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Certes, avec le vent de la démocratie qui a soufflé en Afrique
dans les année 1990, on avait cru que le Tchad a rompu avec cette
tradition de guerre que connaît le peuple tchadien depuis l’indépendance. Hélas! Quelles années plus tard après la chute de la
dictature, nous constatons que la démocratisation du pays n’a
ni apaise ce conflit, ni éradiqué ses germes. Les facteurs prédisposant
ce grand pays le Tchad au conflit sont de nouveau manipulés à
des fins politiques. Or “ toute manipulation politique majeure
prépare l’esprit à la guerre civile”. Les grandes puissances
et les pays limitrophes se calfeutrent derrière ce conflit pour réaliser
leurs projets au Tchad en aidant soit les rebelles ou le
gouvernement. Tout porte à croire que le Tchad se porte bien et
que le pays devient de plus en plus crédible. Cependant, cette
stabilité est un silence imposé au peuple tchadien par une élite
clanique et ou militaire compradore par des méthodes cœrcitives.
Tout laisse croire que le grand risque d’une explosion sociale
est prévisible avec la situation donc traverse les fonctionnaires
de la fonction publique et les querelles entre les autorités du
pouvoir central.
Pendant
la Conférence Nationale
Souveraine de 1993, les participants ont mis sur place des
structures pour instaurer une démocratie consensuelle et
participative au Tchad. Mais depuis 1996, celle-ci s’est envolée
en éclats et la volonté d’un seul parti ( le MPS ) prime sur
la volonté générale. Le MPS s’est accaparé de tous les
pouvoirs et même de la liberté d’expression ou de l’opinion
du peuple tchadien. Les autres partis politiques qui reviennent
d’eux-mêmes s’associer à lui sont phagocytes et les leaders
auxquels il fait la cour et qui refusent sont liquidés. Alors, la
conséquence directe de cette pratique politique est la présence
de deux oppositions: une opposition politique très mal structurée
pour faire face au régime d’une part et une opposition
politico-militaire divisée incapable de s’organiser d’autre
part.
Le manque d’une volonté politique réelle à dialoguer pour résoudre
ce conflit et la vision de cette élite décidée à confisquer
pour longtemps le pouvoir, ne fait que réveiller les démons de
la violence. A présent, le pouvoir a réussi à briser toutes les
oppositions par des pratiques politiques moyenâgeuses et à contrôler
à lui seul tous les organes prévus par Montesquieu pour l’épanouissement
des citoyens. Or un monarque devient despote dès qu’il
s’accapare de tous les pouvoirs. C’est pourquoi aucune règle
d’une politique démocratique ne sous-tend actuellement les
actes du régime, sinon, un “ machiavélisme “ dépourvu de
sens et une “politique de l’Autruche”. Les acteurs de la
mouvance au pouvoir clament haut et fort que c’est le MPS qui a
instauré la
démocratie au Tchad. Il est le seul garant de celle-ci donc le
seul habilité à déterminer les règles du jeu politique.
Par contre, comme le disait Emmanuel
Kant « Aucun Malheur n’est plus effrayant pour l’homme
que de se voir livrer à une création de même nature que soi qui
pourrait vous contraindre à suivre son propre arbitraire et à
faire ce qu’elle veut » L’élite au pouvoir oublie que
l’ordre social ne peut en aucun cas reposer sur des contraintes
et les répressives. La démocratie est un régime globalisant et
rassemblant. Les dialogues et les consensus sont les seuls moyens
qui l’enracinent dans un pays comme le Tchad. Étant ni une fin
en soi, ni un acquis définitif cette pratique d’autodestruction
des autres formations politiques comporte assez de risques car la
démocratie n’est qu’une pellicule mince qui se déchire pour
un rien et laisse réapparaître la barbarie. Généralement, les
guerres civiles ont souvent pour causes:
-
la frustration des acteurs sociaux;
-
le gouvernement d’un pays par les moeurs d’un clan ou
d’une ethnie;
-
l’apparition d’une élite qui veut vivre du travail
des autres ou qui monopolise à elle seule
tous les biens sociaux;
-
le refus de la légitimité d’un régime
par le peuple:
-
la stratification sociale en dominant/dominé et surtout
lorsqu'un groupe d’individus ou un peuple se révolte avec les
armes contre les autorités légales.
A présent on compte une centaine des mouvements
politico-militaires qui combattent le régime de N’Djamena et
une autre centaine des partis politiques qui luttent pour un véritable
changement démocratique au Tchad. A quand le changement ?
Bref, retenons que tous les déclics de la guerre sont en
place. La seule chance du salut du peuple tchadien réside dans la
capacité de l’élite au pouvoir à gérer ces contradictions.
Nous avons constaté que le conflit tchadien rejaillit aux années
trois et aux années neufs de chaque décennie. Alors avec la
prolifération des conflits interethniques les populations
tchadiennes commencent par se regarder avec méfiance et mépris
comme à la veille de l’année 1979. Même si le régime de
N’Djamena a encore le soutien de
la Libye
et surtout de
la France
, on remarque que les relations Franco-tchadiennes vont de plus en
plus mal ce dernier temps.
Si la pratique politique nous permet de présager l’avenir du
Tchad, l’économie qui est le point cardinal de tout conflit
social doit mieux étayer nos investigations. Depuis 1979, les
activités économiques sont entrées en dysfonctionnement avec
l’organisation sociale. Mais depuis 1992, une bourgeoisie
militaire est mise en place et un prolétariat encore inorganisé
subit ses injustices. La gabegie est légalisée. Cette gestion
anarchique des deniers publics a causé la faillite de presque
toutes les entreprises d’Etat. Avec le diktat du Programme
d’Ajustement Structurel ( PAS ) imposé au pays du tiers-monde
par les institutions de Bretton Woods, la plupart de ces bourgeois
d’Etat sont devenus des actionnaires dans les entreprises et
dictent en ce moment leurs lois à la population tchadienne toute
entière sans logique économique, sinon, guidés par le seul désir
de s’enrichir le plus vite que possible comme toujours. Les
grands commerçants qui depuis toujours ont le monopole du secteur
commercial y sont évincés pour plusieurs raisons.
Or, en privant un individu de ses attaches traditionnelles, cela
crée en lui l’irritabilité, qu’on ignore la fin. Pour
reconquérir leurs anciens droits, ces commerçants se
pourront-ils pas s’unir un jour et financer une vraie rébellion
contre ce régime. De même la mise en valeur de certaines
ressources minières du Tchad offusque des fois, car certaines
ressources, minières et naturelles du pays sont bradées à des
richissimes d’après guerre ou des groupes d’individus. Eu égard
à ce qui se pratique, l’activité politique n’est plus la
capacité d’un acteur à dominer les rapports dans la répartition
des biens tel que chacun trouve son compte, mais un moyen de
s’enrichir pour les autres. D’après une enquête réalisée
par N’Djamena-Hebdo, 72% des N’Djamenois vivent au seuil de la
pauvreté absolue et 28% vivent dans une opulence insultante. Bien
que les inégalités sociales existent dans toutes les sociétés,
le fossé va toujours grandissant entre les riches et les pauvres
au Tchad. Par ce procédé de disposer du peuple tchadien et de
ses avoirs, les initiatives privées sont frappées par des taxes
qui les découragent de plus en plus relatif à leurs activités
commerciales. Cette même source précise que 81% des
n’djamenois estiment que le risqué d’une guerre à
N’Djamena est
possible car le circuit économique est mobilisé par une élite
qui ne tolère ni la concurrence économique ni ne laisse de
chance à l’autre de se réaliser pour évoluer dans ces
secteurs commerciaux. De même ce fameux pétrole pour lequel Américains,
Français et Libyens ont fait couler à flot le sang des Tchadiens
est aujourd’hui sur le marché mondial. La passion de voir ce pétrole
coulé et
l’obsession de compter ses dollars sèment de la trouille dans
la tête de certains acteurs politiques.
Souvent, il est remarqué que tous les pays qui passent par la
guerre changent des codes de conduite sociale. Pour retrouver ce
code de conduite de paix, il faut que les institutions religieuses
travaillent d’arrache-pied. Depuis la fin de cette tragédie de
1979 par exemple où les facteurs confessionnels ont été manipulés
subtilement à des fins politiques, l’islam et le christianisme
se disputant âprement le terrain et se montrent de plus en plus
offensifs au Tchad l’un
comme l’autre. L’islam qui a bénéficié du soutien du
pouvoir politique a tendance à prendre le dessus sur tout le
territoire. Après avoir reçu l’autorisation d’organiser le
BAC arabe dont le taux de réussir des candidates oscille toujours
entre 70 et 80%, un institut de promotion de la langue arabe a été
créé en 1992 et s’ajouter aujourd’hui autres instituts au
pays. Un tel établissement n’a rien de mauvais en soit dans un
pays laïque comme le Tchad. Ce qui hante l’esprit, est la
vision des musulmans de faire du Tchad un Etat musulman. Mise à
part cette raison, la seconde qui effraie les non musulmans, est
cette confusion qu’il y a entre l’islam en tant que religion
et l’arabe en tant que langue de communication au Tchad. Pour
beaucoup de musulmans tchadiens, l’arabe est indissociable de
l’islam. Avec la création de cet institut qui, enfin de compte
est devenu une université et qui délivre le doctorat du troisième
cycle et des doctorat d’Etat à ses étudiants,
n’assisterons-nous pas à une arabisation du pays se posent la
question les tchadiens non musulmans ? A ces deux faits que nous
pouvons considérer comme un stade normal de développement de
l’islam, s’ajoute le bilinguisme était décrété par le
gouvernement (arabe et français deux langues officielles).
Au vu de toutes ces données rien ne nous étonnerait si demain le
français est relégué au seconde rang et le Tchad, proclame Etat
musulman. Les preuves ne font pas défaut pour prouver cela. A la
conférence Nationale Souveraine en 1993 par exemple, l’imam de
la grande mosquée de N’Djamena à la personne de Hassan Hissein
Abakar avait clairement revendiqué l’application de la charia
à la radio et à la télévision tchadienne.
Vu les massives violations des droits de l’homme dans la
zone méridionale, les populations du sud revendiquent depuis 1993
la fédération du pays. Mais l’Etat reste cantonné sur sa
position d’Etat unitaire. Derrière ce refus de l’Etat ne se
cache-t-elle pas des raisons d’ordre religieuses, se posent la
question les sudistes ?
Car
le principe de l’islam est: un seul Etat ( un seul peuple), une
seule réligion et une seule langue. Le refus de cette fédération
par presque tous les leaders du nord ( musulmans ), la
multiplication des mosquées dans la zone méridionale, le développement
de la coopération islamo-arabique tout azimuts ne témoigne-t-il
pas ce projet à long terme au Tchad ? Si l’islam a un projet pour la zone méridionale, le christianisme de son
côté n’est pas resté inactif. Non seulement il résiste à l’ouragan de
l’islam dans sa zone, il sort aussi de plus en plus de sa zone géographique.
Depuis
1990, les églises évangéliques ont déclenché une opération:
” Tchad pour Christ en l’an
2000”
. Cette
opération se propose d’aller de village en village pour annoncer
la Bonne Nouvelle
de Christ à toute la population tchadienne.
Ayant fini avec la zone méridionale, il ne reste que la
zone septentrionale fief de l’islam. Réussiront-ils à pénétrer ce milieu dominé
par l’islam depuis plus de sept siècles ? Ce qui frappe
l’oeil actuellement, c’est la manière dont les églises et
les mosquées poussent chaque jour comme des champions un peu
partout sur le territoire national. Des sectes de tous genres ont
trouvé un terrain favorable pour s’y installer, tous se
regardent de mauvais oeil et sont toujours très méfiantes les
unes faces aux autres. Elles
ont perdu leur caractère de tolérance d’avant la guerre civile
et mieux ont tendance à se politiser ou à se laisser manipuler
encore par le politique. Peut-être un appel à la cohabitation
religieuse ou à la tolérance sera lancée par le gouvernement
les jours à venir. Exemple: le 26 septembre 1992, est né à
N’Djamena dans une famille chrétienne un enfant qui portait
inscrit à son avant-bras droit le nom du prophète MOHAMED. L’église
catholique voulait s’occuper de la vie de cet enfant en vertu de
la foi chrétienne de ses parents. Mais
les autorités islamiques ont converti ces derniers à l’islam
et s’occupent de la vie de cet enfant. Comment est devenu cet
enfant, beaucoup des tchadiens musulman comme chrétiens se posent
la question ?
Là encore, le problème ne se pose pas car l’enfant est encore
mineur. Ce qui effraie c’est l’attitude ou la religion
qu’adoptera cet enfant à l’âge mûr. En dépit de tous ces
constats, il est possible que nous assisterons dans les prochaines
années à un affrontement entre les fidèles de ces deux
religions compte tenu de l’intolérance qui les animent. A
partir du religieux, on peut penser à une explosion du faite que
“ les tensions annonciatrices des grandes pulsions belligènes
s’accompagnent des ferveurs religieuses. Lorsque les peuples se
mettent à parler de leurs dieux et de leurs ancêtres, c’est
que la guerre n’est pas loin” Nous demandons aux autorités
tchadiennes de prendre leurs responsabilités pour éviter cela.
Mieux toute tentative de faire du Tchad une république ayant pour
fondement idéologique une quelconque religion mettrait en péril
l’intégrité déjà dangereusement menacée. La violence,
l’orgueil et l’injustice font perdre le pouvoir aux princes.
Poursuivant presque cette même politique austère de Tombalbaye
et de Hissein Habré, à l’égard de certains peuples dans un
contexte de démocratie, aucune couche sociale n’est
actuellement épargnée des injustices de l’élite au pouvoir.
Comme la privation, l’injustice elle aussi crée la frustration
qui à son tour conduit à des véhémences. Nous pouvons dire
aussi que l’injustice participe souvent à l’arbitraire et au
désordre. Or lorsqu’un peuple vit dans le désordre, beaucoup
de gens luttent pour le pouvoir; mais non pour un changement réel
du terme. C’est ce qui expliquerait peut-être ces nombreux
coups d’Etat ou encore ce grand nombre de mouvements
politico-militaires qui luttent pour le pouvoir au Tchad.
En plus de l’injustice qui alourdit le climat entre les acteurs
sociaux, il y a les licenciements abusifs du personnel des sociétés
para-étatiques ou étatiques et la mise à retraite des soldats
de l’armée qui sont de nature à favoriser une explosion
sociale. L’injustice, la frustration et l’arbitraire ont créé
un climat d’insécurité et favorisé le développement du
banditisme que l’on appelle au Tchad “ les Colombiens “Dans
les campagnes les couches sociales ne cessent de se provoquer à
cause des biens sociaux. A côté
de cette couche des professionnels, il y a la masse
estudiantine. L’accès
aux universités n’est plus destiné à quiconque. Les
concours d’entrée dans les écoles professionnelles sont
l’apanage de quelques uns et de plus l’État étouffe le génie
de certains tchadiens par la géopolitique comme l’atteste
beaucoup de documents sur la géopolitique. Comment est-on arrivé
à cette situation de chômage chronique des bacheliers ? Depuis
quelques années le gouvernement délivre chaque année plus de
six mille attestations de BAC aux candidats. Mais ce qui offusque,
est le fait que les universités au Tchad n’ont pas une capacité
de mille places en première année. Que feront les cinq milles
autres bacheliers qui ne réussiront pas à s’inscrire à
l’université alors qu’ils ont la même chance d’accès que
les autres. De plus ceux qui réussissent à se faire former soit
à l’université soit dans les écoles professionnelles sont
automatiquement mis au chômage tantôt parce qu’ils sont mal
formés tantôt par manque de structures d’accueil. L’Etat par
des procédés dilatoires empêche leur intégration à la
fonction publique. Pour être intégré dans la fonction publique,
il faut être militant ou militante de MPS ou avoir un parent bien
place dans l’administration publique tchadienne.
Les initiatives privées sont la chasse gardée de la
bourgeoisie naissante. Dès que ceux-ci tentent de s’y lancer, ils sont
durement frappes par des taxes incroyables. Cette même
bourgeoisie refuse de les employer au profit d’une main
d’oeuvre non qualifiée donc moins chère à payer. Or”
le citoyen est membre de la société de travail. Sa première exigence est celle d’une
part équitable au produit social... Tout son style de vie
intervient dans la définition de cette équité et c’est au
gouvernement de calculer ce qui est acceptable et accessible à
toute la communauté… L’unité et la cohésion de celle-ci ne
résisteront pas à la longue à un régime d’injustice
flagrante à des différences de revenues trop accuses, à des décalages
trop criant entre les niveaux de vie des divers groupes… L’inégalité
des chances d’accès à la direction des affaires sociales,
l’oppression pesant sur certains groupes poussent les parties désavantageuses
de la population à la révolte…” C’est pourquoi nous
assistons à un nombre important des jeunes bacheliers licenciés
dans la rébellion qui luttent pour un changement profond au
Tchad. Ainsi donc, la société explosera un jour au fil du temps.
Gaya-
Ple Ben Seïd
bitkine2002@yahoo.fr
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