Ce matin, comme tous les
autres matins d’ailleurs, j’ai pris mon café en pensant à notre pays. Eh
oui, figurez-vous, ceux qui sont loin du Tchad se soucient de ce pays
autant sinon plus que ceux qui y vivent. Être loin et toujours penser à
ce qui nous est cher n’est-il pas la preuve de l’attachement que l’on y
porte ? La courte absence renforce l’amour envers les êtres de chair et
de sang, c’est connu. Et certains pensent même qu’être loin des yeux ne
signifie point être loin du coeur. Aussi loin de moi, tant par la durée
que par distance, le Tchad (qui n’est pas seulement composé d’êtres de
chair et de sang) n’en reste pas moins ma principale passion. Au même
titre que ma femme et Carlos Santana. Il n’y a pas de hiérarchie entre
ces trois-là. Si néanmoins je devais un jour choisir (ce qu’au demeurant
je ne souhaite pas), je saurais le faire. Je saurais quitter, non sans
remords, celle que j’aime. Je saurais ne plus écouter, avec regrets sans
doute, la musique que je sublime. Je saurais laisser mes responsabilités
politiques à ceux qui ont des chances de réaliser mon projet pour le
Tchad. Je saurais partir alors même que j’aurais aimé rester encore un
peu.
On doit toujours savoir
partir. Dans certaines circonstances, « Partir » est un choix, et un
choix est toujours une violence envers soi-même. Mais sur la balance des
choix aussi graves que l’intérêt pour « soi-même » et « l’intérêt
suprême » de tout un peuple, accepter de se faire violence à
soi-même c’est finalement peser de tout son poids pour éviter la
violence au plus grand nombre. N’est-ce pas d’ailleurs cela le but
ultime de tous ceux qui aspirent à se mettre au service de tout un
peuple ?
Pourtant, après 16 années de
pouvoir absolu, Idriss Déby n’a pas su partir en 2006 alors qu’il s’y
était solennellement engagé en 2001. Il se croit indispensable,
tellement indispensable qu’il avait un jour menacé sur RFI de « continuer
à veiller au respect de la Constitution même [s’il n’est] plus président ».
Nous savons tous qu’aujourd’hui, il est plus que jamais contesté par les
Tchadiens en général. Il est aussi rejeté par ses propres proches,
parents et alliés qui ont contribué à faire de lui un monarque
républicain. Mais il est aussi et surtout critiqué par ses opposants
« démocratiques » pour sa confiscation du pouvoir et son refus de leur
céder le siège suprême. Tous les chefs des partis politiques disent en
chœur, « Déby doit partir ». Tous sans exception, et ce n’est que
normal.
Mais, tout comme Déby, les
chefs des partis dits « grands » ont à leur actif 17 ans de « pouvoir ».
Ils sont à la tête de leurs mouvements depuis 1990. Tout comme lui, les
chefs des partis refusent de céder leur siège aux militants qui
souhaiteraient occuper la fonction de direction. Ils refusent tout
simplement de partir. Se croyant tellement indispensables, ils
paraissent incapables d’admettre que quelqu’un d’autre puisse faire le
travail à leur place. Alingué, Ibni Oumar, Kamougué, Kassiré, Kebzabo,
Lamana, Lol, pour ne citer que ces figures, sont à la tête de leurs
partis respectifs depuis toujours. Pire, ils ne font rien pour placer et
mettre au devant de la scène les meilleurs éléments de leurs partis.
Connaissez-vous les adjoints de ces chefs absolus ? Moi non plus.
Mais le temps est venu pour
certains d’entre eux de partir et de céder ainsi leur fauteuil à
d’autres. Ils doivent partir et ce, de gré ou de force. Ils avaient eu
l’occasion de partir plus tôt avec dignité par la grande porte. Ils ont
refusé de la saisir. Ils seront constitutionnellement contraints de
partir avant 2011 s’ils voudraient que leurs partis présentent un
candidat à cette échéance électorale. Vous l’avez sans doute compris,
Kamougué, Lamana et Lol Mahamat Choua ne seront plus éligibles en 2011
parce qu’à ce cette date, ils ne rempliront plus la condition d’âge
fixée à 70 ans par la Constitution. Sauf à chercher à se faire délivrer
de nouveaux actes d’état civil avec des dates de naissance moins
avancées que leurs millésimes réels. En tout cas, Déby n’hésitera pas
lui un instant à se faire délivrer un nouvel acte de naissance s’il le
fallait. Mais il préférerait faire modifier la Constitution. C’est plus
sûr et moins risqué de se retrouver plus jeune que ses propres enfants
par une nouvelle date de naissance choisie dans la précipitation. « Idriss
Déby, né le 6 avril 1983 » serait-il vraiment digne d’un homme d’Etat ?
Dans le même sens, rien n’est aussi moins digne que de se voir refuser
du travail parce qu’on est trop vieux ! C’est pourtant déjà le cas pour
certains. S’ils ne s’en sont pas encore rendu compte, nous sommes
désolés de le constater. Sincèrement désolés.
Lyadish AHMED
, Ialtchad Presse
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