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En
suivant docilement les reportages de
la TéléTchad
sur la cérémonie de signature de l’Accord politique entre
l’opposition civile et la mouvance présidentielle au Palais
Rose, surtout le discours du président Alingué Jean Bawoyeu de
la CPDC
et les itw d’autres barons, je n’ai pu m’empêcher de
replonger dans l’Histoire passée de notre pays. Ce n’est pas
une réaction volontaire mais un réflexe exprimant les séquelles
de traumatismes cumulés du fait d’être une victime de cette
Histoire tchadienne. Je me suis retrouvé plongé dans les images
des années 85.
En effet, il y une vingtaine d’années (qui passent pour deux
ans à peine de surplace !), le président Hissène Habré
venait de gagner la bataille diplomatique reconnaissant sa lutte
pour la défense du principe sacré de la défense de l’Intégrité
Territoriale du Tchad. Les conséquences étaient alors évidentes :
les différents groupes politiques en exil (Brazzaville, France, Bénin,
etc.) opposés à Hissène Habré, n’avaient d’autres choix
que de « regagner le bercail » et de participer à
l’exercice du pouvoir de l’époque, sans condition. Le président
Alingué (suivi du général Kamougué et d’autres barons) était
l’un des leaders de ce mouvement de « réconciliation
nationale » qui ramena la plus grande partie des barons des
régimes précédents et de nouveaux loups au pays. Ce revirement
historique important contraint les derniers groupes
politico-militaires actifs de la zone sous occupation étrangère,
de rallier à leur tour les FANT (Forces Armées Nationales
Tchadiennes). Le général Oki Dagache convoya la colonne FAP
(Forces Armées Populaires) du défunt GUNT (Gouvernement
d’Union Nationale de Transition), sur les instructions du président
Goukouni Oueddey. Avec ce sursaut patriotique, les tchadiens
marqueront d’une pierre blanche leur seule vraie victoire
nationale collective, pour la défense de l’Intégrité
Territoriale, au cours de l’année 1987.
Le président Alingué put alors sillonner le pays pour proposer
au référendum
la Constitution
de 1989, ayant donné lieu à des élections législatives
correctes mais dont les élus n’auront eu droit qu’à moins de
trois mois d’existence. Le 1er décembre 1990
rappela tout le monde à d’autres réalités bafouées de
l’Histoire. Ce jour là, le monde découvrit avec horreur la
face cachée du pays, à travers les rescapés de la sinistre DDS.
Le Dr Gali N’Gothé, le syndicaliste Younous Mahadjir et
d’autres survivants pourraient mieux en parler. Or, la
commission d’enquête du juriste Mahamat Hassane Abakar pu établir,
dans ses archives non publiées, l’identité, la date
d’arrestation, la date probable de disparition et la cause de
mort de près d’un millier de tchadiens par
la DDS
au cours de cette seule année 1986 où la plupart des barons de
l’opposition au régime de Hissène Habré avaient regagné
« le bercail ». N’eusse été le surcroît de
travail demandé par une telle démarche journalistique, les
extraits des discours du président Alingué ou du général
Kamougué à l’époque diffèrent peu de ceux qu’ils tiennent
encore aujourd’hui. L’élément le plus notoire est
d’annoncer, à chaque fois, que « tout va bien désormais
et la paix est de retour au pays pour de bon !». La
suite, bien sûr, n’est souvent que plaisanterie de mauvais goût.
Par exemple, sitôt l’Espérance renaissait en 1987, les « réalités
tchadiennes » gravées dans les caractères et les logiques
personnelles des acteurs politiques reprirent le dessus. Après
les « sudistes » en 1984 et les groupes « hadjeraï »,
les Béri (Zaghawa et Bidéyat) allaient, à leur tour, subir une
répression féroce des FANT et de
la DDS
réunies, au cours de laquelle rien que le clan Itno perdit près
d’une centaine de ses membres. La satisfaction du président
Alingué, à la tête de la toute nouvelle assemblée nationale,
sera de courte durée, car cette seule réalité suffira à mettre
un terme à la fiesta politique à N’djaména le 1er
décembre 1990.
Pourquoi rappeler tout ça ? Entre 1986 et 2007, une nouvelle génération
est née et réclame aujourd’hui sa place. Elle fait au moins
60% de la population tchadienne. La génération des jeunes qui
fuirent leurs maisons voire leur pays en 1979 (et laquelle
j’appartiens) n’a toujours pas trouvé la paix et la
tranquillité promise par la seule génération des acteurs qui
animèrent les négociations et la signature de l’Accord
susmentionnée. D’autres compatriotes attendent à Hadjer Marfaïne
un signe des temps pour se décider s’il faille venir à N’Djaména
dans un vol Toumaï ou en Toyota. C’est
beaucoup trop de choses à la fois ! S’il fallait revenir
à l’expérience de
la DCP
(Démocratie Consensuelle et Participative) ayant accouché le
cadre légal que contestent aujourd’hui ses propres géniteurs
et promoteurs d’alors ? Deux générations bloquées à
cause d’une seule, cette surpression ne tardera pas à exploser
un de ces jours, et comment ? Dieu seul le sait !
J’avais cru entendre le président Alingué mettre
en garde, dans son discours, ceux qui dénigrent déjà cet accord
négocié au frais et en vase clos dans les grands hôtels de la
capitale. Peut-être un coup de pied à M. Yorongar ? Qu’il
aie au moins l’amabilité de reconnaître à une frange
importante de son peuple la légitimité du réflexe de prudence
et de scepticisme, après tant de mirages ? Je ne me
donnerai pas la peine de décortiquer les failles de cet énième
« accord historique » arrosé par de larges sourires
au Palais Rose. Car, comme le disait subtilement M. Mahamat Hissène
à l’occasion, « mieux vaut encore ça que rien ! ».
En attendant aussi le cocktail que produira la combinaison avec la
démarche du groupe du président Goukouni et d’autres.
Cependant, comme les N’Djaménois l’ont démontré lors de la
panique du 22 mars puis du calme olympien du 13 avril 2006, plus
personne n’entend fuir sa baraque quand les faces cachées des
acteurs tenteraient de produire des évènements contraires à la
logique de la paix.
Parce que, pour arriver à l’échéance fixée de
2009, après que les acteurs politiques se seront renfloués avec
les revenus pétroliers, il y aura mieux que la question du vote,
celles du vécu quotidien des tchadiens face aux injustices, aux
discriminations régionales, à la violence et à l’impunité,
à la corruption massive et à la gabegie financière, etc.,
toutes choses qui préoccupent prioritairement l’écrasante
majorité des tchadiens.
Il y a deux générations qui s’identifient comme
les victimes réelles des actes posés jusqu’ici par leurs aînés.
Au-delà de l’imperfection des papiers signés avec de larges
sourires, ce que ces jeunes tchadiens de tous les bords veulent
pour se convaincre, c’est de constater que ces fois-ci, ce sont
les bonnes fois où les acteurs politiques tchadiens sont de bonne
foi ! Ils n’auront pas une autre occasion pour se
moquer encore des gens ! Car nous savons tous que c’est
la volonté réelle des uns et des autres qui fera que, avec ou
sans accord, la paix devienne une réalité définitive dans notre
pays, avec pour fondement la justice, la tolérance et l’équité.
Enoch DJONDANG
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