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Billet de
Amine |
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Le
billet de Amine:
«
Comment
un peuple perd ses couilles :
cas pratique des Tchadiens »
Par
Amine
Idriss Adoum
Article paru le 15 mars
2005
-
Ialtchad Presse |
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«
Comment
un peuple perd ses couilles :
cas pratique des Tchadiens »
“Si
le « monde arabe », plus particulièrement sa partie moyen-orientale,
est en train d'être recolonisé, c'est qu'il était « colonisable »
écrivait Bechir Ben Yahmed dans son éditorial du 5 Mars 2005 dans l’Intelligent.com
de la même semaine. La même phrase pourrait
être appliquée avec plus ou moins de bonheur
à l’analyse du cas Tchadien. Si les Tchadiens chaque jour qui
passe courbent l’échine un peu plus, ce que leur déterminisme les
destine peut-être à le faire. Si les Tchadiens sont encore le peuple
le plus retardé d’Afrique, c’est parce que leur parcours
historique, de même que leurs structures sociales et culturelles
actuelles les destinent à demeurer les derniers de la course à la
modernité. Si Hisseine Habre, et aujourd’hui Idriss Deby se sont
imposé par la force et la bêtise
avec une facilite aussi déconcertante aux Tchadiens, ce que les
Tchadiens étaient peut être « soumissables ».
En guise d’illustration je vous recommande
une lecture : Les Pays du Tchad dans la Tourmente de
Jean Claude Zeltner, ouvrage paru il y a plus d’une décennie, décrivant
les évènements intervenus dans la
période 1880-1902 dans le
bassin Tchadien. Le Livre de Zeltner qui fait la part belle à la
narration des faits
d’armes des principaux protagonistes des guerres coloniales effectue
aussi un détour temporel et interroge les deux ou trois siècles ayant
précédé le début du fait colonial dans les pays du
bassin du Lac Tchad. Il interroge avec beaucoup de lucidité les
systèmes sociaux et culturels des grands regroupements d’alors :
le Kanem-Bornou déclinant, le Ouaddaï au crépuscule de son apogée,
et le Baguirmi déjà dans la force de l’age. Il nous livre une
photographie saisissante d’une portion de l’histoire en plein déclin,
un tableau humaniste
d’une région du monde ou l’esclavage et la chasse à l’homme sont
élevées aux rangs de vertus. Une enclave d’Afrique abritant des sociétés
certes ayant été toujours en contacts avec le monde extérieur mais où
curieusement les peuples et les choses sont demeurés encore « intactes ».
L’arrivée des nomades arabes d’abord, puis l’irruption brutale de
Rabbeh bientôt suivi des européens va bouleverser définitivement
l’ordre des choses dans ce monde vaste comme la
France d’alors.
Si
au Cameroun voisin, ou encore au Congo ou au Sénégal, la pénétration
européenne s’est effectuée graduellement (premiers contacts
marchands avec les côtiers, ensuite les missionnaires, puis après les
colons), l’immixtion des colons dans les affaires des pays du bassin
Tchadien s’est fait en une seule
étape. Bien sur il y a eu Barth, il y a eu aussi Nachtigal et quelques
autres explorateurs. Mais ce n’était alors que des missions
scientifiques, et pas grand chose. Les blancs ont fait irruption dans
cet espace ou moment où il commençait sa recomposition. Autrement dit,
entre 1880 et 1902, les pays du Tchad étaient en pleine révolution
politique, culturelle et sociale. Les structures sociales, vieilles de
plusieurs siècles, avaient commencé leurs mues, et les
perceptions/représentations culturelles, complètement déphasées,
avaient commencé, avec les bouleversements qu’impliquait l’arrivée
violente de Rabbeh, à se transformer. Des sociétés complètement fermées,
construites sur une perception dépassée de l’homme commençaient à
s’ouvrire et à évoluer. Et cela malgré les réticences des princes
d’alors. Mais tout le processus s’est trouvé brutalement arrêté.
Que s’est-il exactement passé ? Je ne pourrai pas relater les évènements
ni donner leur chronologie ici. Il faudra toutefois noter les points
suivants :
D’abord, sociétés agraires aux économies essentiellement basées
sur la chasse à l’homme et sa revente,
les royaumes du bassin tchadien ont vu entre 1880 et 1902
tarir leurs plus grandes sources de revenus (l‘esclavage) du
fait de Rabbeh d’abord, puis des européens ensuite.
Ensuite,
sans ressources suffisantes donc, et toutes
déjà au crépuscules de leur
vie, les sociétés du bassin tchadien n’avaient pas la force,
ni la volonté de vraiment résister. Elles ont d’ailleurs essayé,
mais sans succès.
Enfin, pour la plupart des peuplades soumises au joug esclavagiste de
ces empires déclinants, l’arrivée de Rabbeh puis des colons représentaient
une planche que la providence semblait leur
avoir tendu (quoiqu’ils se trompaient encore). D’où les
ralliements massifs aux troupes de Rabbeh puis les enrôlements dans les
armées coloniales pour combattre le Baguirmi (Rabbeh) ou soutenir les
campagnes « punitives » francaises contre le Ouaddaï, le
Kanem – Bornou (a moitie défait par Rabbeh d’ailleurs).
Entre
1880 et 1902, la situation politique et sociale des pays du bassin
Tchadien les rendait donc facilement colonisables. Si j’ai
volontairement refusé d’évoquer la supériorité technologique et
militaire des colons ou des troupes de Rabbeh pour insister sur
l’analyse des structures sociales et politiques/culturelles pendant
cette période trouble, c’est surtout pour pouvoir établir une
relation entre cette époque, et les années 1979-1982.
Mille neuf soixante-dix-neuf (1979) marque la fin du processus de
pourrissement des institutions politiques et administratives
tchadiennes. Processus de pourrissement lui-même déclenché par
Tombalbaye, et clairement poussé par le Frolinat. Au moment où Hissein
Habre devenait Premier ministre en 1979, tous les éléments étaient réunis
pour faire sauter la république tout entière : un peuple aux
abois parce que profondément blessé par plusieurs années d’une guérilla
meurtrière, des structures économiques complètement brisées, et une
administration qui n’existait plus que sur le papier.
Si les appels à la haine tribale et ethnique d’un Mahamat Hisseine
ont été positivement reçus en 1979 par une partie des populations
musulmanes de N’Djamena, c’est parce que
plus personne a ce moment-la n’avait rien à perdre. Il
devenait donc facile de récupérer le Tchad sans coup
férir puis de le mettre en coupe réglée. Si Kamougue avait eu
la force des armes et la combativité nécessaire chez ses
hommes à ce moment-là, il est indéniable qu’il aurait
remporté la première bataille de N’Djamena. Mais rien n’aurait
changer aussi, puisque Kamougue, aussi bien que Habre, visait le même
objectif, la même finalité : la mise en coupe réglée du pays.
On aurait toujours eu notre Mobutu Tchadien !
Si
depuis 1990, Idriss Deby parvient sans trop de peine à garder le Tchad
dans sa poche comme on dit vulgairement, c’est que la situation qui prévalait
en 1990 rendait cela possible : un peuple fatigué après trente
années de guerres civiles et de ponction démographique, des structures
sociales / culturelles complètement anachroniques, des consciences en
guerre avec elles mêmes. Et si la situation perdure jusqu’à
aujourd’hui, ce que les Tchadiens dans leur immense majorité restent
toujours ces malades de l’histoire, sans repères ni amour-propre. Ce
peuple capable de se prostituer et de courber l’échine face au
premier bandit venu. Conséquence de notre histoire ? Peut-être.
Mais ceci ne nous dédouanera pas du tout. Car à la réflexion, je me
demande si les Tchadiens ne sont pas ce genre de peuple seulement crées
pour être asservis.
Amine Idriss Adoum
aminidriss@yahoo.com
Ialtchad-Presse
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