Le
Ministre des relations extérieures, Monsieur Ahmad Allam-mi, n’est pas
un vrai Tchadien. Il ne doit en conséquence pas jouir des privilèges qui
doivent être réservés aux seuls vrais Tchadiens.
C’est en substance ce qui ressort des affirmations publiquement assumées
du Ministre plénipotentiaire hors classe, Hassan Abakaka Mayo, lorsqu’il
écrit sans détours que : « Si le Tchad n’est pas plongé dans le
désordre politique actuel, ‘‘des personnes n’ayant pas d’attache
sérieuse’’ (…) ne seront pas à la tête de notre diplomatie ».
Autrement dit, pour occuper un poste prestigieux de responsabilité
politique, il est impératif d’avoir ses racines paternelle et maternelle
au Tchad. Avoir un seul parent ayant des racines au Tchad ne serait pas
suffisant pour se revendiquer Tchadien. Surtout, être né d’un parent
Blanc est une situation qui devrait définitivement restreindre vos
chances de prétendre occuper des fonctions politiques au Tchad.
Dans l’absolue,
il peut paraître surprenant qu’à notre époque de métissage, entre Noirs
et Noires de différents pays, entre Blancs et Noirs ou encore entre
toutes les races…, il puisse exister des individus pour tenir de tels
propos. Il est encore plus surprenant que de tels propos soient tenus
par une personne qui se revendique intellectuel, docteur, très haut
fonctionnaire, diplomate de carrière ayant sillonné le monde et côtoyé
diverses cultures.
Pourtant, aussi
surprenant que cela puisse paraître, il est regrettable de constater que
les propos de Monsieur Abakaka Mayo trouvent un appui dans la
Constitution tchadienne qui classe expressément les Tchadiens en
plusieurs catégories pour l’élection à la magistrature suprême. Notre
Constitution (art.62) indique clairement que pour prétendre aux
fonctions de Président de la République, il faut impérativement « être
Tchadien de naissance né de père et de mère, eux-mêmes Tchadiens
d’origine… ». Aussi, ni la nationalité que l’on peut acquérir jus
soli ou jus sanguini, ni la naturalisation que l’on acquière
en en faisant la demande, ne suffisent-elles à octroyer les mêmes droits
à l’éligibilité qu’aux « vrais » Tchadiens, c’est-à-dire ceux qui sont
nés de père et de mère Tchadiens « d’origine ». Cette disposition ne
s’est pas retrouvée fortuitement dans la Constitution tchadienne. Elle a
été défendue unguibis et rostro à la Conférence Nationale
Souveraine (1993) par des individus qui pensent et réfléchissent
exactement comme Abakaka Mayo. Elle a surtout été effectivement
appliquée pour écarter la candidature d’Abderamane Khoulamallah lors de
l’élection présidentielle de 1996. Les membres de la CENI ne se sont pas
gênés de lui rappeler que sa mère était Soudanaise. La circonstance que
sa mère ait passé toute sa vie au Tchad et que son père ait été
plusieurs fois ministre et même Premier Ministre du 12 au 24 mars 1959,
n’a pas suffi à faire de lui un « vrai » Tchadien.
Certains me
rétorqueront sans doute qu’il est normal qu’il y ait des distinctions
entre citoyens pour les fonctions du Président de la République. Notre
Directeur de la Publication m’a fait la remarque suivante : « dans
tous les pays, il existe des conditions pour être Président ». Cette
remarque serait exacte si et seulement si elle n’insinue pas que la
condition « d’origine tchadienne » posée par notre Constitution
est une condition objective. Il est incontestable que pour occuper la
plus haute fonction de l’Etat, il faut au moins établir ses attaches
avec le pays qu’on prétend diriger. Cette condition est à mon sens
valable pour toutes les fonctions politiques, quelles qu’elles soient.
Par exemple, la Constitution exige des candidats à la présidence qu’ils
aient au moins 35 ans qu’ils n’aient pas une double nationalité. Je suis
entièrement d’accord avec cette dernière exigence. L’on ne peut pas être
naturalisé Français ou Canadien et ensuite venir prétendre diriger le
Tchad. Déjà dans le domaine du sport en général et du football
international en particulier, un joueur ayant participé à une compétence
internationale sous les couleurs d’un pays ne peut plus faire partie de
l’équipe nationale d’un autre pays. A fortiori, diriger un pays
doit exclure la double nationalité.
Ce qui est
totalement absurde, c’est d’exiger, pour les fonctions présidentielles,
une filiation doublement originelle avec son propre pays. Si cette
condition subjective est appliquée dans les démocraties occidentales, ni
Sarkozy (25% Français) ni Obama (12,5% Américain) ne pourrait prétendre
exercer des fonctions politiques dans leurs pays respectifs. Surtout si
comme le prétend Abakaka Mayo, il faut avoir une double filiation
paternelle et maternelle avant d’occuper des postes politiques dans un
pays donné, l’acteur américain Schwarzenegger n’aurait pas été élu
Gouverneur de l’Etat de Californie. À moins de modifier la Constitution
pour en abroger la disposition sur la double racine tchadienne, gageons
que les membres de la CENI ne se gêneront pas de contester
éventuellement la qualité de « vrai » Tchadien de : mon ami Ahmat Yacoub
d’Alwihda et de ses enfants, du ministre Adoum Younousmi et de ses
enfants, du juge Ahmed Bartchiret et de ses enfants, de Moukhtar Wawa
Dahab et de ses enfants, de Kogri Issa et de ses enfants, des enfants d’Hissein
Habré de mère sénégalaise, des enfants d’Idriss Déby nés de Wazouna.
Bref, de tout Tchadien ou descendants de Tchadiens n’ayant pas une
double racine au Tchad. Et en ces temps de test ADN, il serait difficile
de cacher sa double filiation étrangère et tchadienne.
Mais être
Tchadien, est-ce seulement être né de père et de mère Tchadiens
d’origine ? Beaucoup de nos compatriotes sont Tchadiens sans avoir une
double racine au Tchad. Ils doivent néanmoins jouir des mêmes droits que
tous les Tchadiens de « souche » à l’éligibilité à la plus haute
fonction de l’Etat. Et puis, si l’on devait continuer à raisonner en
termes d’origine, je voudrais que l’on me dise à partir de quelle époque
faut-il situer l’origine du Tchad. À partir du 25 février 1885 ou
seulement depuis le 11 août 1960 ? Et pourquoi pas avant ou après ces
deux dates ? Dans une récente « mise au point » adressée à un certain
Kossadingar, qui aurait voulu lui contester son appartenance à la nation
tchadienne, le Ministre des relations extérieures, Monsieur Allam-mi,
s’est-il senti obligé de préciser qu’il est « le fruit d’un métissage
de Gorane, d’Arabe et de Français ». Il précise ensuite avoir vu le
jour à Faya où naquirent d’ailleurs sa mère ainsi que ses grands
parents. Il dit aussi avoir fait l’essentiel de ses études primaires et
secondaires au Tchad où il a obtenu son bac avant de partir en France
pour y poursuivre ses études supérieures qu’il a achevées au Cameroun
grâce à une bourse tchadienne. Enfin, il aurait intégré le Ministère des
relations extérieures où il a effectué toute sa carrière professionnelle
conformément à sa formation universitaire. Il dit parler la langue
française et le dialecte gorane. L’on suppose aussi qu’il parle
parfaitement l’arabe véhiculaire tchadien.
Précisions
utiles sans doute pour donner des indications sur sa filiation métisse,
mais précision manifestement superflues pour revendiquer ses attaches
avec le Tchad. Ahmad Allam-mi est Tchadien de notoriété publique. Il
représente le Tchad sur le plan international et ne revendique aucune
autre nationalité que sa nationalité tchadienne. Monsieur Abakaka Mayo
me semble être un dangereux Lepéniste (idéologie de Jean-Marie Le Pen,
politique français raciste et xénophobe). Il le revendique d’ailleurs au
travers de cette affirmation : « Le Tchad a besoin d’un homme
d’expérience certes, mais ayant une identité crédible et
conforme aux réalités nationales pour conduire sa politique étrangère ».
Réveillez-vous Monsieur Mayo Abakaka. Vous vivez aux USA et on est au 21e
siècle. On ne choisi pas ses parents on ne choisi pas non plus son pays
de naissance. Si vous-même vous avez « réussi » à garder vos prétendues
attaches originelles avec le Tchad, rien ne vous détermine à croire que
cette situation sera maintenue par vos descendants. Et j’espère que si
par hasard un de vos petits-enfants ait eu une filiation à moitié
étrangère, vous ne lui fermerez pas les portes de la fonction publique.
Je l’espère vraiment.
Lyadish
AHMED
Ialtchad Presse