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Billet de
Amine |
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Le
billet de Amine:
«
N'Djamena-Malabo : petit pont de
poussières et
de misères »
Par
Amine
Idriss Adoum
Article paru le 04 juillet 2005
-
Ialtchad Presse |
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«
N'Djamena-Malabo : petit pont de poussières et
de misères »
N’Djamena-Malabo.
Qu’est ce qui peut rapprocher ces deux villes de deux pays
totalement différents? Je crois que N’Djamena, ville poussière
à l’architecture sahélienne, et Malabo, ancien comptoir colonial
espagnole vieillissant de la cote atlantique devenue capitale de
la Guinée équatoriale peuvent aisément être comparées.
Il y a dix ans, la partie citadine de Malabo se limitait à ce qui est
devenu son centre – ville aujourd’hui avec ses restaurants neufs,
ses petites rues entièrement pavées et ses lampadaires. N’Djamena,
il y a dix ans, montrait le visage d’une ville en pleine
reconstruction après les affres des guerres civiles des années
80. Malabo, en ces temps-la, en dehors du centre ville, ressemblait plus
à un gros village de la savane tchadienne qu’à autre chose. Les
gens qui l’avaient connue à cette époque, et qui connaissent aussi
bien le Tchad, la comparaient volontiers à Kelo… en 1990.
Dix années plus tard, le boom pétrolier aidant, Malabo commence par
prendre des allures d’une véritable petite ville, avec des rues entièrement
bitumées, ses lampadaires, ses magasins et ses restaurants, des espaces
verts et des zones nouvelles d’habitation en pleine construction. Tout
dans la ville sent le pétrole à plein nez. Des immeubles poussent un
peu partout, de nouveaux quartiers apparaissent chaque année, des hôtels
et des restaurants sont inaugurés tous les six mois, un nouvel aéroport,
un stade en construction, une université en chantier etc. Le pétrole
ici, bien que mal géré comme un peu partout en Afrique semble avoir
profité à toute ville. Il suffit pour s’en convaincre de voir le
nombre de voitures en circulation dans la ville. Il y a une dizaine
d’années, les statistiques officielles de la ville dénombraient
juste une centaine de voitures. On compte aujourd’hui plus de 150 000
véhicules roulant en Guinée Equatoriale, dont plus de trois-quarts
seulement à Malabo. La ville continue par connaître encore des problèmes
d’alimentation en eau potable et en énergie électrique. Mais le tout
nouveau complexe gazier construit par la société Marathon prévoit
dans un avenir proche un système connectant la centrale thermique de la
ville à ses propres usines de production électriques. Tout le monde
s’accorde à reconnaître que l’évolution de la ville a été
extraordinaire. Il reste à Malabo le défi de changer de culture pour
passer du mode de vie villageois avec ses pesanteurs, à un mode de vie
citadin, plus ouvert sur le monde et aux autres.
N’Djamena,
je le disais, il y a dix années, avait alors fait mine de vouloir
rompre avec son passé morbide et humiliant de ville assassine. Mais
quelque chose a certainement du se passer entre 1992 et 2005. La
poussière et les dépotoirs sont aujourd’hui les principaux habitants
de la ville. Chaque jour qui passe apporte son lot de saletés et de
destruction. On détruit d’anciens quartiers soi-disant pour réhabiliter
des rues ou créer des espaces verts pour en réalité simplement aménager
des pâturages pour les moutons et les vaches des ministres et des
nouveaux riches qui poussent chaque nuit dans la ville. Si Malabo a
aussi le syndrome de la création du nouveau riche, N’Djamena
semble être déjà rentrée bien loin dans la phase morbide de cette
maladie qui a pour origine la corruption. La corruption en Guinée
Equatoriale est aussi
importante, et tous ceux qui viennent pour la première dans ce pays en
expérimentent l’amère pilule dès leur première descente d’avion.
Mais au Tchad, le mal a pris des formes et des proportions monstrueuses
qu’il en a finit par dénaturer l’allure et l’architecture de
notre capitale. L’indécence qui caractérise cette maladie (la
corruption) se répercute jusqu’a sur les modèles de construction et
de décoration de nos maisons. Les maisons « à étages »,
signe suprême de richesses s’il en est, poussent dans tous les
quartiers, aussi bien dans ceux prétendument riches que dans ceux où
la misère semble avoir investi toutes ses économies. Construire une
maison à étages dans un quartier comme Arbou-Soulbak où dès que la
fenêtre dépasse deux mètres on peut regarder dans les toilettes
de son voisin. Cela est pire que le manque de décence. C’est un
manque d’éducation. De toutes les façons, les N’djaménois et les
Tchadiens dans leur grande majorité, ont oublié le sens du mot
« honte ». Ou alors ils seraient nés après l’invention
de ce mot par Dieu.
N’Djamena,
ville cruelle, ville poussière, pour paraphraser Eza Boto, et plus près
de nous, notre compatriote Nimrod Bene Djangrang. N’Djamena, condamnée
à disparaître sans doute, par la faute de ses enfants, qui jouent à
se faire peur toutes les nuits à coups de pistolets et de
couteaux, et qui passent chacune de leurs journées à s’auto
escroquer, à s’auto corrompre.
Il
est vrai que Malabo n’est pas mieux lotie en termes de corruption.
Mais en Guinée au moins, on remarque toutes de suite qu’il y a
eu un effort, voulu et soutenu, pas encore avec toute l’énergie
qu’il aura fallu, mais au moins cet effort a été fait. Et continue
d’être fait pour donner une fierté à la ville. Chaque responsable
guinéen, aussi corrompu soit-il, est fier de vous dire qu’il
est guinéen, et qu’il travaille pour la Guinée. Je n’ai pas vu, ni
entendu un responsable tchadien parler de la fierté d’être tchadien,
encore moins de la fierté de travailler pour le Tchad. Comme je le
disais dans un précédent article, le sens de l’histoire semble être
la qualité au Tchad la moins partagée. Aucun de nos maires à
N’Djamena ne s’est jamais adressée de façon solennelle à ses
administrés pour leur parler de la fierté d’être N’Djamenois.
Aucun ne le pourra d’ailleurs, eux tous, ces maires dont la seule
fierté reste le nombre de leurs épouses épousées après leur
nomination.
Amine Idriss Adoum
aminidriss@yahoo.com
Ialtchad-Presse
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