Tout a été déjà dit sur le régime
politico-militaire au pouvoir au Tchad. On n’y a retenu absolument rien
de positif. Un régime politique initialement révolutionnaire devenu
autoritaire, puis clanique et enfin autocratique. Un régime totalitaire,
réfractaire à toute réforme politique. Un régime entretenu et soutenu
par une poignée de personnes à moralité douteuse, rompues dans l’art de
la prostitution politique, corrompues jusqu’à la moelle. Un régime
politique vénal, qui des projets de développements n’en maîtrise que les
affreuses techniques de détournements de fonds publics. Un régime qui
clochardise ses hauts fonctionnaires, pratique le népotisme sans
discernement, rétribue généreusement les repris de justice et
responsabilise publiquement les ripoux. Un régime politique qui ne
connaît ni autorité judiciaire ni pouvoir législatif. Un régime
politique qui, pour le maintien au pouvoir d’un lobby mafieux contesté,
n’hésite pas à se servir des jeunes vies innocentes comme rempart. Un
régime politique taillé aux dimensions d’un homme qui du pouvoir et de
la gestion de la cité a une conception singulièrement néfaste.
Vous doutez certainement de ce que je sois
incapable de dresser une typologie exhaustive des tares du régime
politico-militaire au pouvoir à N’Djamena. Rassurez-vous, il ne s’agit
plus seulement de stigmatiser et d’attendre un hypothétique changement
de comportement de la part du chef de l’Etat et de ses adjudants.
Sachez-le, Idriss Déby ne changera pas, sinon en pire. Ses adjudants
l’encouragent à rester comme il est, quitte à voir périr tous les
Tchadiens dans les combats fratricides. Chaque jour qui passe, des
innocents meurent dans des guerres sciemment orchestrées pour permettre
à certains parvenus de piller les maigres richesses du pays. Paradoxe
d’un régime politique complètement avili, certains ministres et hauts
fonctionnaires sont immensément riches alors que l’Etat est incapable de
faire soigner au pays ses soldats blessés aux combats. Pour ne prendre
que cet exemple, malgré les milliers de milliards de recettes
pétrolières de ces dernières années, il n’y a pas encore un véritable
hôpital au Tchad où l’on peut soigner de simples blessures physiques. Et
il n’y en aura pas aussi longtemps que les Tchadiens se laisseront
abuser par des discours effrayants sur la rébellion et les prévisions
des Cassandres sur l’après-Déby.
Non ! Sérieusement, il n’est pas besoin d’être
devin pour dire qu’à l’avenir personne ne fera pire que ce que font
aujourd’hui Idriss Déby et ses faucons. Lui cherche absolument à
conserver son pouvoir. Pour cela, il n’hésite pas à s’approprier
l’argent du pays pour acheter des armes sophistiquées quitte à les faire
manipuler par d’innocents enfants. Conséquemment, ses faucons trouvent
dans la guerre un moyen de transvaser le contenu des caisses de l’Etat
vers leurs caisses personnelles illicitement constituées. Ils
s’enrichissent du sang des Tchadiens. Font tout pour décourager les
initiatives de paix et de réconciliation parce que celles-ci menacent
leurs intérêts. Le Tchad est devenu une véritable vache à lait pour
cette poignée d’individus aussi vils que méchants. Refuser de voir cette
réalité, c’est donner quitus aux aigrefins qui se moquent éperdument de
la situation sociale de notre pays.
Á mon sens, si l’on souhaite que le Tchad rompe
définitivement avec l’injustice et renoue avec la légalité, il est
désormais plus que jamais urgent de se débarrasser aussi vite que
possible de ce régime gangrené. Nous devons dépasser nos préjugés,
surtout ceux qui nous ont été subtilement distillés par des individus
ayant manifestement intérêt à ce que perdure le désordre dans notre
pays. Tout comme on nous a toujours dit que le pouvoir ne doit plus
repartir dans le « Sud des Kouffars », on nous dit aujourd’hui que les
Erdimi ont suffisamment pillé le pays et qu’il importe de les empêcher
de chercher à renverser Déby afin de conserver le pouvoir au sein de la
communauté zaghawa. On nous fait également croire qu’il faudra empêcher
Mahamat Nouri de combattre le régime parce que sinon les Goranes
reviendront au pouvoir. Mais jusqu’à preuve du contraire, personne n’est
capable de dire exactement ce que les Sara (terme générique), les
Goranes ou encore les Zaghawa ont fait de particulièrement atroce aux
Tchadiens. Surtout, ces manipulateurs ne sont pas capables de nous dire
exactement ce que le régime de Déby (dont ils profitent personnellement)
à apporter de positif aux populations tchadiennes.
Il est important d’être conscient du fait que ni
les Sara ni les Goranes, moins encore les Zaghawa n’ont exclusivement
contrôlé le pouvoir qu’un des membres de leur communauté a eu à exercer.
La manipulation qui consiste à indexer une communauté en particulier
afin de se disculper alors même que l’on a soi-même activement participé
aux forfaitures d’un pouvoir vénal et répressif n’est plus acceptable.
Ceux qui gravitent tout autour du pouvoir d’Idriss Déby ne sont pas tous
des Zaghawa. Mais ils profitent de la propension des Tchadiens à
raisonner ethniquement pour minorer leur part de responsabilité dans la
gestion chaotique du pouvoir. Aussi, afin que demain ceux qui gravitent
aujourd’hui autour du chef de l’Etat ne cherchent-ils pas à faire
endosser leurs propres responsabilités par les seuls Zaghawa sous
prétexte que Déby était un Zaghawa au pouvoir, il est plus qu’urgent de
réorienter désormais nos critiques. La manipulation des faucons ne doit
plus passer !
Lyadish
Ahmed