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Le mystère continue de
planer sur les réelles intentions de l’Arche de Zoé pour avoir
choisi un pays entraîné depuis quelques décennies dans la
spirale de déclin. Contre l’impuissance de la justice et contre
l’impuissance d’un pays qui se défait, l’Arche de Zoé et l’Elysée
ont visé une cible tout à fait indiquée pour mener une opération
scabreuse et rocambolesque, chargée de culpabilité et de honte
et qui ne semble nullement être une première, renfermant des
victimes et des responsables.
Les victimes :
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Les premières victimes sont sans nul doute les enfants enlevés à
leurs parents, mis en dehors des feux de la rampe et prêts à
être embarqués nuitamment pour la France. Comment comprendre que
des gamins de un an fassent partie de la cargaison ? Et ceux
ayant déjà en mémoire les images de leurs parents et/ou de leur
entourage et qui allaient grandir, sans explication aucune, dans
des milieux totalement différents des leurs ? Où en est-on avec
la question biologique liée à l’immigration, je veux parler des
tests foncièrement racistes d’ADN ?
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Les secondes victimes sont les parents à qui on a extirpé les
progénitures en leur faisant croire que ces dernières seront
scolarisées en français et en arabe à Abéché, qu’elles suivront
des cours coraniques (une carotte très alléchante dans cette
région du pays). Comment expliquer la stupéfaction des parents
si, une fois arrivés à Abéché, ils découvrent la vérité au cas
où …, des parents pour qui il n’y a pas de bonheur sans enfant ?
Ne vivront-ils pas le restant de leur vie avec la psychose
d’avoir eu à faire à un rapt ? Ce mensonge est-il né
d’intentions généreuses ? Rien n’est moins sûr. Le spectacle de
l’amertume est déplaisant y compris pour les parents d’accueil
(qui ont déboursé) dont je ne mets guère en doute la bonne foi
puisque roulées dans la farine à l’instar des parents tchadiens.
La peau de l’ours a été vendue sans que l’ours ne soit capturé.
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La
troisième victime est l’Etat tchadien qui perd, à son insu, une
partie de ses enfants, de son avenir. Pourquoi n’avoir pas
emprunté alors la voie légale si l’opération est aussi
humanitaire que cela ?
Les responsables :
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Le
premier responsable est l’Arche de Zoé, une ONG française non
répertoriée au Tchad et qui s’est fourrée sous les plumes d’une
Association humanitaire « Children Rescue », ONG dont les
intentions restent jusque là brumeuses. Pourquoi 103 enfants
tchadiens alors que le Brésil compte plus de 12 millions
d’enfants abandonnés ? Est-ce pour tester le contrôle d’un
territoire en proie à toutes sortes d’opérations mafieuses ? Un
mépris des autres absolument épouvantable.
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Le
second responsable est l’Elysée (à distinguer des communs des
mortels français) dont la politique a toujours été décriée en
Afrique aussi bien par les Africains que par nombre d’Européens
résidant en Afrique. L’Elysée semble condamner l’opération avec
une rage qui n’a d’égale que l’embarras des Autorités françaises
elles-mêmes. En effet, l’Elysée était bel et bien au courant de
ce qui se tramait puisque Mme Rama Yade, la Secrétaire d’Etat
française aux Affaires Etrangères et aux Droits de l’Homme a
déclaré avoir tenté de dissuader l’Arche de Zoé de ne pas
entreprendre l’opération en question. Et pourtant, le bras armé
de l’Elysée en Afrique, l’Armée française a été mise à
contribution pour le bon déroulement des choses : des travaux de
rallongement de la piste d’atterrissage d’Abéché (sous le
contrôle de l’Armée française) ont été entrepris pour permettre
au Boeing de se poser, alors qu’il fallait tout simplement
l’empêcher d’atterrir si l’Elysée était d’avis contraire ; la
mission a été scrupuleusement suivie par l’Armée française à
travers les villages d’où sont issus les gamins, etc. Ici au
Tchad, aucune action ne peut être entreprise par l’Armée
française sans l’aval de l’Elysée et de surcroît aucune
tourterelle ne peut voler dans le ciel tchadien sans se faire
intercepter par l’aigle royal qui plane nuit et jour au-dessus
de nos têtes, l’Aviation française. Comme quoi, l’Elysée est au
parfum des choses et comme pour éviter le moteur à explosion,
elle s’est subrepticement rangée du côté du Tchad dès que
l’action a échoué et c’est malhonnête. Il faut parfois être seul
que mal accompagné. L’Elysée aurait dû rester fidèle à l’Arche
de Zoé plutôt que de se livrer à un double jeu, une tactique de
Sarkozy bien connue, semblable à celle qui a émaillé les
élections françaises de 1995 où Sarko s’est rangé du côté de
Baladur en disant qu’en cas d’échec de ce dernier, il
rejoindrait Chirac parce que c’est un homme qui pardonne, et ça
a réussi. La rapidité avec laquelle Sarko a voulu étouffer
l’affaire (un jour non ouvrable) en dit long.
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Enfin, le troisième, vous vous en doutez, est bel et bien le
Gouvernement du Tchad qui a une part de responsabilité non
négligeable. Au fait, quel type d’images véhicule t-on à travers
les médias au moment où des pays africains entre autres le
Burkina, le Mali, le Sénégal, le Niger, le Maroc… soignent
méticuleusement leurs images de marque et les vendent ? Ou bien
Madagascar dont plus de 70% de la population vit sous le seuil
de la pauvreté et qui pourtant vend des orchidées en Europe
comme image de marque ? Entre-temps, le Tchad est exposé au
regard d’un monde inquisiteur : les uns nous regardent avec
étonnement, les autres avec mépris, et pour cause : un des pays
les plus pauvres du monde, pays le plus instable d’Afrique, pays
continuellement en guerre, pays le plus corrompu du monde,
plaque tournante de trafic d’armes, de drogues, de véhicules
cambriolés, de contrefaçon des billets de banque…, comme si nous
n’avons pas les mêmes modes d’emploi pour grimper les marches du
bonheur de la vie. A longueur du temps, le Tchad véhicule des
images d’enfants faméliques aux yeux larmoyants, aux visages
assaillis par des nuées de mouches, les os décalcifiés,
déambulant dans des milieux négativement décapés, des bébés
tétant des seins vidés de leurs substances et comparables aux
chaussettes pour cause de famine ; des enfants et femmes
essuyant quotidiennement les salves des canons et autres armes
nocives, des bombardements des avions…, bref, un milieu où la
survie est une lutte quotidienne et que sais-je d’autres
encore ? Quelles images véhiculons-nous à travers le monde si ce
n’est que celles d’un pays dont les ailes atrophiées ne sont que
des vestiges inutiles pour un décollage économique. Et tout ceci
dans un but émotif en vue de susciter davantage des aides de
l’extérieur, les bras tendus à longueur du temps sans aucun
scrupule, des aides dont on ne connaît même plus les
destinations. La vie prend quelquefois sa revanche. Le problème
du Tchad n’est pas seulement diététique mais il est guetté par
un autre danger, la désintégration. Le Tchad est un pays
désespérément pauvre mais immensément riche : pays producteur et
exportateur d’or noir (le pétrole), producteur d’or, un pays
disposant de l’or vert (agriculture), de l’or blanc (l’élevage
et ses sous-produits tel que le lait), de l’uranium à ciel
ouvert, etc. Malgré toutes ces potentialités, il demeure un
enfer au paradis. Un tel décor est alléchant pour des opérations
indignes de confiance comme le cas d’espèce. Le Gouvernement
tchadien ne sécurise nullement les populations vivant sur le
territoire national et c’est l’occasion de le redire une énième
fois. Tenez : depuis les cinq dernières années, autant que je
m’en souvienne, les milliards qui ont atterri au Tchad ne
peuvent être comparés à ceux d’aucune période précédente. Rien
qu’en 2006, le consortium pétrolier a versé 683 milliards de frs
cfa à notre pays. Pour 2007, la somme est encore supérieure
alors que tout à côté, la population gère quotidiennement la
misère. Ce n’est pas jubilatoire que de faire du Tchad un pays
producteur et exportateur de pétrole. En outre, depuis 2006, des
enfants et adultes sont kidnappés dans le Mayo Dallah
(principalement dans les villes de Pala, Léré, …) et restitués
contre rançons ou bien de fois, purement et simplement exécutés
si la rançon n’est pas versée. En février 2007, la totalité des
rançons versées se chiffraient à 110 millions de frs cfa. A-t-on
mis fin à ces actes de brigandage et de vandalisme une fois les
kidnappeurs arrêtés ? Non. Pour stopper le potentiel de
nuisance, le Gouverneur de la région a demandé une peine
maximale pour ces tueurs d’enfants. Malheureusement, la
réprimande ne sera pas à la hauteur de la demande puisque des
complices démasqués sont de hauts administrateurs de la région
même. Pour jeter de la poudre aux yeux, il a été procédé à une
vaste mutation des agents de l’administration de la région. Mais
l’effet d’accoutumance s’y est incrusté et les enlèvements se
poursuivent. L’année dernière, un fugitif de la prison de Sarh,
douanier de son état, incarcéré pour avoir abattu à bout portant
un commerçant yéménite, est nommé par le Ministère des Finances
Chef de bureau des douanes du BET alors que recherché par le
Ministère de la Justice. Où est donc la solidarité
gouvernementale dont on parle tant ? Les exemples sont légion
mais l’un des plus ignobles est celui survenu à Sarh dans les
années 90 et relaté dans les journaux privés où des malfaiteurs
défonçant nuitamment la porte d’un magasin ont été interceptés
par une patrouille de sécurité. Le lendemain, l’on a découvert,
à la stupéfaction de tous, que l’un des brigands savamment
enturbannés, était le sous-préfet.
En somme, quelle sécurité assure t-on à nos populations, aux
enfants dans notre pays surtout que des adolescents sont enrôlés
dans l’armée ? Quelle part de budget attribue-t-on à l’éducation
nationale ? A la santé publique ? A la famille et à la femme ?
Le Gouvernement ne cesse de crier sur tous les toits que les
revenus pétroliers sont affectés en majeure partie à la Défense
nationale et à la sécurité. Et pourtant, l’opération s’est
déroulée au nez et à la barbe du Chef de l’Etat qui séjournait à
Abéché et, heureusement dénoncée par les accompagnateurs
tchadiens de l’Arche de Zoé plutôt que par les agents de défense
et de sécurité, au moment de l’embarcation des gosses. Notre
administration est trop mal gérée. Depuis 1982, lorsqu’un homme
arrive au pouvoir, c’est toute son ethnie qui est au pouvoir
disposant de tous les droits et les autres de tous les devoirs.
L’administration tchadienne est bondée d’analphabètes dont le
seul profil « académique » est de savoir compter des billets de
banque, au moment où des lauréats des universités, de l’ENAM et
autres instituts ne savent où poser les fesses. La longue agonie
des Tchadiens sera toujours une source de vie des prédateurs.
A travers le monde existent des ONG crédibles et des ONG
fantaisistes. « Laissez la porte entrouverte et les mouches
auront tôt fait de revenir ». Depuis la guerre du Darfour,
plusieurs ONG ont atterri au Tchad et y ont trouvé chaussures à
leurs pieds, certaines pour la distribution des vivres alors que
le pays dispose d’ONG et Associations locales capables
d’exécuter ce boulot ; la conduite de gros véhicules assurée en
grande partie par des expatriés alors que le pays dispose des
chauffeurs au chômage : une distorsion de concurrence. Comment
donc échapper à la dépression nerveuse ou à l’hypertension
artérielle dans un pays qui marche à reculons en regardant le
passé ? La Direction des ONG est impuissante face à ces
Organisations qui, une fois au Tchad, plantent leur drapeau où
elles veulent et sans coup férir, imposent leurs lois…
Bref ! Les autorités tchadiennes doivent avoir l’optimisme de la
volonté plutôt que le pessimisme de l’intelligence. Elles n’ont
pas besoin de trésors d’ingéniosité pour prendre soin de leurs
concitoyens car il n’y a pas de mal à se faire du bien. Et puis,
loin de nous, en Afrique, il y a des populations qui, comme un
seul homme, se dressent pour réclamer le droit d’avoir des
droits. « Que votre liberté puisse servir la nôtre ».
Par
CAMAN Bédaou Oumar
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