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Billet
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Billet
d'humeur:
« Cachez
ces Sudistes...»
à
propos de quelques idées reçues
Par Lyadish Ahmed
Article paru le 06 Août 2007
-
Ialtchad Presse |
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« Cachez
ces Sudistes... »
Par Lyadish Ahmed
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Trois
Nordistes sur quatre pensent que les Sudistes sont plus aptes à
assainir les finances publiques, à moraliser les institutions, à
reconstruire le Tchad, à former les futures élites du pays, à soigner
les malades, à participer au rayonnement de notre pays sur la scène
internationale à travers les activités culturelles, artistiques et
sportives, etc. La même proportion doute en revanche de la
capacité des Sudistes à reprendre la gestion politique et socio-économique
de notre pays. Le quart restant des Nordistes refuse d’entrer dans les
considérations géographiques et croit que ni la bêtise ni le génie
ne peuvent être le fait ou l’œuvre des seuls Sudistes ou des seuls
Nordistes. Cette petite statistique ne repose sur aucune étude
scientifique. Elle est établie sur la base de simples idées reçues
constatées au travers des discussions entre compatriotes sur le devenir
de notre pays. Elle témoigne néanmoins de notre véritable état
d’esprit de Nordistes.
Dans nos diverses discussions informelles entre Nordistes,
l’intelligentsia tchadienne est au Sud. L’essentiel des personnalités
tchadiennes célèbres l’est aussi. Pour constater cette réalité, il
suffit de ne pas simuler la cécité. Les Sudistes sont partout
nombreux, dans les administrations publiques, la police, l’armée, la
gendarmerie, à
la Justice
, dans les hôpitaux, les écoles, à l’Université, à la télé, à
la radio, dans les banques, les travaux publics, les plates-formes pétrolières,
dans les Institutions internationales, etc. Tout ou presque repose
encore aujourd’hui sur leurs épaules. Aucune institution, aucune
administration ne peut efficacement fonctionner sans leur participation
active. Les moins connus d’entre eux nous ont notamment formés de la
maternelle à l’Université. Les plus illustres s’appellent NDoram
Japhet, Kaltouma Nadjina, Nimrod, Masdongar, Nocky Djédanoum, et même
MC Solaar. Certains sourient certainement de l’étendue limitée de
cette liste. Encore faudrait-il sourire de la rareté d’illustres
personnalités issues du Nord du pays. À moins peut-être de prendre un
décret en Conseil de Ministres pour attribuer valeur de « célébrité »
afin de rééquilibrer la répartition des personnalités en fonction
d’appartenance géographique comme il est maintenant d’usage dans
l’administration civile et militaire de notre pays, il me
semble évident qu’en la matière le Nord est largement déficitaire.
Le cinéaste Mahamat Saleh Yacoub ne peut combler à lui seul le fossé.
En regard de cette formidable certitude largement partagée par les
Nordistes, une autre
certitude, assez négative celle-là, n’est pas moins largement partagée :
les Sudistes ont la couardise dans la peau. L’appellation « Laoukoura »
qu’ils se sont donnée eux-mêmes en guise d’autodérision ne
contient-elle pas une part de vérité ? Laoukoura signifie « un
Sudiste qui exécute le travail d’un responsable Nordiste
intellectuellement incapable ». Plus généralement, tous les
Sudistes sont des Laoukoura. En conséquence, tous les Nordistes sont
des incapables. Même si cette vision des choses est un peu excessive,
la proportion des responsables Nordistes intellectuellement incapables
dans l’administration suffit à asseoir la réalité des Laoukoura.
Malgré l’importance de leur formation, les Sudistes demeurent donc de
simples exécutants. Cette situation paradoxale où ceux qui ont plus de
diplômes sont confinés à des tâches subalternes et ceux moins ou pas
du tout instruits occupent les postes les plus prestigieux est une
particularité tchadienne.
Pourtant, tout porte à croire que les Sudistes se complaisent dans ce rôle
de Laoukoura. Voilà ce qu’on peut relever dans les discussions entre
Nordistes : « Les
Sudistes ne dénoncent jamais les insuffisances, même les plus
criantes, de leurs responsables hiérarchiques, acceptent toutes les
humiliations, se montrent condescendants et n’hésitent pas à se
trahir mutuellement pour plaire à leurs supérieurs Nordistes ».
En somme, des compatriotes sans personnalité, sans caractère et
surtout sans courage. Si la
peur de mourir sous les balles d’un forcené nommé Préfet ou sous-préfet
par népotisme explique, pour certains, le manque de courage des
compatriotes sudistes, il est amusant de noter que pour les fanatiques
ignorants, « l’appartenance à une des ethnies du Sud soumet de fait aux Nordistes
par la volonté de Dieu des musulmans ». Des explications
d’ordre pratique ne sont pas du reste. Il est des compatriotes qui
croient dur comme fer que les Sudistes n’ont aucun sens de
responsabilité et peuvent se montrer parfois
indignes des postes auxquels ils sont affectés.
Avec un ami cher de ce nom, on s’était posé la question de savoir « pourquoi
les Sudistes ne sont-ils jamais associés aux différentes négociations
politiques avec les politico-militaires ? ». Une réponse
assez hasardeuse conduirait à voir dans cette mise à l’écart, le
manque d’implication directe des Sudistes dans les conflits entre
Nordistes. Elle est bien hasardeuse puisque les discussions politiques
du Gouvernement avec les rebelles intéressent les Tchadiens dans leur
ensemble sans distinction basée sur l’appartenance géographique.
Aussi, en principe, seule l’aptitude à la négociation sans considération
ethnique est-elle à privilégier. Une autre réponse fondée sur des idées
reçues incite à voir dans cette mise à l’écart ni plus ni moins
qu’un manque de considération pour nos compatriotes Sudistes.
En effet, il est peu douteux
que les politico-militaires refuseraient de se mettre autour d’une
table de négociation avec un certain Nagoum Yamassoum ou encore avec
Houdeingar David. On ne discute pas avec des Laoukoura. D’ailleurs, au
temps où il était encore en rébellion avec le FUC, Laouna Gong Raoul,
actuellement ministre dans le Gouvernement de Kassiré, m’avait assuré
s’être fait traiter d’ « assujetti », lors d’une
rencontre au Soudan, par un des responsables politico-militaires
aujourd’hui en négociation à Tripoli. De même, nos compatriotes
militaires sudistes sont rarement envoyés sur les terrains des combats
malgré leur aptitude reconnue par les différents grades obtenus.
S’ils y sont envoyés c’est, sinon pour servir de chair à canon, du
moins pour « préparer le thé
et servir à manger aux vaillants combattants » entend-t-on
dire souvent dans les discussions.
Certes, il y a une part d’imagination dans ces idées reçues (pléonasme).
Néanmoins, nos compatriotes du Sud semblent ne rien faire pour corriger
cette image erronée ou simplement pour se
faire respecter. Partageraient-ils
la même approche sur leur propre condition que les Nordistes ? Si
tel est le cas, l’affirmation selon laquelle « il
n’y aura jamais plus un Sudiste au pouvoir au Tchad » sera
une réalité. Ce sera alors bien dommage pour notre pays.
Lyadish AHMED
, Ialtchad Presse
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