été versée à une association
qui s'occupe des enfants de la rue.
Ialtchad
Presse:
Quels
ont été tes inspirations pour le choix du Rap, ton style
et ta voix ? Kaar Kaas Sonn: Je m'inspire du
vécu quotidien. En fait, je me pose trop de questions et
pousse des réflexions avec le rap. C'est une musique
hautement intellectuelle et c'est ça que j'adore dans cette
musique, comme Bob Marley le faisait en son temps avec le
reggae. Je fais un rap de salon, c'est-à-dire un rap que
tout le monde pourra écouter. Je ne vois pas de raison de
cantonner le rap dans la rue. Si l'on pense souffrir des
serres du système, il faut bien dire au système son désaccord.
Il y a de plus en plus de sauvagerie comme si toute l'évolution
de l'humanité était en train de se muer en animalité.
Avatars?
On voit bien que celui qui enseigne le pardon ne pardonne
pas, ceux qui parlent de démocratie pratiquent le coup d'État,
les défenseurs de la
paix sont des marchands d'armes,
etc. Face à ce dérapage, j'essaie d'exorciser l'inhumanité
de l'humanité pour enseigner l'humanité de l'humanité à
l'humanité. En gros, je milite pour le dés asservissement
des peuples asservis.
Ialtchad Presse: - Ton
nom est peu commun, que signifie Kaar kaaas sonn ? Kaar Kaas Sonn: Kaar Kaas
Sonn vient de KWARE KU SEN. En ma langue, le nanjere, cela
signifie "l'Enfant qui connaît".
Ialtchad
Presse: -
Peux-tu nous parler de ton 2eme album « chic choc chèque
» ? Kaar Kaas Sonn: Chic choc chèque
est un disque réalisé à Sarh au Tchad. Je voudrais
prouver qu'on est bons parfois dans ce bled.
Malheureusement, le studio a pris feu et le produit
avec.C'est pas grave!!! Quand, en septembre 2000
je
rentrais de vacances de France, une émission passait sur la
radio Dja FM et là, on disait que les filles émancipées
à N'Djam ont trois copains: Le premier est le mec avec qui
elle sort, le deuxième est celui qui "assure" et
le troisième banque. Donc chic choc chèque. Mais il y
avait aussi des délestages intempestifs de la STEE qui ont
bousillé mon ordinateur (combien de Tchadiens avaient été
-ou sont- victimes de ces âneries!) Voilà pourquoi, je
pose la question : qu'est-ce qui marche dans ce système
pourri?
Ialtchad
Presse: - Parlons
de tes réalisations récentes, peux-tu en dire plus sur
votre travail avec le groupe Français « LE POINT G » ? Kaar Kaas Sonn:
Actuellement, je travaille avec
un groupe basé au sud de la France, le POINT G. Ils sont
archi cool et le travail se fait positivement. On prépare
un festival en été en France.
Ialtchad
Presse: -
Prévois-tu une tournée au Tchad ? Kaar Kaas Sonn: Je
rêve de retourner au Tchad. Le pays me manque énormément
déjà. La chaleur des gens; mais aussi partager la misère
de mes parents et amis, monter sur une scène et voir tous
ces jeunes gens acclamer quand je touche du doigt certains
aspects de leur vie. C'est magique, le Tchad!!!
Ialtchad
Presse: -
En tant que musicien, quel regard portez-vous sur la musique
Tchadienne de nos jours ? Kaar Kaas Sonn: La musique
tchadienne est très bonne. Je ne comprends pas pourquoi les
Tchadiens ont cette désaffection pour la musique faite
chez eux. Je disais que je fais une musique sans public pour
un public sans musique. C'est avec joie et engagement.
Ialtchad
Presse: - Question:
ton rap est-il engagé ? Kaar Kaas Sonn: Dire que mon
rap est engagé serait du pléonasme! Le rap se définit par
son caractère engagé par essence. Je fais un concert pour
les enfants ou les personnes qui souffrent de lèpre, c'est
ça l'engagement. Certaines choses méritent qu'on en parle.
Ne pas le faire serait de la démission et le faire trop
tard serait de la lâcheté. Ça coûtera ce que ça coûtera,
mais n'est-ce pas mieux de souffrir pour une cause juste que
de ne pas souffrir du tout et laisser l'injustice gagner
notre existence? Faut-il baisser les bras et laisser sombrer
dans l'oubli collectif
des valeurs -et vertus- comme la
justice? Je ne rêve pas de parler de ces valeurs à mes
enfants, un jour, comme on parle de dinosaures aujourd'hui.
Ialtchad
Presse: -
Quels sont tes projets pour le futur ? Kaar Kaas Sonn: les
projets ne manquent pas. Faire de nouvelles œuvres. Depuis
que je suis à Genève (octobre 2001), j'ai écrit plus de
60 textes. Quand je vais finir mes études, je vais m'y
mettre à fond.
Ialtchad
Presse: -
Tes passions ? Kaar Kaas Sonn: le mic, la
musique, le basket, le foot (je suis profondément attristé
par l'élimination précoce de l'équipe de France et des équipes
africaines). L'écriture aussi, car j'ai fait un recueil de
poèmes en 2001 et quelques nouvelles publiées par le réseau
de lecture publique de la coopération française.
Ialtchad
Presse: -
La francophonie? Kaar Kaas Sonn: Le français est une très belle
langue. Et cette langue, devenue notre patrimoine commun à
tous les francophones, est en train d'être supplantée par
d'autres. Devons-nous baisser les bras et laisser sombrer ce
patrimoine?
Ialtchad
Presse: - As-tu
un message à passer à tes fans et aux ialtchad ? Kaar Kaas Sonn: Je tire mon chapeau à ialtchad,
qui devient notre tribune commune pour bâtir un Tchad
autrement. Bien à vous. A mes fans et ceux qui aiment ce
que je fais, je suis fan de vous et vous embrasse fort.
Ressentez cette chaleur de N'Djamena dans ce baiser.
Tendrement, Kaar Kaas Sonn Ialtchad
Presse: - Kaar Kaas, ialtchad vous remercie Kaar Kaas Sonn: Merci à vous