

|
 |
 |
| |
Billet de
Amine |
 |
 |
Le
billet de Amine:
«
Code
de la famille et élections
»
Par
Amine
Idriss Adoum
Article paru le 11 avril 2005
-
Ialtchad Presse |
|
«
Code
de la famille et élections »
Idriss Deby était-il sincère
quand il s’adressait aux tchadiens le 8 mars dernier à propos du Code
de la Famille? Que cache cet engagement en faveur d’un texte tout à
fait contraire aux désires de la bande de bouffons qui l’entoure?
N’Djamena, 5 avril 2005, 19 heurs 30, dans une petite mosquée de
l’un des quartiers reculés de la ville. L’imam prend la parole après
la prière, il prêche l’honnêteté
et la rigueur dans nos actes
de tous les jours. En même temps, il dénonce les dérives
et la corruption sans cesse croissante dont
font preuve nos dirigeants. Son discours sur la “honte”
semble plaire au public qui lui accorde toute son attention et
lui manifeste son approbation par de vigoureux hochements de têtes.
Le discours de cet imam était particulièrement anticonformiste ce
soir-là. La subversion de ses
propos apporte réconfort et espoir dans le cœur de ces hommes
durs, travailleurs, honnêtes citoyens qui n’ont pour seule ressources
que la force de leurs bras, et
pour seul espoir Dieu. Fatigués
par une rude journée de travail, et aussi de vexations /
humiliations de toutes sortes, ils buvaient comme de l’eau bénite les
paroles de cet homme qui apportaient un peu d’espoir dans leurs cœurs
désormais indécis, dans leur quotidien précaire. J’écoutais aussi,
séduit par la force du discours de cet imam qui me semblait hors du
commun, et qui semble montrer une très grande maîtrise des sujets
qu’il aborde.
Puis directement, sans aucune transition, l’imam évoque le code de la
famille. Voici exactement ses paroles : « ce code de la famille,
nous ne l’accepterons jamais. Ce code qui légalise le mariage entre
hommes, ce code qui encourage la prostitution de nos filles, ce code qui
nous enlève le droit d’éduquer nos enfants et nous interdit de les
envoyer a l’école coranique, nous devrons le rejeter et le combattre
par tous les moyens». Puis il passe, très rapidement, sur un autre
sujet, totalement différent. Mais la petite intervention sur le code de
la famille a frappé juste. A la fin du prêche tout le monde
s’interrogeait sur ce fameux code et s’engageait à ne jamais
accepter qu’il devienne effectif.
Regardons cet engagement présidentiel
de plus près. Il me semble que le discours de Idriss Deby le 8
mars passé est la première brique de sa stratégie globale de
re-élection. En prenant
ouvertement parti pour le code de la famille, le président Idriss Deby
savait pertinemment qu’il jouait à la provocation avec l’Union des
Cadres Musulmans du Tchad (UCMT). Mieux, sachant que le fameux projet de
code de la famille n’a jamais été clairement vulgarisé ni expliqué, il s’attendait pertinemment à provoquer, en
guise de réaction, une
contre-action de désinformation
que conduira l’UCMT. Ceux-ci, comme tout
mouvement se réclamant
d’obédience religieuse, disposent en effet de redoutables
réseaux de communications qui
peuvent au besoin servir de canaux d’intoxication. Les mosquées, les
places mortuaires, les baptêmes, les prêches publics, les prières du
Vendredi, n’importe quel regroupement de deux ou plus de musulmans
devient un lieu de description et de re-explication du code de la
famille. Le gouvernement, ni aucune autre organisation nationale ou de
la Société Civile au Tchad ne dispose d’autant de réseau, ni
d’autant d’efficacité.
En très peu de temps le code de la famille aura été expliqué selon
les vœux et suivant les grilles de l’union des cadres musulmans. En
très peu de temps aussi, un
mouvement anti-code de la
famille d’une grande ampleur verra le jour dans la partie
septentrionale du pays. En homme politique avisé et rusé Idriss Deby
voudra alors se montrer à l’écoute de ses compatriotes et de leurs
préoccupations. Pour une fois!
Mais le re-positionnement à venir de Idriss Deby en faveur d’une
re-discussion du projet du Code de la famille entraînera un lever immédiat
de boucliers de la part des partis d’opposition et des associations de
la société civile. En période de campagne électorale, rien ne sera
alors plus facile pour Idriss Deby de se positionner auprès de nos
compatriotes musulmans comme étant le seul en mesure de se soucier de
leurs préoccupations spirituelles et morales. Et l’argument massue
sera son nouveau projet de code, en remplacement de l’ancien.
Le divorce entre les Tchadiens de confession musulmane
et les partis d’opposition sera alors définitivement consommé
à ce moment. Les partis seront en effet présentés comme
anti-islamiques, contre les populations et les
sociétés nordistes. Le sauveur des musulmans sera Idriss Deby,
qui sera présenté comme le seul candidat capable de faire face aux
objectifs inavoués des partis kirdi : insulter l’islam, précariser
les nordistes, les marginaliser pour finalement leur imposer une manière
de voir, une façon d’être et de vivre contraire à l’islam.
Diviser pour mieux gagner.
Les amalgames sur la religion auront encore une fois de plus servie à
faire le deuil de nos aspirations puisque, Idriss Deby, j’en suis sur,
sera alors re-élu sans coup férir, même sans aucune fraude.
Amine Idriss Adoum
aminidriss@yahoo.com
Ialtchad-Presse
|